


L’actualité principale de ce samedi ne concerne pas le conflit entre Téhéran et Washington mais une de ses conséquences, soit la crise émergente entre l’Europe et les États-Unis qui envisagent de diminuer sensiblement leur présence militaire en Allemagne.
Washington prévoit en effet de retirer environ 15 % des 36 000 soldats stationnés en Allemagne, soit près de 5000 militaires, un retrait que le Pentagone estime pouvoir achever dans «les six à douze prochains mois», selon son porte-parole, Sean Parnell.
Ce plan, annoncé donc par le Pentagone, serait ainsi la première conséquence de l’épreuve de force entre le président américain, Donald Trump, et les pays de l’OTAN, à qui ce dernier a reproché à plusieurs reprises leur passivité dans la guerre qui l’oppose depuis le 28 février à l’Iran.
Donald Trump avait exprimé la semaine son agacement envers le chancelier allemand, après un vif échange entre eux au sujet de la guerre en Iran. Vendredi, il avait aussi critiqué l’Italie et l’Espagne, pour la même raison.
Le retrait des troupes américaines d’Allemagne serait-il le premier pas vers un désengagement américain total de l’Alliance atlantique? Il est encore prématuré de répondre à cette question.
Car, si Berlin a pris acte acte samedi de la décision américaine et appelé l’Europe à renforcer sa sécurité, l’OTAN compte pour sa part échanger avec Washington pour «mieux la comprendre».
Selon le Wall Street Journal, cette décision a surpris plusieurs pays européens, voire même des responsables militaires américains qui ne pensaient pas que le président américain allait mettre ses menaces à exécution. L’Allemagne semblait toutefois s’y attendre, comme l’a annoncé le ministre allemand de la Défense. «Que des troupes des États-Unis se retirent d’Europe et aussi d’Allemagne était attendu», a commenté Boris Pistorius.
«Nous, Européens, devons prendre plus de responsabilités pour notre sécurité», a-t-il ajouté.
L’OTAN «travaille» de son côté avec les États-Unis pour «mieux comprendre» la décision de Washington, a déclaré samedi une porte-parole de l’alliance.
Donald Trump en est venu à cette annonce après que le chancelier Friedrich Merz a estimé lundi que «les Américains (n’avaient) visiblement aucune stratégie» en Iran et que Téhéran «humiliait» la première puissance mondiale.
«Il pense que c’est OK que l’Iran se dote de l’arme nucléaire. Il ne sait pas de quoi il parle!», avait rétorqué Donald Trump mardi.
Sans répondre directement, Friedrich Merz avait appelé jeudi à «un partenariat transatlantique fiable».
Vendredi, Donald Trump avait également dit envisager une réduction des troupes américaines stationnées en Italie et en Espagne, estimant que Rome «n’a été d’aucune aide» à Washington et que Madrid «a été odieux».
Il s’en est aussi indirectement pris à l’Allemagne et à ses importantes exportations d’automobiles en annonçant vouloir relever à 25 % «la semaine prochaine» les droits de douane sur les véhicules importés aux États-Unis depuis l’Union européenne.
Un désengagement américain de l’OTAN aurait cependant des conséquences désastreuses pour l’Europe sur les deux plans de la défense et des finances. Les États-Unis sont les principaux bailleurs de fonds de l’Alliance. Leur retrait de celle-ci obligerait les pays membres à revoir leur stratégie de défense, notamment dans le domaine nucléaire, et à débloquer des sommes colossales pour compenser une éventuelle fermeture de la manne financière et du matériel de défense américains.
Ce développement est intervenu alors que les efforts pour une reprise des pourparlers entre Téhéran et Washington, à Islamabad, restent au point mort, Donald Trump ayant affirmé vendredi ne pas être satisfait des nouvelles propositions iraniennes.
Reprise de la guerre?
Ce surplace fait surtout craindre une reprise du conflit militaire, jugée très probable par Mohammad Jafar Asadi, inspecteur adjoint du commandement des forces armées Khatam Al-Anbiya, cité par l'agence de presse Fars.
Selon lui, les forces armées iraniennes sont parfaitement préparées à toute nouvelle attaque américaine, alors que le président américain semble plutôt privilégier les pressions économiques, à travers le blocus imposé aux ports américaines.
Celles-ci restent moins coûteuses que l’option militaire, pour les États-Unis, mais ruineuse pour l’Iran, qui souffre d’un taux élevé d’inflation et dont le commerce pétrolier est littéralement bloqué.
Téhéran, dont les dépôts pétroliers sont déjà saturés, a commencé d’ailleurs à réduire sa production pétrolière.
Parallèlement, son guide suprême, Mojtaba Khamenei, a exhorté, dans un message écrit, les entreprises du pays à éviter autant que possible les licenciements.
Face à l’impasse, certains analystes n’excluent pas que les Iraniens ne tentent de briser le siège américain à travers une opération militaire qui perturberait les plans de Washington, alors que Donald Trump venait de rassurer le Congrès sur le fait que la guerre est finie et qu’il s’apprête à imposer un «long» blocus aux ports iraniens.
«La balle est actuellement dans le camp des États-Unis. Nous leur avons présenté un plan pour mettre fin de manière permanente à la guerre», a annoncé samedi le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi. «Ils doivent choisir entre la voie de la diplomatie ou la poursuite d'une approche conflictuelle. L'Iran, dans le but de garantir ses intérêts nationaux et sa sécurité, est prêt aux deux options», a-t-il ajouté devant les ambassadeurs et chefs de missions diplomatiques dans la capitale iranienne.
Guerre des mots et des images au Liban
Sur le front libanais, la campagne abjecte menée par l’armée électronique du Hezbollah contre le chef de l’Église maronite, le patriarche Béchara Raï, a quelque peu éclipsé la violence des échanges de tirs entre Israël et cette milice, au Liban-Sud où, selon le ministère de la Santé, au moins 41 personnes ont été tuées en moins de 24 heures.
Ali Barakat, surnommé «chanteur du Hezbollah» a posté sur son compte X, des images humiliantes du patriarche, soi-disant pour réagir à une vidéo caricaturale du chef de la milice, Naïm Qassem, publiée par la chaîne LBCI.
Les images, censées illustrer l’assujettissement du patriarche à Israël, ont été rapidement relayées par les partisans du Hezb sur les réseaux sociaux, suscitant des réactions enflammées au Liban.
La campagne a été vivement dénoncée par de nombreux officiels, notamment les présidents de la République, Joseph Aoun, et de la Chambre, Nabih Berry, ainsi que par le mufti de la République, cheikh Abdel Latif Deriane.
Dans le même temps, un portrait caricatural du président Aoun, le représentant en rabbin israélien, continuait d’être largement relayé sur les réseaux sociaux. Un comportement qui traduit au final la faillite totale d’un groupe, qui, pour masquer son incapacité à avancer le moindre argument censé à l’aventure suicidaire dans laquelle il a entraîné le pays et à son rejet des efforts menés par les autorités pour mettre fin à la spirale de violence dont il porte la responsabilité, se replie sur les campagnes diffamatoires, les menaces et les accusations de traîtrise.