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L'Essentiel du jour

Conflit iranien: l’option militaire n’est pas écartée
Par
LevantTime .
Publié
juil. 6, 2026 - 22:35

C’est une semaine qui démarre dans le calme. Les principaux dossiers régionaux restent provisoirement en suspens, qu’il s’agisse de la reprise des pourparlers entre Washington et Téhéran ou du retrait israélien de deux «zones pilotes» au Liban-Sud. Une pause qui s’explique notamment par les funérailles officielles de l’ex-Guide suprême iranien, Ali Khamenei, qui prendront fin jeudi, mais aussi par le sommet de l’OTAN, prévu les mardi 7 et mercredi 8 juillet à Ankara. Un sommet d’autant plus important que le président américain, Donald Trump, doit y prendre part, après plusieurs mois de tension avec les alliés européens. Avant son départ pour la Turquie, Donald Trump a rappelé qu’il ne lâche rien sur l’Iran. Lors d’une conférence de presse à la Maison-Blanche, il a redéfini ses priorités et réitéré ses menaces contre Téhéran. «Soit nous parviendrons à un accord, soit nous terminerons le travail. Et terminer le travail ne sera pas difficile, mais je préfére conclure un accord, parce que je ne veux pas causer du tort à 91 millions de personnes», a-t-il lancé, en affirmant que l’armée américaine peut «détruire les ponts (iraniens) en une heure». Et de poursuivre sur le même ton menaçant: «Nous pouvons anéantir leur réseau énergétique, toutes les grandes centrales qu’ils ont construites, en une petite partie d’un après-midi. Ils le savent. Ils n’ont plus d’argent aujourd’hui. Nous ne leur avons versé aucun sou.» Il a réaffirmé que son but n’est pas de «parvenir à un changement de régime en Iran, même si, en réalité, c’en est un. Le premier régime a disparu. Le deuxième régime a disparu. Et je pense que le troisième est plus raisonnable. Mais nous verrons bien». Donald Trump a aussi rappelé que Washington compte récupérer la «poussière» nucléaire iranienne, «c’est-à-dire la matière enrichie» (l’uranium enrichi), en insistant de nouveau sur le fait que l’Iran «ne peut pas posséder l’arme nucléaire». Interrogé sur l’affaire du détroit d’Ormuz, que Téhéran veut garder sous son contrôle, le président américain s’est contenté de souligner, pour toute réponse, que «c’est une magnifique machine à générer de l’argent». Les États-Unis, comme on le sait, ainsi que les pays arabes et l’Europe refusent que cette voie maritime stratégique soit contrôlée par le régime des mollahs. Le locataire de la Maison-Blanche a par ailleurs fait part de sa volonté d’aider les présidents russe, Vladimir Poutine, et ukrainien, Volodymyr Zelensky, à mettre fin à la guerre qui dure depuis plus de quatre ans entre eux. «Je pense que nous sommes beaucoup plus proches d’un accord que les gens ne le pensent. Le président Poutine veut que cette guerre prenne fin. Le président Zelensky veut lui aussi désormais que cela se termine. Nous allons nous rendre au sommet de l’OTAN, à Ankara, où nous en discuterons. Et je pense que nous allons parvenir à mettre un terme à cette guerre». Macron à Damas La Maison-Blanche a confirmé que Donald Trump s’entretiendra en marge du sommet de l’OTAN avec Volodymyr Zelensky, ainsi qu’avec le président syrien, Ahmad el-Chareh, qui devait accueillir en soirée, lundi, son homologue français, Emmanuel Macron. Ce dernier est accompagné d’un certain nombre d’hommes d’affaires français. Il s’agit de la première visite d’un président français à Damas depuis près de 17 ans. Les relations entre la France et la Syrie de Bachar el-Assad ont commencé à se détériorer avec l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais, Rafic Hariri, imputé à Damas. Paris a ensuite rompu ses relations diplomatiques avec le régime syrien dans la foulée de la guerre de 2011, après une attaque contre son ambassade. Au cœur des discussions franco-syriennes, bien évidemment la situation dans la région qui doit également faire l’objet d’un entretien, à Washington, entre le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et le président Trump. Si cette rencontre reste, selon le dirigeant israélien, sans date fixée, elle revêt également une importance particulière alors que les négociations entre Washington et Téhéran progressent péniblement. D’autant que Donald Trump avait, un temps, laissé transparaître une certaine réticence à l’idée de recevoir M. Netanyahu à la Maison-Blanche. Un répit relatif au Liban La pause diplomatique s’est étendue au Liban où, d’après la chaîne panarabe al-Hadath, le commandant du Centcom, l’amiral Brad Cooper, devrait retourner dans les prochains jours pour soumettre aux autorités libanaises une proposition de mécanisme pour un retrait graduel israélien, conforme aux dispositions sécuritaires de l’accord-cadre libano-israélien de Washington. Le président Joseph Aoun a réaffirmé dans ce contexte l’importance du redéploiement de l’armée libanaise tout le long de la frontière sud, tout en soulignant la nécessité d’accentuer la pression sur Israël afin qu’il se retire des territoires qu’il occupe encore dans la partie méridionale du pays. «Le maintien de l’occupation sape la légitimité de l’État, empêche le déploiement de l’armée et compromet les fondements d’une paix juste et durable», a-t-il averti lors d’un entretien en visioconférence avec des représentants de l’American Task Force for Lebanon. Il a aussi insisté sur le fait qu’«il ne saurait y avoir de guerre civile au Liban», malgré «les tentatives de certains de raviver les tensions confessionnelles», en allusion au Hezbollah. Sur le terrain, au Liban, la situation demeure volatile. L’armée israélienne poursuit ses opérations de dynamitage dans un certain nombre de localités de Bint Jbeil, Marjeyoun et Nabatyeh, ainsi que ses raids ponctuels. Une frappe sur Nabatiyé el-Faouqa a fait trois tués lundi: une directrice d’école, sa mère et leur employée de maison. L’armée israélienne a en outre affirmé avoir découvert d’importants stocks d’armes dans le village de Haddatha, où elle mène d’importantes opérations de dynamitage et qu’elle présente comme une base opérationnelle du Hezbollah. Elle a ainsi annoncé la destruction de «dizaines d’infrastructures militaires» dans cette localité et la saisie de plus de 150 armes. Elle a en outre lancé un avertissement aux habitants des villages frontaliers du sud, leur rappelant qu’ils devraient s’abstenir d’accueillir des déplacés des localités considérées comme étant des fiefs du Hezb. Sur un autre plan, des propos du Premier ministre israélien selon lesquels certains villages chrétiens frontaliers avaient demandé à être «annexés» à Israël afin d’être protégés du Hezbollah ont suscité un vif émoi dans le pays. Ils ont été immédiatement rejetés par les municipalités, moukhtars et personnalités locales d’une quinzaine de villages concernés, qui ont dénoncé des informations «totalement infondées» et réaffirmé leur attachement à la souveraineté de l’État libanais. Dissolution du gouvernement à Gaza Reste à signaler un autre développement majeur, au niveau régional: le Hamas a annoncé la dissolution de son gouvernement à Gaza, près de vingt ans après sa prise de pouvoir en 2007, afin de faciliter le transfert des responsabilités au Comité national pour l’administration de l’enclave (NCAG), une structure composée de technocrates, créée dans le cadre des discussions ayant précédé le cessez-le-feu d’octobre 2025. Ce développement, que certains analystes ont accueilli avec un certain scepticisme, est à suivre puisqu’il serait susceptible de modifier le paysage politique palestinien. Le Hamas présente cette décision comme un moyen de «priver l’occupation de tout prétexte» à la poursuite de la guerre, tout en affirmant sa volonté de remettre les prérogatives gouvernementales au nouveau comité. Le président du NCAG, Ali Chaath, a assuré que cette instance était prête à assumer ses responsabilités dès que les moyens nécessaires seraient réunis. Tel Aviv ne semble cependant pas y croire et insiste sur un désarmement de la milice pro-iranienne, comme le prévoit le plan de paix négocié par les États-Unis. Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sar, y a d’ailleurs vu «une ruse», visant à éviter un désarmement, «Tant que le Hamas conservera ses armes, tout gouvernement civil fonctionnera bien sûr selon les directives de ce groupe. Israël insiste sur la mise en œuvre intégrale du plan Trump, dont les principes fondamentaux sont le désarmement du Hamas et de toutes les autres organisations terroristes, ainsi que la démilitarisation complète de la bande de Gaza», a-t-il écrit sur X.

