Logo Levant Time

L'Essentiel du jour

Négociations de Washington: une avancée malgré les difficultés
Par
Taline Becharraoui
Publié
mai 14, 2026 - 23:35

La journée du 14 mai 2026 aura été celle du début du troisième round de négociations directes entre les délégations israélienne et libanaise à Washington, au siège du Département d’Etat. Contrairement à ce qui était prévu, ce n’est pas l’ancien ministre israélien Ron Dermer, proche du Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a présidé la délégation israélienne lors de cette séance, mais l’ambassadeur d’Israël à Washington, Yechiel Leiter, comme pour les réunions précédentes. En revanche, côté libanais, la délégation a été présidée cette fois par l’ancien ambassadeur à Washington Simon Karam, négociateur expérimenté qui avait déjà été nommé par le président de la République Joseph Aoun au sein du comité de surveillance du cessez-le-feu au Liban-Sud (avant le présent conflit). Selon les informations relayées par le correspondant de la MTV présent sur place, l’atmosphère lors du coup d’envoi de ces négociations, qui devraient durer jusqu’à vendredi, n’est pas à l’optimisme. En effet, la partie israélienne reste attachée au désarmement du Hezbollah avant toute autre avancée, menaçant d’une extension de la guerre en cas de non-accord. La partie libanaise se voit contrainte, toujours selon le correspondant, d’échanger des messages continus avec le Liban, ce qui reflète les divergences de vue sur le plan interne libanais. Toutefois, on ne peut nier l’avancée que constitue la tenue de ces réunions en elles-mêmes. A Beyrouth, on suivait, à l’évidence, de très près ces négociations. Vers 17h (heure libanaise), alors que les pourparlers avaient à peine commencé, le président Aoun recevait, au palais de Baabda, le Premier ministre Nawaf Salam, pour discuter des négociations en cours. Ils ont décidé « de rester en contact continu » pour la suite, selon le communiqué officiel. Joe Raggi remet les pendules à l’heure Autre son de cloche officiel, celui du ministre libanais des Affaires étrangères, Joe Raggi, qui remet les pendules à l’heure dans la cacophonie ambiante, en précisant que pour Beyrouth, il ne s’agit pas de conclure un accord de paix au stade actuel, mais de mettre fin à la guerre. Du côté du Hezbollah, pas de changement dans les prises de position. Les déclarations hostiles aux négociations directes se sont poursuivies, comme dans les jours précédents. A relever dans ce cadre cette boutade du député Hussein Hajj Hassan : «La Résistance est encore en pleine forme, et personne ne pourra transformer les souhaits américains et israéliens en réalité.» Mais ce qu’il faudra retenir surtout de cette journée, ce sont les propos du président du Parlement Nabih Berry, par ailleurs chef du mouvement Amal (allié chiite du Hezbollah). Dans un entretien accordé à un journal local, il a estimé que «tout s’effondrera» s’il n’y a pas de véritable cessez-le-feu. Il a même posé les conditions suivantes: retrait total des territoires occupés; reconstruction; déploiement de l’armée libanaise et retour des habitants du Sud chez eux. Une façon de se replacer sur le devant de la scène alors que, il y a quelques jours seulement, un responsable du Hezbollah, Mahmoud Comati, accusait le président Aoun de ne pas faire cas du président du Parlement dans sa décision d’entreprendre des négociations… Ce à quoi le leader des Forces libanaises Samir Geagea a répondu dans une interview à la MTV: Berry peut donner son avis sur les résultats des négociations, mais il ne peut pas les gérer; le dossier est entre les mains du président de la République. Entre-temps, le Sud continue de flamber. Jeudi, les avis d’évacuation israéliens ont même atteint des villages de la Békaa, comme Sohmor, montrant une fois de plus que l’extension des combats est en cours. Les raids, frappes de drones et assassinats ciblés se poursuivent à un rythme effréné. A l’instar des attaques du Hezbollah qui se poursuivent également. La visite de Trump en Chine L’autre événement de la journée est mondial et pourrait avoir des conséquences sur de multiples fronts. Le président américain Donald Trump est reçu en grande pompe en Chine par son homologue chinois Xi Jinping. Avec son exubérance habituelle, Trump a appelé Xi son «ami», et promet un «avenir fabuleux» au niveau des relations entre les deux géants. Xi a jugé «historique» cette visite. Mais outre ces déclarations tonitruantes et l’accueil impressionnant avec force drapeaux chinois et étasuniens, des discussions ardues marquent ces deux jours de visite officielle. Les Américains sont venus solidement préparés, avec une délégation impressionnante accompagnant le président et regroupant, outre les hauts responsables de l’Administration Trump, une quinzaine de chefs des plus grandes entreprises US. Les sujets polémiques et les dossiers portant sur les enjeux internationaux ne sont pas rares: Taïwan (sur ce point, la déclaration de Xi Jinping a été particulièrement ferme); la guerre commerciale; la guerre en Ukraine… Mais le sujet qui intéresse le plus le Moyen-Orient est sans conteste la guerre en Iran qui a été largement abordée entre les deux délégations, comme le suggèrent les déclarations qui ont suivi. En soirée (heure du Levant), le président Trump a déclaré à Fox news que «le président chinois a offert son aide à propos du détroit d’Ormuz», et il «s’est engagé à ne pas envoyer des équipements militaires à l’Iran». Jusque-là, tout montre que Téhéran recevait des armes de cet allié auquel il vendait du pétrole à prix préférentiel. En marge de ces déclarations, quel pourrait être le «deal» qui aurait été conclu en coulisses ? Il ne fait aucun doute que ce sommet devrait avoir d’importantes répercussions sur le conflit au Moyen-Orient, ce que les prochains jours devraient clarifier. Le site américain Axios a publié des informations selon lesquelles les options du président Trump, à son retour de Chine, seraient de reprendre le «projet de liberté» qui consistait à accompagner les vaisseaux qui désirent passer le détroit sous escorte de l’armée américaine. Autre option qui serait envisagée : de nouvelles frappes sur les infrastructures iraniennes. Dans ce contexte, une information qui pourrait donner un indice des changements à venir: une perspective d’approvisionnement de la Chine en pétrole par les Etats-Unis afin de réduire la dépendance à l’égard du détroit d’Ormuz et, par le fait même, la dépendance à l’égard de l’Iran. L’autre développement notable de ce 14 mai est la réunion des ministres des Affaires étrangères des pays du BRICS à New Delhi, en Inde, à laquelle participaient, entre autres, les ministres iranien, Abbas Araghchi, et émirati, cheikh Abdallah ben Zayed Al Nahyane. Au cours de cette réunion, Araghchi s’en est pris violemment à son homologue émirati (comme il l’a lui-même annoncé sur son compte Telegram), accusant les Emirats arabes unis d’avoir participé aux frappes israélo-américaines sur l’Iran, et lui demandant de réviser sa politique envers Téhéran après avoir constaté que l’alliance avec Israël ne lui avait fait aucun bien. Ironie du sort, c’est l’Iran qui a plutôt mené des frappes quotidiennes contre les Emirats arabes unis et contre les autres pays du Golfe depuis le début de cette guerre. Les EAU payent-ils le prix de leur retrait de l’Opep depuis le début du mois de mai et de leur rapprochement de l’axe américano-israélien ?

