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L'Essentiel du jour

Ormuz et Liban, les deux leviers de Téhéran
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LevantTime .
Publié
juin 20, 2026 - 23:47

Le détroit d’Ormuz et le Liban: deux «armes» militaro-diplomatiques essentielles que l’Iran compte manier pour peser sur les négociations avec les États-Unis, qui doivent s’étaler sur 60 jours selon le mémorandum signé mercredi par les deux parties. L’Iran a ainsi annoncé samedi «fermer» à nouveau le stratégique détroit d’Ormuz en représailles aux attaques israéliennes au Liban, sans pour autant rompre les discussions en vue d’un accord définitif avec les USA, qui doivent débuter dimanche en Suisse. Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, avait averti samedi les États-Unis que le protocole initial serait «en danger» si ses dispositions n’étaient pas appliquées rapidement, en allusion à la situation au Liban. «Nous tenons Washington directement responsable des attaques israéliennes contre le Liban, et cette escalade menace la sécurité et la stabilité régionales», a affirmé Baghaï, ajoutant, dans une menace à peine voilée adressée à l’Administration Trump, que Téhéran prendrait toutes les mesures nécessaires pour protéger ses intérêts, sa sécurité et les droits de ses alliés. De son côté, l’agence de presse Tasnim , affiliée aux Gardiens de la révolution iranienne, a appelé à l’arrêt des négociations et à la fermeture du détroit d’Ormuz. Dans la soirée de samedi, le commandement central de l’armée iranienne a pris le relais dans cette opération de propagande en annonçant que «le détroit d’Ormuz sera(it) fermé au trafic maritime», une «première mesure en réponse à la violation des engagements par l’ennemi» (allusion aux USA). Il a menacé de prendre «d’autres mesures» si nécessaire «pour contraindre l’ennemi (les USA) à respecter ses obligations» contractées dans le protocole d’accord. CNN, citant une source, a rapporté que Washington avait informé Téhéran qu’Israël avait accepté un cessez-le-feu après les frappes au Liban, et qu’il appartenait désormais au Hezbollah de mettre fin à ses attaques. Dans une première réaction, le commandement américain pour le Moyen-Orient, le Centcom, a indiqué que ses forces demeuraient «vigilantes». Selon le Centcom, le trafic dans le détroit d’Ormuz s’est poursuivi normalement samedi, avec le passage de 55 navires marchands. «Pourparlers techniques» dimanche en Suisse En tout état de cause, le ministère iranien des Affaires étrangères a annoncé la tenue, dimanche en Suisse, de discussions «techniques» entre Iraniens et Américains, en présence de représentants du Qatar et du Pakistan, pays médiateurs. Parmi les membres de la délégation iranienne figurent le négociateur en chef Mohammad Bagher Ghalibaf, également président du Parlement, le chef de la diplomatie Abbas Araghchi et le gouverneur de la Banque centrale Abdolnaser Hemmati, selon la télévision d’État. Islamabad a confirmé la tenue de ces «pourparlers techniques» dimanche à Bürgenstock, près du lac de Lucerne. Selon le vice-président américain J. D. Vance, l’émissaire Steve Witkoff et le gendre du président Donald Trump, Jared Kushner, se trouvent déjà en Suisse afin de «gérer certains des éléments techniques de cette négociation». Des discussions «préparatoires» ont même commencé dès samedi entre diplomates, selon Berne. Plus de 4000 morts au Liban Au Liban, malgré de nouvelles annonces de cessez-le-feu, Israël et le mouvement pro-iranien Hezbollah s’affrontent depuis deux jours dans le Sud, où les opérations israéliennes ont fait au moins 24 morts samedi, après 83 morts la veille. Les opérations israéliennes au Liban ont fait 4057 morts depuis le début de la guerre entre le Hezbollah et Israël, le 2 mars, a annoncé samedi le ministère libanais de la Santé. L’armée israélienne a annoncé qu’un de ses soldats avait été tué samedi lors de combats dans le sud du Liban, portant à cinq ses pertes depuis la conclusion d’un accord irano-américain visant à mettre fin au conflit en Iran. Israël a indiqué viser des positions du Hezbollah en représailles à des attaques contre ses troupes. Selon l’armée israélienne, « plus de 50 projectiles » ont été tirés par l’organisation chiite contre ses soldats dans la nuit de vendredi à samedi. De son côté, le Hezbollah a affirmé qu’Israël était «totalement responsable» des violations de la trêve. Le verrou d’«Ali al-Taher» Des détails sur les opérations militaires en cours ont été annoncés par les Israéliens samedi, selon lesquels «des dizaines de combattants du Hezbollah sont piégés dans des tunnels sous la colline d’Ali al-Taher, au sud du Liban». Le journal Yediot Aharonot, citant des sources militaires, a rapporté que l’armée israélienne assiège des dizaines de combattants du Hezbollah dans cette région qui, selon l’armée, abrite un complexe souterrain central de la milice pro-iranienne, ainsi que le quartier général de la brigade Badr. Le quotidien a ajouté que l’opération, au cours de laquelle un équipage de char et un commandant de bataillon ont été tués, visait à s’emparer des tunnels dans la région d’Ali al-Taher, dans le cadre des opérations militaires en cours. Le site d’Ali al-Taher, où des systèmes de tir sont activés et d’importantes quantités d’armes sont stockées, est extrêmement difficile à cibler par de seules frappes aériennes, compte tenu de sa profondeur et de ses fortifications. Message de Vance aux chrétiens libanais Sur un autre plan, le vice-président américain J. D. Vance a adressé un message aux chrétiens libanais lors d’une interview sur Fox News, dans laquelle il leur demande de «garder fermement la foi en Jésus-Christ». «Sachez que vous avez de nombreux amis au sein du gouvernement américain qui œuvrent pour la paix dans la région », a-t-il ajouté. Vance a expliqué que « le problème fondamental auquel ces chrétiens sont confrontés, ou la raison de leur grande vulnérabilité à la violence, est la présence du Hezbollah, une organisation terroriste implantée de facto au Liban. Le Hezbollah tire occasionnellement sur des Israéliens, et ces derniers ripostent naturellement en état de légitime défense ». Et M. Vance d’ajouter: «Il existe donc un conflit persistant, bien que de faible intensité. Cependant, la situation s’est considérablement améliorée ces dernières semaines grâce aux efforts du président, du secrétaire d’État Marco Rubio et de nombreux autres responsables de l’administration. » Et de conclure: «La paix a parfois besoin de temps pour s’installer durablement, et c’est ce à quoi nous œuvrons. En réalité, c’est l’objectif que nous poursuivons dans toute la région: changer notre façon d’agir par le passé. C’est une très belle région du monde.»

Une énième escalade au Liban-Sud à dimension politico-militaire
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LevantTime .
Publié
juin 19, 2026 - 23:42

La nouvelle escalade de violence entre le Hezbollah et l’armée israélienne déployée au Liban-Sud, ainsi que le report simultané des pourparlers américano-iraniens, qui devaient s’ouvrir aujourd’hui, vendredi, en Suisse, confirment les craintes suscitées par la formule du protocole d’entente conclu entre Téhéran et Washington, jugée à l’avantage de la République islamique. Ces appréhensions se rapportent au risque de voir le Liban réduit au rôle de boîte aux lettres dans le cadre de ces négociations à venir, dont chacun sait qu’elles seront longues et ardues, voire semées d’embûches. L’escalade soulève surtout la question de savoir quelle stratégie poursuivent les Iraniens? Une interrogation légitime quand on sait que la flambée de violence, vendredi, a été déclenchée par une attaque meurtrière du Hezbollah, le bras militaire de l’Iran au Liban, contre une position israélienne, dans la nuit de jeudi à vendredi. Elle a duré presque toute la journée et a pris fin grâce à un énième cessez-le-feu entre les deux ennemis, sur pression de Washington, mais sur une note politique iranienne très significative. Car à peine le cessez-le feu annoncé que le ministère iranien des Affaires étrangères a fait état de contacts menés par les médiateurs pour la tenue, «dans les prochains jours», d’une première séance consacrée aux pourparlers. Il a laissé entendre que la République islamique n’est pas pressée de s’y lancer. «Du moment que l’accord avec Washington a été signé électroniquement, la réunion de Suisse n’est plus urgente», indique le communiqué du ministère iranien des Affaires étrangères qui annonce l’agenda des discussions: les clauses 1, 4, 5, 10 et 11, de l’accord-cadre. Des dossiers qui intéressent directement Téhéran puisqu’ils se rapportent à la trêve sur tous les fronts, dont le Liban, à la levée du blocus naval américain, à la gestion de la navigation dans le détroit d’Ormuz, à la levée des sanctions américaines imposées à Téhéran et au déblocage des avoirs iraniens gelés. Washington, pour sa part, n’a donné aucune indication précise sur le contenu des discussions à venir, ce qui fait craindre que le processus de négociations se déroule sous le feu au Liban, en fonction des intérêts de la République islamique, qui garde en main la carte libanaise comme levier de pression. Dans le même temps, les responsables iraniens insistaient sur la nécessité de préserver les intérêts nationaux de la République islamique dans les futures discussions avec Washington. Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement et négociateur en chef avec les Américains, a ainsi affirmé que l'Iran resterait fidèle à ses «lignes rouges» lors des négociations à venir sur le programme nucléaire. Il a averti que Téhéran était prêt à répondre fermement à toute tentative de pression excessive de la part des États-Unis. Cette succession d’éléments confère ainsi à l’escalade de vendredi une dimension politique qui dépasse le cadre libanais et qui fait donc craindre des épisodes similaires au cours des 60 prochains jours. Quarante-sept tués en quelques heures Les frappes israéliennes au sud du pays et dans la région de Baalbek ont fait au moins 47 tués et 97 blessés, selon les chiffres officiels. L’attaque au drone nocturne du Hezb contre une position israélienne non loin de Nabatiyé, a fait quatre tués, dont un officier, parmi les militaires israéliens. L’armée israélienne a riposté en frappant «150 positions du Hezbollah au Liban-Sud et dans la Békaa», ont confirmé les autorités militaires et politiques de l’État hébreu. L’intensité des raids a provoqué un mouvement d’exode massif du Liban-Sud, d’autant que les ministres israéliens d’extrême droite multipliaient les menaces contre le Liban, alors que les combattants du Hezb ciblaient à leur tour des positions israéliennes. Washington est vite entré en action pour éviter que les échanges de tirs dégénèrent. Un cessez-le-feu devait être instauré peu après 16h. Le Hezbollah a indiqué qu'il s'y conformerait à condition qu'Israël fasse de même. De son côté, l'État hébreu a réaffirmé son engagement envers la trêve, à condition que la formation pro-iranienne s’abstienne de la violer. Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, devait entrer en contact avec le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, qui a de nouveau haussé le ton vendredi. Le dirigeant israélien a ainsi fait savoir que son armée restera au Liban-Sud «autant que cela sera nécessaire» et s’est engagé à poursuivre son action pour assurer la sécurité du nord israélien. M. Rubio devait également avoir un entretien téléphonique avec le président libanais, Joseph Aoun. Un peu plus tôt, un porte-parole de l’armée israélienne précisait au cours d’une conférence de presse que Tel Aviv poursuivrait ses opérations dans les secteurs qu’il occupe au sud du Liban «afin de détruire les infrastructures militaires du Hezbollah et de neutraliser toute menace contre son territoire, tant qu'elle ne recevrait pas de nouvelles directives». «Les événements récents ont démontré une chose: les soldats de l'armée israélienne doivent se tenir entre le Hezbollah et les civils israéliens », a-t-il affirmé. Il a notamment expliqué que la formation pro-iranienne s’est dotée d’un large quartier-général militaire souterrain, dans le secteur du château de Beaufort, et que ses tirs incessants contre les forces israéliennes visent «à empêcher celles-ci de détruire ces installations». Des accusations que la formation pro-iranienne a rejetées. Son chef, Naïm Qassem, devait en début de soirée réaffirmer la légitimité des «opérations de résistance contre l’armée israélienne occupante» et accuser Israël de ne jamais avoir respecté les engagements conclus à la faveur d’un premier accord de cessez-le-feu, en novembre 2024. Selon lui, le Liban «traverse une des périodes les plus dangereuses de son histoire, à cause du complot israélo-américain devant lequel nous ne pouvons pas fléchir». «Une attaque contre la trêve» Face à cette nouvelle flambée de violence, le président Joseph Aoun a dénoncé une «escalade dangereuse et condamnable», estimant que les frappes israéliennes «compromettaient directement les efforts diplomatiques engagés ces derniers jours, ainsi que les efforts en cours pour consolider le cessez-le-feu et mettre fin à la guerre». Pour Beyrouth, le timing de cette escalade est particulièrement préoccupant. Elle intervient quelques jours avant la reprise des pourparlers de paix directs avec Israël, prévus le 23 juin à Washington et rejetés par le Hezbollah.