Le régime des mollahs perd progressivement ses cartes
Par
Michel Touma
Publié
juil. 3, 2026 - 23:53

En apparence, la situation au Liban, mais aussi (dans une moindre mesure) dans la région, est placée en mode «pause»… Il ne faut pas, cependant, se fier aux apparences car dans la pratique les pièces du puzzle sont progressivement, discrètement, mises en place et agencées par les joueurs qui sont visiblement maitres du jeu. Il suffit pour se rendre compte de la véritable dimension de la partie qui se joue actuellement au Levant, et bien au-delà, d’établir les corrélations entre les manœuvres, les actions (les anglophones diraient les ‘moves’) des décideurs qui s’emploient à façonner le nouveau paysage géopolitique de la région. Si l’on devait dégager l’esquisse d’une ligne directrice des développements en cours, on pourrait percevoir un isolement accru, qui va crescendo, du régime iranien à l’échelle internationale. L’agence Reuters a rapporté, vendredi 3 juillet, que les dirigeants de l’Otan, réunis à Ankara, devraient proclamer que l’Iran ne devra jamais acquérir d’armes nucléaires. Mais plus grave encore pour Téhéran, l’Otan demandera expressément à la République islamique de «respecter totalement la liberté de navigation au détroit d’Ormuz». L’Union européenne a déjà adopté cette semaine une position en flèche allant dans le même sens, refusant toute tentative iranienne d’imposer un droit de passage, sous prétexte de «services rendus», aux navires empruntant cette voie maritime internationale. Ce dernier point constitue au stade actuel le principal cheval de bataille des Gardiens de la révolution islamique et des pôles du pouvoir iranien. Adoptant un ton menaçant, teinté d’une arrogance insultante à l’égard de l’Administration Trump, le président du Parlement et chef de l’équipe de négociateurs iraniens, Mohammed Bagher Ghalibaf, a déclaré vendredi sans ambages: «Nous ne permettrons pas aux Etats-Unis (!) d’intervenir dans le détroit d’Ormuz et nous poursuivrons la mise en place des règles de navigation dans le détroit». L’attitude iranienne sur ce dossier provoque de plus en plus l’ire de l’Administration US, ce qui a fait dire il y a 48 heures à un responsable américain que «la patience du président Donald Trump vis-à-vis de l’Iran commence à s’estomper». D’autres hauts responsables US ont par ailleurs indiqué au site Axios que les négociateurs américains ont signifié aux délégués iraniens présents aux pourparlers tenus cette semaine à Doha que l’obstination de l’Iran à vouloir imposer un droit de passage au détroit d’Ormuz risque de torpiller l’accord-cadre entre Washington et Téhéran. Cette attitude ferme adoptée par l’Administration Trump à ce sujet bénéficie du soutien total de l’UE, ce qui contribue à accroître davantage l’isolement de la République islamique. Ces couacs dans le processus de négociations avec Téhéran ont vraisemblablement été évoqués au cours de l’entretien téléphonique que le président Trump a eu vendredi avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu qui pourrait être reçu sous peu à la Maison Blanche. La carte maitresse du Liban La seconde carte maitresse à laquelle le régime iranien tente désespérément de s’agripper, en pataugeant dans un déni total face aux nouvelles réalités, est celle du Liban. M. Ghalibaf a tenu ainsi à revenir à la charge sur ce plan et à remettre sur le tapis avec détermination le «volet libanais» du mémorandum d’entente signé avec Washington à la mi-juin ainsi que l’entente conclue récemment en Suisse avec le vice-président américain, JD Vance – qui prévoit un rôle direct de l’Iran dans le processus de solution au Sud, et donc un renforcement de son emprise sur l’échiquier libanais. Dans une déclaration faite vendredi, M. Ghalibaf a invité, sans aucun grain de scrupule, «toutes les parties libanaises à œuvrer à mettre en application le volet qui concerne le Liban dans le mémorandum d’entente (signé avec Washington), car cela éviterait les discordes»(!) Cette tentative iranienne de redynamiser sa tutelle sur le Liban a toutefois fait choux blanc, convient-il de le rappeler, à la suite de l’accord-cadre signé à la mi-juin par le Liban et Israël, à Washington, sous l’égide du Secrétaire d’Etat Marco Rubio. Cette feuille de route prévoit un mécanisme progressif, sous supervision étroite américaine, ayant pour aboutissement le retrait des forces israéliennes du Liban-Sud et le déploiement de l’armée libanaise, d’une manière concomitante à la déconstruction de l’infrastructure milicienne du Hezbollah. La dimension souverainiste de cet accord-cadre, qui dissocie totalement le processus libanais de solution des pourparlers américano-iraniens d’Islamabad, a été mise en évidence une nouvelle fois vendredi par le président Joseph Aoun et le chef de la diplomatie libanaise, Joe Raggi. Recevant une délégation universitaire et des représentants de l’Ordre des médecins et de l’Ordre maronite libanais, le chef de l’Etat a ainsi réaffirmé que le document signé entre le Liban et Israël permet à l’Etat libanais de reprendre en main le dossier du Sud de manière que le Liban soit seul maître de ses décisions sur ce plan et qu’il négocie lui-même, et non pas un pays tiers, tout projet de règlement. Dans une pointe lancée de manière à peine voilée au Hezbollah, le président Aoun a relevé que ceux qui s’opposent à l’accord-cadre signé avec Israël réagisse de cette façon «parce qu’ils se sont habitués à vivre sous tutelle»… Abondant dans le même sens, le ministre libanais des Affaires étrangères, Joe Raggi, a réaffirmé la détermination du gouvernement à assumer lui seul, loin de tout diktat étranger, la responsabilité de mettre un terme à la guerre. Face à la position ferme adoptée par le pouvoir libanais, la République islamique voit la carte libanaise lui échapper et tente, de ce fait, de torpiller l’accord-cadre avec Israël en orchestrant une opposition à ce document et en essayant de télécommander des troubles dans la rue afin de provoquer la chute du gouvernement de Nawaf Salam, dans l’objectif d’obtenir l’annulation de l’accord-cadre, ce qui paverait la voie à une relance de l’implication iranienne dans le jeu politique interne au Liban. Mais là aussi, le président Aoun a été très ferme, vendredi, à ce sujet, soulignant que le recours à la rue et à la discorde interne afin de faire tomber le gouvernement constitue une «ligne rouge qui ne saurait être franchie». Le projet de force multinationale Ces tentatives des Gardiens de la révolution islamique de réactiver leur tutelle sur le Liban se heurtent à un autre facteur de taille: le projet de mise sur pied d’une Force multinationale appelée à prendre la relève de la Finul dont le mandat expire à la fin de l’année. Les dirigeants français et italiens ont déjà entamé leurs démarches à ce propos et bénéficient à cet égard du soutien total des Etats-Unis. Un haut responsable français a d’ailleurs rendu hommage vendredi au «rôle positif joué par les USA au Liban». Et pour bétonner encore davantage cette dynamique de sortie de crise qui se fait donc sans la République islamique, l’Union européenne a pris soin de mettre l’accent sur son appui total à l’accord-cadre libano-israélien et aux options du pouvoir libanais sur ce plan, soulignant la nécessité de mettre en application les termes du document signé à Washington. Le régime iranien se voit ainsi dépouiller de toutes ses principales cartes, l’une après l’autre. Face à une telle situation, l’aile radicale du pouvoir fait sortir ses griffes, comme l’illustrent les attaques frontales qu’il lance quasi quotidiennement contre l’aile dite «modérée», plus spécifiquement contre le président en exercice et le chef du Parlement. Et à la lumière de tels revers, certains milieux politiques en Iran font état d’un projet visant à redonner une nouvelle vie aux Pasdaran, mais sous une forme plus «acceptable», ou plus «tolérable». Sauf que seules de rares factions naïves ou honteusement opportunistes peuvent encore être dupes de telles gesticulations politiques émanant de l’aile radicale de la République islamique.

Une nouvelle page dans les rapports entre le Liban et la Syrie?
Par
Taline Becharraoui
Publié
juil. 2, 2026 - 23:20

