
Le chef de l’État se prononce pour des négociations directes avec Israël


Ce dixième jour de l’offensive américano-israélienne contre le régime des mollahs iraniens a été marqué par trois faits saillants : la position en flèche adoptée par le président Joseph Aoun qui a stigmatisé, en des termes très sévères, le comportement du Hezbollah, se prononçant en outre pour des négociations directes avec Israël sous supervision internationale ; les intenses bombardements aériens israéliens contre la banlieue-sud de Beyrouth, plus précisément contre les bureaux du Qard el-Hassan (la structure financière illégale du Hezbollah) ; et le vote par le Parlement de la prorogation du mandat des députés pour une période de deux ans.
Ce vote, intervenu à une mince majorité de 76 voix, s’explique par l’incapacité dans laquelle se trouve l’État d’organiser le scrutin législatif qui devait avoir lieu dans deux mois, en mai prochain. Au stade actuel, nul n’est en mesure de prévoir la durée du confit armé enclenché par le Hezbollah sur la scène locale, d’autant que cette nouvelle guerre qui ébranle une fois de plus le Liban est totalement tributaire du contexte régional global.
Le président Joseph Aoun a d’ailleurs mis l’accent sur ce point précis dans une déclaration rendue publique lundi, 9 mars, en milieu d’après-midi. Dans une claire allusion au Hezbollah, le chef de l’État est sorti de sa réserve et s’est montré particulièrement critique à l’égard du parti pro-iranien, déclarant que « ceux qui ont lancé des roquettes (contre Israël, le 2 mars dernier) l’ont fait sur base de calculs iraniens ». Le chef de l’État s’est déclaré favorable dans ce contexte à des négociations directes avec Israël « sous supervision internationale ». C’est la première fois depuis son élection à la Première Magistrature de l’État que le président Aoun se prononce aussi ouvertement pour des négociations directes avec Israël.
S’adressant par zoom aux dirigeants de l’Union européenne, à l’initiative du président du Conseil de l’Europe et de la présidente de la commission européenne, le président Aoun a laissé éclater sa colère contre le Hezbollah, stigmatisant vivement le comportement de ce parti, qui s’est traduit par la réouverture du front du Liban-Sud, dans la nuit du 1er au 2 mars : « Ceux qui ont lancé les roquettes voulaient entrainer le Liban dans le chaos (…). Le pays est pris entre deux feux, entre une agression qui ne respecte en aucune façon les lois internationales et le droit humanitaire, d’une part, et une fraction armée qui se tient à l’écart de l’État et qui ne tient nullement compte de l’intérêt du Liban et de son peuple, d’autre part ».
Soulignant que le tir de roquettes, au nombre de six, contre Israël par le Hezbollah, dans la nuit du 1er au 2 mars, n’avait absolument aucun impact sur le déroulement de la guerre actuelle dans la région et n’avait pour but que d’entrainer une intervention israélienne pour prétendre par la suite que seule la milice du Hezbollah est en mesure de défendre le pays, le président Aoun s’est clairement prononcé pour la tenue de négociations directes avec Israël pour sortir le pays de la crise.
Cette position en flèche du chef de l’État intervient alors que sur le plan régional, le conflit iranien se trouve à un tournant crucial à la suite de l’annonce officielle, dimanche soir, 8 mars, à Téhéran, de la désignation du nouveau Guide suprême de la République islamique iranienne en la personne de Mojtaba Khamenei, qui succède ainsi à son père, Ali Khamenei, tué au cours des premiers raids de l’aviation israélienne à Téhéran, le 28 février. Le nouveau Guide est connu pour ses relations étroites avec les Gardiens de la Révolution islamique. Sa désignation a été perçue par nombre d’observateurs comme le signe d’un surcroît de durcissement dans la position iranienne. Le président Donald Trump a d’ailleurs souligné lundi en fin de soirée qu’il était hostile à la nomination de ce nouveau Guide…