Démarche libanaise inédite contre l’Iran à l’ONU
Par
LevantTime .
Publié
mai 14, 2026 - 00:13

Une démarche libanaise inédite a pratiquement volé la vedette, au niveau local, mercredi, aux deux rendez-vous majeurs que sont la reprise des négociations libano-israéliennes à Washington et le sommet Trump-Xi à Pékin. À la veille de ces deux échéances cruciales en raison de leur impact sur la guerre dans la région, Beyrouth a adressé à l’ONU un mémorandum dans lequel elle met en cause des faits avancés par Téhéran pour protester auprès du Conseil de sécurité des Nations Unies, contre la frappe israélienne qui a tué quatre de ses diplomates, à l’hôtel Ramada, situé à Raouché, en mars dernier. Dans ce mémorandum, la diplomatie libanaise épingle la République islamique, l’accusant de violation de la Convention de Genève sur les relations diplomatiques et d’immixtion dans les affaires intérieures libanaises, selon Independent Arabia, qui en a fait état. Le Liban y accuse également Téhéran de l’avoir entraîné, via son bras militaire, le Hezbollah, dans une guerre destructrice qui ne le concerne pas. Cette démarche du ministère libanais des Affaires étrangères, destinée à replacer les faits dans leur contexte exact, s’inscrit dans le prolongement des décisions du gouvernement qui avait interdit les activités paramilitaires du Hezbollah et jugé persona non grata l’ambassadeur accrédité par Téhéran à Beyrouth, Mohammad Reza Chibani. Son importance, à la veille du troisième round des pourparlers libano-israéliens de Washington réside dans le double message qu’elle envoie: d’une part, la détermination de l’État libanais à aller de l’avant dans le processus supposé lui permettre, à terme, de rétablir sa souveraineté sur l’ensemble du territoire. D’autre part, une reconnaissance officielle libanaise, quoique implicite, de l’inféodation du Hezbollah au régime des mollahs. Dans le texte, le Liban affirme «son droit d’engager la responsabilité internationale de l’Iran et de lui faire assumer les conséquences de ses violations répétées de ses obligations internationales», selon Independent Arabia qui a dit avoir pris connaissance de sa teneur. Le média a cependant fait état d’une plainte déposée par le Liban auprès de l’ONU. Dans une mise au point diffusée dans la soirée, le ministère des Affaires étrangères a toutefois précisé qu’il s’agissait en réalité d’une réponse à des lettres iraniennes adressées au Conseil de sécurité. Si Beyrouth a choisi d’y réagir, c’est en raison d’informations erronées que Téhéran avait présentées en son nom. L'ambassadeur d'Iran auprès de l'ONU avait saisi le Conseil de sécurité après l’attaque, accusant Israël d’une «sérieuse violation du droit international», en ciblant «quatre diplomates iraniens qui exerçaient les fonctions de représentants officiels d'un État membre souverain sur le territoire d'un autre État souverain». Le Liban a expliqué pour sa part que les pseudo-diplomates tués étaient en fait des membres du Corps des Gardiens de la révolution en Iran. Il s’est basé dans ses affirmations sur des photos d’eux en uniforme militaire, avec leurs grades bien en évidence. Si Beyrouth a fourni ces précisions à l’ONU, c’est parce que dans sa lettre, l’Iran avait dit avoir «informé les autorités libanaises du déplacement des quatre diplomates vers l’hôtel Ramada avant leur assassinat». Le Liban a cependant affirmé qu’il n’y a pas eu de coordination, s’appuyant, sur une note officielle du 16 mars, dans laquelle l’ambassade d’Iran avait reconnu qu’«il ne lui avait pas été possible d’informer le ministère des Affaires étrangères de la présence des quatre diplomates à l’hôtel Ramada». Plus encore, ce département a rappelé avoir sollicité à deux reprises une liste actualisée des diplomates iraniens présents au Liban, sans recevoir de réponse. Beyrouth a en outre détaillé dans le document les interventions préjudiciables du CGRI dans le pays et a rappelé, pour illustrer une violation flagrante de la Convention de Genève, le lancement de la première attaque coordonnée avec le Hezbollah, depuis le début de la guerre en février. C’était le 11 mars, soit une semaine après la décision du gouvernement d’interdire les activités paramilitaires du Hezb. Ce jour-là, les Gardiens de la révolution avaient eux-mêmes annoncé les frappes coordonnées au cours desquelles une cinquantaine de sites avaient été ciblés en Israël. Un levier politique Loin d’avoir un impact direct sur le dialogue libano-israélien de jeudi, l’initiative libanaise est cependant de nature à servir de levier politique pour un Liban soucieux de prouver qu’il veut reprendre le contrôle de la décision de guerre et de paix, jusque-là hypothéquée par le Hezbollah. Un signal d’autant plus capital qu’Israël reste focalisé sur la sécurisation de ses localités à la frontière nord avec le Liban. Pour l’heure, le souci libanais reste l’arrêt des hostilités qui ont déjà fait au moins 2882 tués, dont 200 enfants. C’est autour de cet objectif - rejeté jusque-là par Israël- que s’ouvriront jeudi les pourparlers de deux jours entre les deux délégations libanaise et israélienne, conduites respectivement par l’ancien ambassadeur Simon Karam et Yechiel Leiter, chef de la mission diplomatique israélienne à Washington, et composées, entre autres, de militaires. Les discussions s’annoncent difficiles en raison des divergences au niveau des priorités. Le Liban veut surtout un respect rigoureux du cessez-le-feu du 17 avril et un arrêt des destructions israéliennes dans les villages frontaliers afin de permettre le retour des Sudistes déplacés. Israël pour sa part exige un plan clair de désarmement du Hezbollah, une condition qu’il avait déjà posé en novembre 2024, dans l’accord de cessez-le-feu qui avait mis fin à la guerre également déclenché par ce groupe pro-iranien, en soutien au Hamas à Gaza. Tel Aviv avait déjà fait savoir qu’il ne se retirera pas de la zone tampon qu’il continue d’élargir au sud, tant que le Hezb restera considéré comme une menace. Comme pour réaffirmer sa détermination à neutraliser ce groupe, l’armée israélienne a intensifié ses frappes mercredi contre des objectifs du Hezbollah, au Liban-Sud. Elle a en outre ciblé quatre voitures sur le littoral du Chouf et au Liban-Sud. Neuf personnes au total ont été tuées, dont deux enfants. Des appels à l’évacuation de villages ont été également lancés. Les habitants de neuf localités dans la ligne de feu israélienne ont été ainsi sommés de les quitter «vers des espaces ouverts». Le sommet de Pékin Au niveau régional, l’attention est portée sur les entretiens que le président américain Donald Trump aura avec son homologue chinois Xi Jinping, au cours de sa visite de deux jours à Pékin où il est arrivé mercredi. Un sommet aux lourds enjeux globaux, du commerce international à la guerre en Iran, en passant par Taïwan. Le président américain devrait notamment solliciter l’aide de la Chine dans sa confrontation diplomatique avec l’Iran. Surtout que celle-ci risque de déboucher sur une reprise des opérations militaires au cas où Téhéran camperait sur ses positions, «inacceptables» pour Washington. Au cœur des tractations, le sort du détroit d’Ormuz que Téhéran reste déterminé à vouloir contrôler «parce que les revenus des droits de péage sont supérieurs à ceux provenant de la vente de pétrole», a insisté Téhéran mercredi. Une option inacceptable pratiquement à l’échelle internationale, en raison de son impact géopolitique stratégique et commercial. Un autre dossier important à l’ordre du jour des discussions de Pékin: la coopération économique à laquelle Donald Trump attache une importance particulière, comme le montre d’ailleurs la composition de la délégation qui l’accompagne, composée d’une quinzaine de chefs d’entreprises de premier rang.

L’incursion au nord du Litani, un «message» à la veille des pourparlers de Washington