L’actualité libanaise du jeudi 2 juillet 2026 aura été marquée par une visite du ministre syrien des Affaires étrangères à Beyrouth, Assaad Chibani, au cours de laquelle celui-ci a rencontré pratiquement tous les responsables politiques et religieux et tous les grands partis communautaires… à l’exception du Hezbollah. Pour tous ceux qui ont connu «l’ère de la tutelle syrienne» (ou de l’occupation syrienne, comme certains préfèrent l’appeler), cette visite n’est pas banale, ni les déclarations qui l’ont accompagnée. On retiendra celle du président de la République Joseph Aoun, qui s’est dit «attaché aux relations fraternelles», fondées sur «la coordination, la coopération et la non-ingérence dans les affaires intérieures» de chacun des deux pays. On ne peut pas sortir cette visite de son contexte. Elle intervient à un moment où se sont multipliées, tout récemment, les menaces proférées par le président américain Donald Trump au sujet de la possibilité de recourir aux forces syriennes pour désarmer le Hezbollah… ce que les Syriens, notamment leur président Ahmad el-Chareh, ont démenti catégoriquement à plusieurs reprises. La présence du ministre syrien viserait donc à rassurer les dirigeants libanais à ce propos. Il ne faut pas oublier non plus l’accord-cadre signé vendredi dernier par les Libanais et les Israéliens à Washington, un processus qui n’a inclus aucun pays arabe, et a reflété la volonté du pouvoir libanais de séparer catégoriquement le dossier libanais des autres dossiers régionaux. Il est plus que probable que le nouveau pouvoir syrien veuille tâter le terrain afin d’en comprendre les contours. Dans la forme et dans le fond, la visite du ministre syrien a eu des échos très positifs dans les milieux libanais. Chibani a transmis au président Aoun une invitation à se rendre en Syrie en visite officielle. Les déclarations sur le respect de la sécurité et de la souveraineté des deux pays se sont multipliées. Le ministre syrien a répété à plusieurs reprises que la volonté syrienne est celle d’un renforcement de la coopération entre les deux pays. Un accord a été signé dans cette perspective entre M. Chibani et le Premier ministre libanais Nawaf Salam, pour la création d’une commission conjointe en vue du renforcement de cette coopération à tous les niveaux, «dans le respect des intérêts communs», comme l’a souligné M. Salam. Entretiens avec un vaste éventail de personnalités Énumérer toutes les personnalités rencontrées par un ministre syrien lors de sa visite officielle serait sans doute fastidieux, mais force est de relever quand même que la palette de personnalités visitées par le ministre syrien est impressionnante, d’autant que ces entretiens ont eu lieu en un seul jour, englobant notamment (le Hezbollah ayant été exclu): le président Aoun, le Premier ministre Salam, le président du Parlement Nabih Berry, le patriarche maronite Béchara Raï, le mufti de la République Abdellatif Deriane, l’ancien président du Parti socialiste progressiste Walid Joumblatt, le leader des Forces libanaises Samir Geagea, le chef du parti Kataëb Samy Gemayel, le vice-Premier ministre Tarek Mitri et le ministre des Affaires étrangères, Joe Raggi. Le Hezbollah n’a été mentionné par le ministre syrien qu’à l’issue de son entrevue avec Berry, quand il a assuré «rester ouvert» à une rencontre avec le Hezb «si l’intérêt des deux pays l’exige». Rappelons dans ce cadre que le Hezbollah a joué un rôle clé dans le soutien à l’ancien régime de Damas, et il a été engagé dans des combats depuis 2011 avec les groupes dont est issu le nouveau pouvoir en Syrie. Des clashs ont éclaté aux frontières à plusieurs reprises, depuis la chute du régime Assad en décembre 2024, entre des groupes proches du parti pro-iranien et les nouvelles forces syriennes. Notons que pendant que M. Chibani poursuivait sa tournée à Beyrouth, la capitale syrienne a été secouée ce jeudi, vers 15h, par un attentat dans un café en plein Damas, qui a fait au moins sept morts et 22 blessés, selon le ministère syrien de la Santé. Les autorités syriennes ont donné une première précision sur l’engin explosif, le qualifiant d’«artisanal». L’AFP précise qu’il s’agit de l’attentat le plus sanglant depuis celui qui avait visé une église en juin 2025, et qui avait fait à l’époque 25 morts. Cet attentat-là avait été revendiqué par le groupe terroriste État islamique. Coalition ou pas contre l’accord de Washington? Au Liban également, la signature de l’accord-cadre à Washington vendredi dernier entre Libanais et Israéliens continue de faire des vagues. Les informations qui fuitent sur la possible formation d’une coalition quadripartite qui le ferait tomber au Parlement – et qui rassemblerait les blocs de Berry, Joumblatt, le Courant patriotique libre de Gebran Bassil et le Hezbollah – commencent à prendre l’eau. Au lendemain de la visite de Bassil à Berry, mercredi, qui avait permis d’alimenter les spéculations, c’est de Joumblatt qu’est venue la surprise jeudi. Celui-ci a déclaré au quotidien francophone L’Orient-Le Jour qu’il «ne ferait pas partie d’une coalition pour faire tomber l’accord-cadre», qualifiant quand même le texte de «faux pas» de l’État et demandant sa révision. M. Joumblatt a renouvelé ses critiques en marge de la visite du ministre syrien à son domicile à Beyrouth, en prononçant des mots quelque peu énigmatiques, disant «préférer une relation équilibrée avec la Syrie à un accord qui pourrait être pire que celui du 17 mai», en référence à l’accord conclu entre le Liban et Israël en 1983. Celui-ci avait fini par être abrogé, sous l’influence de l’ancien régime syrien de Hafez el-Assad. Face à cette attitude (pour le moins) mitigée de Joumblatt et celle franchement hostile du Hezbollah (le député Hassan Fadlallah a une fois de plus qualifié le texte de «capitulation»), la journée de jeudi a vu une montée au créneau de plusieurs partis souverainistes, en appui au processus de négociations directes avec Israël et aux efforts de Aoun et Salam. Dans une interview, le leader des FL a estimé que le texte est la seule voie possible pour assurer le retrait israélien du sud du Liban, tout comme la démilitarisation du Hezbollah et le retour d’une véritable souveraineté libanaise. Soulignons dans ce contexte que Samy Gemayel et Michel Mouawad, président du Mouvement de l’indépendance, ont été reçus par le président Aoun au palais de Baabda, à la tête d’imposantes délégations et ont tous deux renouvelé leur soutien au chef de l’État. Notons aussi une position affichée par Berry dans une interview à un journal local, jeudi, dans laquelle il se dit «prêt» à un compromis à propos de cet accord-cadre s’il y a une volonté en ce sens. Le début d’une bifurcation au sens politique du terme? Négociations après les funérailles Sur le front des négociations entre l’Iran et les États-Unis, ce processus est à l’évidence reporté à la période qui suivra les funérailles de l’ancien guide suprême iranien, Ali Khamenei, tué dans une frappe israélienne au tout début de la guerre, le 28 février. Ces funérailles, attendues depuis longtemps (elles devaient avoir lieu en mars), dureront plusieurs jours et seront sans nul doute une occasion saisie par le régime de Téhéran pour raviver le sentiment d’appartenance de ses partisans à la République islamique. Les tensions entre la partie américaine et la partie iranienne n’en sont pas moins perceptibles. Alors que le régime iranien continue de revendiquer une mainmise sur le détroit d’Ormuz, les Américains ont affiché jeudi une position ferme, affirmant que la situation dans le détroit doit revenir à la situation d’avant-guerre, c’est-à-dire ouvert à tous, comme il ressort des déclarations rapportées par la chaîne al-Hadath . Notons enfin la tenue, jeudi, d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU sur la guerre au Moyen-Orient, à la demande de Bahreïn. Parallèlement, l’ambassadeur d’Iran à l’ONU a porté plainte contre des déclarations récentes du ministre israélien de la Défense, dans lesquelles il a qualifié le guide suprême Mojtaba Khamenei de «cible à abattre».

Incertitude quant à une reprise du dialogue américano-iranien à Doha
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LevantTime .
Publié
juin 30, 2026 - 22:39

Est-on revenu à la case départ avec l’incertitude qui entoure depuis deux jours une reprise, pourtant annoncée, des discussions américano-iraniennes à Doha? Probablement pas, même si la question est légitime. La réalité semble plus nuancée, mais la partie est loin d’être facile. Téhéran et Washington ne paraissent guère disposés à consentir de nouvelles concessions, en plus de celles qui avaient été concédées dans le cadre du mémorandum d’entente qu’ils ont signé le 18 juin. Si Doha accueille aujourd’hui les émissaires américains, Steve Witkoff et Jared Kushner, ainsi qu’une délégation iranienne technique à laquelle va se joindre, mercredi, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, chargé des affaires juridiques et internationales, Kazem Gharibabadi, les autorités qataries assurent qu’aucune rencontre directe de haut niveau avec des responsables iraniens n’est programmée à ce stade. Le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed el-Ansari, a ainsi affirmé au cours d’une conférence de presse tenue dans la journée, qu’aucune réunion directe entre responsables américains et iraniens n’était prévue dans les prochains jours. Cité par des agences de presse iraniennes et yéménites, Kazem Gharibabadi a précisé à ce sujet que le premier cycle de discussions techniques, dans le cadre des groupes de travail désignés, se tiendra «lorsque les conditions seront réunies et après qu’un accord aura été trouvé sur la date et le lieu». Il a indiqué que «des consultations à ce sujet sont en cours par l’intermédiaire des pays médiateurs». Kazem Gharibabadi doit notamment s’entretenir mercredi avec les responsables qataris au sujet des six milliards de dollars d’avoirs iraniens gelés, a annoncé en soirée, mardi, le ministère iranien des Affaires étrangères. Une priorité pour la République en butte à d’importantes difficultés financières. Le détroit et les avoirs gelés Selon Majed el-Ansari, les envoyés américains Steve Witkoff et Jared Kushner, présents dans l’émirat, échangeront exclusivement avec les médiateurs qataris et les responsables locaux afin d’évaluer l’application du protocole d’accord signé à la mi-juin. Les discussions porteront sur l’ensemble des dossiers régionaux, dont l’Iran et le Liban. En d’autres termes, les médiateurs sont de nouveau à l’œuvre pour tenter de dégager un terrain d’entente entre les États-Unis et l’Iran qui estime avoir suffisamment fait de concessions dans le cadre du mémorandum d’entente. Toute la question est actuellement de savoir comment le nœud du détroit d’Ormuz et celui des avoirs gelés seront réglés? Téhéran s’accroche à son droit auto-proclamé de contrôler le détroit alors qu’une telle éventualité fait l’objet d’une farouche opposition arabe, américaine et européenne. Le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères a été très clair sur la question: il n’est pas question pour Doha d’accepter un contrôle iranien du détroit. Majed al-Ansari a également confirmé que les fonds iraniens gelés, dont le déblocage est prévu dans le mémorandum d’entente, n’ont toujours pas été transférés. Téhéran pour sa part, maintient un discours intransigeant, voire menaçant. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, a averti que toute violation du mémorandum d’entente par Washington entraînerait une réponse immédiate. «Aucune action ne restera sans réponse», a-t-il déclaré, dans une allusion aux raids américains contre des cibles iraniennes lorsque Téhéran a attaqué des pétroliers qui ont traversé le détroit d’Ormuz, en empruntant le couloir prévu par le sultanat d’Oman, en coordination avec Washington. Esmaïl Baghaï a également insisté sur la nécessité, pour les États-Unis, de «respecter leur engagement qui consiste à mettre fin à la guerre sur l’ensemble des fronts, en particulier au Liban». Selon lui, Washington doit, si nécessaire, contraindre Israël à respecter les termes de l’accord. Pezeshkian dénonce les attaques contre les négociateurs L’importance d’une cessation des hostilités sur le front libanais a été également relevée par le président iranien, Massoud Pezeshkian, qui, en tournée dans la province de Qom, a pris soin de préciser que l’accord avec Washington a été conclu «en pleine coordination avec le guide suprême Mojtaba Khamenei et avec le soutien du Conseil suprême de la sécurité nationale». Son discours a cependant encore une fois confirmé l’existence de deux courants qui s’opposent en Iran. Selon le site Iran International , Massoud Pezeshkian a défendu l’équipe chargée des négociations avec les États-Unis, lorsqu’il a affirmé que celle-ci a coordonné sur toute la ligne avec Mojtaba Khamenei. «Malheureusement, certains groupes s’emploient, dans le prolongement des opérations psychologiques menées par des médias hostiles, à affaiblir cette avancée en s’en prenant à l’équipe de négociations et en remettant en cause les décisions nationales», a-t-il déclaré. Selon Iran International, ses propos interviennent alors que son gouvernement fait face à une pression croissante de la part des factions ultraconservatrices hostiles à un dialogue avec Washington. Le site rappelle que plusieurs figures de la ligne dure ont accusé le président et son équipe de négociateurs d’avoir consenti à des concessions, tout en mettant en doute le soutien du Guide suprême aux principales décisions sécuritaires. Attentisme au Liban Au Liban où l’accord-cadre avec Israël fait également grincer des dents, on attend toujours la mise en œuvre des dispositions de ce document qui prévoit, entre autres, un retrait israélien progressif des secteurs actuellement occupés au Liban-Sud, où les forces régulières doivent se déployer, ainsi que le démantèlement progressif des infrastructures militaires du Hezbollah. Israël, comme on le sait, doit se retirer en premier de «zones pilotes», une action coordonnée avec le Centcom, dont le commandant, l’amiral Brad Cooper, a effectué lundi une tournée à Beyrouth et Tel Aviv. Au lendemain de cette visite, le président libanais Joseph Aoun a reçu le commandant en chef de l’armée, le général Rodolphe Haykal, pour des discussions sur le rôle de la troupe dans l’application de l’accord-cadre. Sur le terrain, la situation reste volatile. L’artillerie israélienne a ciblé les villages de Hebbariyé, dans le caza de Marjeyoun, Beit Yahoun, dans celui de Bint Jbeil et Majdel Zoun, dans le caza de Tyr. Cette localité est désormais coupée en deux après le dynamitage d’un tunnel souterrain du Hezbollah, lequel avait provoqué une énorme explosion. Dans le même temps, les médias israéliens ont fait état d’une visite du Premier ministre, Benjamin Netanyahu, et de son ministre de la Défense, Israel Katz, dans le secteur contrôlé par l’armée israélienne au Liban-Sud. S’adressant aux militaires, Benjamin Netanyahu, a indiqué que Tel Aviv «a commencé à démanteler l’axe iranien, en frappant directement la République islamique et en établissant une zone tampon au Liban-Sud». Il a assuré que l’armée restera au sud du pays «tant que le Hezbollah n’est pas désarmé et constitue une menace pour Israël». Il a cependant indiqué que l’arsenal militaire de cette formation «ne représente que 8% de ce qu’il était avant la guerre» et que «9000 miliciens ont été éliminés».

