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L'Essentiel du jour

Israël et les USA se partagent la destruction des infrastructures du régime iranien

«Ils sont finis (…). Cette guerre est sept fois plus puissante que la précédente.» En peu de mots, le secrétaire américain à la Guerre, Pete Hegseth, a résumé la tournure prise, ou qu’a commencé à prendre, la guerre lancée le 28 février dernier par les États-Unis et Israël contre le régime des mollahs iraniens. Le ministre US a souligné que cette guerre en est encore à ses débuts, précisant que de nouveaux avions et de nouvelles forces armées seront acheminés prochainement au Moyen-Orient pour participer aux opérations militaires. Les déclarations du secrétaire à la Guerre reflètent clairement les développements en cours en Iran. Cette journée du 4 mars 2026 a été marquée principalement par les violents bombardements intensifs menés par l’aviation israélienne contre les bâtiments, les centres de commandement, et les infrastructures relevant du régime dans la région de Téhéran. Plus d’une centaine de centres des bassidjs (le bras armé répressif des Gardiens de la révolution islamique) ont notamment été la cible des bombardiers israéliens. «Aucun bâtiment des Gardiens de la révolution ne restera debout», a affirmé dans ce cadre une source officielle israélienne qui a précisé que les armées américaine et israélienne se partagent la tâche de la destruction des infrastructures militaires et civiles relevant du régime. Selon cette même source, l’aviation de l’État hébreu se concentre sur l’ouest de l’Iran afin de détruire les bâtiments, les centres de commandement et les infrastructures civiles du régime, tandis que les États-Unis prennent en charge le sud-ouest afin de détruire les sites nucléaires, les missiles balistiques, les rampes de lancement, les centres de production de missiles balistiques, les défenses anti-aériennes et les forces navales. La Turquie, cible d’un missile iranien… Le fait marquant de cette journée du 4 mars aura été le lancement d’un missile balistique iranien en direction de… la Turquie! Le missile a toutefois été intercepté par une unité de l’OTAN. Conséquence pratique: la Turquie n’a pas épargné ses critiques à l’égard du comportement du régime iranien et a été jusqu’à qualifier de «grave erreur» les tirs de missiles iraniens contre les pays du Golfe. Autre fait marquant de la journée: l’annonce par le Qatar du démantèlement d’une cellule subversive implantée par les Gardiens de la révolution iranienne afin de se livrer à des opérations d’espionnage et de sabotage au Qatar. Après Chypre et le Golfe (qui ont été, et qui continuent d’être, la cible des missiles iraniens), la tentative d’agression contre la Turquie reflète à n’en point douter la volonté des Gardiens de la révolution d’étendre de plus en plus le champ du conflit dans l’espoir de susciter une mobilisation internationale visant à stopper l’offensive américaine et israélienne. Autre fait marquant des dernières vingt-quatre heures: l’entrée en jeu des bombardiers américains B-52. Ce développement signifie, dans la pratique, que les avions américains et israéliens contrôlent désormais totalement l’espace aérien iranien (notamment au sud de l’Iran et dans la zone de Téhéran), ce que le secrétaire à la Guerre a confirmé mercredi au cours d’une conférence de presse. Les avions B-52, relève-t-on à ce sujet, sont des bombardiers lourds, donc relativement lents, qui peuvent être facilement détectés par les radars et qui représentent, de ce fait, des cibles faciles. Si l’état-major américain a lancé les B-52 dans la bataille c’est que, effectivement, l’espace aérien est pratiquement totalement sous le contrôle des aviations américaine et israélienne. L’entrée en jeu des B-52 revêt une importance certaine dans le déroulement des opérations militaires