Le désarmement du Hezbollah réclamé par le G7
Par
Taline Becharraoui
Publié
juin 18, 2026 - 00:47

Depuis qu’il est question d’un cessez-le-feu au Liban mentionné dans le mémorandum d’entente entre l’Iran et les États-Unis – dont le texte a été publié en soirée par le Département d’État (voir par ailleurs) – les spéculations vont bon train quant aux développements susceptibles de se produire à court terme dans le pays. Non seulement le cessez-le-feu reste plus que précaire, mais des doutes planent au sujet du retrait éventuel des troupes israéliennes et de la question centrale du désarmement du Hezbollah. Si ce parti et son parrain iranien crient déjà «victoire» depuis la conclusion de cet accord-cadre, plusieurs indices sont venus nuancer cette impression affichée par le camp iranien, mercredi. Le premier de ces indices est la position prise par le G7 dont les leaders étaient réunis à Evian, en France. Dans une déclaration commune, les chefs des grandes puissances ont appelé à un cessez-le-feu «solide et immédiat» au Liban, mais ont également apporté leur soutien aux efforts déployés par les autorités libanaises en vue du désarmement du Hezbollah et de l’application du monopole des armes aux mains de l’État libanais. Le communiqué du G7 n’a pas manqué de rappeler «les menaces que l’Iran fait peser sur la région», insistant sur le fait que ce pays «ne doit jamais posséder l’arme nucléaire». Le texte du G7 a enfin exprimé la satisfaction des leaders des sept grands pays concernant l’accord-cadre conclu entre les États-Unis et l’Iran, prévoyant notamment la réouverture du détroit d’Ormuz. Le document met par ailleurs en évidence le rôle que peuvent jouer la Grande-Bretagne et la France dans le déminage et la réouverture du détroit. L’autre indice est l’engagement renouvelé par le président de la République Joseph Aoun concernant la volonté libanaise de sortir le pays de l’influence iranienne. Le président libanais a ainsi levé toute ambiguïté mercredi en insistant sur le fait que le Liban suit une voie «indépendante» de l’accord conclu entre Washington et Téhéran. Il a parlé «d’assurances» données à l’État libanais concernant les négociations directes qu’il mène avec Israël dans la capitale américaine depuis début avril, et dont la prochaine réunion doit se tenir les 23, 24 et 25 juin. L’État libanais «mène les négociations», il est «maître de ses décisions et personne ne peut se substituer à lui», a souligné la chef de l’État dans un communiqué. Il répond ainsi aux cadres du Hezbollah qui s’étaient empressés de l’exhorter à abandonner les pourparlers directs avec Israël, estimant que le Liban ferait mieux de passer par l’Iran pour plaider sa cause. Le président n’a cependant pas omis de remercier quiconque aide le Liban à obtenir un cessez-le-feu, dont l’Iran, dans une démarche qui montre une grande flexibilité et une volonté d’obtenir un consensus interne, malgré la constance dans sa position sur la souveraineté libanaise. Aoun à Washington? Notons dans ce cadre que le président Donald Trump a indiqué en cours de journée, en marge de sa visite en France, que le président Aoun se rendra à Washington «dans les deux semaines». Une source américaine autorisée indique sur ce plan que la visite du président Aoun à Washington interviendrait d’ici la mi-juillet. D’autre part, réaffirmant la volonté de son administration d’établir «la paix au Liban», le chef de la Maison Blanche a mis l’accent sur la nécessité de «trancher le dossier du Hezbollah d’une façon ou d’une autre». Le président US est revenu à la charge sur ce plan, en déclarant que «la Syrie assumera un rôle positif contre le Hezbollah au Liban». Tard en soirée, une source américaine indiquait à la chaîne al-Hadathque «la décision de guerre et de paix au Liban devait être aux mains du gouvernement légal», précisant que «nous avons signifié au Liban que la garantie de sa souveraineté et sa stabilité au plan régional passent par le monopole de la détention des armes» (par l’État). Par ailleurs, un haut responsable au sein de l’Administration US précisait pour sa part à la MTV que «l’accord n’impose pas un cessez-le-feu global au Liban à n’importe quel prix». «L’Iran doit juguler le Hezbollah et l’empêcher d’attaquer Israël, a ajouté le responsable en question. Si le Hezbollah attaque Israël, ce dernier se réserve le droit de riposter militairement». Il convient d’indiquer dans ce contexte que selon certaines informations rapportées par l’AFP, le Premier ministre Nawaf Salam pourrait être reçu jeudi à Paris par le président français Emmanuel Macron. Selon une source diplomatique au G7 citée par l’agence, Emmanuel Macron et Nawaf Salam vont discuter à Paris de «la mise en œuvre du communiqué du G7» portant sur le Liban. Amnesty et l’occupation israélienne Entre-temps, les combats se poursuivent au sud du pays et leur intensité semble même aller croissant, notamment dans les environs de la colline de Ali Taher, un point stratégique sur les hauteurs de Nabatiyeh, que les Israéliens tentent de prendre depuis plusieurs jours. Sur le plan politique, les voix israéliennes s’élèvent toujours pour demander que les territoires occupés ne soient pas évacués par les troupes de l’État hébreu. Le très extrémiste ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a assuré que l’armée israélienne ne se retirera pas du Liban, «ni d’ici vendredi ni après», en référence à la signature de l’accord-cadre entre l’Iran et les États-Unis vendredi à Genève. Un rapport publié par l’ONG internationale de droits de l’homme, Amnesty International, a accusé Israël de «crimes de guerre» pour son recours systématique aux déplacements forcés de populations, assurant que les troupes israéliennes occupent au stade actuel près de 6% du territoire libanais. L’armée iranienne, pour sa part, s’est à nouveau mêlée du terrain libanais ce mercredi, menaçant les Israéliens d’une «riposte sévère» si les frappes israéliennes ne cessent pas. Entre-temps, le Hezbollah n’a pas non plus arrêté ses attaques: en fin d’après-midi, l’armée israélienne a fait état de cinq blessés parmi ses soldats après une attaque au drone contre un de ses véhicules, à Nabatiyeh… «S’ils ne se comportent pas bien…» Le dossier iranien a de toute évidence suivi Donald Trump à la réunion du G7 en France. Si le président américain a obtenu que la conclusion de l’accord avec l’Iran ait lieu avant cette date, en vue de se prévaloir d’une victoire diplomatique auprès de ses alliés européens, avec lesquels sa relation a été plus que tumultueuse depuis le début de sa deuxième présidence, il n’en a pas moins dû répondre à des questions journalistiques qui ont provoqué des réponses intempestives. Ainsi a-t-il précisé d’emblée qu’il s’agit «d’un protocole d’accord» et non pas d’un accord final, lors de sa conférence de presse conjointe avec le président égyptien Abdel Fattah Sissi. «Et si l’accord ne me satisfait pas, se les Iraniens ne se comportent pas bien, nous recommencerons à balancer des bombes au-dessus de leurs têtes», a-t-il ajouté. Il n’en a pas moins qualifié ce document de «très solide». Des mots significatifs à deux jours de la signature de l’accord à Genève. Le président Trump a été sur la défensive lorsqu’il a été interrogé sur les 300 milliards de dollars d’investissements promis aux Iraniens. Il a affirmé que son pays «n’investira pas dix cents» en Iran tant que ce pays ne se sera pas conformé à toutes les clauses de l’accord, soulignant qu’il n’est prévu de dépenser aucun sou en Iran jusqu’à nouvel ordre. À en croire les fuites rapportées par les médias, le mémorandum d’entente souligne que les États-Unis «et leurs partenaires dans la région» s’engagent à élaborer un plan de reconstruction et de développement de l’Iran avec un financement «d’au moins 300 milliards de dollars». Concernant le financement de la reconstruction dans la région malmenée par cette guerre, notons la déclaration de la Chine mercredi, qui a promis non seulement d’aider l’Iran – ce qu’elle a déjà fait – mais aussi le Liban. Le géant chinois cherche-t-il à prendre une place grandissante dans la région? Aucune réaction jusque-là des autorités libanaises. Sur le terrain dans le Golfe, des pétroliers iraniens ont déjà dépassé la zone du blocus mercredi matin. Le texte du protocole d’accord entre l’Iran et les Etats-Unis Le texte du protocole d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran, qui doit encore être formellement signé, a été dévoilé mercredi par un responsable américain lors d'un appel avec des journalistes. En voici la retranscription, traduite par l'AFP. "Les Etats-Unis d'Amérique et la République islamique d'Iran sont convenus de bonne foi, le [Insérer la date], de ce qui suit:" 1. Les Etats-Unis d'Amérique et la République islamique d'Iran, ainsi que leurs alliés dans la guerre en cours, en signant ce protocole d'accord, déclarent la cessation immédiate et permanente des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban, et s'engagent, à compter de maintenant, à ne pas initier de guerre ou d'opération militaire l'un contre l'autre et à s'abstenir de la menace ou de l'usage de la force l'un contre l'autre, tout en garantissant l'intégrité territoriale et la souveraineté du Liban. L'accord final confirmera la cessation permanente de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban, ainsi que les autres dispositions du présent paragraphe. 2. Les Etats-Unis d'Amérique et la République islamique d'Iran s'engagent à respecter la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'autre et à s'abstenir de toute ingérence dans les affaires intérieures de l'autre. 3. Les Etats-Unis d'Amérique et la République islamique d'Iran s'engagent à négocier et à conclure l'accord final dans un délai maximum de 60 jours, extensible d'un commun accord. 