De l’Irak au Liban, la bataille pour le monopole des armes est engagée
Par
LevantTime .
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juin 29, 2026 - 23:11

L'incertitude régnait toujours en début de semaine au sujet de la date de la poursuite des réunions techniques entre Téhéran et Washington, alors que les deux parties avaient décidé mardi dernier, en Suisse, de mettre en place quatre groupes de travail consacrés aux dossiers de la levée des sanctions, du nucléaire, et de la reconstruction. Mises à mal par le bras-de-fer militaire autour du détroit d’Ormuz sur lequel l’Iran veut imposer un contrôle total, et le refus de Téhéran de laisser les inspecteurs de l’AIEA entrer dans ses sites nucléaires, les discussions entre les deux capitales ne sont pas pour autant rompues, selon diverses sources concordantes, citées par l’AFP et des médias américains. Lundi, le président Donald Trump a annoncé sur son réseau social, Truth Social, que des responsables iraniens avaient sollicité une réunion de suivi et que celle-ci devait se tenir mardi à Doha. Une annonce vite démentie par Téhéran qui a assuré qu'aucune rencontre ou réunion technique des groupes de travail n'était prévue cette semaine au Qatar. La Maison Blanche a toutefois confirmé que les deux négociateurs américains Jared Kushner et Steve Witkoff doivent se rendre au Qatar, «pour des réunions de haut niveau», mais sans donner de date. Selon le site américain, Axios, ils seraient mardi à Doha, pour des entretiens avec les responsables qataris. Mercredi, les délégations techniques américaine et iranienne chargées de la mise en œuvre du mémorandum d’entente signé le 18 juin, doivent séparément se réunir avec les médiateurs qatari et pakistanais, a indiqué Axios. Un diplomate présenté comme étant proche du dossier par l’AFP a confirmé à l’agence française que les canaux de communication entre les deux pays restent ouverts, ce qui signifie concrètement que la médiation, menée conjointement par le Qatar et le Pakistan, a repris après la montée des tensions et les échanges de menaces entre les deux parties. Lundi, le calme s’était rétabli sur le front américano-iranien: les échanges de menaces qui avaient repris après les attaques iraniennes de la fin de la semaine dernière contre des pétroliers qui traversaient Ormuz, avaient cessé, tout comme les frappes aux drones iraniennes et les contre-attaques américaines. Ce calme semble avoir été décidé d’un commun accord, dans la mesure où un responsable américain a annoncé dimanche soir une suspension des attaques mutuelles afin de permettre la poursuite des discussions techniques et le maintien de la libre circulation des navires dans le détroit d'Ormuz. Mais la partie n’est pas pour autant gagnée, Téhéran étant toujours intransigeant au sujet de son droit autoproclamé de contrôler ce point de passage maritime stratégique. La République islamique qui comptait sur la collaboration du sultanat d’Oman pour créer un précédent, en violation du droit maritime international, devait cependant vite déchanter. Mascate a réaffirmé lundi qu’il ne prendra aucune mesure qui irait à l’encontre de ce droit, mais qu’il reste disposé à discuter avec Téhéran d’éventuels frais imposés en échange cependant de services assurés. Monopole des armes en Irak. Quid du Liban? Toujours au niveau régional, un autre élément mérite d’être relevé, en raison de son importance stratégique. Le gouvernement irakien a fixé aux factions armées pro-iraniennes un délai de trois mois pour rendre leurs armes. Ce délai expire le 30 septembre. L’annonce intervient alors que le nouveau Premier ministre irakien, Ali al-Zaïdi, est attendu aux Etats-Unis, qui, comme on le sait, appelaient au désarmement de ces factions, et au lendemain d’un coup de filet sans précédent dans la sphère politique irakienne. Au moins 200 personnes, dont de nombreux députés, des anciens ministres, et des hommes d’affaires, ont été interpellés dans le cadre de cette opération menées sous le signe de la lutte contre la corruption. Plusieurs dizaines de millions de dollars ont été saisies dans certaines résidences. Ces deux opérations témoignent de la détermination du pouvoir en Irak à s’affranchir de l’influence de la République islamique qui n’a pas réagi à l’annonce. Elles ne peuvent pas être dissociées du processus de transformation dans lequel la région est engagée depuis l’opération militaire israélo-américaine contre l’Iran. Au niveau politique, l’Irak et le Liban présentent de nombreuses similitudes, notamment pour ce qui a trait à l’influence iranienne et à son effet déstabilisateur sur les deux pays. La principale différence entre eux réside toutefois dans la capacité et la volonté d’action: en Irak, la décision de réduire l’emprise des factions armées s’est traduite par des mesures concrètes, alors qu’au Liban, la même décision prise en août 2025 se heurte toujours aux réticences entourant sa mise en œuvre. Elle continue de manquer de clarté et elle est, aujourd’hui, tributaire d’un ensemble de mesures, consignées dans l’accord-cadre conclu la semaine dernière par Beyrouth et Tel Aviv à Washington. La première phase de cet accord prévoit un retrait israélien de «zones pilotes» au Liban-Sud. Celui-ci se fait toujours attendre. L’arrivée à Beyrouth du commandant du Centcom, l’amiral Brad Cooper – qui a eu des entretiens avec le commandant en chef de l’armée, le général Rodolphe Haykal, et le président Joseph Aoun, axés sur les préparatifs de la mise en œuvre du document signé à Washington – est le signe indicateur du début de ce processus. Israël semble d’ailleurs se préparer à des retraits progressifs partiels jusqu’à la Ligne jaune, comme en témoignent le dynamitage d’envergure de tunnels du Hezbollah à Majdal Zoun, et d’habitations dans d’autres villages, notamment Haddatha. Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a réaffirmé lundi que son pays ne se retirera pas du Liban tant que le Hezb n’est pas désarmé, alors que la formation pro-iranienne refuse catégoriquement de rendre ses armes. Si la tension qui s’est manifestée sur le terrain par des mouvements de protestation du public du Hezb, après la signature de l’accord libano-israélien, s’est tassée sur le plan politique, elle reste toujours vive. Les cadres de la milice continuent de mettre en garde contre toute tentative de désarmement, réaffirmant à l’envi leur détermination à lutter contre le processus diplomatique engagé entre Beyrouth et Tel Aviv. L’heure reste cependant à l’apaisement. Le tandem Amal-Hezbollah n’envisage pas, du moins «pour le moment», une escalade. Le président de la Chambre, Nabih Berry, également hostile au texte de l’accord libano-israélien, a fait part de son attachement à la stabilité du pays et au maintien du calme, lors d’un entretien téléphonique avec le chef du gouvernement, Nawaf Salam. Par la voix d’un de ses responsables, Mahmoud Comati, le Hezbollah a fait savoir qu’il ne compte pas pour le moment retirer ses ministres du gouvernement, même s’il a affirmé que «le Hezb dispose des moyens de faire chuter celui-ci». L’ULCM se félicite En dépit de ces voix discordantes qui gravitent toutes dans la même orbite, ou des réserves exprimées sur certaines dispositions du document libano-israélien, par des hommes politiques dont le leader druze, Walid Joumblatt, l’accord-cadre bénéficie d’un large consensus dans la mesure où il soustrait le Liban à l’influence iranienne et empêcherait le Liban-Sud de continuer d’être une caisse de résonnance aux conflits dans la région. L’Union libanaise culturelle mondiale (ULCM), qui est le principal organe représentant les Libanais de l’étranger, s’est félicitée lundi de la conclusion de cet accord, estimant dans un communiqué signé par son président, Farès Wehbé, que le processus engagé par les autorités libanaises «est en harmonie avec le discours d'investiture du chef de l'État et avec les décisions du gouvernement visant à rendre à l'État, exclusivement, le pouvoir de décider de la guerre et de la paix». Pour l’ULCM, comme le souligne Farès Wehbé, ce processus est une «première étape vers le rétablissement de la pleine souveraineté du Liban sur l'ensemble du territoire national» et il «renoue avec la tradition d'une diplomatie libanaise audacieuse, telle qu'elle existait au lendemain de l'indépendance, avant que la décision de guerre et de paix ne soit soustraite à l'autorité de l'État». «Pour la première fois depuis plusieurs décennies, le pays négocie en son nom propre et dans l'intérêt de sa nation», souligne M. Wehbé qui précise que «les Libanais, au pays comme à travers le monde, aspirent à retrouver un Liban normal, où la culture, les arts, la vie et la joie reprendront le pas sur le langage des armes». Aussi, le président de l’ULCM a affirmé sa volonté de soutenir le président et le gouvernement dans cette tâche, tout en appelant les Libanais «à la vigilance et à déjouer toute tentative de semer le chaos, d’autant que certaines parties armées, liées à un système de corruption enraciné dans les rouages de l'État profond, trouvent leur intérêt dans le maintien du dossier des armes sous l'emprise des équilibres régionaux». «Ce qui a été accompli doit désormais être préservé par un engagement sérieux et constant, et non célébré comme une fin en soi», souligne le communiqué de l’ULCM, qui réaffirme que «l'indépendance à laquelle aspire le Liban doit être pleine et définitive».