car ces appareils peuvent transporter et larguer avec une grande précision des bombes de très gros calibres. Le front libanais Sur le plan des opérations militaires sur le front libanais, l’aviation israélienne a intensifié et étendu à de nouvelles zones ses raids menés contre les infrastructures, les dépôts de munition et les stocks de missiles et de drones. Au cours de la matinée de ce mercredi 4 mars, de violents raids intensifs ont été menés contre la banlieue-sud. Les dernières vingt-quatre heures ont été en outre marqués par une extension de la zone englobée dans les attaques aériennes. Pour la première fois, le secteur de Hazmieh a été visé par l’aviation israélienne qui a effectué un raid contre l’hôtel Comfort où, selon certaines informations, un diplomate iranien avait trouvé refuge. Aucune information n’a filtré sur le sort du diplomate en question. Parallèlement, de nouvelles régions ont été bombardées par l’aviation de Tsahal, notamment Saadiyate (sur la route du Sud), Bchemoun et Aramoun où un responsable de la branche militaire des Frères musulmans aurait été tué. À Baalbeck, un édifice de quatre étages a été entièrement détruit par un raid qui a fait plusieurs tués. Sur le terrain, les forces israéliennes ont poursuivi ce mercredi leur déploiement, encore limité, à l’intérieur du territoire libanais et ont atteint l’importante localité de Khiam, située à six kilomètres de la frontière. Dans le même temps, les unités d’artillerie israéliennes ont sensiblement renforcé leur présence le long de la frontière. Alors que les raids aériens se poursuivent ainsi dans plus d’une région, un grave développement est intervenu durant cette journée de mercredi: l’armée israélienne a demandé à la population de l’ensemble de la région située au sud du Litani de quitter leurs villages et de se replier au nord du Litani. Cet appel augmente les appréhensions du pouvoir et des milieux locaux qui mettent en garde contre les velléités israéliennes d’établir une large zone tampon qui pourrait permettre à l’État hébreu, dans une étape ultérieure, d’imposer des conditions politiques et sécuritaires allant bien au-delà des dispositions de la résolution 1701 du Conseil de sécurité et de l’accord de cessez-le-feu de novembre 2024. En prenant l’initiative suicidaire de rouvrir le front du Liban-Sud, à l’instigation des Gardiens de la révolution iranienne, le Hezbollah aura ainsi offert à Israël, sur un plateau d’argent, le prétexte en or lui permettant d’imposer à brève échéance à l’État libanais des accords stratégiques à ses propres conditions…

L’armée israélienne occupe de nouvelles positions au Liban-Sud
Por
Michel Touma
Publicado
mars 3, 2026 - 21:22

L’initiative prise par le Hezbollah dans la nuit du 1 er au 2 mars de réactiver le front du Liban-Sud, à la demande vraisemblablement des Gardiens de la Révolution iranienne, aboutira-t-elle à un retour de l’occupation israélienne dans une partie de la région méridionale du pays ? Cette question s’est posée avec acuité en ce mardi 3 mars 2026 à la lumière de l’annonce par le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, de la décision de l’État hébreu de «prendre le contrôle de zones supplémentaires» au Liban-Sud «pour protéger les communautés frontalières». En clair, l’armée israélienne avancera en territoire libanais et occupera de nouveaux secteurs qui viendront s’ajouter aux cinq positions stratégiques desquelles Tsahal ne s’était pas retiré après l’application du cessez-le-feu qui avait été convenu en novembre 2024. Cette nouvelle occupation partielle de nouveaux territoires à proximité de la frontière entre les deux pays pourrait avoir deux explications. Elle pourrait être le prélude à l’établissement d’une zone tampon entre le Liban et Israël afin de sécuriser davantage la frontière et le nord d’Israël. La question serait alors