Dans l’attente que se précisent les véritables intentions du président Donald Trump concernant la tournure que prendra le bras de fer avec la République islamique, après la fin de non-recevoir américaine à la réponse iranienne aux dernières propositions US de «paix» (mais de quelle «paix» parle-t-on ?), l’attention des milieux politiques a été braquée en ce mardi 12 mai sur les informations faisant état d’une incursion israélienne – la première du genre dans le contexte présent – au nord du Litani. Depuis la funeste guerre déclenchée par le Hezbollah en juillet 2006 – pour des considérations purement iraniennes – toutes les solutions, initiatives et mesures qui étaient au centre des tractations internationales et régionales portaient sur la pacification de la zone située au sud du Litani. La résolution 1701 ainsi que le cessez-le-feu négocié en novembre 2024 – à la suite d’une autre guerre suicidaire déclenchée par le même Hezbollah – portaient sur la fin de toute présence milicienne dans cette zone méridionale bien définie. À la suite de la troisième guerre démentielle – et non moins suicidaire – enclenchée par le parti pro-iranien, le 2 mars 2026, pour venger la mort du Guide suprême de la République islamique, Ali Khamenei, Israël avait annoncé la couleur, d’entrée de jeu, en soulignant sa détermination à établir une zone tampon dans cette même portion du territoire, en l’occurrence au sud du Litani. L’annonce avec grand fracas d’une incursion de l’armée israélienne au nord de ce fleuve et de l’aménagement d’une position fixe dans cette région, à la périphérie de la localité de Zawtar-Est, constitue, en quelque sorte, une «rupture» avec l’ensemble du processus diplomatique et sécuritaire international concernant le Liban-Sud, entretenu depuis août 2006, date du vote par le Conseil de sécurité de la résolution 1701. Tel-Aviv a même fait état d’un affrontement dans ce secteur – qui aurait duré trois jours – avec des miliciens du Hezbollah. L’importance de la divulgation de ce développement majeur réside dans le fait qu’il intervient à la veille du troisième round des pourparlers directs entre le Liban et Israël qui se tiendra jeudi prochain, 14 mai, à Washington sous l’égide de l’administration Trump, et en présence de l’ancien ambassadeur Simon Karam (ce qui donne une nouvelle dimension politique à ces discussions bilatérales). Le message à l’adresse du pouvoir libanais paraît clair: si aucun progrès tangible n’est réalisé au niveau du désarmement de la milice du Hezbollah, comme le stipulent la 1701 et l’accord de cessez-le-feu de novembre 2024, l’armée israélienne ne se contentera pas de limiter son action au sud du Litani, comme indiqué au départ, mais n’hésitera pas à étendre ses opérations en franchissant le fleuve vers le nord. Cette éventualité a d’ailleurs été évoquée explicitement par le pouvoir politique à Tel-Aviv. Certaines sources vont même jusqu’à faire état d’une possible avancée de Tsahal jusqu’au Zahrani, au sud de Saïda… L’État hébreu pourrait justifier une telle escalade dans ses opérations militaires dans la région méridionale du pays en prenant pour prétexte la recrudescence des attaques du parti pro-iranien contre le nord d’Israël. Pas plus tard que dans la soirée de mardi, plusieurs drones munis d’explosifs se sont ainsi abattus, en provenance du Liban-Sud, en territoire israélien, à proximité de la frontière, faisant des blessés dans les rangs des militaires. Le volet régional Alors que la tension monte sur le front libanais, l’incertitude continue de marquer la situation sur le front iranien. Ce dossier explosif sera longuement discuté au cours de la visite que le président Donald Trump effectuera au milieu de cette semaine en Chine, qui entretient des liens étroits avec la République islamique. Le chef de la Maison Blanche a déclaré mardi sur ce plan qu’il n’a pas l’intention de faire preuve de «précipitation» au sujet de l’Iran, mettant l’accent sur l’importance de l’impact du blocus naval imposé aux ports iraniens. Mais dans le même temps, le président américain a souligné qu’il n’est pas dupe des manœuvres de tergiversation du régime iranien. Une petite phrase qui rejoint les précédentes déclarations du chef de la Maison Blanche qui a souligné à plusieurs reprises qu’il est grand temps de mettre un terme aux nombreuses agressions meurtrières et déstabilisatrices perpétrées contre les pays occidentaux et les États du Moyen-Orient par la République islamique «qui nous mène en bateau depuis 47 ans», comme l’a relevé, fort à propos, le président américain en début de semaine.

Salam à Damas pour «régler les questions en suspens»
Par
LevantTime .
Publié
mai 9, 2026 - 20:17

La journée de samedi au Liban a été marquée par la visite du Premier ministre libanais Nawaf Salam à Damas, où il a été reçu par le président syrien Ahmad al-Chareh. Une visite qui revêt une importance particulière en ces circonstances pour plusieurs raisons: d’une part les questions en suspens entre les deux pays comme la sécurité des frontières, la finalisation du dossier des prisonniers syriens au Liban, et autres ; d’autre part l’offensive israélienne au sud du Liban, alors même que des incursions israéliennes au sud de la Syrie ont eu lieu ces derniers mois ; enfin, le contexte du processus de négociations directes entre le Liban et Israël lancé par les autorités libanaises et parrainé par Washington, et dans le cadre duquel le Liban aurait intérêt à élargir ses contacts dans la région. Sans oublier que la Syrie a démantelé récemment, à plusieurs reprises, des réseaux que les autorités syriennes disent reliés au Hezbollah, qui œuvraient, selon elles, à déstabiliser le régime de Damas, à un moment où les autorités libanaises peinent à désarmer ce même Hezbollah et recouvrer leur autorité sur le territoire libanais. A la clôture de sa visite de quelques heures à Damas, Nawaf Salam a assuré que la visite avait pour but « de renforcer les relations bilatérales à tous les niveaux », soulignant que « les entretiens ont permis d’aborder des questions encore en suspens ». Dans une déclaration à la presse, il a précisé que les deux pays avaient souffert d’ingérences mutuelles par le passé, qu’ils ont ouvert « une nouvelle page » et qu’il était là pour « faire avancer les relations ». Le Premier ministre a particulièrement mentionné « les défis communs auxquels font face le Liban et la Syrie dans un cadre de développements régionaux rapides », ainsi que les dossiers des prisonniers syriens au Liban (conformément à un accord visant à les renvoyer en Syrie, qui est en cours d’application), celui des détenus libanais dans les geôles syriennes de l’ancien régime, dont le sort est toujours inconnu, ainsi que celui de la lutte contre la contrebande aux frontières des deux pays. Et, évidemment, celui du retour « sécurisé et digne » des réfugiés syriens vers leur pays. Le Liban a accueilli près de deux millions d’entre eux durant la guerre syrienne, et des centaines de milliers demeurent sur son territoire. Frappes israéliennes d’une rare violence Alors que le Premier ministre était occupé à « consolider » les relations avec le voisin de l’est, celui du Sud continuait de bombarder des localités libanaises de plus en plus nombreuses. Cette journée de samedi était encore plus violente et meurtrière que celles qui l’ont précédée. Elle a commencé par un appel israélien à l’évacuation de neuf nouveaux villages au Sud. Les frappes israéliennes se sont poursuivies toute la journée, au Sud et dans la Békaa comme à Nabi Chit, faisant plusieurs nouveaux tués et blessés, qui viennent s’ajouter à un bilan très lourd de plus de 2700 victimes depuis le 2 mars. La frappe qu’on retiendra ce samedi est celle qui a visé une voiture de passage dans une localité du Chouf dans le Mont-Liban, Jahiliyeh, atteinte pour la première fois depuis le début de cette guerre le 2 mars. Elle a fait trois morts dans cette voiture. Si on y ajoute plusieurs frappes de drones ayant ciblé des véhicules ou des bâtiments hors de la région frontalière, dans le périmètre de Saïda et plus au nord, faudrait-il en conclure que les Israéliens procèdent à une extension de leur offensive au Liban? Le Hezbollah n’est pas en reste : il a multiplié ce samedi ses frappes de drones vers le nord d’Israël, visant particulièrement des rassemblements de militaires. Des drones « explosifs » qui représentent un réel défi pour les Israéliens car difficilement détectables, et qui ont fait deux blessés au moins au nord du pays, un officier et un soldat, ce dernier étant grièvement blessé selon l’armée israélienne. La réponse iranienne se fait attendre Sur le front iranien, la journée a été plus ou moins creuse. Le président américain Donald Trump avait déclaré vendredi soir attendre une réponse iranienne à la dernière proposition américaine en date, qui n’a visiblement pas encore été donnée au moment d’écrire ces lignes. La diplomatie iranienne tente-t-elle d’imposer son propre rythme, ou les dissensions dans l’intérieur iranien sont-elles devenues trop importantes pour produire une réponse claire aux propositions américaines ? Cette deuxième option est en tout cas celle retenue par un rapport américain relayé par des médias. A retenir ce samedi : le scepticisme affiché par le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, qui a exprimé son doute quant au « sérieux de la diplomatie américaine dans les tractations en cours pour une issue au conflit au Moyen-Orient », évoquant les « multiples violations au cessez-le-feu ». Des échanges de tirs avaient eu lieu la veille dans des zones proches du détroit d’Ormuz, toujours fermé de facto depuis le début de ce conflit, le 28 février dernier. Entre-temps, Londres a annoncé envoyer un destroyer, le HMS Dragon, en Méditerranée, en prévision du déploiement d'une mission internationale de sécurisation du transport maritime dans le détroit d'Ormuz, selon l’AFP.