L’accord-cadre libano-israélien signé à Washington: Iran Out
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LevantTime .
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juin 27, 2026 - 00:11

Au terme de près de deux mois de négociations directes entre le Liban et Israël, le quatrième jour du cinquième round de pourparlers qui s’est tenu au siège du Département d’Etat, à Washington, sous supervision du Secrétaire d’Etat Marco Rubio, un «accord cadre» entre le Liban et Israël a été signé samedi soir (heure de Beyrouth). La cérémonie s’est tenue en présence de M. Rubio et des négociateurs des deux pays, dont notamment, côté libanais, l’ancien ambassadeur du Liban à Washington, Simon Karam, et l’ambassadeur US à Beyrouth Michel Issa. Le document a été signé par l’ambassadrice du Liban aux USA, Nada Hamadé Moawad, et l’ambassadeur d’Israël, Yechiel Leiter, qui ont tous deux prononcé une courte allocution, remerciant l’Administration Trump pour ses efforts et mettant l’accent sur la portée de l’événement. Cet accord-cadre constitue le premier acte diplomatique officiel conclu entre le Liban et Israël depuis la signature de l’accord (avorté) du 17 Mai, en 1983. Cet aboutissement de cinq rounds de négociations représente, il convient de le relever, un premier pas qui sera suivi de futures et longues tractations visant à obtenir un retrait israélien total du Liban-Sud, en concomitance avec un processus de désarmement du Hezbollah. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a indiqué samedi soir sur ce plan que ce premier pas pavera la voie à d’autres accords, l’étape finale, comme l’a relevé l’ambassadeur Leiter samedi soir, étant un futur accord de paix entre les deux pays. Dans la pratique, le document prévoit l’instauration dans l’immédiat de deux «zones-pilotes», dont l’une au nord du Litani, où l’armée libanaise devra se déployer pour empêcher toute présence milicienne dans les secteurs en question. Une source israélienne a indiqué en fin de soirée que le déploiement de l’armée se fera avec un soutien direct américain qui pourrait se traduire par l’apport d’experts militaires US. Il s’agit donc là d’un point de départ qui sera suivi d’autres pas, conduisant progressivement à un retrait israélien au fur et à mesure du déploiement des troupes régulières locales et du désarmement du Hezbollah. A cet égard, sur instruction du président Joseph Aoun, la délégation libanaise a insisté pour que l’accord-cadre mentionne explicitement la nécessité d’un «retrait total» des forces israéliennes du Liban-Sud. En ce qui concerne la portée de cet accord, le bureau du Premier ministre israélien a affirmé en soirée que «le processus de désarmement du Hezbollah, prévu par le document, sera mis en application au sud et au nord du Litani». Mais c’est surtout la signification géopolitique de cet accord-cadre qui focalise l’attention des analystes et des milieux politiques au Liban. Le document en question consacre en effet la mise à l’écart de l’Iran du processus de règlement de la crise libanaise et du problème du Liban-Sud. Au cours des dernières semaines, le régime des mollahs n’a épargné aucun effort pour imposer un rôle iranien direct dans les efforts visant à trouver une issue au conflit libanais, plus particulièrement au Sud. Lors des récentes tractations entre l’Administration Trump et la République islamique, les dirigeants iraniens posaient comme condition préalable à tout accord avec Washington l’arrêt total des opérations militaires israéliennes au Sud. Cette insistance cachait mal la volonté de Téhéran de se forger une place de choix dans tout processus de solution politique au Liban. Ce rôle iranien revendiqué par les Pasdaran semblait avoir été consacré lors des discussions américano-iraniennes entamées cette semaine en Suisse sous la supervision du vice-président américain, JD Vance. Ces pourparlers avaient débouché sur une entente visant à inclure l’Iran dans un processus de contrôle de la situation au Liban-Sud. Mais, l’accord-cadre de Washington signé samedi soir écarte toute implication de la République islamique, et a fortiori du Hezbollah, et limite ainsi les efforts de pacification et de rétablissement de la sécurité et de la souveraineté libanaise au seul cadre libano-israélien sous la stricte, et seule, supervision américaine. Cela explique la réaction en flèche du Hezbollah, tard dans la soirée de samedi. Le député hezbollahi Hassan Fadlallah est revenu à ce propos à la rengaine de la menace de «guerre civile», affirmant que l’accord de Washington vise à saper le processus d’Islamabad, axé, à l’évidence, sur la relance d’un rôle régional prépondérant de la République islamique dans la région, et plus particulièrement au Liban. Sur le plan des réactions politiques, le Secrétaire d’Etat a déclaré tard dans la soirée que cet accord-cadre «jette les bases d’un processus clairement défini visant à rétablir la souveraineté du Liban, à désarmer le Hezbollah et à déconstruire son infrastructure». Le président Joseph Aoun a souligné de son côté que l’objectif recherché est «l’instauration d’une souveraineté exclusive de l’Etat libanais sur son territoire». « Il ne doit plus être question désormais ni d’occupation, ni de dépendance, ni de tutelle», a-t-il relevé, dans une allusion à peine voilée aux tentatives de l’Iran d’imposer son hégémonie sur la scène libanaise. Escalade militaire, Ormuz et Ali el-Taher Sur le plan des opérations militaires, il convient de relever que la conclusion de l’accord-cadre de Washington a été précédée de l’annonce par l’armée israélienne, dans l’après-midi, de son «contrôle total de la colline de Ali el-Taher», dont la haute importance stratégique est indéniable. «Nous contrôlons désormais totalement la colline de Ali el-Taher et de ce fait le Hezbollah a perdu sa place forte qui lui permettait de menacer le territoire israélien», a souligné le commandement militaire de l’Etat hébreu. La prise de la colline de Ali el-Taher revêt non seulement une importance militaire mais elle constitue pour Israël un acquis géopolitique fondamental. Le sous-terrain de cette zone a été en effet transformé par les Pasdaran en un très vaste réseau de tunnels et d’infrastructures qui comprend des salles de commandement soigneusement équipées et de grands entrepôts de missiles et de munitions diverses. Des dizaines de miliciens du Hezbollah et, surtout, plusieurs officiers supérieurs et cadres des Pasdaran seraient désormais coincés dans ces tunnels et n’auraient plus de voies de sortie du fait de la prise de contrôle de la région par l’armée israélienne. Ce développement a poussé une source militaire israélienne à affirmer que le contrôle total de Ali el-Taher par les forces de l’Etat hébreu «représente la fin du rôle de l’Iran et du Hezbollah». Il reste que le parti pro-iranien a démenti tard dans la soirée la chute de la colline en question aux mains de l’armée israélienne. Sur le plan strictement régional, le président Donald Trump a accusé la République islamique d’avoir violé l’accord de cessez-le-feu, précisant que les Iraniens ont lancé quatre drones en direction de navires dans le détroit d’Ormuz. Trois de ces drones ont été abattus dans cette zone par les forces US, a souligné le président américain qui a précisé que le quatrième drone a touché de plein fouet la partie supérieure d’un grand navire de commerce, provoquant d’importants dégâts. Dans ce cadre, un média iranien a affirmé samedi qu’une «liaison directe a été établie entre Américains et Iraniens en vue d’éviter tout accroc au niveau du détroit d’Ormuz». Cette information a toutefois été catégoriquement démentie par la suite par les Gardiens de la révolution islamique. Peu avant minuit, l’armée américaine a indiqué qu’elle avait mené des frappes contre des cibles iraniennes dans la zone du détroit. Le commandement militaire a précisé que l’aviation US avait lancé des raids contre des entrepôts de missiles et de drones et contre des centres de radar, en riposte à l’attaque iranienne contre le navire marchand.