4. Dès la signature du présent protocole d'accord, les Etats-Unis d'Amérique commenceront à lever leur blocus naval et toute perturbation ou entrave visant la République islamique d'Iran, et mettront complètement fin au blocus naval dans un délai de 30 jours. Pendant cette période, le trafic des navires sera proportionnel au volume de trafic d'avant-guerre rétabli par la République islamique d'Iran. Les Etats-Unis d'Amérique s'engagent en outre à retirer leurs forces des abords de la République islamique d'Iran dans les 30 jours suivant l'accord final. 5. Dès la signature du présent protocole d'accord, la République islamique d'Iran prendra des dispositions, en déployant ses meilleurs efforts, pour assurer la sécurité du passage des navires commerciaux, sans frais pendant 60 jours uniquement, du golfe Persique vers la mer d'Oman, et inversement. Le trafic des navires commerciaux commencera immédiatement et, compte tenu de la nécessité de lever les obstacles techniques et militaires, et du déminage par la République islamique d'Iran, sera pleinement rétabli dans un délai de 30 jours. La République islamique d'Iran engagera un dialogue avec le Sultanat d'Oman afin de définir l'administration future et les services maritimes dans le détroit d'Ormuz, en concertation avec les autres Etats riverains du golfe Persique, conformément au droit international applicable et aux droits souverains des Etats côtiers du détroit d'Ormuz. 6. Les Etats-Unis s'engagent, avec leurs partenaires régionaux, à élaborer un plan définitif, convenu d'un commun accord, d'un montant d'au moins 300 milliards de dollars, destiné à la reconstruction et au développement économique de la République islamique d'Iran. Le mécanisme de mise en œuvre de ce plan sera finalisé dans le cadre de l'accord final dans un délai de 60 jours. Toutes les licences, dérogations et autorisations nécessaires aux transactions financières pertinentes seront accordées par les Etats-Unis d'Amérique. 7. Les Etats-Unis d'Amérique s'engagent à mettre fin à tous les types de sanctions contre la République islamique d'Iran, y compris les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, les résolutions du Conseil des gouverneurs de l'AIEA, ainsi que toutes les sanctions unilatérales américaines, primaires et secondaires, selon un calendrier convenu dans le cadre de l'accord final. La République islamique d'Iran et les Etats-Unis d'Amérique reconnaissent l'importance cruciale de la question de la levée des sanctions susmentionnée et expriment leur intention de traiter immédiatement ces questions dans les négociations afin de parvenir à un accord mutuel à leur sujet. 8. La République islamique d'Iran réaffirme qu'elle ne se procurera ni ne développera d'armes nucléaires. Les Etats-Unis d'Amérique et la République islamique d'Iran ont convenu de régler le sort des matières enrichies accumulées selon un mécanisme qui sera convenu mutuellement et conforme au calendrier mentionné au paragraphe 7, la méthodologie a minima consistant en une méthode de dilution sur place sous la supervision de l'AIEA. Les deux parties ont également convenu de discuter de la question de l'enrichissement et d'autres sujets convenus conjointement liés aux besoins nucléaires de la République islamique d'Iran, sur la base d'un cadre satisfaisant devant être arrêté dans l'accord final. L'accord final confirmera les dispositions du présent paragraphe. Les Etats-Unis d'Amérique et la République islamique d'Iran reconnaissent l'importance cruciale des questions nucléaires susmentionnées et expriment leur intention de traiter immédiatement ces questions dans la négociation afin de parvenir à un accord mutuel à leur sujet. 9. Dans l'attente de l'accord final, les Etats-Unis d'Amérique et la République islamique d'Iran conviennent de maintenir le statu quo. La République islamique d'Iran maintiendra le statu quo actuel de son programme nucléaire, et les Etats-Unis d'Amérique n'imposeront aucune nouvelle sanction et ne déploieront pas de forces supplémentaires dans la région. 10. Les Etats-Unis d'Amérique s'engagent à ce que, dès la signature du présent protocole d'accord et jusqu'à la levée des sanctions, le département du Trésor américain délivre des dérogations pour l'exportation de pétrole brut iranien, de produits pétroliers et dérivés, ainsi que pour tous les services associés, y compris les transactions bancaires, les assurances, le transport, etc. 11. Les Etats-Unis d'Amérique s'engagent à rendre pleinement disponibles et utilisables les fonds et avoirs de la République islamique d'Iran gelés ou soumis à des restrictions dès la mise en œuvre du présent protocole d'accord. Les Etats-Unis d'Amérique et la République islamique d'Iran se mettront d'accord d'un commun accord sur les procédures relatives à la libération de ces fonds au cours des négociations. Ces fonds, qu'ils soient conservés sur le compte d'origine ou transférés, devront être pleinement utilisables pour tout paiement en faveur de tout bénéficiaire final désigné par la Banque centrale de la République islamique d'Iran. Les Etats-Unis d'Amérique s'engagent à délivrer toutes les licences et autorisations nécessaires en conséquence. 12. Les Etats-Unis d'Amérique et la République islamique d'Iran conviennent qu'un mécanisme d'exécution sera établi pour surveiller la bonne mise en œuvre du présent protocole d'accord et le respect futur de l'accord final. 13. Après la signature du présent protocole d'accord et sous réserve du début de la mise en œuvre des paragraphes 1, 4, 5, 10 et 11 du protocole d'accord, ainsi que de la poursuite de la mise en œuvre de ces mesures, les Etats-Unis d'Amérique et la République islamique d'Iran entameront des négociations relatives à l'accord final exclusivement sur les autres paragraphes. 14. L'accord final sera entériné par une résolution contraignante du Conseil de sécurité de l'ONU.

USA-Iran: pour Téhéran, rentrer dans le rang, sinon…
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LevantTime .
Publié
juin 16, 2026 - 23:50

Le maître-mot de ce processus de tractations et de négociations mis sur les rails au début de la semaine par les États-Unis et la République islamique iranienne est sans conteste le «suspense». Le coup d’envoi, officiel, de ce processus sera donné vendredi en Suisse en présence, notamment, du vice-président américain JD Vance et du président du Parlement iranien, par ailleurs chef de la délégation de négociateurs iraniens, Mohammed Ghalibaf. Au stade actuel, le suspense porte sur la teneur du mémorandum d’entente convenu entre Washington et Téhéran. Seule la «version» iranienne de ce document a été rendue publique. À l’évidence, elle présente une vision quelque peu biaisée du fait qu’elle paraît refléter essentiellement les requêtes du régime iranien. Côté américain, on précise que le texte de cet accord-cadre devrait être transmis aux médias vendredi, après la cérémonie officielle de signature. D’entrée de jeu, le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a indiqué mardi que les négociations bilatérales, qui devraient s’étaler sur 60 jours renouvelables, porteront sur le dossier nucléaire et la question des sanctions. C’est à ce niveau que surgit le second niveau de suspense, dans la mesure où les positions en présence portant sur le lourd contentieux qui oppose les deux pays sont très divergentes. Dans une interview au New-York Times, le président Donald Trump a clarifié la position américaine, telle qu’elle devrait progressivement se manifester au fur à mesure de l’avancée des pourparlers. Il a d’abord affirmé que si le régime iranien continue à exécuter des opposants, il décidera de suspendre le dégel des avoirs iraniens qui s’élèvent à 24 milliards de dollars. D’une manière générale, le chef de la Maison Blanche a précisé qu’il ne saurait être question d’une levée des sanctions ou de la remise des avoirs gelés tant que le pouvoir en place n’aura pas respecté et mis à exécution ses engagements. Le «gardien du Moyen-Orient» Allant plus loin dans sa mise en garde à la République islamique, le président Trump a brandi la menace d’un retour à l’option militaire et à des frappes contre des infrastructures iraniennes si l’accord final sur le dossier nucléaire n’est pas conclu. Et pour mieux préciser sa pensée sur ce plan, il a souligné sans détour que si l’accord final sur le dossier nucléaire n’est pas avalisé, les États-Unis s’arrogeront, dans ce cas, le droit d’être «le gardien du Moyen-Orient, en contrepartie de la perception de 20 pour cent des revenus de la région»… Concernant la situation au Liban, le chef de la Maison Blanche a lancé ce qui pourrait paraître comme une bourde diplomatique en indiquant, dans une autre interview, qu’il envisageait de proposer à Israël de laisser au président syrien Ahmed Chareh le soin de régler le problème du Hezbollah au Liban. «Il pourrait peut-être accomplir cette tâche mieux qu’Israël», a renchéri M. Trump. Le président syrien n’a pas tardé à réagir à cette bourde en déclarant qu’il ne saurait être question d’une intervention des forces syriennes au Liban. Quatre frappes de drones au Liban-Sud En tout état de cause, les dirigeants israéliens ont réitéré au cours des dernières quarante-huit heures que l’armée ne se retirera du territoire libanais que lorsque le problème de l’armement du Hezbollah aura été réglé. Dans l’attente, les opérations militaires se poursuivent au Liban-Sud, mais avec une intensité plus faible qu’avant l’annonce du mémorandum d’entente. Les forces de l’État hébreu axent essentiellement leur attaque dans le secteur de Nabatiyeh, notamment en direction de la colline stratégique de Ali Taher. Parallèlement, l’armée israélienne a lancé dans la journée de mardi quatre frappes de drones contre des véhicules dans la zone des localités de Mayfadoun et Choukine, dans le caza de Nabatiyeh. Ces frappes ciblées ont fait quatre morts et plusieurs blessés.

