


La tension continue de monter dans la région mais reste jusque-là sous contrôle. À croire que Téhéran et Washington, qui poursuivent les échanges de messages par le biais du médiateur pakistanais, ont opté pour une nouvelle tactique. Celle de la diplomatie sous le feu.
C’est sous cet angle que sont aujourd’hui perçus les événements militaires déclenchés par l’Iran dans la région au cours des dernières quarante-huit heures.
Asphyxiée par le blocus maritime imposé par Washington à ses ports, la République islamique, qui jusque-là jouait la montre, n’a plus que l’option militaire pour desserrer la pression exercée sur elle à deux niveaux. Le premier concerne les négociations directes libano-israéliennes pour un accord de paix. S’il est conclu, l’accord en question mettra fin immanquablement à son emprise sur le Liban, via le Hezbollah, au moment où elle s’efforce de faire figurer le dossier du Hezb à l’agenda de ses éventuels pourparlers avec Washington, pour pouvoir imposer ses conditions. Le second se rapporte à ses propres pourparlers avec les États-Unis pour un cessez-le-feu durable.
En abattant mardi un hélicoptère militaire américain de type Apache, qui patrouillait dans les eaux internationales du détroit d’Ormuz, l’Iran est donc passé à la vitesse supérieure dans sa confrontation avec les États-Unis qui ont réagi au quart de tour en menant deux vagues de frappes contre des systèmes de défense antiaériennes et des radars autour du détroit d'Ormuz, selon le média américain Axios. Des explosions successives ont retenti durant la nuit le long de la côte sud de l'Iran.
Selon le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom), il s’agit de «frappes d'autodéfense, sur ordre du commandant en chef», en référence au président Donald Trump.
L'Iran a réagi en lançant des attaques contre des bases américaines au Bahreïn, en Jordanie et au Koweït.
«Des frappes imminentes»
Même s’il n’a pas lâché l’option diplomatique, le président américain, qui n’arrêtait pas d’affirmer qu’un «bon» accord avec Téhéran est sur le point d’être conclu, a radicalement changé de ton mercredi. Il s’est montré menaçant, laissant entendre qu’il est conscient du jeu iranien et qu’il ne compte pas s’y laisser prendre.
M. Trump a réaffirmé, au cours d’une conférence de presse à la Maison Blanche, qu’il compte «de nouveau frapper l’Iran aujourd’hui», mercredi, et qu’il envisage une attaque d’envergure en visant des centrales électriques et des ponts. Il a lancé ces menaces après avoir dénoncé la duplicité de Téhéran.
«On va les attaquer, les attaquer très durement. On était vraiment sur le point de conclure un accord, mais ils n'arrêtent pas de nous mener en bateau, ils se moquent de nous», a-t-il déclaré dans le Bureau ovale.
Sur son réseau Truth Social, il avait écrit quelques heures plus tôt que l'Iran «a mis trop de temps à négocier un accord qui aurait été excellent pour lui», mais qu’«il va devoir maintenant en payer le prix», alors que la veille, avant l’incident de l’Apache, il avait annoncé un «très très bon accord» à venir sous «deux à trois jours». «L'Iran, c'est beaucoup de paroles et aucune action. Le tyran du Moyen-Orient est MORT!!!», a ajouté le président américain en rappelant que l’armée iranienne est anéantie.
Cette armée iranienne garde cependant sa capacité de nuisance, comme en témoignent les tirs nocturnes de missiles contre Israël, dans la nuit de lundi à mardi. Cette attaque avait fait suite aux raids d'Israël sur la banlieue sud de Beyrouth, dimanche, lancés en représailles à des frappes du Hezbollah contre le nord du territoire israélien.
L’escalade peut être facilement attribuée au régime des mollahs, qui menaçait Israël de riposte en cas d'offensive sur la banlieue sud, alors que l'État hébreu avait promis des frappes contre ce fief du Hezb au cas où la formation pro-iranienne maintiendrait ses attaques contre son territoire.
Lésé par l'accord de cessez-le-feu libano-israélien de Washington, et vraisemblablement poussé par son parrain iranien, le Hezbollah n'a pas hésité à tirer des roquettes vers la Galilée, déclenchant donc une riposte israélienne, suivie d'une contre-riposte iranienne tout aussi attendue.
En dépit de l’escalade, la tension reste contenue comme en témoigne la mission qatarie menée actuellement à Téhéran, en coordination avec Washington. Mais le feu couve sous la cendre. Donald Trump passera-t-il à l’acte au cas où Téhéran poursuivrait ses atermoiements ? On apprenait à ce propos en fin de soirée, mercredi, que l’Iran a refusé une proposition du Qatar d’organiser une réunion avec les Etats-Unis afin de discuter des points de désaccord.
Pour l’heure, la République islamique ne fait que démontrer qu’elle reste tiraillée entre deux courants. Le premier, dur, est incarné par le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) et le second, modéré, est emmené par le président iranien, Massoud Pezechkian.
Alors que le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, proche du CGRI, haussait le ton mercredi face à Washington, le président Pezechkian s’est distingué par un discours très remarqué dans lequel il a prôné le dialogue. Mais si ses propos ont attiré l’attention, c’est parce qu’il était évident qu’il s’adressait aux Pasdaran et en raison de la référence qu’il a faite à l’ex-guide suprême iranien, Ali Khamenei, «pour qui le dialogue est la seule voie possible pour sortir de l’état de ni guerre ni paix dans lequel l’Iran se trouve». Un appel indirect à suivre la voie tracée par le dirigeant iranien liquidé en février dernier, lors d’une frappe israélo-américaine sur Téhéran.
Coudées franches au Liban
Sur le front libanais, il n’est pas dit cependant que le Hezbollah risque de tenir compte des propos de Pezechkian, ce groupe obéissant directement aux ordres des Pasdaran. De nouveaux tirs en direction d’Israël risquent cependant de coûter cher, l’armée israélienne ayant désormais les coudées franches pour riposter immédiatement par des frappes sur la banlieue sud, sans en référer à l’autorité politique. Cette décision, prise lundi par le cabinet restreint militaire, montre que c’est la logique de la réaction militaire immédiate qui prévaut actuellement, sans que celle-ci ne puisse avoir une influence quelconque sur les processus engagés. C’est comme si chaque partie testait les lignes rouges de l'autre.
Le président libanais, Joseph Aoun, a ainsi réaffirmé mercredi sa détermination à «aller jusqu’au bout» dans les négociations directes avec Israël.
Sur le terrain au Liban, les opérations militaires restaient mercredi limitées au sud du pays où l’armée israélienne a tué deux individus, en ciblant leur voiture à Saïda. Les deux n’ont toujours pas été identifiés. À Kfarchouba, elle a enlevé «deux hommes qui se sont approchés de la zone où les soldats israéliens mènent des opérations (…) et les ont emmenés en Israël pour les interroger», selon un communiqué transmis à l'AFP.