Pour Téhéran, Ormuz vaut une bombe atomique
Par
LevantTime .
Publié
mai 9, 2026 - 01:43

Alors qu’une brève confrontation navale a opposé les Américains aux Iraniens dans le détroit d’Ormuz, un conseiller du guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, a déclaré vendredi que ce passage maritime, par lequel transite 20 % du brut mondial, représentait «une opportunité aussi précieuse qu’une bombe atomique». «Nous avons négligé pendant des années l’atout que représente le détroit d’Ormuz. Disposer d’une position permettant d’influencer l’économie mondiale par une seule décision constitue une opportunité majeure», a déclaré Mohammad Mokhber, réputé proche de l’aile dure du régime des mollahs. Une réflexion qui donne à penser sur la véritable stratégie de l’Iran, alors que chaque déclaration est scrutée à la lumière des soupçons, fondés ou non, de divisions au sein de la classe dirigeante à Téhéran. Cette fracture transparaît chaque fois que les positions modérées des « colombes » du régime iranien sont contredites par les déclarations incendiaires des responsables des Pasdaran. Dans le détroit contesté, dans la nuit de jeudi à vendredi, les forces américaines ont affirmé avoir «riposté» après que trois de leurs destroyers lance-missiles eurent été attaqués par des «missiles, drones et petites embarcations» iraniens alors qu’ils franchissaient Ormuz en direction du golfe d’Oman. Téhéran a dénoncé «une violation flagrante du droit international et du cessez-le-feu», tandis qu’un responsable iranien a fait état de dix marins blessés et de cinq disparus après une attaque américaine contre un cargo iranien. L’attaque contre les navires américains a été qualifiée de «broutille» par le président américain Donald Trump, qui a estimé qu’elle ne remettait pas en cause le maintien du cessez-le-feu. Mais les affrontements se sont poursuivis vendredi, menaçant davantage la trêve, alors que Washington attend toujours une réponse de Téhéran à sa dernière proposition visant à mettre durablement fin aux hostilités. Comme à l’accoutumée, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, a indiqué que l’Iran «étudiait toujours la proposition», affichant une posture de fermeté ou un apparent sang-froid, alors même que le pays a subi d’importantes destructions et que son économie est exsangue. Négociations libano-israéliennes à Washington Au Liban, le président Joseph Aoun a reçu le diplomate Simon Karam et « lui a donné ses directives » avant son départ pour Washington, où est prévue le 14 mai une réunion avec la délégation israélienne, selon un communiqué de la présidence. L’ambassadrice libanaise à Washington, le chargé d’affaires adjoint ainsi qu’«un militaire» feront partie de la délégation, a précisé la même source. «Le Liban attend de ces négociations trois objectifs essentiels : consolider le cessez-le-feu, obtenir le retrait d’Israël (…) et étendre l’entière souveraineté de l’État sur le territoire national», a déclaré pour sa part le ministre des Affaires étrangères, Youssef Raggi. La première réunion entre les deux pays, qui n’entretiennent pas de relations diplomatiques, s’était tenue le 14 avril à Washington. Il s’agissait de la première rencontre de ce type depuis 1993. Le président américain Donald Trump avait annoncé, à l’issue de la seconde réunion organisée à la Maison Blanche, une prolongation de trois semaines du cessez-le-feu en vigueur depuis le 17 avril entre les deux pays. Au Liban-Sud, le Hezbollah, qui a entraîné le Liban dans la guerre le 2 mars en soutien à son allié iranien, a revendiqué vendredi deux attaques contre des bases militaires dans le nord d’Israël, en réponse à des frappes israéliennes menées au Liban et qui ont fait, le même jour, dix morts. Le Hezbollah avait auparavant indiqué avoir lancé des missiles contre une base militaire proche de la ville de Nahariya, en représailles à des frappes israéliennes. Les bombardements israéliens ont tué vendredi dix personnes, dont deux enfants et trois femmes, dans quatre localités du sud du Liban, selon le ministère libanais de la Santé. La Défense civile a également annoncé plus tôt la mort de l’un de ses secouristes, tué dans une frappe.

Téhéran joue la montre, escalade israélienne au Liban
Par
LevantTime .
Publié
mai 8, 2026 - 00:37

Face à l’impatience du président américain, Donald Trump, soucieux d’avancer sur le dossier des négociations avec l’Iran avant sa visite, la semaine prochaine en Chine, Téhéran joue la carte du détachement étudié. Jeudi, la République islamique n’avait toujours pas donné sa réponse à la proposition américaine, annoncée mardi par le président Trump, pour mettre fin durablement à la guerre lancée le 28 février. Selon la chaîne américaine CNN, celle-ci devrait intervenir dans les «prochaines heures». Deux explications peuvent être données à la désinvolture de façade affichée par la République islamique. La première tient au fait que Téhéran pense toujours pouvoir manœuvrer et miser sur le facteur temps, dans l’espoir de limiter au maximum les concessions à consentir aux Américains ou, du moins, d’amener ces derniers à revoir leurs conditions à la baisse. L’autre explication serait en rapport avec les divisions internes en Iran, qui empêcheraient l’élaboration d’une réponse unifiée, en dépit des efforts déployés par le régime des mollahs pour mettre en relief ce qu’il appelle la cohésion interne. C’est dans ce cadre d’ailleurs qu’il est possible de situer l’annonce faite jeudi par président iranien Masoud Pezeshkian au sujet d’une réunion «de deux heures» qu’il a dit avoir tenu «récemment» avec le nouveau guide spirituel Mojtaba Khamenei, «dans un climat de confiance et de dialogue direct». Ce dernier, rappelons-le, n'a pas été vu en public depuis sa nomination début mars et a été blessé pendant la guerre, dans les frappes qui ont coûté la vie à son père et prédécesseur, Ali Khamenei. Si l'Iran considère que les États-Unis cherchaient à forcer sa «reddition», il s'est gardé de claquer la porte, le porte-parole de sa diplomatie, Esmaïl Baghaï, affirmant que son pays «examinait toujours le plan et la proposition américaine». Dans ce même contexte, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a eu un entretien téléphonique avec son homologue pakistanais Ishaq Dar, (dont le pays assume le rôle de médiateur entre Téhéran et Washington) au cours duquel il aurait mis l’accent sur «l’importance de maintenir le dialogue et la diplomatie», selon les agences de presse iranienne. Celles-ci ont indiqué que la discussion a porté sur «l’actualité régionale et les efforts pour renforcer la coopération entre les pays de la région». Au cours des deux derniers jours, Téhéran a soufflé le chaud et le froid concernant le dialogue avec les États-Unis qui s’apprêtent, avec les États du Golfe à soumettre au Conseil de sécurité de l’ONU, un projet de résolution exigeant que l’Iran cesse ses attaques, révèle l'emplacement de ses mines et s'abstienne d'imposer un péage à la navigation. Un vote devrait intervenir dans les prochains jours. Cette initiative, rappelle-t-on, est consécutive à l’attaque iranienne contre les Émirats arabes unis, menée lorsque Washington a décidé de débloquer le détroit d’Ormuz et d’escorter les navires coincés dans le Golfe persique et la mer d’Oman. D’ailleurs, les Émirats arabes unis ont annoncé à leur tour jeudi, la création d'un comité chargé de documenter les attaques menées par l'Iran dans le pays du Golfe et leurs conséquences, en vue d'une possible action judiciaire. L’opération américaine, baptisée «Project freedom» (Projet de liberté), lancée lundi, aurait duré moins de 24 heures, le président Trump ayant décidé de la suspendre, en attendant la réponse de Téhéran à ses propositions. Mais selon la chaîne américaine NBC News, le revirement de M. Trump sur son projet d'escorte de navires à Ormuz est notamment intervenu après que l'Arabie saoudite a refusé d’autoriser les forces américaines à utiliser son espace aérien et ses bases pour cette opération. À en croire le Washington Post cependant, Ryad et le Koweit ont levé cette interdiction. Quoi qu’il en soit, au cas où la République islamique réagirait favorablement à la dernière proposition de Trump, l’annonce de la fin de la guerre devrait normalement être associée d’une réouverture du détroit d’Ormuz. Sinon, le président américain reste déterminé, du moins dans ses déclarations, à reprendre des frappes ciblées contre l’Iran, en dépit d’une opposition intérieure à cette guerre. Dans ce contexte, des élus démocrates ont réclamé la fin du silence de Washington sur la posture nucléaire d’Israël. Possible signe annonciateur d'une évolution sur le terrain, le porte-avions Charles-de-Gaulle va se prépositionner dans la région du Golfe, selon les autorités françaises, au moment où la coalition montée par Londres et Paris se tient prête à sécuriser le détroit d'Ormuz après un éventuel règlement. Mais les signes de bonne volonté européenne s’arrêtent à ce stade. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a laissé entendre jeudi qu’une levée des sanctions contre l’Iran n’est pas envisagée pour le moment. Elle dépendrait de ce qui pourrait être décidé pour le détroit d’Ormuz et serait maintenue tant que ce passage maritime stratégique reste fermé, a-t-il dit à la radio française RTL. Le ministre français a rappelé qu'un détroit était «un bien commun de l'humanité qui ne peut en aucun cas bloqué, ni faire l'objet de péages, ni même faire l'objet de chantage», exprimant ainsi indirectement des réserves au sujet d’un possible accord irano-américain pour l’exploitation de ce détroit. Dialogue libano-israélien la semaine prochaine Alors que le dossier irano-américain fait du surplace, celui des pourparlers libano-israéliens semble avancer à vive allure. Selon la chaîne libanaise, MTV, une troisième rencontre est prévue à Washington, jeudi et vendredi prochains, mais en présence, cette fois, de l’ancien ambassadeur Simon Karam, chargé par les autorités libanaises de mener les négociations avec la délégation israélienne. L’objectif premier de ce round sera d’obtenir un arrêt des attaques et des opérations de destructions israéliennes au Liban-Sud. Une ambition qu’on peut juger difficile au vu de la détermination d’Israël d’affaiblir au maximum la formation pro-iranienne et de continuer, dans ce contexte, de liquider ses cadres. L’assassinat d’Ahmad Ghaleb Ballout, commandant de la force d’élite al-Radwane du Hezbollah, risque de compliquer davantage la tâche des négociateurs libanais. D’autant que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a clairement fait savoir jeudi, en revendiquant cette opération, qu’Israël demeurait déterminé à traquer les cadres du Hezbollah. «Je le dis à nos ennemis de la manière la plus claire qui soit: aucun terroriste n'a d'immunité. Quiconque menace l'Etat d'Israël mourra en raison de sa faute», a-t-il dit. Une façon de signifier clairement à l’Iran que le dossier du Hezbollah reste dissocié des négociations à venir entre Téhéran et Washington. Dans le même temps, l’aviation israélienne s’acharnait jeudi contre plusieurs localités du Liban-Sud, ciblant en particulier la ville de Nabatiyé et les localités du caza du même nom. Comme presque tous les jours, l’armée israélienne a ordonné aux habitants de trois villages du sud, situés loin de la frontière, d’évacuer, alors que le Hezbollah revendiquait à son tour une série d’attaques contre des positions israéliennes au sud du Liban. Loin de la guerre, un élément-clé de la journée mérite d’être relevé. Il s’agit de la visite officielle que le Premier ministre Nawaf Salam compte effectuer samedi à Damas, à la tête d’une délégation de son gouvernement. À l’ordre du jour des discussions, une série de questions liées à la coopération bilatérale. L’agenda avait été préétabli, mais la guerre n’avait plus permis au gouvernement d’en assurer le suivi. Un autre fait à souligner, la tentative d’assassinat d’un député du bloc parlementaire du Parti socialiste progressiste (PSP), Hadi Aboul Hosn, à Qoubbei, dans le Mont-Liban. Un homme qui a pu être identifié et arrêté a lancé une grenade contre le parlementaire, mais celle-ci n’a pas explosé. Au plan international, on retiendra la visite au Vatican du Secrétaire d’État Marco Rubio, dont la mission consiste à apaiser les tensions entre le Saint-Siège et Washington, suite aux critiques du Trump à l’encontre du pape, à cause des positions du souverain pontife au sujet de la guerre au Moyen-Orient. Selon une source du département d'Etat, Léon XIV et Marco Rubio ont eu jeudi au Vatican un entretien «amical et constructif».

