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L’offensive navale américaine à Ormuz redistribuera-t-elle les cartes?

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La monnaie iranienne continue de se déprécier fortement sous l'effet des lourdes sanctions américaines et des pressions économiques liées à la guerre. (Fatemeh Bahrami/Anadolu Agency via AFP)
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Par LevantTime .
Publié mai 4, 2026 - 21:43

La semaine s’est ouverte sur un nouveau chassé-croisé diplomatique et un risque d’escalade militaire entre l’Iran et les États-Unis.

Washington a fait monter d’un cran sa pression sur la République islamique qui a réagi en tirant des missiles contre…les Émirats arabes unis.

Au cœur de ce nouveau bras-de-fer, c’est, encore et toujours, le détroit stratégique d’Ormuz que la Marine américaine a réussi à débloquer lundi, au grand dam de Téhéran, en escortant les navires dans les eaux territoriales émiraties, rapidement visées par l’armée iranienne.

À en croire diverses sources médiatiques américaines, la dernière proposition iranienne soumise par Téhéran pour une reprise des pourparlers avec Washington n’était pas trop mauvaise. Mais elle ne correspondait pas réellement aux attentes de Donald Trump, surtout pour ce qui a trait au dossier du nucléaire, que les Iraniens cherchent à repousser autant que possible, et au contrôle exercé par l'Iran sur le détroit d'Ormuz, bloqué depuis le début de la guerre.

D’ailleurs, dans ses commentaires vendredi et samedi, le président américain ne l’avait pas rejetée. Il avait seulement fait part de son «insatisfaction» et jugé que les conditions iraniennes n’étaient pas encore «acceptables».

Des amendements au document ont été soumis, via le médiateur pakistanais, aux Iraniens, supposés y répondre dans le courant de la semaine.

Mais dans l’attente de cette réponse, Trump a accentué la pression sur Téhéran. Il a annoncé, tambour battant dimanche soir, une opération militaire baptisée «Project Freedom» (Projet Liberté) visant à rétablir la liberté de circulation dans le détroit d’Ormuz.

L’opération en question consiste à aider les navires coincés depuis deux mois dans le Golfe arabique et la mer d’Oman, à traverser «en toute sécurité».

Cette décision impromptue, expliquée par un ras-le-bol de Trump face aux atermoiements iraniens, a fait immédiatement monter la tension dans la région. L’Iran a tout de suite réagi en menaçant d’attaquer les navires qui s’aventureraient dans cette voie de passage qu’il contrôle.

Elle soulève surtout des interrogations quant à ses véritables motivations, présentées par le président américain comme étant d’ordre «humanitaire».

Donald Trump cherche-t-il à désorienter son adversaire pour le pousser à s’engager, sans perdre du temps, dans des pourparlers suivant les conditions américaines? Essaie-t-il de montrer à Téhéran, en attendant la reprise des négociations à Islamabad, qu’il n’a aucun pouvoir sur cette voie de passage qui relève du droit international, au moment où la République islamique impose un droit de péage aux cargos qu’elle autorise à traverser?

Cherche-t-il à entraîner Téhéran dans une nouvelle guerre que son allié israélien est prêt à reprendre? Ou tente-t-il d’alléger la pression sur les marchés pour initier une baisse du prix du pétrole?

La réponse peut être la somme des quatre.

Les prix du pétrole se sont d’ailleurs stabilisés lundi sur les marchés asiatiques, avec un baril de Brent, la référence mondiale du brut, à 109,29 dollars, bien loin des 126 dollars de jeudi.

Selon le site d’informations Axios, qui cite un officiel américain Donald Trump en a surtout assez de cette situation de «ni guerre ni paix» et veut un accord au plus vite avec Téhéran, sans exclure un grand coup militaire au cas où la République islamique continuerait de miser sur le facteur temps.

Salves de missiles contre les EAU

Déterminé à ne pas se laisser intimider, l’Iran a réagi par des menaces qu’il a vite mis à exécution, sans pour autant oser cibler directement les navires de guerre américains.

Après la mise en garde du commandement militaire iranien qui avait prévenu qu'il compte «cibler et attaquer» l'armée américaine si elle s'approchait du détroit d'Ormuz, des missiles de croisière, des roquettes et des drones de combats iraniens ont été tirés une première fois «en guise d’avertissement» contre le Golfe arabique, ciblant soi-disant des frégates de l'armée américaine.

Dans un développement grave, ces tirs ont été cependant suivis d’au moins trois autres salves qui ont visé différents sites aux Émirats arabes unis.

Le ministère émirati de la Défense a annoncé que des missiles de croisière ont été interceptés «au-dessus de leurs eaux territoriales et de Dubaï». Trois ressortissants indiens ont été blessés dans une frappe qui a visé lundi le site pétrolier de Fujairah, où un incendie s’est déclaré.