de savoir quelle pourrait être l’étendue et la profondeur de cette «zone de sécurité», et quelle conséquence politique cette occupation pourrait-elle avoir sur le plan des négociations bilatérales. L’État hébreu profiterait-il de cette avancée en territoire libanais pour imposer un accord de paix ou tout au moins une entente sécuritaire contraignante? Certains observateurs vont même dans ce cadre jusqu’à envisager l’occupation de portions de territoires beaucoup plus larges qu’une zone tampon, faisant allusion à cet égard à un possible scénario semblable à celui de 1982. Les tenants de cette thèse s’appuient sur les appels répétés lancés par l’armée israélienne aux habitants du Sud afin qu’ils évacuent leurs villages dans les plus brefs délais. Mais une hypothèse beaucoup moins ambitieuse, politiquement, est avancée à la lumière du contexte présent. Les nouvelles positions occupées par Israël pourraient avoir pour fonction de faciliter des opérations ponctuelles et minutieusement ciblées que seraient amenées à effectuer des unités de commandos plus en profondeur en territoire libanais. Il faudra donc attendre quelques jours pour en savoir davantage sur les véritables intentions du cabinet Netanyahu. Dans l’immédiat, l’armée libanaise a effectué un repli tactique d’une vingtaine de positions non loin de la frontière avec Israël. En tout état de cause, dans l’attente que se décantent les véritables intentions de Tel-Aviv, les habitants du Liban-Sud subissent une fois de plus les affres de l’exode forcé, tandis que l’aviation israélienne continuait mardi, pour le quatrième jour consécutif, à bombarder par intermittence la banlieue-sud de Beyrouth ainsi que de nombreux villages des régions méridionales. Dans l’après-midi, un raid a visé à Saïda un quartier général du «Jihad islamique». Raids intensifs contre Téhéran En Iran, l’aviation israélienne a annoncé avoir mené dans la journée de mardi la neuvième vague de l’attaque aérienne contre les centres et les infrastructures du régime des mollahs à Téhéran. Des raids intensifs ont ainsi été menés contre plusieurs secteurs de la capitale qui était recouverte en fin d’après-midi d’un épais nuage de fumée noire. L’un de ces raids a visé, notamment, le bâtiment où devaient se réunir les 88 experts appelés à élire le nouveau Guide suprême de la République islamique. Le bâtiment a été totalement détruit. Par ailleurs, une attaque aérienne a tué le nouveau ministre iranien de la Défense qui avait succédé il y a deux jours à l’ancien ministre de la Défense qui avait été tué le 28 février lors de la première vague des raids contre la capitale. Cette première vague avait permis à l’aviation de l’État hébreu de neutraliser les défenses aériennes iraniennes et donc de s’assurer le contrôle total de l’espace aérien de la région de Téhéran. Notons, en outre, que les tirs de missiles se sont poursuivis, mardi, contre plusieurs pays du Golfe. Le siège de l’ambassade US à Riyad a notamment été touché par deux missiles qui n’ont provoqué que de légers dégâts matériels. En début de soirée, une forte explosion a été entendue à Dubaï. Ce pilonnage iranien n’a épargné aucun pays du Golfe et a même englobé le sultanat d’Oman, lequel avait pourtant redoublé d’efforts ces dernières années afin de servir de médiateur entre la République islamique et l’Occident. L’intensification des tirs de missiles en direction du Golfe a sensiblement détérioré les relations entre les monarchies et la République islamique. Au cours des dernières quarante-huit heures, plusieurs pays du Golfe, plus particulièrement l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït, le Qatar et Oman, ont adopté un discours ouvertement hostile, agressif et ferme à l’égard de Téhéran, ce qui manifestement ne manquera pas d’avoir un impact sérieux sur la prochaine physionomie du Moyen-Orient.