Iran-US: 48 heures décisives, perspectives de paix et escalade verbale
Par
LevantTime .
Publié
mai 6, 2026 - 23:34

Sur le front irano-américain, le 6 mai a été une longue journée d’escalade verbale et de déclarations contradictoires. Celles-ci font suite à l’annonce surprise du président américain Donald Trump concernant la fin de la phase offensive du conflit, l’opération baptisée «Projet Liberté», dans le détroit d’Ormuz, tout en maintenant le blocus sur les ports iraniens. Un rapport largement repris par la presse et publié par le média américain Axios, en début de journée, relaie des informations sur la possibilité d’un accord prochain entre Téhéran et Washington. Il fait état notamment de 48 heures très décisives pour conclure la paix. Le rapport énumère les points importants qui seraient au cœur d’éventuels pourparlers, notamment un report de l’enrichissement nucléaire pour un nombre encore indéterminé d’années, contre un déblocage de fonds réservés à l’Iran et une levée des sanctions. Devrait s’ensuivre une réouverture totale du détroit d’Ormuz. La possibilité d’un accord prochain a été exprimée également par une source pakistanaise (le médiateur dans cette guerre) à Reuters. Dans ses multiples déclarations durant la journée, Trump a précisé que la perspective d’un accord serait proche, que l’uranium enrichi en Iran allait être exporté vers les États-Unis, et que des observateurs seront admis sur le territoire iranien. Bien qu’il semble pressé de décrocher un succès sur le front iranien avant son voyage en Chine la semaine prochaine, le président américain a écarté la possibilité de négociations bilatérales directes dans un proche avenir, étant donné l’état actuel des contacts. Il n’a cependant pas abandonné son langage de menaces, assurant qu’il bombarderait l’Iran avec une intensité inédite si un accord n’est pas conclu. Par ailleurs, un rapport des services de sécurité américains, relayé par Reuters, indique que le ministère américain de Sécurité intérieure estime que la guerre en Iran est un «mobile possible» de la dernière tentative d’assassinat de Trump, le 26 avril dernier, à Washington. Côté iranien, les sons de cloches restent tout aussi disparates. Une source du ministère des Affaires étrangères a assuré que la feuille américaine est sous étude, selon une agence de presse iranienne. Plus tard, le ministère iranien a confirmé que l’échange de propositions se poursuivait par le biais du Pakistan. Toutefois, durant la journée, un député iranien a écrit sur X que le rapport d’Axios «reflète les souhaits des Américains» plutôt que la réalité. Le président du Parlement Mohammad Ghalibaf a lui aussi haussé le ton, accusant les Américains d’essayer de faire plier les Iraniens par la pression économique et de compter sur les divisions internes, pariant sur l’échec de ces tentatives. Ce personnage devenu central dans la vie politique iranienne cherche-t-il à masquer ce que de nombreux rapports font fuiter de l’intérieur iranien sur les profondes dissensions au sein d’un régime mis à mal par la guerre? Sur le terrain, un navire de la compagnie française CMA-CGM a été touché mercredi par des tirs iraniens, signe d’une hausse des tensions et des risques qui persistent sur le détroit. Autre information du jour: le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi s’est dirigé vers la Chine après la Russie. Ses déclarations mettent sciemment en exergue l’importance de l’allié chinois. Il a dit avoir informé son homologue chinois que son pays est «sérieux» dans les négociations avec Washington, mais n’acceptera pas moins qu’un accord «juste et global». De son côté, son homologue chinois a assuré que son pays «est prêt à aider pour réduire les tensions». Les deux pays sont liés par des liens commerciaux importants, notamment l’exportation d’hydrocarbures d’Iran à prix préférentiels. Selon plusieurs observateurs, la Chine serait la vraie cible de ce conflit, et elle est la destination de Trump dans quelques jours. Liban-Israël: des négociations au rythme des frappes israéliennes Sur le front libanais, le processus de négociations directes va de l’avant, avec des informations sur une possible nouvelle rencontre la semaine prochaine entre les délégations libanaise et israélienne à Washington, au Département d’État. Ces nouveaux pourparlers seraient dirigés par l’ancien ambassadeur Simon Karam, en présence probablement d’un représentant militaire, outre l’ambassadrice Nada Mouawad. La question d’une rencontre entre le président libanais Joseph Aoun et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, comme le souhaite le président américain, à la Maison Blanche, n’a pas encore été tranchée, sachant que la position libanaise à ce stade reste la même. Joseph Aoun estime que cette rencontre ne se justifie pas pour le moment. La journée du 6 mai a aussi connu une éclaircie dans les relations tendues entre deux pôles essentiels du pouvoir, Joseph Aoun et le président du Parlement Nabih Berry (également chef d’Amal, allié du Hezbollah). Le premier signe de cette détente a été une rencontre entre le Premier ministre Nawaf Salam et Nabih Berry, au siège de la présidence du Parlement à Aïn el-Tiné, Beyrouth. Celle-ci serait un premier pas vers la tenue de la réunion reportée entre les trois hommes au palais présidentiel de Baabda. L’autre a été une déclaration de Berry à la chaîne panarabe al-Jazeera, dans laquelle il a affirmé que «la relation avec la présidence de la République est solide et importante pour la stabilité». Il a aussi estimé que «n’importe quel accord avec Israël devrait comprendre des garanties car Tel Aviv ne respecte pas ses engagements». Nawaf Salam a lui aussi abordé ce sujet mardi dans une conférence de presse, estimant que les négociations ne visent pas la «normalisation» mais la «paix». Il a insisté sur le retrait israélien complet des territoires libanais suivant un calendrier précis. Concernant une potentielle rencontre entre Aoun et Netanyahu à Washington, il a jugé prématurée une telle réunion, insistant sur la consolidation du cessez-le-feu qui est violé quotidiennement par les deux belligérants, le Hezbollah et l’armée israélienne, au Sud du pays. L’autre partie très importante de la déclaration du Premier ministre est celle en relation avec un réexamen du plan libanais sur le monopole des armes, en d’autres termes le désarmement des milices et notamment le Hezbollah (décidé à la base en août 2025 et mis en pratique par l’armée libanaise, des efforts neutralisés depuis la reprise de la guerre). Nawaf Salam a évoqué une option qui revient de plus en plus souvent dans le discours politique: le déploiement d’une «force internationale» au sud du Liban, alors que le mandat de la Force intérimaire des nations unies pour le Liban (Finul) touche à sa fin. Avis d’évacuation dans la Békaa-Ouest et raid sur la banlieue-sud Les tensions entre les violations israéliennes quotidiennes du cessez-le-feu et les attaques du Hezbollah se cristallisent au sud du pays. Cette dynamique conflictuelle persiste depuis l’entrée en vigueur de la trêve, le 16 avril. Avec deux développements graves en cette journée du 6 mai: un raid en soirée sur la banlieue-sud de Beyrouth (dans le secteur de Ghobeiri, le premier depuis le 16 avril) et l’inclusion d’un village de la Békaa-Ouest, le premier hors du sud, dans les avis israéliens d’évacuation, celui de Zallaya. Cette localité a effectivement été la cible de raids avec au moins un mort, son président de municipalité, dont la maison a été touchée directement. Pour ce qui est de la frappe sur la banlieue-sud de Beyrouth, l’armée israélienne a rapidement publié un communiqué, assurant que «le raid a été mené avec l’assentiment de Netanyahu», et qu’elle visait le chef de la force al-Radwane du Hezbollah, Malek Ballout. Netanyahu a d’ailleurs lui-même a annoncé peu après la cible de la frappe, assurant qu’elle visait à «faire échouer les plans» de cette force d’élite du Hezbollah. Un peu plus tard, la chaîne 14 israélienne a confirmé l’assassinat de ce responsable et d’autres responsables de cette formation, qui se trouvaient tous dans le complexe visé. Pour ce qui est de la situation au Liban-Sud, elle reste inchangée, avec des avis d’évacuation impliquant douze villages au moins, et une poursuite des combats. Le chef d’état-major israélien, Eyal Zamir, qui a effectué une tournée dans le secteur frontalier, a assuré que l’armée israélienne se tenait prête à étendre son action contre le Hezbollah, en vue de contribuer à son démantèlement et son affaiblissement. Mais la vraie surprise est venue du… Vatican. Le pape Léon XIV lui-même a tenu à appeler les prêtres des villages chrétiens résistants à la frontière, dans la zone déjà occupée par Israël. Une initiative prise avec le nonce apostolique Paolo Borgia, qui s’est illustré par ses visites à ces villages malgré les risques. Au cours de ce moment décrit comme «émouvant» par les prêtres, selon l’agence al-Markazia, le pape a rassuré les ecclésiastiques et les a encouragés à la patience.