Téhéran jubile, Israël fulmine, le Liban retient son souffle
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LevantTime .
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juin 15, 2026 - 23:14

Après l’annonce officielle d’un accord-cadre entre Washington et Téhéran sur un mémorandum d’entente qui va servir de base aux pourparlers entre les deux capitales, le schéma est le suivant: volubilité à Téhéran où l’on présente le document comme une victoire historique ; colère en Israël ; discrétion calculée aux États-Unis ; optimisme prudent au Liban et soulagement dans les pays du Golfe et en Europe, avec la chute des cours du pétrole. Le protocole d’entente, annoncé dans la nuit de dimanche à lundi par le président Donald Trump, doit être signé vendredi à Genève où M. Trump est arrivé lundi pour prendre part aux réunions du G7. Le document aurait été déjà signé électroniquement. Mais le déplacement d’une délégation du Qatar dimanche soir à Islamabad, suggère que des détails auraient encore besoin d’être réglés. Doha s’était associé, à la demande de Washington, aux efforts de médiation menés par le Pakistan. Une présomption que soutiennent également les propos du vice-président américain, JD Vance. Selon lui, le document serait dévoilé dans le courant de cette semaine. JD Vance n’a pas donné davantage de précisions à ce propos. En attendant, Téhéran s’est fait un point d’honneur de s’étendre longuement – commentaires triomphalistes à l’appui – sur les dispositions du mémorandum d’entente en 14 points. Le texte jette les bases d’un cessez-le-feu censé déboucher sur une paix durable, au terme de négociations qui s’étendront sur 60 jours. Deux longs mois pour un processus semé d’embûches, le protocole d’entente n'étant qu’un document précisant les grandes lignes des négociations à venir. Les médias iraniens ont ainsi rapporté qu’il prévoit un «arrêt permanent et immédiat de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban, le déblocage de 24 milliards de dollars d'avoirs iraniens gelés, dont la moitié de cette somme avant le début des pourparlers». Toujours selon les médias iraniens, le document prévoit aussi la suspension des sanctions sur la vente de pétrole iranien, de produits pétrochimiques et de leurs dérivés. En contrepartie de la fin des hostilités et de la réouverture du détroit d'Ormuz, Washington lèverait graduellement le blocus imposé aux ports iraniens ainsi que les sanctions qui étouffaient l'économie de la République islamique. Mais l'enjeu principal, pour les deux belligérants, reste le sort des stocks d'uranium enrichi, et des deux programmes, nucléaire et balistique, iraniens. Téhéran a juste évoqué le programme nucléaire, affirmant que Washington aurait accepté que la République islamique maintienne à 3% l’enrichissement de l’uranium, alors que les États-Unis étaient jusque-là intransigeants sur ce point. Pas un mot en revanche sur le programme balistique. À en croire les Iraniens, ce sont eux qui sont parvenus à imposer toutes leurs conditions aux États-Unis. Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a ainsi annoncé que les pourparlers finaux ne commenceraient que «lorsque les États-Unis auront rempli des engagements clés, notamment la fin du blocus naval, l’attêt des opérations militaires et la libération des fonds iraniens bloqués». «Une fois ces engagements urgents exécutés, nous entrerons immédiatement en négociations», a-t-il déclaré à la télévision d'État. «Le déblocage des biens iraniens ainsi que des réparations pour les dégâts constituent deux points essentiels» de l'accord, a repris le porte-parole de la diplomatie, Esmaïl Baghaï lors de son point-presse hebdomadaire. Selon lui, «la partie américaine s'est engagée à prendre des mesures dans ces deux domaines», ce que le vice-président américain, J.D Vance s’est empressé de démentir. Il a assuré au cours d’une conférence de presse que les Iraniens «n’auront rien avant d’honorer leurs engagements». «Ils ne font que parler de ce qu’ils vont obtenir mais gardent le silence sur ce qu’ils donneront en contrepartie», a-t-il ajouté, en insistant sur le fait que Donald Trump aura obtenu par la diplomatie ce qu’il cherchait à imposer par la guerre, à savoir que les Iraniens n’aient jamais la possibilité d’avoir une arme nucléaire et qu’ils cessent de financer des activités terroristes dans tout le Moyen-Orient». Et pendant que Téhéran assurait avoir arraché à Washington le déblocage de compensations pour la reconstruction des sites détruits ou endommagés par les attaques israélo-américaines, JD Vance insistait sur le fait que les seuls fonds que la République islamique obtiendra proviennent des fonds iraniens bloqués. Les États-Unis s’attendent en outre à ce que le détroit d’Ormuz rouvre «sans péage» de la part de l’Iran, a-t-il poursuivi, alors que la diplomatie iranienne évoquait des «frais» de service maritime. Dans le même temps, Donald Trump se félicitait de ce que des navires « dont certains chargés de pétrole, commencent à sortir du détroit d’Ormuz et naviguent le long (d’une route) qui est totalement sécurisée». Le déminage ne devrait pas tarder à être lancé. Le président français, Emmanuel Macron, a assuré que Paris va s’engager dans ce processus avec la Grande-Bretagne. Il a par ailleurs assuré, en marge du G7, que les capacités d'uranium hautement enrichi de l'Iran doivent être «neutralisées» sous supervision de l'agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Colère en Israël Largement saluée par la communauté internationale, notamment par l’Europe, l’entente irano-américaine est loin de correspondre cependant aux attentes des autorités israéliennes qui n’ont pas caché leur colère. Tel Aviv considère que l’accord-cadre ne neutralise pas la capacité de nuisance de la République islamique et encore moins ses proxys, notamment le Hezbollah, qui constitue toujours une menace pour la sécurité du nord du pays. Israël souhaitait que Washington «finisse le boulot» plutôt que de se laisser piéger par des accords dont Téhéran est passé maître dans l’art de contourner. L'annonce du mémorandum a provoqué une véritable tempête politique au sein du cabinet israélien qui le juge «dangereux». Plusieurs ministres ont ouvertement critiqué l'administration américaine, considérant l’accord d’entente comme une «capitulation face au terrorisme d'État». Même l’opposition israélienne l’a fustigé. En soirée, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a assuré au cours d’une conférence de presse que l’Iran ne se dotera pas d’armes nucléaires «avec ou sans accord». Il n’a pas commenté le mémorandum d’entente mais s’est engagé à «rester vigilant pour repousser toute menace des alliés de Téhéran contre Israël, notamment par le Hezbollah». Dans ce contexte, il a annoncé que son armée «restera au Liban autant que nécessaire» et que si elle ne s’est pas retirée sous la pression de l’Iran, c’est parce qu’il est resté «très ferme». «Je pense que nos amis américains respectent cette fermeté et cette position. Nous resterons au Liban». Un fait significatif: il a fait état d’une volonté d’indépendance militaire en annonçant un budget de près de 121 milliards de dollars à la défense. «Nous allons développer des concepts qui dépassent l’imaginaire», a-t-il lancé, dans ce qui semble être un message aux États-Unis qui fournit une aide militaire consistante à Tel Aviv. Pour les responsables israéliens, le mémorandum légitimise l'influence iranienne, protège les structures paramilitaires du Hezbollah que Tel Aviv démantelait progressivement, à partir du moment où il a inclus le front libanais dans le cadre du cessez-le-feu annoncé. Israël est en outre persuadé que le déblocage des fonds iraniens permettra à Téhéran de reconstruire son arsenal balistique. Le gouvernement israélien a d’ailleurs prévenu qu'il ne se considère pas lié par le document et qu’un retrait du Liban n’est pas envisagé tant que le Hezb n’a pas été désarmé. Un argument qu’il peut facilement avancer dans la mesure où il a déjà conclu un accord de cessez-le-feu avec le Liban, sous le parrainage de Washington. Dans ce contexte, plusieurs ministres israéliens ont soutenu que Tel-Aviv se réserve le droit d'agir unilatéralement pour défendre ses intérêts, même si cela contrevient à la dynamique diplomatique en cours. Calme précaire au Liban Au Liban, le Hezbollah s’est empressé de faire écho au triomphalisme iranien. Depuis l’annonce du protocole d’entente, ce groupe a immédiatement suspendu ses tirs contre des objectifs israéliens, se conformant ainsi aux directives de son parrain iranien. Histoire de montrer que c’est grâce à l’Iran qu’un cessez-le-feu est instauré sur le front libanais. Le Hezb, rappelle-t-on, ne reconnaît pas l’accord de trêve libano-israélien, en raison de son opposition farouche aux négociations directes entre les deux capitales. Sur le terrain, un calme précaire a prévalu dans la journée au Liban-Sud où des tirs sporadiques israéliens ont visé Nabatiyé et Kfar Tebnite où un drone israélien a tué le chauffeur d’un véhicule. Un journaliste a également été blessé par une attaque de drone dans cette même localité. En soirée, des informations non confirmées de sources officielles faisaient état d’une progression de l’armée israélienne vers la colline stratégique de Ali Taher, surplombant Nabatiyé et d’accrochages avec des miliciens du Hezb. De nombreux villageois se sont empressés de regagner leurs localités en dépit des mises en garde de l’armée libanaise. Sur le plan politique, les autorités libanaises se sont félicitées du mémorandum d’entente alors que la formation pro-iranienne a vite fait d’instrumentaliser «la victoire iranienne» en appelant, par la voix du mufti jaafari, Mohammad Ahmad Kabalan, à un changement du gouvernement. Le plus grave est l’argumentation de ce dernier. Selon lui, la nouvelle équipe doit «représenter les équilibres nationaux, avec la disparition des facteurs qui ont justifié l’arrivée du camp pro-américain au gouvernement». Pour le mufti, la nouvelle équipe ministérielle devrait inclure «les alliés (chrétiens) du Hezb, notamment le Courant patriotique libre (CPL) et les Marada», présidés respectivement par Gebran Bassil et Sleiman Frangieh. Question de rétablir une légitimité chrétienne à une formation totalement inféodée à l’Iran et complètement isolée sur le plan local. Cheikh Ahmad Kabalan a également jugé que «le Liban doit se retirer des négociations directes avec Israël» censées reprendre le 22 juin à Washington. Pour arriver à ses fins, la formation pro-iranienne mettra-t-elle à exécution ses menaces de renverser le gouvernement? Interrogé au sujet du Liban, le président Trump a répondu: «Nous voulons vraiment voir si nous pouvons régler le problème de ce pays. C’est une partie infime de ce que nous faisons. Mais cela ne devrait pas être difficile. Nous devons avoir une petite discussion avec le Hezbollah».