Le gouvernement libanais proclame illégale l’action militaire du Hezbollah

Au troisième jour de l’offensive américano-israélienne contre le régime des mollahs iraniens (l’opération conjointe « Rugissement des lions »), les développements se sont accélérés sur le plan des opérations militaires et se sont étendus au Liban. Dans la nuit du dimanche 1 er mars au lundi 2 mars, ainsi que dans la journée de lundi, le « front » du Liban s’est ainsi embrasé à la suite de tirs de missiles lancés par le Hezbollah contre le nord d’Israël, plus particulièrement contre la région de Haïfa. Faisant fi effrontément de la position claire de la quasi-totalité des factions politiques locales et, surtout, du pouvoir central, qui ont mis en garde explicitement le parti pro-iranien contre toute tentative de s’impliquer dans le conflit iranien, le Hezbollah a malgré tout pris la décision suicidaire d’entrainer le Liban dans cette guerre (une n-ième guerre stérile) pour venger la mort du Guide suprême de la République islamique, Ali Khamenei, tué samedi dernier, 28 février, lors du premier raid lancé par l’aviation israélienne à Téhéran. La réaction à cette réactivation du front du Liban-Sud ne s’est pas fait attendre. Moins d’une heure après les tirs de missiles, Israël a lancé de violents raids aériens, parallèlement à un pilonnage par mer, contre la banlieue-sud de Beyrouth et certaines localités de la zone méridionale du pays. L’un de ces raids a visé le député Mohammed Raad, président du bloc parlementaire du Hezbollah et secrétaire général adjoint du parti. Cette attaque a fait en outre une trentaine de morts. Dans le même temps, l’armée israélienne publiait une liste d’une cinquantaine de villages du Liban-Sud et de la Békaa, soulignant que les habitants devaient évacuer ces localités. Cet appel a provoqué dans la nuit de dimanche et jusqu’au matin des embouteillages monstres à la périphérie de la banlieue-sud et sur les routes du Liban-Sud. Dans la matinée et l’après-midi de lundi, les raids contre la banlieue et des villages du Liban-Sud et de la Békaa se sont poursuivis. Israël a annoncé dans ce cadre avoir tué deux hauts responsables du Hezbollah, dont le chef des Renseignements. La décision du parti chiite de s’impliquer dans le conflit iranien a provoqué un tollé dans les milieux politiques, notamment au niveau du pouvoir. Le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam ont explicitement stigmatisé le comportement du Hezbollah, soulignant qu’il était intolérable que le Liban soit entrainé dans une guerre qui ne le concerne pas. La position du gouvernement et de Berry Lundi matin, le Conseil des ministres devait tenir au Palais de Baabda une réunion extraordinaire marathon à l’issue de laquelle M. Salam a donné lecture d’un communiqué officiel indiquant que le gouvernement considère désormais comme « illégale » et « interdite » l’action militaire et sécuritaire du Hezbollah. Le communiqué précise que l’armée libanaise a été chargée de prendre toutes les mesures nécessaires pour mettre en application cette décision, notamment en ce qui concerne la remise des armes de la formation pro-iranienne à l’Etat et l’arrestation des contrevenants. Se prononçant contre tout tir de missiles ou de drones en direction d’Israël, le gouvernement a invité le Hezbollah à limiter désormais son action au volet exclusivement politique. Cette décision prise par le Conseil des ministres constitue à l’évidence un tournant fondamental du fait qu’elle consacre le caractère illégal de l’appareil militaire du Hezbollah et par voie de conséquence elle ôte officiellement au parti chiite le statut de « mouvement de résistance » qu’il s’obstine à s’octroyer et, surtout, à imposer au pouvoir libanais depuis des décennies. Notons