Washington annonce la fin de la phase offensive contre l’Iran
Par
LevantTime .
Publié
mai 6, 2026 - 01:26

Après une journée marquée par des déclarations incendiaires de toutes parts, les États-Unis, par la voix du chef de la diplomatie Marco Rubio, ont assuré tard mardi soir (heure de Beyrouth) que la phase offensive du conflit avec l’Iran était «finie». Lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche, le secrétaire d’État US a affirmé que Washington se trouvait désormais dans une phase «défensive», en allusion à la nouvelle opération annoncée par Donald Trump et baptisée «Projet Liberté». « L’opération “Fureur épique” est terminée, comme le président l’a signifié au Congrès. Nous avons passé ce stade », a-t-il ajouté. Marco Rubio a précisé que cette opération visait à secourir les équipages de navires bloqués dans le détroit d’Ormuz. Les États-Unis n’ouvriront pas le feu, mais riposteront «avec une efficacité mortelle» en cas d’attaque. Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a confirmé lors d’un autre point de presse que le cessez-le-feu n’était pas terminé, malgré des échanges de tirs récents entre marines américaine et iranienne, ainsi que des missiles ayant visé les Émirats arabes unis lundi. L’Iran a « catégoriquement » démenti toute implication dans ces frappes. Le président américain Donald Trump s’est abstenu d’accuser l’Iran directement d’avoir violé la trêve en vigueur depuis le 8 avril: « Ils savent ce qu’ils ont à faire (…) et ce qu’ils ne doivent pas faire », a-t-il déclaré. «Nous sommes dans un petit accrochage sur le plan militaire. Je parle d’“accrochage” parce que l’Iran n’a aucune chance», a-t-il ajouté, évoquant auparavant une «mini-guerre» et même une «petite excursion». «Le Hezbollah, principal obstacle à la paix» Marco Rubio a également déclaré qu’un accord de paix entre le Liban et Israël était «imminent». «Le problème entre Israël et le Liban, ce n’est ni Israël ni le Liban, c’est le Hezbollah», a-t-il affirmé. «Ce qui doit se produire au Liban, c’est la mise en place d’un gouvernement capable de s’attaquer au Hezbollah et de le démanteler», a-t-il ajouté. Téhéran exige, de son côté, que tout accord mettant fin à la guerre avec l’Iran inclue également l’arrêt des attaques israéliennes au Liban, une position que Washington rejette en affirmant que ces dossiers sont distincts. À Berlin, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a affirmé, après une rencontre avec son homologue allemand Johann Wadephul, qu’«Israël n’a aucune ambition territoriale au Liban» et cherche à «protéger ses citoyens » tant que «le Hezbollah et les autres factions terroristes» ne sont pas démantelés. Il a rappelé qu’Israël s’était retiré du Liban en 2000 et de Gaza en 2005. Saar a également critiqué le gouvernement libanais pour ne pas avoir «débarrassé le Liban-Sud des armes du Hezbollah», estimant que «les efforts ont été très limités». Ces propos ont reçu un soutien nuancé de la part de Berlin: Johann Wadephul a jugé «nécessaire» le stationnement de troupes israéliennes dans la zone et condamné «avec la plus grande fermeté» les attaques du Hezbollah, tout en soulignant que «le Liban ne doit pas devenir un théâtre de guerre où les civils paient le prix». Une source israélienne citée par CNN a indiqué qu’Israël envisagerait d’intensifier ses frappes contre le Hezbollah si la trêve avec l’Iran s’effondrait. Selon cette même source, Benjamin Netanyahu aurait informé Donald Trump de la volonté d’Israël de reprendre des combats de haute intensité, alors que l’armée fait pression pour lever certaines restrictions américaines afin de reprendre ses frappes au nord du fleuve Litani. En Israël, le nouveau chef de l’armée de l’air, le général Omer Tischler, s’est dit prêt à déployer « toute la force aérienne » contre l’Iran « si nécessaire », lors de la cérémonie de prise de poste. Une “cellule liée au Hezbollah” démantelée en Syrie Le ministère syrien de l’Intérieur a annoncé mardi le démantèlement d’une cellule liée au Hezbollah, accusée de préparer des assassinats de responsables. Selon les autorités, la cellule était prête à passer à l’action, notamment pour mener des assassinats ciblés. Onze personnes ont été arrêtées, sans précision sur leur nationalité. Des armes, munitions, grenades, explosifs et équipements de surveillance ont été saisis. Le Hezbollah a «catégoriquement démenti» ces accusations, affirmant ne mener «aucune activité» en Syrie, rappelant avoir déjà rejeté des accusations similaires les 12 et 19 avril.