Les salves sont intervenues après que le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) ait annoncé une première mission d’escorte navale réussie.

«Des destroyers lance-missiles de la Marine américaine opèrent actuellement dans le Golfe après avoir franchi le détroit d'Ormuz dans le cadre du «Projet Liberté». Les forces américaines contribuent activement aux efforts pour rétablir le trafic maritime commercial», a écrit le commandement américain pour la région sur son compte X.

«Dans un premier temps, deux navires marchands battant pavillon américain ont traversé avec succès le détroit d'Ormuz et poursuivent leur trajet», a-t-il précisé.

Il devait ensuite promette de réagir aux attaques iraniennes «conformément aux instructions du président Donald Trump». Ce dernier a pour sa part menacé de «raser l’Iran de la surface de la terre s’il frappe des navires militaires américains».

Dans sa guerre d’usure contre l’Iran, le président américain venait cependant de marquer un nouveau point, en privant Téhéran d’un important levier de pression, au risque de déclencher un nouveau round de combats. Donald Trump avait averti dimanche soir, en annonçant l’opération «Project Freedom», qu’il «traiterait par la force» toute tentative iranienne de la perturber.

Selon le Centcom l’opération en question implique des destroyers lance-missiles, plus d'une centaine d'aéronefs et 15 000 soldats.

Reste à voir comment les Iraniens vont réagir au cours des prochains jours à ce nouveau défi américain, qui a suscité des réactions mitigées à l’échelle européenne.

Le président français Emmanuel Macron, a fait part de son scepticisme, estimant que le cadre de l’opération américaine «n’est pas clair» et que la réouverture du détroit devrait être le fruit d’une décision «concertée entre l’Iran et les États-Unis».

Parallèlement, le Premier ministre britannique Keir Starmer a jugé que la réouverture de ce passage maritime représente «une priorité économique vitale» mais est resté réservé au sujet de l’opération «Project Freedom».

Et au Liban?

Au Liban, c’est une épreuve de force de tout un autre genre qui continue de se dérouler, avec pour toile de fond, les négociations directes à venir entre Beyrouth et Tel Aviv.

Washington reste déterminé à accélérer ce processus censé mettre un terme à la guerre qui reste pour l’heure limitée au Liban-Sud, entre Israël et le Hezbollah, et régler pour de bon, l’obstacle que représente cette formation, totalement inféodée à l’Iran, pour un rétablissement de la souveraineté libanaise.

L’ambassadeur des États-Unis au Liban, Michel Issa, s’est rendu auprès du président Joseph Aoun, pour l’encourager à aller de l’avant dans ce processus et à rencontrer, à Washington, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu. «Une occasion pour lui présenter les revendications de son pays», a-t-il défendu au cours de la conférence de presse qui a suivi l’entretien.

Selon lui, une telle rencontre ne serait «ni une perte ni une concession pour le Liban».

«Benjamin Netanyahu est-il une croque-mitaine? Il n’est qu’une partie prenante aux négociations», a-t-il lancé, avant d’annoncer qu’il compte également se rendre auprès du président de la Chambre, Nabih Berry.

La démarche de l’ambassadeur lui a valu une levée de boucliers du Hezbollah, lequel a appelé les autorités à le déclarer persona non grata.

Mais le chef de l’État campe toujours sur ses positions. Joseph Aoun a réaffirmé dans un communiqué publié par son bureau de presse qu’une rencontre avec Netanyahu reste pour l’heure «inopportune». Selon lui, la priorité va à un accord de sécurité et à l’arrêt des attaques israéliennes contre le Liban.

Au Liban-Sud, les échanges de tirs entre le Hezbollah et les forces israéliennes faisaient rage lundi.

La formation pro-iranienne a lancé en fin de journée une importante salve de roquettes contre le nord israélien et annoncé des combats au corps à corps avec des soldats israéliens, dans un secteur entre Deir Seriane et Zawtar al-Charkieh, pendant que son chef, Naïm Qassem, dénonçait de nouveau dans un communiqué, les opérations militaires israéliennes au sud du pays et réitérait son opposition à des négociations directes entre le Liban et Israël.

S’il s’est dit favorable à une solution diplomatique, il a jugé que les pourparlers devraient être indirects, ce qui permettrait concrètement à sa formation d’avoir son mot à dire dans le processus, comme cela avait été le cas lors des négociations indirectes pour la délimitation des frontières maritimes avec Israël. Celles-ci avaient été menées, comme on le sait, par son allié, le président de la Chambre, Nabih Berry.

Naïm Qassem, dont la formation avait décidé d’attaquer Israël pour venger la mort du guide suprême iranien, Ali Khamenei, tué dans une frappe israélienne ciblée, a estimé ainsi que «c’est le Liban qui est agressé et qui a besoin de garanties pour sa sécurité et sa souveraineté».

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