dans ce contexte, que selon des sources proches du chef du législatif et leader du mouvement Amal, Nabif Berry, celui-ci a appuyé la position de l’Etat concernant le caractère désormais illégal de la milice du Hezbollah. Les mêmes sources affirment que M. Beery a décidé, au vu des derniers développements, de lever la couverture politique qu’il accordait à la formation pro-iranienne. Si ces informations se confirment, cela impliquerait un divorce, ou tout au moins un « froid », entre Amal et le Hezbollah. Il convient de rappeler sur ce plan que dans les années 1980, une véritable guerre, qui s’était étalée sur plusieurs mois, avait opposé les deux formations chiites. Elle s’était soldée par une défaite du mouvement Amal qui, depuis, s’est aligné politiquement sur le parti pro-iranien. S’il se confirme ainsi que M. Berry soutient la décision du Conseil des ministres de considérer comme illégale l’action militaire et sécuritaire du Hezbollah, cela constituerait un coup sévère à l’alliance entre les deux formations chiites qui a hypothéqué la vie politique libanaise depuis la fin des années 1980. Ce tournant serait d’autant plus significatif qu’il interviendrait dans le contexte du déclin actuel de « l’empire » des mollahs iraniens sous les coups de l’offensive américano-israélienne (qui a reçu pour nom « Rugissement des lions »). Les positions américaine et britannique Au niveau du déroulement de l’opération « Rugissement des lions », les aviations américaine et israélienne ont poursuivi lundi leurs raids intensifs contre les positions militaires iraniennes, notamment les systèmes de défense aérienne et les dépôts et rampes de lancement de missiles. Après avoir sécurisé et contrôlé entièrement l’espace aérien de Téhéran, l’aviation de l’Etat hébreu s’est rendue maître de l’Ouest de l’Iran. Cette maitrise du ciel permet aux deux alliés de détruire de manière systématique les stocks iraniens de missiles. Parallèlement, les Pasdaran ont poursuivi de manière intermittente leurs tirs de missiles contre les pays du Golfe, atteignant même la base britannique de Chypre. Au plan politique, le président Donald Trump a indiqué dans une interview à une quotidien US qu’il n’excluait pas l’envoi de troupes au sol « si cela s’avère nécessaire ». Le chef de la Maison Blanche a par ailleurs précisé que l’opération était en avance sur le calendrier prévu grâce à l’élimination de plusieurs hauts responsables iraniens dès les premières heures de l’offensive. Il a indiqué en outre que « la grande opération n’a pas encore été lancée »… De son côté, le Secrétaire américain à la Guerre, Pete Hegseth, a dressé un tableau des objectifs et de la portée de l’offensive contre l’Iran, au cours d’une rencontre avec des officiers et des soldats de l’armée américaine. M. Hegseth a notamment expliqué que l’arsenal militaire iranien en matière de missiles balistiques ainsi que le programme nucléaire du régime des mollahs constituaient un véritable danger pour les Etats-Unis et leurs alliés. Le ministre US a souligné la nécessité à cet égard de provoquer la chute du régime en place à Téhéran. Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a abondé dans le même sens, soulignant la nécessité de détruire les stocks de missiles iraniens et les rampes de lancement des missiles. Il a indiqué dans ce cadre que son gouvernement avait donné une suite favorable à la demande américaine d’utiliser les bases britanniques pour lancer des raids contre les positions militaires iraniennes.

Chronique d’un suicide annoncé
Por
Michel Hajji Georgiou
Publicado
mars 2, 2026 - 04:35