L’offensive navale américaine à Ormuz redistribuera-t-elle les cartes?

La semaine s’est ouverte sur un nouveau chassé-croisé diplomatique et un risque d’escalade militaire entre l’Iran et les États-Unis. Washington a fait monter d’un cran sa pression sur la République islamique qui a réagi en tirant des missiles contre…les Émirats arabes unis. Au cœur de ce nouveau bras-de-fer, c’est, encore et toujours, le détroit stratégique d’Ormuz que la Marine américaine a réussi à débloquer lundi, au grand dam de Téhéran, en escortant les navires dans les eaux territoriales émiraties, rapidement visées par l’armée iranienne. À en croire diverses sources médiatiques américaines, la dernière proposition iranienne soumise par Téhéran pour une reprise des pourparlers avec Washington n’était pas trop mauvaise. Mais elle ne correspondait pas réellement aux attentes de Donald Trump, surtout pour ce qui a trait au dossier du nucléaire, que les Iraniens cherchent à repousser autant que possible, et au contrôle exercé par l'Iran sur le détroit d'Ormuz, bloqué depuis le début de la guerre. D’ailleurs, dans ses commentaires vendredi et samedi, le président américain ne l’avait pas rejetée. Il avait seulement fait part de son «insatisfaction» et jugé que les conditions iraniennes n’étaient pas encore «acceptables». Des amendements au document ont été soumis, via le médiateur pakistanais, aux Iraniens, supposés y répondre dans le courant de la semaine. Mais dans l’attente de cette réponse, Trump a accentué la pression sur Téhéran. Il a annoncé, tambour battant dimanche soir, une opération militaire baptisée «Project Freedom» (Projet Liberté) visant à rétablir la liberté de circulation dans le détroit d’Ormuz. L’opération en question consiste à aider les navires coincés depuis deux mois dans le Golfe arabique et la mer d’Oman, à traverser «en toute sécurité». Cette décision impromptue, expliquée par un ras-le-bol de Trump face aux atermoiements iraniens, a fait immédiatement monter la tension dans la région. L’Iran a tout de suite réagi en menaçant d’attaquer les navires qui s’aventureraient dans cette voie de passage qu’il contrôle. Elle soulève surtout des interrogations quant à ses véritables motivations, présentées par le président américain comme étant d’ordre «humanitaire». Donald Trump cherche-t-il à désorienter son adversaire pour le pousser à s’engager, sans perdre du temps, dans des pourparlers suivant les conditions américaines? Essaie-t-il de montrer à Téhéran, en attendant la reprise des négociations à Islamabad, qu’il n’a aucun pouvoir sur cette voie de passage qui relève du droit international, au moment où la République islamique impose un droit de péage aux cargos qu’elle autorise à traverser? Cherche-t-il à entraîner Téhéran dans une nouvelle guerre que son allié israélien est prêt à reprendre? Ou tente-t-il d’alléger la pression sur les marchés pour initier une baisse du prix du pétrole? La réponse peut être la somme des quatre. Les prix du pétrole se sont d’ailleurs stabilisés lundi sur les marchés asiatiques, avec un baril de Brent, la référence mondiale du brut, à 109,29 dollars, bien loin des 126 dollars de jeudi. Selon le site d’informations Axios, qui cite un officiel américain Donald Trump en a surtout assez de cette situation de «ni guerre ni paix» et veut un accord au plus vite avec Téhéran, sans exclure un grand coup militaire au cas où la République islamique continuerait de miser sur le facteur temps. Salves de missiles contre les EAU Déterminé à ne pas se laisser intimider, l’Iran a réagi par des menaces qu’il a vite mis à exécution, sans pour autant oser cibler directement les navires de guerre américains. Après la mise en garde du commandement militaire iranien qui avait prévenu qu'il compte «cibler et attaquer» l'armée américaine si elle s'approchait du détroit d'Ormuz, des missiles de croisière, des roquettes et des drones de combats iraniens ont été tirés une première fois «en guise d’avertissement» contre le Golfe arabique, ciblant soi-disant des frégates de l'armée américaine. Dans un développement grave, ces tirs ont été cependant suivis d’au moins trois autres salves qui ont visé différents sites aux Émirats arabes unis. Le ministère émirati de la Défense a annoncé que des missiles de croisière ont été interceptés «au-dessus de leurs eaux territoriales et de Dubaï». Trois ressortissants indiens ont été blessés dans une frappe qui a visé lundi le site pétrolier de Fujairah, où un incendie s’est déclaré. Les salves sont intervenues après que le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) ait annoncé une première mission d’escorte navale réussie. «Des destroyers lance-missiles de la Marine américaine opèrent actuellement dans le Golfe après avoir franchi le détroit d'Ormuz dans le cadre du «Projet Liberté». Les forces américaines contribuent activement aux efforts pour rétablir le trafic maritime commercial», a écrit le commandement américain pour la région sur son compte X. «Dans un premier temps, deux navires marchands battant pavillon américain ont traversé avec succès le détroit d'Ormuz et poursuivent leur trajet», a-t-il précisé. Il devait ensuite promette de réagir aux attaques iraniennes «conformément aux instructions du président Donald Trump». Ce dernier a pour sa part menacé de «raser l’Iran de la surface de la terre s’il frappe des navires militaires américains». Dans sa guerre d’usure contre l’Iran, le président américain venait cependant de marquer un nouveau point, en privant Téhéran d’un important levier de pression, au risque de déclencher un nouveau round de combats. Donald Trump avait averti dimanche soir, en annonçant l’opération «Project Freedom», qu’il «traiterait par la force» toute tentative iranienne de la perturber. Selon le Centcom l’opération en question implique des destroyers lance-missiles, plus d'une centaine d'aéronefs et 15 000 soldats. Reste à voir comment les Iraniens vont réagir au cours des prochains jours à ce nouveau défi américain, qui a suscité des réactions mitigées à l’échelle européenne. Le président français Emmanuel Macron, a fait part de son scepticisme, estimant que le cadre de l’opération américaine «n’est pas clair» et que la réouverture du détroit devrait être le fruit d’une décision «concertée entre l’Iran et les États-Unis». Parallèlement, le Premier ministre britannique Keir Starmer a jugé que la réouverture de ce passage maritime représente «une priorité économique vitale» mais est resté réservé au sujet de l’opération «Project Freedom». Et au Liban? Au Liban, c’est une épreuve de force de tout un autre genre qui continue de se dérouler, avec pour toile de fond, les négociations directes à venir entre Beyrouth et Tel Aviv. Washington reste déterminé à accélérer ce processus censé mettre un terme à la guerre qui reste pour l’heure limitée au Liban-Sud, entre Israël et le Hezbollah, et régler pour de bon, l’obstacle que représente cette formation, totalement inféodée à l’Iran, pour un rétablissement de la souveraineté libanaise. L’ambassadeur des États-Unis au Liban, Michel Issa, s’est rendu auprès du président Joseph Aoun, pour l’encourager à aller de l’avant dans ce processus et à rencontrer, à Washington, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu. «Une occasion pour lui présenter les revendications de son pays», a-t-il défendu au cours de la conférence de presse qui a suivi l’entretien. Selon lui, une telle rencontre ne serait «ni une perte ni une concession pour le Liban». «Benjamin Netanyahu est-il une croque-mitaine? Il n’est qu’une partie prenante aux négociations», a-t-il lancé, avant d’annoncer qu’il compte également se rendre auprès du président de la Chambre, Nabih Berry. La démarche de l’ambassadeur lui a valu une levée de boucliers du Hezbollah, lequel a appelé les autorités à le déclarer persona non grata. Mais le chef de l’État campe toujours sur ses positions. Joseph Aoun a réaffirmé dans un communiqué publié par son bureau de presse qu’une rencontre avec Netanyahu reste pour l’heure «inopportune». Selon lui, la priorité va à un accord de sécurité et à l’arrêt des attaques israéliennes contre le Liban. Au Liban-Sud, les échanges de tirs entre le Hezbollah et les forces israéliennes faisaient rage lundi. La formation pro-iranienne a lancé en fin de journée une importante salve de roquettes contre le nord israélien et annoncé des combats au corps à corps avec des soldats israéliens, dans un secteur entre Deir Seriane et Zawtar al-Charkieh, pendant que son chef, Naïm Qassem, dénonçait de nouveau dans un communiqué, les opérations militaires israéliennes au sud du pays et réitérait son opposition à des négociations directes entre le Liban et Israël. S’il s’est dit favorable à une solution diplomatique, il a jugé que les pourparlers devraient être indirects, ce qui permettrait concrètement à sa formation d’avoir son mot à dire dans le processus, comme cela avait été le cas lors des négociations indirectes pour la délimitation des frontières maritimes avec Israël. Celles-ci avaient été menées, comme on le sait, par son allié, le président de la Chambre, Nabih Berry. Naïm Qassem, dont la formation avait décidé d’attaquer Israël pour venger la mort du guide suprême iranien, Ali Khamenei, tué dans une frappe israélienne ciblée, a estimé ainsi que «c’est le Liban qui est agressé et qui a besoin de garanties pour sa sécurité et sa souveraineté».