Liban-Israël: Rubio veut arracher une déclaration d’intention
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juin 26, 2026 - 01:01

Au troisième jour du cinquième round des pourparlers libano-israéliens, à Washington, des discussions jugées ardues entre les deux délégations politico-militaires libanaise et israélienne devaient déboucher sur une déclaration d’intention définissant le cadre de négociations plus élaborées et d’une coopération future entre le Liban, Israël et les États-Unis. La déclaration d’intention devait être annoncée et signée par le Liban et Israël à 23 heures, heure de Beyrouth, mais l’annonce a été retardée en raison de la poursuite des discussions entre les deux parties. Selon diverses sources concordantes, le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, pèse de tout son poids pour amener le Liban et Israël à signer cette déclaration d’intention. Pendant ce temps, plusieurs incidents ponctuels ont été signalés, dans la journée et la soirée de jeudi, entre l’armée israélienne et des miliciens du Hezbollah. Peu avant minuit, l’aviation de l’État hébreu a effectué un raid contre le village de Beit Yahoun, dans le caza de Bint Jbeil. Les débats de cette dernière journée du cinquième round des pourparlers ont donc été axés, sans surprise, sur le retrait israélien et l’avenir de l’arsenal militaire du Hezbollah. Deux sujets sur lesquels les deux parties peinaient à s’entendre, alors que le secrétaire d’État américain, en tournée dans le Golfe, évoquait des avancées dans les pourparlers. Pour Israël, soumis à de fortes pressions américaines en faveur d’un repli, du moins jusqu’à la Ligne jaune, l’équation est claire: pas de retrait tant que la formation pro-iranienne maintient ses armes et représente une menace pour le nord du pays. Le Liban, pour sa part, réaffirme sa volonté d’étendre sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire et estime que le maintien de l’armée israélienne au Sud compliquerait sa tâche. Beyrouth exige ainsi un retrait israélien total préalable, alors que Tel-Aviv souhaite que l’armée libanaise se déploie au Sud avant le retrait de ses forces. Les deux parties peinaient également à trouver une entente autour des «zones pilotes», qui constitueraient le point de départ d’un repli israélien dont le calendrier reste à fixer. Selon le Yediot Aharonot , le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, aurait réussi à convaincre Donald Trump de ne plus réclamer un retrait, dès lors que Washington est associé au projet de «zones pilotes» au Sud, dont Israël se retirerait progressivement en échange d’un déploiement renforcé de l’armée libanaise. Netanyahu a d’ailleurs réaffirmé, dans un discours en fin de journée, que ses troupes maintiendraient une présence dans «les zones de sécurité à Gaza et au Liban» et que «des missions doivent encore être menées face à l’Iran, au Hezbollah et au Hamas». Tel-Aviv a certes sensiblement réduit ses opérations dans la partie méridionale du pays, mais son armée continue d’éliminer des combattants du Hezbollah. Trois personnes ont ainsi été tuées dans une frappe de drone qui a ciblé une voiture près de Mayfadoune, dans le caza de Nabatiyé. Le dossier libanais est, comme on le sait, intégré aux discussions entre Washington et Téhéran, sur insistance de la République islamique, qui veut garder la haute main sur tout processus engageant le sort du pays et s’est autoproclamée porte-parole du Liban, en dépit du rejet officiel libanais de toute immixtion iranienne dans ses affaires. Faisant fi des critiques du président Joseph Aoun et du Premier ministre Nawaf Salam contre le comportement de Téhéran, le commandant de la force al-Qods des Gardiens de la révolution islamique, Esmaïl Qaani, a ainsi déclaré, une fois de plus, qu’Israël devait quitter «l’intégralité du territoire libanais» de son propre gré, faute de quoi il serait «contraint de fuir sous l’effet de la défaite». Téhéran continue de poser comme condition à la poursuite de ses négociations avec Washington un retrait israélien inconditionnel du Liban-Sud. Pour leur part, les États-Unis et les pays du Golfe ont réaffirmé, dans un communiqué conjoint publié au terme de la conférence ministérielle du Conseil de coopération du Golfe, qui s’est tenue à Manama, la nécessité de dissocier les deux processus diplomatiques menés à Washington et en Suisse. Le bloc parlementaire du Hezbollah est allé dans le même sens que le CGRI, appelant l’État libanais à «profiter du soutien iranien» et le mettant en garde contre «des concessions qui seraient consenties à Tel-Aviv». Israël a immédiatement réagi par la voix de son ministre de la Défense, Israel Katz, qui a annoncé que son pays «frappera fortement l’Iran s’il nous attaque à cause de nos opérations au Liban». Bras de fer autour d’Ormuz Au niveau régional, le bras de fer autour du détroit d’Ormuz s’est nettement durci jeudi, les Gardiens de la révolution islamique ayant rejeté une initiative d’Oman, soutenue par Washington et les pays du Golfe, visant à sécuriser la navigation dans ce passage stratégique. Ce développement menace de compliquer le processus diplomatique en cours en faveur d’une paix dans la région, d’autant que l’Iran, qui se proclame vainqueur de sa guerre contre les États-Unis et Israël, et qui est en butte à des difficultés financières et économiques substantielles, cherche à multiplier les acquis de cet ordre. Selon le Wall Street Journal, des droits de péage pourraient rapporter à Téhéran jusqu’à 40 milliards de dollars par an. De quoi renflouer le régime, surtout si ses avoirs restent bloqués par Washington. Signe d’une crise émergente, un pétrolier a été «touché par un engin explosif de source indéterminée au sud-est d’un port omanais», a annoncé en fin de journée la marine britannique. Trois autres cargos, dont un pétrolier, qui traversaient le même couloir, ont dû rebrousser chemin, selon la même source. Téhéran comptait sur Oman pour contourner la pression internationale et imposer un droit de péage sur Ormuz, mais le sultanat s’en est rapidement distancié, annonçant deux nouveaux couloirs temporaires, établis le long de ses côtes en coordination avec l’Organisation maritime internationale (OMI). Son ministre des Affaires étrangères, Badr al-Busaidi, a assuré qu’aucun «frais de transit» ne serait imposé, tout en précisant que Mascate poursuivait ses discussions avec Téhéran sur des coûts liés à certains services administratifs et de sécurité maritime. Si cette décision a été largement saluée par les pays du Golfe, les Pasdaran, qui entendent maintenir le contrôle de l’un des principaux points de passage énergétique de la planète, l’ont aussitôt rejetée. Dans un contre-communiqué, ils ont affirmé que «les seules routes autorisées pour traverser le détroit d’Ormuz sont celles annoncées par la République islamique d’Iran». Reprochant à Mascate de ne pas s’être concerté avec eux, ils ont averti que tout navire empruntant un autre itinéraire s’exposerait à «des sanctions», sans en préciser la nature. La réaction américaine n’a pas tardé. À Bahreïn, où il participe à la conférence ministérielle du CCG, Marco Rubio a rejeté catégoriquement toute idée de péage ou de redevance dans le détroit, affirmant qu’«aucun État ne pouvait prétendre être propriétaire d’une voie maritime internationale». Pour Washington, le débat dépasse largement le cadre du Golfe. Les responsables américains redoutent qu’un précédent à Ormuz n’encourage d’autres puissances à monnayer le passage dans des détroits stratégiques à travers le monde, ce qui provoquerait un «chaos total», a averti Rubio. Reste à voir quel impact cet épisode aura sur les négociations américano-iraniennes. Car, d’une part, les Pasdaran estiment que toute concession au sujet d’Ormuz serait synonyme de perte d’influence régionale. D’autre part, les États-Unis, certes soucieux de conclure un accord avec l’Iran, ne veulent pas le faire «à n’importe quel prix», a réaffirmé Marco Rubio à Manama. Le chef de la diplomatie américaine a ainsi répété qu’aucune disposition du futur accord avec l’Iran ne devait compromettre «la sécurité, la stabilité ou la prospérité» des États du Golfe, dans une tentative évidente de rassurer ces monarchies, alors qu’une nouvelle réunion technique entre experts américains et iraniens est prévue en Suisse à la fin du mois. Cet engagement a transparu dans le communiqué final de la conférence ministérielle de Manama. La question des missiles balistiques y a été intégrée, alors qu’elle ne figure pas dans le mémorandum d’entente américano-iranien et que Téhéran refuse, au nom de l’équilibre des forces régional, que ce dossier fasse l’objet de négociations. Les chefs de la diplomatie des pays du Golfe ont ainsi appelé Washington à inclure la question des missiles iraniens et des groupes armés alliés de Téhéran dans les pourparlers visant à mettre un terme définitif à la guerre au Moyen-Orient. «Une paix et une sécurité régionales durables exigent de répondre à l’ensemble des menaces iraniennes, y compris ses missiles balistiques, ses drones et son soutien aux groupes armés dans la région», ont déclaré les ministres du CCG.

Négociations de Washington: la politique des petits pas
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juin 24, 2026 - 22:43

Le deuxième jour du 5e round des négociations directes entre le Liban et Israël, qui se sont tenues ce mercredi 24 juin au Département d’Etat, à Washington, a été axé sur l’examen du mécanisme concret qui devrait être mis en place afin de «gérer» le retrait partiel, et symbolique au stade actuel, des forces israéliennes de certains secteurs de la région frontalière. Conformément aux discussions en cours sur ce plan, l’armée libanaise devra remplacer au fur et à mesure les unités israéliennes qui se retirent progressivement. Des sources généralement bien informées relèvent que cette relève sera effectuée par des unités de l’armée libanaise encadrées et sous contrôle «sécuritaire» et opérationnel du commandement militaire américain. Les discussions en cours à Washington à ce sujet se poursuivront pour une troisième journée, ce mercredi 24 juin. Concernant la finalité de ces négociations libano-israéliennes, un haut responsable au Département d’Etat a indiqué mercredi que l’administration Trump œuvre à «mettre un terme définitif aux cycles de violence entre le Liban et Israël». Et d’ajouter, pour bien cerner le cadre des pourparlers – sans doute pour les tenir bien à l’écart des gesticulations médiatiques hégémoniques du régime des mollahs – que «le Liban et Israël négocient en leur qualité d’Etats souverains pour réaliser la paix». Dans l’attente que se décantent les pourparlers de ce cinquième round, un calme précaire et tendu continue de régner sur le terrain dans la zone méridionale, le long de la frontière avec Israël. Cette accalmie est toutefois marquée quasi quotidiennement par des incidents sécuritaires ponctuels, comme ce fut le cas en ce mercredi lorsque l’armée israélienne a abattu deux miliciens du Hezbollah qui s’approchaient des positions israéliennes dans le secteur de la colline stratégique de Ali el-Taher. Parallèlement, un drone israélien a lancé une roquette contre une voiture qui circulait sur la route de Kfar Remman (caza de Nabatiyeh). Deux personnes ont été tuées au cours de cette frappe. En fin d’après-midi, une autre frappe de drone a été signalée à Nabatiyeh el-Fawqa tandis que des tirs d’artillerie étaient dirigés contre le village de Yater, dans le caza de Bint Jbeil. Ces incidents ponctuels interviennent alors que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a affirmé mercredi que l’Etat hébreu «n’a pas terminé son opération au Liban-Sud», soulignant à ce propos que tant qu’il se maintient dans ses fonctions de Premier ministre, l’armée israélienne ne se retirera pas totalement de la zone tampon qu’elle s’emploie à instaurer et à consolider dans la région méridionale libanaise afin de sécuriser le Nord d’Israël. Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, devait d’ailleurs indiquer mercredi que l’Administration Trump n’a pas demandé à Israël de se retirer du Liban-Sud. Notons pour clore ce dossier libanais (qui paraît donc évoluer à «petits pas») que le président Joseph Aoun a réaffirmé ce mercredi que les négociations de Washington sont totalement dissociées des pourparlers américano-iraniens initiés en Suisse. Le volet régional En ce qui concerne les développements régionaux, trois dossiers fondamentaux continuent d’entretenir les divergences entre Américains et Iraniens au niveau de la lecture et de l’interprétation de l’accord-cadre conclu entre les deux parties. L’Administration Trump, plus spécifiquement le chef de la Maison Blanche, ne rate aucune occasion pour affirmer que les experts de l’Agence internationale de l’Energie atomique inspecteront bel et bien les sites nucléaires iraniens, ce que ne cesse de démentir catégoriquement les pôles du régime iranien. Dans le même temps, le président Trump souligne sans détour que les avoirs iraniens qui seront débloqués serviront exclusivement à acheter, pour le compte de la population iranienne, du blé, du maïs et du soja directement sur le marché américain, ce qui bénéficiera aux agriculteurs et producteurs US. Cette approche est toutefois rejetée par les hauts responsables à Téhéran qui répètent à qui veut bien l’entendre qu’il revient au pouvoir iranien uniquement de décider de l’usage des avoirs qui seront dégelés par l’Administration américaine. Autre sujet de discorde entre Washington et Téhéran: la gestion de la navigation maritime internationale dans le détroit d’Ormuz. Le régime iranien continue à se démener à plus d’un niveau afin d’imposer, comme un fait accompli, son contrôle et sa souveraineté sur le détroit en imposant des redevances pour des services d’ordre administratif, «écologique» et «sécuritaire» qui seraient assurés aux navires empruntant cette voie de passage maritime. Il s’agit là manifestement d’un péage qui ne veut pas dire son nom… Ce qui a incité le président Trump à affirmer mercredi que si les Iraniens s’emploient à imposer un péage déguisé au détroit d’Ormuz, il arrêtera purement et simplement les négociations avec Téhéran…