Pouvait-il en être autrement? Le Liban, devenu depuis 1973 le seul front actif de toutes les guerres régionales, pouvait-il, pour une fois, rester en dehors d’un conflit existentiel pour l’une de ses composantes politiques, le Hezbollah, dans la mesure où ce dernier fait partie intégrante des Gardiens de la révolution iranienne, actuellement sous le feu israélo-américain à Téhéran? Non. Le Hezbollah a ainsi superbement ignoré les avertissements internationaux relayés ces derniers jours par l’État libanais, et selon lesquels son intervention dans la guerre en cours entre l’Iran et l’axe américano-israélien provoquerait son annihilation et coûterait cher au Liban. Comme s’il voulait asséner un camouflet retentissant au président de la République, Joseph Aoun, et au cabinet Salam. Dans la nuit du 1er au 2 mars, le parti pro-iranien a tiré des missiles et lancé des drones en direction de positions de l’armée israélienne dans le nord d’Israël, notamment à Haïfa, avant d’annoncer officiellement qu’il s’agissait d’une réponse légitime à l’assassinat du wali el-faqih , Ali Khamenei, le 28 février à Téhéran. Ce faisant, le Hezbollah a ouvert encore une fois les portes de l’enfer, agissant, à son habitude, de manière unilatérale en vertu de son allégeance directe aux Gardiens de la révolution. Israël a saisi la balle au bond le prétexte qu’il attendait pour se livrer tout de suite à une série de raids particulièrement violents sur le Liban sud, ainsi que sur la banlieue sud de Beyrouth – quinze raids en quelques minutes, dont les déflagrations étaient aussi puissantes que celles qui avaient tué Hassan Nasrallah puis Hachem Safieddine fin septembre 2024 – en guise de représailles. L’armée israélienne a annoncé par la suite qu’elle avait visé «avec précision un nombre de personnalités éminentes et de dirigeants» du parti à travers ces raids, sans donner plus de détails. Le président du Conseil, Nawaf Salam, a fait paraître un communiqué pour qualifier «d’irresponsables et suspects» les tirs de roquettes sur Israël, précisant que «l’État libanais ne permettrait pas que le Liban soit entraîné dans de nouvelles aventures et qu’il prendrait les mesures nécessaires pour arrêter les coupables des tirs et protéger les Libanais». De son côté, l’armée israélienne ajoutait que son chef d’état-major avait donné son accord à une attaque contre le Hezbollah, accusant le parti pro-iranien de plonger le Liban dans la guerre, et menaçant de faire payer un prix exorbitant à «tout ennemi qui menace notre sécurité». Les médias officiels israéliens annonçaient également que l’opération contre le Hezbollah «se poursuivrait durant plusieurs jours», sommant les habitants de 53 villages du Liban-Sud et de la Békaa à quitter les lieux en pleine nuit. Un effondrement psychique inévitable Si elle rompt quarante-huit heures de calme libanais impromptu et inhabituel dans ce genre de circonstances – qui plus est alors que l’ensemble du Golfe, l’Irak et même Chypre sont désormais entraînés dans la spirale de la guerre contre l’Iran – la démarche du Hezbollah n’est guère étonnante. Certes, beaucoup misaient sur une lucidité et un sens du pragmatisme de la part du parti, notamment depuis les frappes israéliennes meurtrières de 2024 au cours desquelles l’ensemble de son directoire militaire avait été décimé - notamment son chef, Nasrallah, puis son successeur, Hachem Safieddine. C’est mal connaître le Hezbollah structurellement. Depuis le revers massif de 2024, les pressions américaines sur l’État libanais se multiplient pour que le parti remette ses armes à l’État libanais et démantèle ses positions au sud du Litani. Son organisation paramilitaire est constamment la cible d’assassinats ciblés de la part de l’État hébreu ; ses caches d’armes et tentatives de reconstituer sa force de frappe avec l’aide (et sous le contrôle direct?) des Pasdaran monitorés avec précision et systématiquement détruits par