Retrait militaire US d’Allemagne: Trump règle ses comptes avec l’Europe

L’actualité principale de ce samedi ne concerne pas le conflit entre Téhéran et Washington mais une de ses conséquences, soit la crise émergente entre l’Europe et les États-Unis qui envisagent de diminuer sensiblement leur présence militaire en Allemagne. Washington prévoit en effet de retirer environ 15 % des 36 000 soldats stationnés en Allemagne, soit près de 5000 militaires, un retrait que le Pentagone estime pouvoir achever dans «les six à douze prochains mois», selon son porte-parole, Sean Parnell. Ce plan, annoncé donc par le Pentagone, serait ainsi la première conséquence de l’épreuve de force entre le président américain, Donald Trump, et les pays de l’OTAN, à qui ce dernier a reproché à plusieurs reprises leur passivité dans la guerre qui l’oppose depuis le 28 février à l’Iran. Donald Trump avait exprimé la semaine son agacement envers le chancelier allemand, après un vif échange entre eux au sujet de la guerre en Iran. Vendredi, il avait aussi critiqué l’Italie et l’Espagne, pour la même raison. Le retrait des troupes américaines d’Allemagne serait-il le premier pas vers un désengagement américain total de l’Alliance atlantique? Il est encore prématuré de répondre à cette question. Car, si Berlin a pris acte acte samedi de la décision américaine et appelé l’Europe à renforcer sa sécurité, l’OTAN compte pour sa part échanger avec Washington pour «mieux la comprendre». Selon le Wall Street Journal, cette décision a surpris plusieurs pays européens, voire même des responsables militaires américains qui ne pensaient pas que le président américain allait mettre ses menaces à exécution. L’Allemagne semblait toutefois s’y attendre, comme l’a annoncé le ministre allemand de la Défense. «Que des troupes des États-Unis se retirent d’Europe et aussi d’Allemagne était attendu», a commenté Boris Pistorius. «Nous, Européens, devons prendre plus de responsabilités pour notre sécurité», a-t-il ajouté. L’OTAN «travaille» de son côté avec les États-Unis pour «mieux comprendre» la décision de Washington, a déclaré samedi une porte-parole de l’alliance. Donald Trump en est venu à cette annonce après que le chancelier Friedrich Merz a estimé lundi que «les Américains (n’avaient) visiblement aucune stratégie» en Iran et que Téhéran «humiliait» la première puissance mondiale. «Il pense que c’est OK que l’Iran se dote de l’arme nucléaire. Il ne sait pas de quoi il parle!», avait rétorqué Donald Trump mardi. Sans répondre directement, Friedrich Merz avait appelé jeudi à «un partenariat transatlantique fiable». Vendredi, Donald Trump avait également dit envisager une réduction des troupes américaines stationnées en Italie et en Espagne, estimant que Rome «n’a été d’aucune aide» à Washington et que Madrid «a été odieux». Il s’en est aussi indirectement pris à l’Allemagne et à ses importantes exportations d’automobiles en annonçant vouloir relever à 25 % «la semaine prochaine» les droits de douane sur les véhicules importés aux États-Unis depuis l’Union européenne. Un désengagement américain de l’OTAN aurait cependant des conséquences désastreuses pour l’Europe sur les deux plans de la défense et des finances. Les États-Unis sont les principaux bailleurs de fonds de l’Alliance. Leur retrait de celle-ci obligerait les pays membres à revoir leur stratégie de défense, notamment dans le domaine nucléaire, et à débloquer des sommes colossales pour compenser une éventuelle fermeture de la manne financière et du matériel de défense américains. Ce développement est intervenu alors que les efforts pour une reprise des pourparlers entre Téhéran et Washington, à Islamabad, restent au point mort, Donald Trump ayant affirmé vendredi ne pas être satisfait des nouvelles propositions iraniennes. Reprise de la guerre? Ce surplace fait surtout craindre une reprise du conflit militaire, jugée très probable par Mohammad Jafar Asadi, inspecteur adjoint du commandement des forces armées Khatam Al-Anbiya, cité par l'agence de presse Fars. Selon lui, les forces armées iraniennes sont parfaitement préparées à toute nouvelle attaque américaine, alors que le président américain semble plutôt privilégier les pressions économiques, à travers le blocus imposé aux ports américaines. Celles-ci restent moins coûteuses que l’option militaire, pour les États-Unis, mais ruineuse pour l’Iran, qui souffre d’un taux élevé d’inflation et dont le commerce pétrolier est littéralement bloqué. Téhéran, dont les dépôts pétroliers sont déjà saturés, a commencé d’ailleurs à réduire sa production pétrolière. Parallèlement, son guide suprême, Mojtaba Khamenei, a exhorté, dans un message écrit, les entreprises du pays à éviter autant que possible les licenciements. Face à l’impasse, certains analystes n’excluent pas que les Iraniens ne tentent de briser le siège américain à travers une opération militaire qui perturberait les plans de Washington, alors que Donald Trump venait de rassurer le Congrès sur le fait que la guerre est finie et qu’il s’apprête à imposer un «long» blocus aux ports iraniens. «La balle est actuellement dans le camp des États-Unis. Nous leur avons présenté un plan pour mettre fin de manière permanente à la guerre», a annoncé samedi le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi. «Ils doivent choisir entre la voie de la diplomatie ou la poursuite d'une approche conflictuelle. L'Iran, dans le but de garantir ses intérêts nationaux et sa sécurité, est prêt aux deux options», a-t-il ajouté devant les ambassadeurs et chefs de missions diplomatiques dans la capitale iranienne. Guerre des mots et des images au Liban Sur le front libanais, la campagne abjecte menée par l’armée électronique du Hezbollah contre le chef de l’Église maronite, le patriarche Béchara Raï, a quelque peu éclipsé la violence des échanges de tirs entre Israël et cette milice, au Liban-Sud où, selon le ministère de la Santé, au moins 41 personnes ont été tuées en moins de 24 heures. Ali Barakat, surnommé «chanteur du Hezbollah» a posté sur son compte X, des images humiliantes du patriarche, soi-disant pour réagir à une vidéo caricaturale du chef de la milice, Naïm Qassem, publiée par la chaîne LBCI. Les images, censées illustrer l’assujettissement du patriarche à Israël, ont été rapidement relayées par les partisans du Hezb sur les réseaux sociaux, suscitant des réactions enflammées au Liban. La campagne a été vivement dénoncée par de nombreux officiels, notamment les présidents de la République, Joseph Aoun, et de la Chambre, Nabih Berry, ainsi que par le mufti de la République, cheikh Abdel Latif Deriane. Dans le même temps, un portrait caricatural du président Aoun, le représentant en rabbin israélien, continuait d’être largement relayé sur les réseaux sociaux. Un comportement qui traduit au final la faillite totale d’un groupe, qui, pour masquer son incapacité à avancer le moindre argument censé à l’aventure suicidaire dans laquelle il a entraîné le pays et à son rejet des efforts menés par les autorités pour mettre fin à la spirale de violence dont il porte la responsabilité, se replie sur les campagnes diffamatoires, les menaces et les accusations de traîtrise.