Iran-USA: le couac des fuites dans les médias iraniens
Par
Taline Becharraoui
Publié
juin 12, 2026 - 23:20

Le «mémorandum d’entente» transitoire devant mettre fin à la guerre entre les Etats-Unis et l’Iran serait-il vraiment conclu prochainement ? L’annonce triomphaliste faite par le président Donald Trump sur une «entente imminente» avec l’Iran est déjà mise à mal par des «fuites» dans les médias iraniens téléguidés par le pouvoir, qui continuent de clamer que la République islamique a obtenu tout ce qu’elle cherchait: contrôle du détroit d’Ormuz, déblocage immédiat des fonds et levée des sanctions, investissements américains pour le redressement de l’économie iranienne… Un message de Trump sur son réseau social est venu brutalement remettre les pendules à l’heure. Toutefois, il semble peu probable que cela empêche un accord d’aboutir, ce qui a été conforté vendredi soir par une annonce du médiateur pakistanais qui a annoncé officiellement que les deux parties sont parvenues à un accord. Alors que s’est-il passé durant cette longue journée ? La journée de vendredi au Levant commençait sous les meilleurs auspices. « Nous venons de trouver un très bon accord pour mettre fin à la guerre avec l'Iran et, une fois les documents finalisés, ce qui devrait être fait dans les prochains jours, nous aurons probablement une signature, peut-être en Europe », a déclaré le président Trump depuis le Bureau ovale, rapporte l’AFP. Cette annonce de Donald Trump, qui a un air de déjà-vu, a fait couler beaucoup d’encore, autant dans la presse américaine qu’iranienne. Pour ce qui est de la première, elle a largement relayé le fait que l’accord serait signé bientôt : Bloomberg News a écrit que le document serait signé lors du sommet du G7 à Genève, en Suisse, dimanche. Selon Axios, la visite du vice-président JD Vance en Suisse serait déjà en préparation, en vue de la signature de l’accord. Le site américain a mis l’accent sur la médiation qatarie autant que pakistanaise, ayant apparemment permis cette percée. En effet, toujours selon Axios, le médiateur qatari a signé «l’accord de principe» avec le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi à Téhéran. Les versions américaine et iranienne La presse iranienne, elle, fidèle à ses habitudes (de médias dirigés par le régime), a répercuté la forte possibilité d’un accord prochain, certes, mais en donnant force détails de ce que seraient les termes de la trêve. A en croire ces médias, donc, l’Iran aurait obtenu de garder le contrôle du détroit d’Ormuz, le déblocage de ses fonds bloqués (le chiffre de 24 milliards de dollars, ou du moins la moitié, circule), une levée des sanctions et du blocus américain sur les ports, le retrait des forces américaines de la région limitrophe de l’Iran, sans compter le droit de poursuivre l’enrichissement de l’uranium. Selon l’agence Mehr, les missiles balistiques ne sont pas évoqués dans le texte, et l’accord-cadre donne une période de 6 mois pour un accord final. Les échos parvenant de Téhéran indiquaient par ailleurs qu’une décision finale n’a pas été prise par les autorités iraniennes, démentant que le timing de la signature ait été fixé à dimanche. Et ce sont ces «fuites» dans les médias qui se sont révélées être le ver dans le fruit, déclenchant la colère de Donald Trump sur son réseau social Truth Social. «Les conditions que les Iraniens ont fait fuiter dans leurs médias n’ont rien à voir avec les termes de l’accord auquel nous sommes parvenus», a-t-il tonné, estimant que «les Iraniens sont très déshonorables», et qu’il est impossible de négocier de bonne foi avec eux. « Ils feraient bien de rectifier le tir, et vite ! », a-t-il également écrit. Un responsable de l’administration US a exposé la version de Washington au correspondant de la chaîne al-Hadath : aucun déblocage de fonds ne sera effectué avant que cet accord ne soit mis en application, l’uranium enrichi sera sorti des territoires iraniens et les installations nucléaires seront bel et bien démantelées. Une autre clause cruciale, selon la chaîne saoudienne, obligera l’Iran à renoncer à financer des proxys dans la région, une question qui intéresse le Liban au plus haut point. Cette source a assuré que les Iraniens ont approuvé ces clauses. Netanyahu : L’Iran n’aura pas la Bombe En marge de ces déclarations concernant un éventuel accord qui serait prochainement signé par Washington et Téhéran, un processus dont Tel Aviv a été notoirement écarté, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’est empressé d’affirmer qu’il était « entièrement d’accord » avec Donald Trump sur le fait que l’Iran n’aura jamais de bombe atomique, ajoutant que cela n’aurait pas lieu «tant qu’il sera Premier ministre». Entre-temps, les combats au Liban-Sud se poursuivaient vendredi avec la même intensité entre l’armée israélienne et le Hezbollah. Selon al-Hadeth, les Israéliens ont annoncé avoir dominé toutes les collines surplombant la ville stratégique de Nabatiyeh, au Liban-Sud, et le Hezbollah poursuit ses attaques, notamment à l’aide de drones. Or c’est le sort de ce front qui est en question depuis qu’on parle d’un accord si proche sur le front régional iranien. D’une part, les échos dans les médias iraniens insistent sur le fait que tout éventuel accord inclurait une clause sur une accalmie sur tous les fronts, donc au Liban. D’autre part, des sources israéliennes auraient déjà affirmé qu’un accord entre l’Iran et les Etats-Unis ne concernerait pas ce front libanais, «vu que les autorités israéliennes sont en pourparlers directs avec les autorités libanaises dans un processus séparé à Washington», soulignent les médias panarabes. La question se pose toujours, vendredi, au Liban, d’autant que le cessez-le-feu en Iran, début avril, n’a pas entraîné automatiquement une mesure similaire au Liban (sachant que les cessez-le-feu obtenus suite aux pourparlers directs n’ont pas eu un meilleur effet). Ce qui est sûr, en revanche, c’est que ce futur accord alimente déjà la polémique interne. Sans surprise, les voix du Hezbollah s’élèvent déjà pour adopter un discours triomphaliste. Le député Hassan Fadallah, avec son ton provocateur habituel, s’est dépêché d’affirmer qu’un accord «aura des répercussions» sur le Liban, «que les responsables libanais l’acceptent ou pas». Le parlementaire fait référence à l’argument massue de son parti qui veut que seul un cessez-le-feu négocié par l’Iran aurait des chances d’aboutir. Il a d’ailleurs lancé une pique au président de la République Joseph Aoun et au Premier ministre Nawaf Salam, estimant qu’ils ont été « exploités » par Washington. Certes, Hassan Fadlallah a semblé lâcher du lest en assurant que «l’Iran ne cherche pas à se substituer à l’Etat libanais». De tels propos n’en ont pas moins appelé une réponse du Premier ministre Salam. Celui-ci a reproché à la République islamique de chercher à montrer qu’elle détient le pouvoir de décision au Liban. Le débat autour du rôle de l’Iran au Liban, à travers son allié local, n’a pas fini de s’enflammer. Or les sources de Washington, rapportées par plusieurs médias, continuent d’insister sur la volonté du président américain de séparer les deux dossiers. Ce point est à suivre dans les jours qui viennent, à la lumière des développements dans la région. Nouvel ambassadeur d’Arabie saoudite Le Liban officiel, pour sa part, continue de s’engager dans une voie de rapprochement avec son environnement arabe, longtemps négligé. Outre la décision saoudienne, prise la veille, de rouvrir son marché aux produits agricoles libanais, qui devrait avoir des conséquences énormes sur le secteur de l’agriculture au Liban, il faut noter la visite de l’émissaire saoudien pour le Liban, Yazid ben Farhan, au président Aoun au palais de Baabda jeudi soir. Le nouvel ambassadeur saoudien, lui, est arrivé vendredi à Beyrouth. Autre actualité majeure de ce vendredi : après une longue polémique autour d’une possible ingérence syrienne au Liban pour démanteler le Hezbollah, suite à des propos de Donald Trump sur le sujet, le président syrien Ahmad Chareh a catégoriquement démenti toute implication de son pays sur le front interne libanais.

