


Face à l’impatience du président américain, Donald Trump, soucieux d’avancer sur le dossier des négociations avec l’Iran avant sa visite, la semaine prochaine en Chine, Téhéran joue la carte du détachement étudié.
Jeudi, la République islamique n’avait toujours pas donné sa réponse à la proposition américaine, annoncée mardi par le président Trump, pour mettre fin durablement à la guerre lancée le 28 février. Selon la chaîne américaine CNN, celle-ci devrait intervenir dans les «prochaines heures».
Deux explications peuvent être données à la désinvolture de façade affichée par la République islamique. La première tient au fait que Téhéran pense toujours pouvoir manœuvrer et miser sur le facteur temps, dans l’espoir de limiter au maximum les concessions à consentir aux Américains ou, du moins, d’amener ces derniers à revoir leurs conditions à la baisse.
L’autre explication serait en rapport avec les divisions internes en Iran, qui empêcheraient l’élaboration d’une réponse unifiée, en dépit des efforts déployés par le régime des mollahs pour mettre en relief ce qu’il appelle la cohésion interne.
C’est dans ce cadre d’ailleurs qu’il est possible de situer l’annonce faite jeudi par président iranien Masoud Pezeshkian au sujet d’une réunion «de deux heures» qu’il a dit avoir tenu «récemment» avec le nouveau guide spirituel Mojtaba Khamenei, «dans un climat de confiance et de dialogue direct». Ce dernier, rappelons-le, n'a pas été vu en public depuis sa nomination début mars et a été blessé pendant la guerre, dans les frappes qui ont coûté la vie à son père et prédécesseur, Ali Khamenei.
Si l'Iran considère que les États-Unis cherchaient à forcer sa «reddition», il s'est gardé de claquer la porte, le porte-parole de sa diplomatie, Esmaïl Baghaï, affirmant que son pays «examinait toujours le plan et la proposition américaine».
Dans ce même contexte, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a eu un entretien téléphonique avec son homologue pakistanais Ishaq Dar, (dont le pays assume le rôle de médiateur entre Téhéran et Washington) au cours duquel il aurait mis l’accent sur «l’importance de maintenir le dialogue et la diplomatie», selon les agences de presse iranienne. Celles-ci ont indiqué que la discussion a porté sur «l’actualité régionale et les efforts pour renforcer la coopération entre les pays de la région».
Au cours des deux derniers jours, Téhéran a soufflé le chaud et le froid concernant le dialogue avec les États-Unis qui s’apprêtent, avec les États du Golfe à soumettre au Conseil de sécurité de l’ONU, un projet de résolution exigeant que l’Iran cesse ses attaques, révèle l'emplacement de ses mines et s'abstienne d'imposer un péage à la navigation. Un vote devrait intervenir dans les prochains jours.
Cette initiative, rappelle-t-on, est consécutive à l’attaque iranienne contre les Émirats arabes unis, menée lorsque Washington a décidé de débloquer le détroit d’Ormuz et d’escorter les navires coincés dans le Golfe persique et la mer d’Oman.
D’ailleurs, les Émirats arabes unis ont annoncé à leur tour jeudi, la création d'un comité chargé de documenter les attaques menées par l'Iran dans le pays du Golfe et leurs conséquences, en vue d'une possible action judiciaire.
L’opération américaine, baptisée «Project freedom» (Projet de liberté), lancée lundi, aurait duré moins de 24 heures, le président Trump ayant décidé de la suspendre, en attendant la réponse de Téhéran à ses propositions. Mais selon la chaîne américaine NBC News, le revirement de M. Trump sur son projet d'escorte de navires à Ormuz est notamment intervenu après que l'Arabie saoudite a refusé d’autoriser les forces américaines à utiliser son espace aérien et ses bases pour cette opération. À en croire le Washington Post cependant, Ryad et le Koweit ont levé cette interdiction.
Quoi qu’il en soit, au cas où la République islamique réagirait favorablement à la dernière proposition de Trump, l’annonce de la fin de la guerre devrait normalement être associée d’une réouverture du détroit d’Ormuz. Sinon, le président américain reste déterminé, du moins dans ses déclarations, à reprendre des frappes ciblées contre l’Iran, en dépit d’une opposition intérieure à cette guerre. Dans ce contexte, des élus démocrates ont réclamé la fin du silence de Washington sur la posture nucléaire d’Israël.