Crise régionale: la diplomatie s’active, les zones d’ombre se multiplient

La journée de mardi a été marquée par un véritable branle-bas diplomatique autour de deux actualités qui font la «une» internationale depuis quelque temps: les discussions entre Washington et Téhéran et les pourparlers directs entre le Liban et Israël. La cinquième session des négociations libano-israéliennes s’est ouverte au Pentagone, mais non sans un rappel ferme du président Joseph Aoun de la ligne directrice qui doit encadrer ces discussions, étalées sur trois jours: le respect de la souveraineté libanaise. M. Aoun, qui a critiqué à plusieurs reprises l’ingérence iranienne flagrante dans les affaires intérieures du Liban, a mis sur un même pied d’égalité Téhéran et Tel Aviv. «Nous n’accepterons rien de moins que la fin de l’occupation israélienne et de toutes les tutelles étrangères», a-t-il déclaré, dans une allusion à peine voilée à l’Iran. Il a exprimé l’espoir que les discussions aboutissent «au plein rétablissement de la souveraineté du Liban sur chaque parcelle de son territoire», selon un communiqué de son bureau. Pour Beyrouth, l’objectif de ces discussions consiste à transformer le cessez-le-feu en un mécanisme concret permettant le retrait israélien du Sud, le retour des déplacés et la libération des prisonniers. Selon des sources du palais présidentiel, citées par l’agence locale al-Markaziya, des instructions précises ont été données au chef de la délégation libanaise, l’ambassadeur Simon Karam, afin de maintenir fermement ces priorités tout en recherchant des arrangements militaires et sécuritaires applicables sur le terrain, où le cessez-le-feu reste malmené. L’armée israélienne a tiré mardi sur des groupes de personnes qu'elle a présentées comme des «terroristes» du Hezbollah pro-iranien, dans le secteur de la colline stratégique de Ali Taher, faisant au moins deux morts. Selon des informations relayées par les médias israéliens, les discussions porteraient notamment sur la création de «zones pilotes» au Liban-Sud. Selon le Haaretz , Tel Aviv aurait élaboré plusieurs cartes prévoyant un retrait expérimental de certaines zones situées au sud du Litani et de la Ligne jaune, où l’armée libanaise se déploierait sous supervision américaine. Au Liban, on indique que les discussions à caractère militaire et sécuritaire seront suivies, jeudi, d’autres d’ordre politique, en rapport notamment avec le désarmement du Hezbollah. Le projet de «zones pilotes» bénéficie bien entendu d’un soutien américain dans la mesure où il constituera un véritable test pour la capacité de l’armée libanaise à maintenir la sécurité dans la partie méridionale du pays et à empêcher les tentacules de Téhéran de s’y étendre de nouveau. Mais il comprend quand même deux écueils majeurs: la République islamique, qui refuse de desserrer son emprise sur le Liban, a été associée au mécanisme qui doit voir le jour. Les raisons de cette présence, pour le moins inopportune, n’ont pas été encore officiellement expliquées. D’autre part, le Liban ne semble pas prendre part aux préparatifs concrets de ce dispositif, comme en témoigne la teneur dévoilée des deux entretiens téléphoniques de Joseph Aoun avec le vice-président et le secrétaire d’État américains, JD Vance et Marco Rubio. Les deux l’ont appelé mardi pour exprimer leur soutien à ses positions et à celles du gouvernement, en faveur d’un rétablissement de la souveraineté libanaise. Selon un communiqué de la présidence de la République, ils l’ont informé que «les préparatifs pour la composition et l’action de cette cellule sont actuellement à l’étude». Reste à savoir quel sera le rôle du Liban dans ce cadre, alors que Beyrouth continue de plaider pour une dissociation des deux voies de négociations, libano-israélienne et irano-américaine. L’appel de Joe Raggi aux pays arabes À Amman où il participait aux travaux de la 165e conférence ministérielle de la Ligue arabe, le ministre des Affaires étrangères, Joe Raggi, a demandé aux pays arabes de soutenir «l’indépendance de la voie de négociation libanaise» par rapport à l’axe américano-iranien. Il a insisté sur le fait que l’avenir du Liban ne devait pas être décidé en son absence. Apparemment, cette volonté reste soutenue par Washington, comme l’a rappelé JD Vance, dans sa réponse au leader des Forces libanaises, Samir Geagea, qui l’avait interpellé au sujet de la position américaine par rapport au Liban et au Hezbollah. JD Vance a affirmé dans sa réponse à M. Geagea que les États-Unis considéraient le président Aoun et le gouvernement libanais comme «la seule autorité légitime du pays». Le vice-président américain a insisté sur le fait que les échanges avec Téhéran «ne visaient pas à lui accorder un rôle dans l’avenir du Liban, mais à obtenir qu’il fasse pression sur le Hezbollah afin qu’il respecte ses engagements». En tout état de cause, le camp souverainiste contre qui le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, s’est déchaîné de nouveau mardi, l’accusant de servir les intérêts d’Israël, ne compte pas baisser sa vigilance. Plus de 400 personnalités libanaises ont ainsi co-signé un appel pour sauver le Liban, s’articulant autour de trois idées principales: un ralliement autour de l’État, un soutien aux négociations directes avec Israël et un rejet de la tutelle que l’Iran cherche à imposer au Liban, via son bras militaire, le Hezbollah. Dans le même ordre d’idées, le bloc parlementaire des Forces libanaises, les députés du parti Kataëb et un groupe de députés indépendants (dont Achraf Rifi, Michel Moawad et Fouad Makhzoumi) ont remis au chef du gouvernement, Nawaf Salam, un mémorandum dans lequel ils appellent l’État libanais à préparer un dossier juridique, financier et diplomatique afin de réclamer à la République islamique d’Iran des compensations pour les dommages et les pertes résultant de la dernière guerre initiée sur le front libanais par l’Iran. La diplomatie française reste également fortement impliquée dans l’après-guerre au Liban. Lors de trois entretiens téléphoniques avec Joseph Aoun, Nawaf Salam, ainsi qu’avec le président de la Chambre, Nabih Berry, le président français Emmanuel Macron a évoqué l’évolution des négociations américano-iraniennes, la consolidation du cessez-le-feu au Liban-Sud et la préparation de l’après-Finul. Alors que la mission de la force internationale doit prendre fin à partir de 2027, Paris consulte plusieurs partenaires européens afin de définir les modalités d’une éventuelle présence internationale de substitution. Grincements de dents Parallèlement, les discussions entre les États-Unis et l’Iran ont franchi une nouvelle étape, les deux parties ayant décidé de mettre en place quatre groupes de travail consacrés à la levée des sanctions, au nucléaire, à la reconstruction économique iranienne et au suivi des engagements. Les responsables américains se montrent optimistes, mais des grincements de dents se font entendre, alors que le président iranien, Massoud Pezechkian, et son chef de la diplomatie, Abbas Araghchi, se trouvent à Islamabad pour des discussions avec les responsables pakistanais, engagés dans la médiation avec Washington. Le président américain Donald Trump a affirmé que l’Iran avait accepté des inspections nucléaires «au plus haut niveau», et que «les inspecteurs seront sur le terrain, au moment opportun», ce que Téhéran s’est empressé de démentir. Par la voix de ses responsables, la République islamique a déclaré ne pas avoir l’intention d’autoriser l’Agence internationale de l’énergie atomique à inspecter certains sites nucléaires bombardés récemment par Israël et les États-Unis. Ce à quoi Donald Trump a réagi par un: «Si l’Iran est à la recherche de problèmes, qu’il essaie de se doter de l’arme nucléaire.» Un deuxième point de friction concerne le déblocage des avoirs iraniens gelés. Téhéran a annoncé un accord prévoyant le dégel immédiat de 12 milliards de dollars, en deux tranches de six milliards. Mais Donald Trump a indiqué que ces fonds seraient placés sous séquestre et destinés exclusivement à l’achat de produits alimentaires et médicaux américains. Par la voix de son ambassadeur à l’ONU, Téhéran a immédiatement rejeté cette interprétation, affirmant que l’Iran resterait seul maître de l’utilisation de ses avoirs. Alors que les États-Unis veulent s’assurer que ces fonds seront utilisés pour soutenir le peuple iranien, en proie à une crise socio-économique sans précédent, le régime des mollahs, en butte à une crise financière, cherche à se renflouer pour assurer sa propre survie. Le litige sur le détroit d’Ormuz Un troisième point de friction se rapporte à la question du détroit d’Ormuz. Téhéran a réaffirmé sa volonté de conserver le contrôle administratif de cette voie stratégique, qui a connu mardi le trafic maritime le plus élevé depuis le début de la guerre. L’Iran et Oman ont annoncé le début de discussions sur les modalités et les coûts des futurs services liés à la gestion de cet axe, alors que Washington s’oppose fermement à un contrôle iranien du détroit. Dans ce contexte, le secrétaire d’État américain Marco Rubio qui a entamé mardi une tournée dans le Golfe, a réaffirmé à son arrivée à Abou Dhabi qu’«aucun pays n'est autorisé à percevoir des péages ou des redevances sur une voie navigable internationale». L’objectif de la tournée est de «rassurer les pays alliés du Golfe sur le protocole d’accord avec l’Iran». Marco Rubio doit ainsi discuter avec les dirigeants des Émirats arabes unis, du Koweït et de Bahreïn du protocole d’accord avec l’Iran, de la sécurité du détroit d’Ormuz et des garanties de stabilité réclamées par ces pays qui avaient été attaqués par l’Iran durant sa guerre avec les États-Unis et Israël.