Tactique calculée de Trump pour accentuer la pression sur Téhéran
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LevantTime .
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juin 11, 2026 - 21:02

Et rebelote. La tension monte dans la région avec la nouvelle vague de frappes sur l’Iran, annoncées pour ce soir par le président américain, Donald Trump, qui a également menacé de prendre le contrôle de l’île stratégique de Kharg, cœur névralgique de l'économie pétrolière iranienne. Toutefois, et dans une nouvelle volte-face, Trump a déclaré plus tard sur son réseau Truth Social qu’il a décidé d’annuler les frappes dont il menaçait l'Iran, assurant « que les discussions avec la République islamique ont été vues et approuvées par les plus hautes autorités iraniennes ». Et, comme à l’accoutumée, la nouvelle a été vite démentie via l'agence de presse iranienne Fars. Mais selon le site Axios , de hauts responsables iraniens ont affirmé qu’un « accord de principe » a été trouvé, mais qu’on «attendait l’aval du guide suprême Moujtaba Khamenei». Après avoir épuisé tous les moyens diplomatiques, Washington mise désormais sur la voie militaire pour accentuer la pression sur la République islamique afin de la contraindre à négocier un accord devant neutraliser la menace nucléaire qu’elle représente, endiguer son influence déstabilisatrice dans la région, à travers ses proxys, et régler le conflit autour du détroit stratégique d’Ormuz. La stratégie reste donc la même. C’est la tactique qui a changé. Elle s’est durcie, comme en témoigne le ton de plus en plus agressif des menaces du président Trump. «La guerre ne finira qu’avec la capitulation de l’Iran», a-t-il lancé dans le cadre d’une interview à la chaîne Fox News, peu de temps après un premier message sur son réseau social, Truth Social: «Les États-Unis vont frapper l'Iran très fort ce soir (jeudi). La marine, l'armée de l'air, les radars, la défense anti-aérienne et toutes les autres formes de défense (de Téhéran), ainsi que la majeure partie de sa capacité offensive, n'existent plus». Dans la nuit de mercredi à jeudi, l’armée américaine avait principalement ciblé le sud de l'Iran, ainsi que des sites proches de la capitale, notamment à Karaj, Nazarabad et Pishva, selon les Gardiens de la révolution islamique. Donald Trump a associé ses menaces à d’autres, à caractère économique, autrement plus importantes pour l’Iran: «À un moment donné, dans un avenir assez proche, nous prendrons peut-être l'île de Kharg et d'autres points d'infrastructure pétrolière. Nous assumerons le contrôle total de leurs marchés du pétrole et du gaz, tout comme nous l'avons fait avec le Venezuela, ce qui fonctionne brillamment à la fois pour le Venezuela et les États-Unis d'Amérique», a-t-il écrit, dans ce qui semble être un plan visant à mettre à genoux un Iran en butte à des problèmes économiques soutenus, accentués par le blocus américain imposé à ses ports. Il a répété la même menace à Fox News mais a émis des réserves quant à la réaction de la population américaine, hostile, selon lui, à une intensification du conflit. «Vous savez, ma préférence a toujours été de prendre l’île de Kharg. Je ne sais pas si l’Amérique en a l’estomac», a-t-il dit. Donald Trump a également indiqué qu’il ne compte pas frapper l’infrastructure civile pour ne pas porter préjudice au peuple iranien, majoritairement hostile au régime des mollahs. Autant de menaces qui mettent à mal le cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril, même si Téhéran réagit violemment aux coups de massue américains. Dans la nuit de mercredi à jeudi, l’armée iranienne a ciblé des bases américaines au Koweit, à Bahrein et en Jordanie. Elle a épargné les Émirats arabes unis qui, selon Bloomberg, auraient tenu récemment leur première réunion de sécurité avec l’Iran depuis le début de la guerre. L’objectif de ces assises: assurer la stabilité économique des EAU, selon ce média. Téhéran a également bloqué totalement le détroit d’Ormuz où, jusqu’à mercredi, il autorisait le passage, certes payant, des bateaux des pays jugés amis ou neutres, pendant que l’armée américaine annonçait avoir neutralisé mercredi un troisième pétrolier ayant tenté de violer le blocus des ports iraniens en l'espace d'une semaine. Jeu de dupes v/s diplomatie Pour l’heure, cette recrudescence de la violence semble toujours contenue, voire étudiée, même si les risques de dérapage existent. Téhéran et Washington demeurent engagés dans une sorte de jeu de dupes dangereux, dans lequel chacun essaie de manœuvrer avec les atouts dont il dispose pour imposer ses conditions dans le cadre des efforts de médiation toujours en cours. Reste à voir qui lâchera en premier. L’un des signes indicateurs de la violence mesurée, à but déterminé, à laquelle nous assistons depuis quelques jours est l’absence d’implication israélienne. Le jour où Donald Trump demandera à son allié israélien de s’associer aux frappes contre l’Iran, cela signifiera officiellement le retour à l’option militaire pour atteindre les objectifs de guerre fixés, au risque d’un embrasement régional. Washington continue ainsi de miser sur le processus diplomatique. Donald Trump a réaffirmé hier que ce processus reste son «option préférée», alors qu’Islamabad et Doha mettaient les bouchées doubles afin de dégager une formule acceptable pour une déclaration d’intentions qui permettrait à l’Iran et aux États-Unis de reprendre les négociations. Les négociateurs du Qatar ont quitté jeudi Téhéran où ils s'étaient rendus la veille pour tenter d'aplanir les divergences entre les États-Unis et l'Iran, a indiqué à l'AFP un diplomate au fait de la mission qatarie. Les discussions avec les responsables iraniens étaient menées en coordination avec Washington, a confirmé ce diplomate, en précisant qu’elles ont duré «jusqu'aux premières heures de la journée». À Islamabad, le porte-parole de la diplomatie pakistanaise, Tahir Andrabi, a indirectement reconnu que les efforts de conciliation sont dans l’impasse, mais a souligné que son pays n’a toujours pas baissé les bras. «Il est difficile de rester optimiste face aux nouvelles hostilités, mais ne tirons pas le rideau sur l'approche pakistanaise en faveur d'une médiation», a-t-il indiqué. Il a précisé qu'Islamabad avait transmis un courrier en ce sens aux deux parties. «Nous restons engagés» pour une médiation, a insisté M. Andrabi. L’Arabie saoudite a en outre appelé à la poursuite de la médiation pakistanaise et salué le rôle joué par le Qatar pour soutenir les négociations. Un appel similaire a été lancé par le Kremlin. La médiation se poursuit désormais au rythme des frappes et des menaces américaines, militaires et économiques. Dans ce contexte, il est important de relever que le Secrétaire d’État américain au Trésor, Scott Bessent, a annoncé que des fonds seront prélevés sur les comptes iraniens gelés pour compenser les dommages causés par les tirs de missiles iraniens contre les pays alliés de Washington dans le Golfe. «Tous les péages versés à l'Autorité du détroit du Golfe Persique seront aussi compensés par des fonds prélevés sur leurs comptes. Chaque attaque lancée par l'Iran ne fera qu'aggraver les conséquences économiques et financières auxquelles il est confronté», a-t-il annoncé alors que l’un des principaux points d’achoppement dans le dialogue indirect Téhéran-Washington se rapporte aux avoirs iraniens gelés. La République islamique exige qu’ils soient débloqués pour accepter, entre autres, un retour aux négociations. Cette stratégie de la corde raide pourrait-elle pousser Téhéran à accepter les conditions américaines pour un « deal », ou au contraire, à réagir en élargissant le conflit militaire, sachant que Trump est hostile à une guerre d’envergure? Les jours à venir devrait apporter un élément de réponse. Reprise des exportations libanaises vers l’Arabie Au Liban, l’actualité principale est d’ordre politico-économique, avec la reprise des exportations libanaises vers l’Arabie saoudite. Riyad avait suspendu fin 2021 ses importations du Liban à cause de la crise née des propos du ministre de l’Information de l’époque, Georges Cordahi, au sujet de l’intervention saoudienne au Yémen et du trafic de Captagon vers son territoire. Sur le terrain, les échanges de tirs se poursuivent entre l’armée israélienne qui continue d’avancer dans le périmètre du Château de Beaufort et les miliciens du Hezbollah, dont «10 000 auraient été éliminés durant la guerre», selon Tel Aviv. Côté libanais, le nombre de victimes s’approche de la barre des 4000. Dans ce qu’Israël a considéré comme une violation du cessez-le-feu de mai, la formation pro-iranienne a lancé des drones contre le nord israélien jeudi matin. Ces engins ont pu être interceptés avant leur entrée dans l’espace aérien israélien, selon l’armée israélienne. S’agit-il d’un message adressé aux Américains et Israéliens, sur la disposition du Hezb à rouvrir le front libanais si la nouvelle épreuve de force entre Téhéran et Washington s’aggrave? La question peut se poser.