l’aviation israélienne, notamment à Baalbeck, au nord du Litani. Du reste, il existe un consensus politique quasi unanime sur la scène libanaise autour de la nécessité de restaurer le monopole de la violence légitime, ce qui signifie que le Hezbollah devra renoncer, tôt ou tard, à ce qui fait sa superpuissance, sinon son hégémonie totalitaire ces vingt dernières années sur l’ensemble des composantes politiques libanaises: son arsenal. Ce qu’il refuse naturellement de faire, défiant ouvertement le pouvoir exécutif libanais – et, au-delà, le désir des Libanais de vivre enfin dans une posture de neutralité vis-à-vis des conflits régionaux. Plus encore, avec la disparition de Khamenei et de l’ensemble des haut-responsables des Pasdaran au cours des dernières quarante-huit heures, le Hezbollah a perdu tous ses repères existentiels d’un coup. Non plus seulement sur le plan politique et militaire. C’est la doctrine même du Hezbollah, depuis sa fondation au début des années 1980 comme organe privilégié de l’exportation de la révolution islamique au Liban, qui a été atteinte en plein cœur. En tuant Khamenei, les États-Unis et Israël ont éliminé non seulement la référence politique, militaire et spirituelle du Hezbollah et de ses partisans, mais, à leurs yeux, pas moins que le représentant de Dieu sur terre. Dans un esprit de secte millénariste comme celui du parti théocratique et martyrophile pro-iranien, qui ressemble à une secte eschatologique millénariste, cela ne peut que provoquer une décompensation totale et une dissociation du réel. En d’autres termes, avec l’assassinat du wali el-faqih , toute perspective de transcendance a été anéantie au sein du Hezbollah. C’est, en quelque sorte, un choc négationniste à même de provoquer un effondrement psychique total. La seule réaction à ce choc, pour une milice acculée, quel que soit son désir de réalisme politique, à rester fidèle à sa vocation, sa mission, sa doctrine et ses croyances, et confrontée à la fois à l’annihilation de sa puissance militaire et politique et de de son mythe fondateur, ne peut être qu’un suicide stratégique, du genre Massada. Même si cela doit signifier la destruction totale du Liban et de ses habitants, à commencer, une fois de plus, par « le foyer révolutionnaire » du parti – le Liban sud, la Békaa, la banlieue sud. Et il faut parier qu’Israël ne se limitera pas à ces régions, comme il l’a fait en 2024, lorsqu’il notamment bombardé Jbeil, le Nord, et Beyrouth. Le Hezbollah vient d’entraîner le Liban dans une guerre uniquement par pulsion de destruction personnelle, sans aucun gain possible viable, juste comme un ultime bravado , un baroud d’honneur au service d’un directoire iranien qui n’a que faire, comme il l’a sans cesse prouvé au cours des deux dernières décennies, des vies humaines arabes qui tombent pour ses calculs géopolitiques et ses intérêts personnels. C’est l’autre nom de l’absurde – sur le modèle des Jim Jones et des David Koresh. Le Liban n’a pas à payer le prix d’un délire mortifère eschatologique, d’une pulsion de mort provoquée par une plongée psychopathologique à caractère gnostique dans le néant total. Une chose est certaine: Israël n’attendait – sans doute en connaissance de cause comportementale – que ce geste suicidaire pour se positionner en victime et justifier une intervention militaire préméditée et soigneusement préparée – voire même, qui sait, une invasion potentielle. Une fois de plus, comme en 2024 pour soutenir Gaza, le Hezbollah, pour venger Khamenei et la destruction en cours de l’empire iranien, lui a donné le prétexte en or, dans un geste symbolique qui n’est pas sans évoquer Zopyre, ce notable perse qui, selon Hérodote, offrit insidieusement, «de l’intérieur», les clés de Babylone à Darius I.