De Lucerne à Washington, le Liban défend sa souveraineté
Par
Taline Becharraoui
Publié
juin 23, 2026 - 00:40

Les négociations entre délégations iranienne et américaine suite à l’accord-cadre signé entre les deux parties la semaine dernière, se sont poursuivies lundi à Lucerne, en Suisse, il reste que ce processus diplomatique n’en est qu’à ses débuts, et de nombreuses zones d’ombre persistent. Les interrogations se multiplient toutefois: va-t-on vers une ère où l’Iran retrouvera son influence dans la région, ou plutôt vers une période d’équilibres régionaux? Un endroit où l’on se pose beaucoup de questions est certainement le Liban. Dans la soirée de lundi, un responsable américain a fait état d'un accord entre les États-Unis, le Liban et Israël pour établir un mécanisme de surveillance du cessez-le-feu dans le sud du pays sous la supervision du Centcom, le Commandement central des forces américaines. Le responsable a ajouté que l’accord a été précédé par un appel du secrétaire d’Etat Marco Rubio avec le président libanais Joseph Aoun et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. La question libanaise a été au centre des négociations en Suisse, et l’Iran a cherché à se donner le crédit du cessez-le-feu au sud, alors même que les pourparlers directs entre le Liban et Israël sont toujours programmés pour demain mardi à Washington Du fait des pourparlers engagés par JD Vance avec les Iraniens en Suisse au sujet du Liban-Sud (sans aucune concertation préalable avec le pouvoir libanais, ce qui constitue un grave impair), le président Joseph Aoun n’a pas manqué de remettre les pendules à l’heure en assurant que le Liban accueille favorablement «toute aide pour mettre fin à la guerre», mais soulignant qu’il fait bien la différence entre l’aide et l’ingérence, dans une claire référence à l’Iran. «Nous sommes un pays souverain et personne ne négocie pour nous», a-t-il réaffirmé sans ambages. L’ambassadrice du Liban à Washington, Nada Hamadé Moawad, a entrepris des contacts avec les hauts responsables US pour leur transmettre un message en ce sens, soulignant que toute tractation concernant le Liban doit se faire en concertation avec le président Aoun directement. C’est à la suite de cette position tranchée adoptée par Baabda, que JD Vance ainsi que le négociateur américain Jared Kushner et le Premier ministre du Qatar, Mohammad ben Abdel Rahman Al-Thani, ont appelé le président de la République pour discuter avec lui des mesures évoquées en Suisse en vue de consolider le cessez-le-feu au Liban, et qui consisteraient en des «cellules de désescalade». Ces cellules seraient supervisées par des comités qui comprendraient des Libanais, des Américains et des Iraniens. Une mesure qui fait le pendant avec les «zones pilotes» mentionnées dans les négociations directes avec Israël à Washington. Si le président libanais a été si tranchant au sujet des tractations entreprises sans concertation avec le pouvoir, c’est non seulement en réaction aux négociations elles-mêmes, mais aussi du fait de l’attitude de tous les pôles du camp iranien. L’exemple le plus frappant à cet égard réside dans les pancartes édifiées sur la route de l’aéroport montrant le Guide suprême iranien assassiné, Ali Khamenei, et son fils, l’actuel Guide présumé (toujours invisible) Mojtaba Khamenei, avec un énorme «Merci l’Iran, la fidèle»! Outre les déclarations récurrentes des cadres du Hezbollah critiquant les négociations directes avec Israël et faisant l’éloge de la position du régime des mollahs, le chef de la force Al-Qods, relevant du Corps des Gardiens de la Révolution, Ismaïl Qaani, s’est fendu lundi d’une menace très significative contre Israël. «Si vous ne vous retirez pas volontairement (du sud du Liban), vous allez subir une défaite comparable à l’épopée de 2000», a-t-il dit. Par le fait même, l’Iran s’est approprié de manière directe ce qui, auparavant, faisait la fierté du Hezbollah, soit le retrait israélien du sud du Liban le 25 mai 2000. Nucléaire, blé et maïs à Lucerne… A Lucerne, malgré les tensions de dimanche soir, les pourparlers se sont poursuivis toute la nuit de dimanche à lundi. Les échos, lundi matin, semblaient positifs des deux côtés, même si les divergences de vues persistent. Les délégations officielles sont reparties pour laisser des délégations «techniques» poursuivre les discussions. La veille, les déclarations «musclées» du président américain Donald Trump, qui menaçait de frapper l’Iran si celui-ci «n’arrête pas son soutien à ses proxys» (notamment le Hezbollah au Liban), avaient provoqué un départ prématuré des Iraniens de la salle de négociations, laissant présager des blocages. Cependant, lundi matin, les gouvernements pakistanais et qataris ont annoncé que des «progrès encourageants» ont été réalisés. Les pourparlers ont ainsi débouché sur «une feuille de route pour des discussions étalées sur 60 jours», et ont ouvert la voie aux négociations techniques immédiates. Pour sa part, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a fièrement déclaré que les pourparlers ont permis des «progrès majeurs», se félicitant, surtout, de la levée des restrictions sur les exportations de pétrole et de produits pétrochimiques. Il a confirmé la levée du blocus sur les ports iraniens et le déblocage de certains avoirs iraniens gelés. Sur le dossier du nucléaire, l’Iran a reconnu de «très brèves discussions» lors des négociations en Suisse. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a assuré qu’aucun détail n’a encore été abordé. De son côté, le président iranien Massoud Pezeshkian est attendu au Pakistan demain, mardi, pour poursuivre les discussions au sujet des pourparlers. De son côté, le vice-président américain JD Vance, chef de la délégation US, a été particulièrement prolifique en déclarations. Il a estimé que les pourparlers ont abouti à une base très solide, mettant en évidence le fait que les Iraniens ont accepté le retour de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) pour effectuer des inspections chez eux (ce que les Iraniens ont par la suite catégoriquement démenti). Il s’est dit confiant que le programme nucléaire iranien fait définitivement partie du passé, en contraste avec le flou des déclarations des Iraniens sur ce plan. Plus tard en journée, JD Vance a expliqué les clauses financières du «deal», lors d’une conférence de presse, tentant de les justifier au public américain en soulignant que «les fonds iraniens dégelés serviront les intérêts des agriculteurs américains», dans une indication sur de possibles marchés à venir, notamment pour ce qui a trait au blé et au maïs. Il a bien pris soin de dire que les Etats-Unis s’assureraient que l’Iran «ne financera pas le terrorisme» avec les fonds qui lui parviendront. Une manière de répondre aux multiples critiques qui ciblent déjà ces pourparlers. La colline de Ali el-Taher Sur le front israélien, il semble que la désescalade est de mise pour l’instant. L’armée israélienne aurait fait parvenir à ses conscrits un avis de démobilisation en raison du cessez-le-feu, selon la chaîne 12 israélienne. Sur le terrain, le sud a été calme pour la troisième journée consécutive, avec quelques violations mineures. Le cessez-le-feu a été l’occasion d’un retour prudent aux villages en première ligne, mais aussi de la découverte de corps de tués qui se trouvaient toujours sous les décombres. Un autre rapport médiatique intéressant, rapporté dans la chaîne 12, donne, d’autre part, une explication sur l’intensité des combats autour de la colline stratégique de Ali el-Taher, dans les hauteurs de Nabatiyeh, au sud. Selon ce rapport, cette zone est une base essentielle du Hezbollah, un enchevêtrement de tunnels géré notamment par des généraux des Gardiens de la Révolution iranienne. Et c’est la proximité des troupes israéliennes qui, selon le rapport, explique le soudain intérêt iranien dans un cessez-le-feu au sud du Liban. Israël, pour sa part, ne compte certainement pas laisser ce terrain d’une grande importance au Hezbollah et cherche déjà à obtenir, par les négociations, que Ali el-Taher soit parmi les «zones pilotes» placées sous le contrôle de l’armée libanaise… en vue d’en déloger le Hezbollah. Serait-ce là le possible détonateur de nouveaux combats au cas où ces tentatives échouent? Dans tous les cas, autant le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, que le ministre de la Défense Israel Katz, ont déclaré lundi que «l’armée israélienne garde une liberté de mouvement au Liban».