Diplomatie sous le feu: Trump menace Téhéran de nouvelles frappes
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LevantTime .
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juin 10, 2026 - 23:25

La tension continue de monter dans la région mais reste jusque-là sous contrôle. À croire que Téhéran et Washington, qui poursuivent les échanges de messages par le biais du médiateur pakistanais, ont opté pour une nouvelle tactique. Celle de la diplomatie sous le feu. C’est sous cet angle que sont aujourd’hui perçus les événements militaires déclenchés par l’Iran dans la région au cours des dernières quarante-huit heures. Asphyxiée par le blocus maritime imposé par Washington à ses ports, la République islamique, qui jusque-là jouait la montre, n’a plus que l’option militaire pour desserrer la pression exercée sur elle à deux niveaux. Le premier concerne les négociations directes libano-israéliennes pour un accord de paix. S’il est conclu, l’accord en question mettra fin immanquablement à son emprise sur le Liban, via le Hezbollah, au moment où elle s’efforce de faire figurer le dossier du Hezb à l’agenda de ses éventuels pourparlers avec Washington, pour pouvoir imposer ses conditions. Le second se rapporte à ses propres pourparlers avec les États-Unis pour un cessez-le-feu durable. En abattant mardi un hélicoptère militaire américain de type Apache, qui patrouillait dans les eaux internationales du détroit d’Ormuz, l’Iran est donc passé à la vitesse supérieure dans sa confrontation avec les États-Unis qui ont réagi au quart de tour en menant deux vagues de frappes contre des systèmes de défense antiaériennes et des radars autour du détroit d'Ormuz, selon le média américain Axios. Des explosions successives ont retenti durant la nuit le long de la côte sud de l'Iran. Selon le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom), il s’agit de «frappes d'autodéfense, sur ordre du commandant en chef», en référence au président Donald Trump. L'Iran a réagi en lançant des attaques contre des bases américaines au Bahreïn, en Jordanie et au Koweït. «Des frappes imminentes» Même s’il n’a pas lâché l’option diplomatique, le président américain, qui n’arrêtait pas d’affirmer qu’un «bon» accord avec Téhéran est sur le point d’être conclu, a radicalement changé de ton mercredi. Il s’est montré menaçant, laissant entendre qu’il est conscient du jeu iranien et qu’il ne compte pas s’y laisser prendre. M. Trump a réaffirmé, au cours d’une conférence de presse à la Maison Blanche, qu’il compte «de nouveau frapper l’Iran aujourd’hui», mercredi, et qu’il envisage une attaque d’envergure en visant des centrales électriques et des ponts. Il a lancé ces menaces après avoir dénoncé la duplicité de Téhéran. «On va les attaquer, les attaquer très durement. On était vraiment sur le point de conclure un accord, mais ils n'arrêtent pas de nous mener en bateau, ils se moquent de nous», a-t-il déclaré dans le Bureau ovale. Sur son réseau Truth Social, il avait écrit quelques heures plus tôt que l'Iran «a mis trop de temps à négocier un accord qui aurait été excellent pour lui», mais qu’«il va devoir maintenant en payer le prix», alors que la veille, avant l’incident de l’Apache, il avait annoncé un «très très bon accord» à venir sous «deux à trois jours». «L'Iran, c'est beaucoup de paroles et aucune action. Le tyran du Moyen-Orient est MORT!!!», a ajouté le président américain en rappelant que l’armée iranienne est anéantie. Cette armée iranienne garde cependant sa capacité de nuisance, comme en témoignent les tirs nocturnes de missiles contre Israël, dans la nuit de lundi à mardi. Cette attaque avait fait suite aux raids d'Israël sur la banlieue sud de Beyrouth, dimanche, lancés en représailles à des frappes du Hezbollah contre le nord du territoire israélien. L’escalade peut être facilement attribuée au régime des mollahs, qui menaçait Israël de riposte en cas d'offensive sur la banlieue sud, alors que l'État hébreu avait promis des frappes contre ce fief du Hezb au cas où la formation pro-iranienne maintiendrait ses attaques contre son territoire. Lésé par l'accord de cessez-le-feu libano-israélien de Washington, et vraisemblablement poussé par son parrain iranien, le Hezbollah n'a pas hésité à tirer des roquettes vers la Galilée, déclenchant donc une riposte israélienne, suivie d'une contre-riposte iranienne tout aussi attendue. En dépit de l’escalade, la tension reste contenue comme en témoigne la mission qatarie menée actuellement à Téhéran, en coordination avec Washington. Mais le feu couve sous la cendre. Donald Trump passera-t-il à l’acte au cas où Téhéran poursuivrait ses atermoiements ? On apprenait à ce propos en fin de soirée, mercredi, que l’Iran a refusé une proposition du Qatar d’organiser une réunion avec les Etats-Unis afin de discuter des points de désaccord. Pour l’heure, la République islamique ne fait que démontrer qu’elle reste tiraillée entre deux courants. Le premier, dur, est incarné par le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) et le second, modéré, est emmené par le président iranien, Massoud Pezechkian. Alors que le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, proche du CGRI, haussait le ton mercredi face à Washington, le président Pezechkian s’est distingué par un discours très remarqué dans lequel il a prôné le dialogue. Mais si ses propos ont attiré l’attention, c’est parce qu’il était évident qu’il s’adressait aux Pasdaran et en raison de la référence qu’il a faite à l’ex-guide suprême iranien, Ali Khamenei, «pour qui le dialogue est la seule voie possible pour sortir de l’état de ni guerre ni paix dans lequel l’Iran se trouve». Un appel indirect à suivre la voie tracée par le dirigeant iranien liquidé en février dernier, lors d’une frappe israélo-américaine sur Téhéran. Coudées franches au Liban Sur le front libanais, il n’est pas dit cependant que le Hezbollah risque de tenir compte des propos de Pezechkian, ce groupe obéissant directement aux ordres des Pasdaran. De nouveaux tirs en direction d’Israël risquent cependant de coûter cher, l’armée israélienne ayant désormais les coudées franches pour riposter immédiatement par des frappes sur la banlieue sud, sans en référer à l’autorité politique. Cette décision, prise lundi par le cabinet restreint militaire, montre que c’est la logique de la réaction militaire immédiate qui prévaut actuellement, sans que celle-ci ne puisse avoir une influence quelconque sur les processus engagés. C’est comme si chaque partie testait les lignes rouges de l'autre. Le président libanais, Joseph Aoun, a ainsi réaffirmé mercredi sa détermination à «aller jusqu’au bout» dans les négociations directes avec Israël. Sur le terrain au Liban, les opérations militaires restaient mercredi limitées au sud du pays où l’armée israélienne a tué deux individus, en ciblant leur voiture à Saïda. Les deux n’ont toujours pas été identifiés. À Kfarchouba, elle a enlevé «deux hommes qui se sont approchés de la zone où les soldats israéliens mènent des opérations (…) et les ont emmenés en Israël pour les interroger», selon un communiqué transmis à l'AFP.

Guerre en Iran: nouveaux nuages à l’horizon
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LevantTime .
Publié
juin 9, 2026 - 23:02

C’est encore, et toujours, le régime de la douche écossaise au niveau du conflit en Iran. Après les dernières déclarations des dirigeants américains faisant état – pour la énième fois – de l’imminence d’un «deal» avec la République islamique, de nouveaux nuages gris se sont amoncelés mardi soir à l’horizon. Le président Donald Trump a ainsi annoncé tard en soirée qu’il venait de recevoir un rapport du commandement militaire américain, soulignant que ce sont des tirs iraniens qui ont abattu, lundi soir, dans le détroit d’Ormuz un hélicoptère US de type Apache qui effectuait une patrouille dans la région. Le pilote et le co-pilote ont été sauvés, sains et saufs, par des équipes de l’armée américaine au terme de deux heures de recherches. «Les États-Unis doivent répondre à cette attaque», a tenu à préciser le chef de la Maison Blanche. Peu de temps après la déclaration du président Trump, des responsables américains ont indiqué au New-York Times qu’il «n’est pas clair si les négociations avec l’Iran seront relancées après la déclaration du président Trump qui s’est engagé à riposter au crash de l’hélicoptère». Concrètement, la riposte US contre l’attaque iranienne de lundi soir sera très vraisemblablement ponctuelle, limitée dans l’espace et le temps. Il reste qu’elle contribuera à entretenir, voire à accroître, le climat de tension et de méfiance qui marque le conflit en Iran. Cette tension s’est reflétée dans les propos tenus il y a quarante-huit heures par le président du Parlement iranien Mohammed Baqer Ghalibaf (qui préside l’équipe de négociateurs avec Washington) qui a non seulement souligné que la République islamique «n’a pas confiance dans les États-Unis», mais il a, sans détour, qualifié – et ce n’est pas la première fois – les USA d’«ennemi». En tout état de cause, tout semble indiquer que l’administration Trump n’a pas l’intention, du moins dans le contexte présent, de s’engager dans une nouvelle confrontation à grande échelle avec l’Iran. C’est ce qui a sans doute poussé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à affirmer, lors de la dernière réunion du cabinet restreint de sécurité, qu’Israël «pourrait être contraint d’affronter seul l’Iran». M. Netanyahu a précisé à ce propos que «la bataille avec la République islamique et le Hezbollah» n’est pas terminée. Joseph Aoun poursuit sur sa lancée contre l’Iran Sur le plan des opérations militaires, l’aviation israélienne a poursuivi lundi de manière intensive ses raids contre les positions et les dépôts de munitions du Hezbollah dans plusieurs villages du Liban-Sud. Parallèlement, l’armée israélienne a indiqué avoir tué un milicien du Hezbollah qui avait franchi la frontière avec le Liban et qui avait semble-t-il l’intention de s’infiltrer dans une localité du Nord d’Israël. Parallèlement, les forces de l’État hébreu ont lancé lundi dans la journée un ordre d’évacuation de la ville de Tyr, dont notamment le quartier chrétien où se sont retranchés des éléments armés relevant du parti pro-iranien. Dans ce cadre, des pôles d’influence chrétiens ont lancé un appel urgent à la démilitarisation de ce quartier. Au niveau politique, la présidence de la République a publié une retranscription de la deuxième partie de l’interview que le président Joseph Aoun a accordée à la CNN. Le chef de l’État a réitéré ses critiques à l’égard de l’attitude de la République islamique au Liban, soulignant que le pouvoir libanais souhaite établir des relations cordiales avec Téhéran «mais sur base du respect mutuel et de la non-ingérence dans les affaires intérieures de l’autre partie», reprochant, précisément, au régime iranien «ses ingérences sur la scène libanaise». Concernant le Hezbollah, le président Aoun a déclaré qu’«il est temps que l’État remplace les milices», affirmant que la collectivité chiite «est fatiguée» et qu’il faut lui offrir une solution de rechange «par le biais d’institutions publiques fortes». Abordant la question des armes du parti pro-iranien, le président Aoun a souligné que «la guerre (au Liban) aurait dû se terminer en l’an 2000» (à la suite du retrait israélien totale de la zone de sécurité contrôlée par l’État hébreu). Le chef de l’État a déploré le fait qu’à la suite de ce retrait, le Hezbollah a «commis des erreurs stratégiques». Évoquant en outre les négociations directes entre le Liban et Israël, le président Aoun a réaffirmé la volonté du pouvoir libanais de mettre un terme définitif à l’état de guerre entre les deux pays.