Pour venger Khamenei, les Pasdaran se déchaînent à tous vents
Por
Michel Touma
Publicado
mars 1, 2026 - 17:17

Au deuxième jour de l’offensive américano-israélienne contre le régime des mollahs iraniens, les opérations militaires ont connu en ce dimanche 1 er mars 2026 une escalade que l’on pourrait qualifier de « qualitative » du fait de la confirmation officielle à Téhéran de la mort du Guide suprême de la Révolution islamique, Ali Khamenei, tué dans les premiers raids effectués samedi matin, 28 février, contre sa résidence dans la capitale iranienne. La mort du Guide a été confirmée dans la nuit de samedi à dimanche par la télévision d’Etat, et les autorités ont aussitôt proclamé un deuil de quarante jours dans le pays. L’annonce de la mort de Khamenei a suscité des liesses populaires et des manifestations de joie dans les rues de Téhéran et de plusieurs grandes localités. Le pouvoir en place, par contre, a estimé que les Etats-Unis et Israël avaient franchi « une ligne rouge », affirmant que la riposte serait « fulgurante ». De fait, le régime des mollahs a entrepris dans la matinée de dimanche de se déchainer « à tous vents » pour venger la mort du Guide suprême. Dans ce qui paraît comme une fuite en avant suicidaire, ou une réaffirmation d’un attachement aveugle au culte de la mort et du martyre, les Pasdarans ont intensifié dimanche leurs tirs de missiles contre Israël, certes, mais surtout contre les pays du Golfe, en englobant même – développement sans précédent – Chypre où deux missiles ont pris pour cible la base britannique dans l’île. Bahreïn, Dubaï, le Koweït et la périphérie de Ryad, en Arabie saoudite, ont été englobés dans ce déchainement. Même le sultanat d’Oman, qui pourtant a joué au cours des dernières années le rôle de médiateur et de conciliateur entre le régime des mollahs et les Etats-Unis, n’a pas été épargné, sous prétexte de viser un navire américain ayant jeté l’ancre dans un port omanais. Raids contre des centres de commandement Sur le plan de l’offensive israélienne, l’aviation de l’Etat hébreu a mené dans la matinée de dimanche des dizaines de raids dans diverses régions afin de neutraliser les défenses anti-aériennes iraniennes dans le but de consolider sa maitrise de l’espace aérien. Un porte-parole de l’armée israélienne a indiqué vers midi que cet objectif a été atteint dans une grande mesure, ce qui permet aux avions israéliens de mieux cibler leurs frappes. De fait, en début d’après-midi, un raid a visé au cœur de Téhéran un centre de commandement formé de plusieurs grands bâtiments adjacents. Une vidéo rendue publique par l’armée israélienne montre ces édifices – au nombre de quatre ou cinq – s’écrouler totalement sous le poids des bombes israéliennes, dans d’impressionnants nuages de fumée blanche. L’aviation semble ainsi avoir entamé une vaste série de raids visant les centres de commandement et sans doute aussi les personnages-clé du régime des mollahs. Samedi, une source autorisée à Tel-Aviv avait indiqué que ces raids constituaient une « première phase qui s’étendra sur quatre jours ». Un Conseil de transition Notons en outre dans ce contexte qu’à la suite de la mort du Guide suprême, un Conseil de transition a été formé, comprenant le président iranien, Massoud Pezeshkian, le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejei, et un dignitaire religieux membre de l'Assemblée des Experts et du Conseil des Gardiens de la Révolution, Alireza Arafi. Ce triumvirat est chargé d'assurer l'intérim jusqu'à l'élection d'un nouveau Guide. Sept hauts responsables tués Il convient de rappeler que l’armée israélienne avait annoncé samedi soir avoir tué sept hauts responsables du régime : Ali Chemkhani, secrétaire général du Conseil de Défense et conseiller personnel du Guide suprême pour les affaires sécuritaires. Mohammed Bakpour, commandant des forces terrestres au sein du Corps des Gardiens de la révolution islamique. Aziz Nassir Zada, ministre de la Défense et responsable des industries militaires. Mohammed Chirazi, président du Bureau militaire de l’imam Khamenei. Salah Assadi, chef de la section des Renseignements au commandement d’urgence. Hussein Jabal Amelyane, président de l’association SPND, chargée du développement des technologies militaires et des programmes nucléaires et biologiques. Rida Mazfari Nya, ancien de SPND. Réunion du Conseil supérieur de défense à Baabda Au niveau purement libanais, le président Joseph Aoun a convoqué dimanche matin le Conseil supérieur de défense à une réunion extraordinaire qui s’est tenue au Palais de Baabda. Le communiqué publié à l’issue des débats rappelle, à qui veut bien l’entendre, que la décision de guerre et de paix doit être du seul ressort de l’Etat libanais. Une mise en garde « diplomatique », mais très explicite, au Hezbollah afin qu’il ne soit pas tenté d’entrainer le pays dans une nouvelle guerre stérile et sans horizons qui ne le concerne en aucune façon.

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