Possible signe annonciateur d'une évolution sur le terrain, le porte-avions Charles-de-Gaulle va se prépositionner dans la région du Golfe, selon les autorités françaises, au moment où la coalition montée par Londres et Paris se tient prête à sécuriser le détroit d'Ormuz après un éventuel règlement.
Mais les signes de bonne volonté européenne s’arrêtent à ce stade. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a laissé entendre jeudi qu’une levée des sanctions contre l’Iran n’est pas envisagée pour le moment. Elle dépendrait de ce qui pourrait être décidé pour le détroit d’Ormuz et serait maintenue tant que ce passage maritime stratégique reste fermé, a-t-il dit à la radio française RTL.
Le ministre français a rappelé qu'un détroit était «un bien commun de l'humanité qui ne peut en aucun cas bloqué, ni faire l'objet de péages, ni même faire l'objet de chantage», exprimant ainsi indirectement des réserves au sujet d’un possible accord irano-américain pour l’exploitation de ce détroit.
Dialogue libano-israélien la semaine prochaine
Alors que le dossier irano-américain fait du surplace, celui des pourparlers libano-israéliens semble avancer à vive allure. Selon la chaîne libanaise, MTV, une troisième rencontre est prévue à Washington, jeudi et vendredi prochains, mais en présence, cette fois, de l’ancien ambassadeur Simon Karam, chargé par les autorités libanaises de mener les négociations avec la délégation israélienne.
L’objectif premier de ce round sera d’obtenir un arrêt des attaques et des opérations de destructions israéliennes au Liban-Sud.
Une ambition qu’on peut juger difficile au vu de la détermination d’Israël d’affaiblir au maximum la formation pro-iranienne et de continuer, dans ce contexte, de liquider ses cadres.
L’assassinat d’Ahmad Ghaleb Ballout, commandant de la force d’élite al-Radwane du Hezbollah, risque de compliquer davantage la tâche des négociateurs libanais. D’autant que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a clairement fait savoir jeudi, en revendiquant cette opération, qu’Israël demeurait déterminé à traquer les cadres du Hezbollah. «Je le dis à nos ennemis de la manière la plus claire qui soit: aucun terroriste n'a d'immunité. Quiconque menace l'Etat d'Israël mourra en raison de sa faute», a-t-il dit.
Une façon de signifier clairement à l’Iran que le dossier du Hezbollah reste dissocié des négociations à venir entre Téhéran et Washington.
Dans le même temps, l’aviation israélienne s’acharnait jeudi contre plusieurs localités du Liban-Sud, ciblant en particulier la ville de Nabatiyé et les localités du caza du même nom. Comme presque tous les jours, l’armée israélienne a ordonné aux habitants de trois villages du sud, situés loin de la frontière, d’évacuer, alors que le Hezbollah revendiquait à son tour une série d’attaques contre des positions israéliennes au sud du Liban.
Loin de la guerre, un élément-clé de la journée mérite d’être relevé. Il s’agit de la visite officielle que le Premier ministre Nawaf Salam compte effectuer samedi à Damas, à la tête d’une délégation de son gouvernement. À l’ordre du jour des discussions, une série de questions liées à la coopération bilatérale. L’agenda avait été préétabli, mais la guerre n’avait plus permis au gouvernement d’en assurer le suivi.
Un autre fait à souligner, la tentative d’assassinat d’un député du bloc parlementaire du Parti socialiste progressiste (PSP), Hadi Aboul Hosn, à Qoubbei, dans le Mont-Liban. Un homme qui a pu être identifié et arrêté a lancé une grenade contre le parlementaire, mais celle-ci n’a pas explosé.
Au plan international, on retiendra la visite au Vatican du Secrétaire d’État Marco Rubio, dont la mission consiste à apaiser les tensions entre le Saint-Siège et Washington, suite aux critiques du Trump à l’encontre du pape, à cause des positions du souverain pontife au sujet de la guerre au Moyen-Orient. Selon une source du département d'Etat, Léon XIV et Marco Rubio ont eu jeudi au Vatican un entretien «amical et constructif».