L'Iran frappe, Israël riposte, Trump s'interpose
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LevantTime .
Publié
juin 9, 2026 - 00:22

Alors qu’on croyait que l’Iran avait définitivement enterré ses engins de guerre dans leurs silos, Téhéran a lancé une trentaine de missiles balistiques contre l’État hébreu tard dans la soirée de dimanche. Les autorités iraniennes ont présenté cette attaque comme une réponse à une frappe israélienne contre la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, qui a fait deux morts et vingt blessés. Le message est clair: l’Iran s’oppose aux pourparlers libano-israéliens menés sous l’égide de Washington et entend se poser en défenseur du Liban « contre l’ennemi israélien », même au risque d’une nouvelle escalade. Téhéran continue en effet d’insister pour que le conflit entre Israël et le Hezbollah soit traité dans le même cadre que la confrontation plus large qui l’oppose à Israël et à ses alliés au Moyen-Orient. Lundi à la mi-journée, le commandement des forces armées iraniennes a annoncé "la cessation de l'opération", qualifiée de "sévère riposte" à Israël. Il a toutefois averti qu'"en cas de poursuite de l'agression et des hostilités, y compris dans le sud du Liban, des actions bien plus sévères et répressives qu'auparavant seront entreprises". "Nous avons rompu l'équation qui consiste à conclure un cessez-le-feu sur le papier et à le violer systématiquement sur le terrain", a commenté le négociateur en chef iranien, le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf. Tel-Aviv n’a pas tardé à réagir en détruisant plusieurs systèmes de défense iraniens. Contre toute attente, toutefois, la riposte israélienne a été fortement freinée par son principal allié, les États-Unis. Alors que le président Trump s’était engagé corps et âme dans le conflit lors du déclenchement des frappes contre l’Iran, le 28 février dernier, il a expressément demandé, dimanche et lundi, au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu de faire preuve de retenue, regrettant que le processus de négociation soit entravé par "l'ignorance ou la stupidité". Ces derniers jours, Donald Trump n’a pas caché ses divergences avec Benjamin Netanyahu. Selon la Maison Blanche, les deux dirigeants se sont entretenus par téléphone lundi, le président américain ayant cette fois tapé du poing sur la table pour imposer une suspension des hostilités. À l’approche des élections de mi-mandat, le locataire de la Maison Blanche cherche une issue à un conflit devenu particulièrement impopulaire aux États-Unis. Son intervention de lundi, ainsi que ses déclarations répétées affirmant qu’il demeure le seul décideur en dernier ressort, ont alimenté les spéculations sur les circonstances ayant conduit au déclenchement des attaques contre l’Iran en février alors même que les négociations étaient toujours en cours. Plusieurs analystes et élus américains accusent ainsi Benjamin Netanyahu d’avoir précipité l’entrée en guerre des États-Unis, peu après les premières frappes de l’aviation israélienne. Dans un entretien accordé au média Axios dimanche, le président américain a mis en garde le Premier ministre israélien contre toute riposte après les tirs de missiles iraniens : "Je vais appeler Bibi (le surnom de Netanyahu, ndlr) tout de suite pour lui dire de ne pas riposter. Israël a eu sa frappe et l'Iran a eu sa frappe. On n'a pas besoin d'une autre" frappe. Netanyahu, au risque d’irriter son plus proche allié sur la scène internationale, a pourtant donné son feu vert à de nouvelles frappes. Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu du 8 avril, c’est la première fois que Téhéran cible directement le territoire israélien et qu’Israël bombarde le sol iranien. Côté israélien, le Premier ministre est lui aussi soumis à de fortes pressions internes pour maintenir une ligne dure vis-à-vis de l’Iran. Dans un entretien accordé au Financial Times dimanche, Donald Trump a estimé que le dirigeant israélien devrait accepter tout accord négocié par Washington. "Il n'aura pas le choix", a déclaré le président américain au quotidien économique. "C'est moi qui décide. C'est moi qui décide tout. Il ne décide pas…" Réagissant aux propos du locataire de la Maison Blanche, Netanyahu a assuré que son pays riposterait "avec force" à toute nouvelle attaque iranienne. Celui qui avait ordonné des frappes contre l’Iran malgré les objections du président américain lui a également répondu, "avec respect", qu’Israël exercerait son droit à se défendre "chaque fois que nécessaire". Plus tôt dans la journée, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a affirmé que son pays "continuerait d'agir" contre le Hezbollah. Il a promis que "toute tentative iranienne d'établir un lien entre le Liban et l'Iran afin d'attaquer Israël recevrait une réponse d'une grande force". Dans une interview diffusée dimanche soir sur la chaîne NBC, Donald Trump a plaidé pour des frappes plus "chirurgicales" contre le Hezbollah, affirmant vouloir "une vie meilleure" pour le Liban. Le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre en attaquant Israël afin de venger la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué lors d’une offensive israélo-américaine. Dans une autre interview publiée mercredi dernier par le New York Post, le président américain a confirmé avoir eu un échange particulièrement tendu avec Benjamin Netanyahu deux jours auparavant. Au cours de cette conversation téléphonique, il aurait réprimandé son proche allié au sujet de l’offensive israélienne menée au Liban. Interrogé sur une éventuelle intégration du Liban dans un accord avec l’Iran, le dirigeant républicain a répondu : "non, non". "Pas du tout. Je n'exige rien. Je pense qu'ils aimeraient que ce soit le cas, mais je n'exige rien", a-t-il déclaré. Les risques d’une escalade étaient fortes lundi, avec l’intervention des rebelles houthis du Yémen, alliés de l’Iran, qui ont alimenté les craintes d’un nouvel élargissement du conflit. La milice yéménite a revendiqué une attaque contre Israël depuis son territoire. Elle a également décrété une interdiction de navigation israélienne en mer Rouge, autre axe maritime stratégique majeur avec le détroit de Bab el-Mandeb. Le Hezbollah nie tout contact avec Washington Par ailleurs, le responsable du Hezbollah Mahmoud Qomati a indiqué lundi, en réponse à une question de l'AFP, que son parti n'avait eu "aucun contact" direct avec Donald Trump, malgré les déclarations du président américain en ce sens. "Nous avons parlé avec le Hezbollah pour la première fois", avait déclaré le président américain le 3 juin à des journalistes. Deux jours plus tôt, alors qu'Israël menaçait de frapper la banlieue sud de Beyrouth, bastion du mouvement islamiste, il avait affirmé avoir eu "une conversation avec des représentants des dirigeants du Hezbollah", qui "ont accepté d'arrêter de tirer sur Israël et ses soldats". Le président Trump "faisait peut-être référence au fait que le conseiller du président du Parlement Nabih Berri communique avec l'ambassadeur américain et transmet des messages", a expliqué le responsable du Hezbollah. "Ces allégations indiquent à quel point l'administration américaine est prête à abandonner le pouvoir libanais dès que se profile la moindre indication d'un contact avec les parties fortes et influentes au Liban", a estimé M. Qomati. Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a, de son côté, répété lundi que "seul l'Etat libanais négocie au nom du Liban, et personne d'autre". A Tyr, des morts et des vestiges menacés Sur le terrain, les frappes israéliennes se sont abattues lundi sur plus d'une quinzaine de localités du sud du Liban, notamment à Tyr, où 14 personnes ont été tuées et 20 autres blessées. L'une des frappes a visé une voiture à proximité d'un bâtiment de la Croix-Rouge libanaise dans cette ville côtière. Quatre secouristes ont été blessés lors de l'attaque, touchés par des éclats de verre. Le Hezbollah a, pour sa part, revendiqué de nouvelles attaques contre des forces israéliennes dans le sud du Liban, mais aucune contre le nord d'Israël. L'armée israélienne a de son côté affirmé que trois projectiles avaient été tirés depuis le Liban "en direction de soldats israéliens en opération dans le sud du Liban", et qu'un quatrième projectile était "tombé à proximité des troupes" sans faire de blessés. Tyr est l'une des plus anciennes cités du monde méditerranéen, elle compte deux sites romains sous "protection renforcée provisoire", inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco. (AFP) Le ministre libanais de la Culture, Ghassan Salamé, a de nouveau « lancé un appel pour éviter de cibler les sites archéologiques du pays en particulier les ruines de Tyr qui sont dans le patrimoine commun de l'humanité". Les ruines de Tyr, classées au patrimoine mondial de l'humanité de l'Unesco, ont été endommagées par les frappes israéliennes de dimanche. Il s'agit du "plus grand dommage au site depuis le début de la guerre", a déclaré à l'AFP Ali Badaoui, directeur des sites archéologiques du sud du Liban. "Certains artéfacts archéologiques ont été endommagés lorsque des gravats les ont atteints, car une pluie de débris est tombée sur un vaste périmètre", touchant notamment "colonnes, chapiteaux, bases de colonnes, mosaïques", a-t-il énuméré. Ghassan Salamé a affirmé qu'Israël "ne respecte pas" la Convention de La Haye, qui impose la préservation des biens culturels en période de conflit armé, ni les "Boucliers bleus", un emblème symbolique mis en place par un comité lié à l'Unesco afin de protéger le site de Tyr. À la suite de la précédente guerre entre Israël et le Hezbollah en 2023-2024, l'Unesco a placé plus de 70 sites patrimoniaux au Liban, dont Tyr, sous "protection renforcée provisoire". La ville est la cible d'une campagne de frappes israéliennes depuis le début de la guerre avec le Hezbollah pro-iranien, le 2 mars, et a de nouveau été visée lundi. Dimanche, l'armée israélienne avait émis un nouvel ordre d'évacuation visant une zone qui englobe l'un des deux sites archéologiques, comprenant des vestiges romains, avant de mener des frappes.