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L'Essentiel du jour

L'Iran frappe, Israël riposte, Trump s'interpose

Le président US accentue la pression sur Netanyahu pour préserver les négociations

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Intercepté par un missile israélien, ce projectile iranien est retombé en pleine campagne aux abords de Damas, en Syrie. (AFP)
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Par LevantTime .
Publié juin 9, 2026 - 00:22

Alors qu’on croyait que l’Iran avait définitivement enterré ses engins de guerre dans leurs silos, Téhéran a lancé une trentaine de missiles balistiques contre l’État hébreu tard dans la soirée de dimanche.

Les autorités iraniennes ont présenté cette attaque comme une réponse à une frappe israélienne contre la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, qui a fait deux morts et vingt blessés.

 

Le message est clair: l’Iran s’oppose aux pourparlers libano-israéliens menés sous l’égide de Washington et entend se poser en défenseur du Liban « contre l’ennemi israélien », même au risque d’une nouvelle escalade. Téhéran continue en effet d’insister pour que le conflit entre Israël et le Hezbollah soit traité dans le même cadre que la confrontation plus large qui l’oppose à Israël et à ses alliés au Moyen-Orient.

 

Lundi à la mi-journée, le commandement des forces armées iraniennes a annoncé "la cessation de l'opération", qualifiée de "sévère riposte" à Israël. Il a toutefois averti qu'"en cas de poursuite de l'agression et des hostilités, y compris dans le sud du Liban, des actions bien plus sévères et répressives qu'auparavant seront entreprises".

"Nous avons rompu l'équation qui consiste à conclure un cessez-le-feu sur le papier et à le violer systématiquement sur le terrain", a commenté le négociateur en chef iranien, le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf.

 

Tel-Aviv n’a pas tardé à réagir en détruisant plusieurs systèmes de défense iraniens. Contre toute attente, toutefois, la riposte israélienne a été fortement freinée par son principal allié, les États-Unis.

Alors que le président Trump s’était engagé corps et âme dans le conflit lors du déclenchement des frappes contre l’Iran, le 28 février dernier, il a expressément demandé, dimanche et lundi, au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu de faire preuve de retenue, regrettant que le processus de négociation soit entravé par "l'ignorance ou la stupidité".

 

Ces derniers jours, Donald Trump n’a pas caché ses divergences avec Benjamin Netanyahu. Selon la Maison Blanche, les deux dirigeants se sont entretenus par téléphone lundi, le président américain ayant cette fois tapé du poing sur la table pour imposer une suspension des hostilités.

À l’approche des élections de mi-mandat, le locataire de la Maison Blanche cherche une issue à un conflit devenu particulièrement impopulaire aux États-Unis. Son intervention de lundi, ainsi que ses déclarations répétées affirmant qu’il demeure le seul décideur en dernier ressort, ont alimenté les spéculations sur les circonstances ayant conduit au déclenchement des attaques contre l’Iran en février alors même que les négociations étaient toujours en cours.

 

Plusieurs analystes et élus américains accusent ainsi Benjamin Netanyahu d’avoir précipité l’entrée en guerre des États-Unis, peu après les premières frappes de l’aviation israélienne.

Dans un entretien accordé au média Axios dimanche, le président américain a mis en garde le Premier ministre israélien contre toute riposte après les tirs de missiles iraniens : "Je vais appeler Bibi (le surnom de Netanyahu, ndlr) tout de suite pour lui dire de ne pas riposter. Israël a eu sa frappe et l'Iran a eu sa frappe. On n'a pas besoin d'une autre" frappe.

Netanyahu, au risque d’irriter son plus proche allié sur la scène internationale, a pourtant donné son feu vert à de nouvelles frappes.

Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu du 8 avril, c’est la première fois que Téhéran cible directement le territoire israélien et qu’Israël bombarde le sol iranien.

 

Côté israélien, le Premier ministre est lui aussi soumis à de fortes pressions internes pour maintenir une ligne dure vis-à-vis de l’Iran.

Dans un entretien accordé au Financial Times dimanche, Donald Trump a estimé que le dirigeant israélien devrait accepter tout accord négocié par Washington.

"Il n'aura pas le choix", a déclaré le président américain au quotidien économique. "C'est moi qui décide. C'est moi qui décide tout. Il ne décide pas…"

 

Réagissant aux propos du locataire de la Maison Blanche, Netanyahu a assuré que son pays riposterait "avec force" à toute nouvelle attaque iranienne.

Celui qui avait ordonné des frappes contre l’Iran malgré les objections du président américain lui a également répondu, "avec respect", qu’Israël exercerait son droit à se défendre "chaque fois que nécessaire".

Plus tôt dans la journée, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a affirmé que son pays "continuerait d'agir" contre le Hezbollah. Il a promis que "toute tentative iranienne d'établir un lien entre le Liban et l'Iran afin d'attaquer Israël recevrait une réponse d'une grande force".

 

Dans une interview diffusée dimanche soir sur la chaîne NBC, Donald Trump a plaidé pour des frappes plus "chirurgicales" contre le Hezbollah, affirmant vouloir "une vie meilleure" pour le Liban.

Le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre en attaquant Israël afin de venger la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué lors d’une offensive israélo-américaine.

 

Dans une autre interview publiée mercredi dernier par le New York Post, le président américain a confirmé avoir eu un échange particulièrement tendu avec Benjamin Netanyahu deux jours auparavant. Au cours de cette conversation téléphonique, il aurait réprimandé son proche allié au sujet de l’offensive israélienne menée au Liban.

Interrogé sur une éventuelle intégration du Liban dans un accord avec l’Iran, le dirigeant républicain a répondu : "non, non". "Pas du tout. Je n'exige rien. Je pense qu'ils aimeraient que ce soit le cas, mais je n'exige rien", a-t-il déclaré.

 

Les risques d’une escalade étaient fortes lundi, avec l’intervention des rebelles houthis du Yémen, alliés de l’Iran, qui ont alimenté les craintes d’un nouvel élargissement du conflit. La milice yéménite a revendiqué une attaque contre Israël depuis son territoire. Elle a également décrété une interdiction de navigation israélienne en mer Rouge, autre axe maritime stratégique majeur avec le détroit de Bab el-Mandeb.

 

Le Hezbollah nie tout contact avec Washington

 

Par ailleurs, le responsable du Hezbollah Mahmoud Qomati a indiqué lundi, en réponse à une question de l'AFP, que son parti n'avait eu "aucun contact" direct avec Donald Trump, malgré les déclarations du président américain en ce sens.

"Nous avons parlé avec le Hezbollah pour la première fois", avait déclaré le président américain le 3 juin à des journalistes.

Deux jours plus tôt, alors qu'Israël menaçait de frapper la banlieue sud de Beyrouth, bastion du mouvement islamiste, il avait affirmé avoir eu "une conversation avec des représentants des dirigeants du Hezbollah", qui "ont accepté d'arrêter de tirer sur Israël et ses soldats".

 

Le président Trump "faisait peut-être référence au fait que le conseiller du président du Parlement Nabih Berri communique avec l'ambassadeur américain et transmet des messages", a expliqué le responsable du Hezbollah.

"Ces allégations indiquent à quel point l'administration américaine est prête à abandonner le pouvoir libanais dès que se profile la moindre indication d'un contact avec les parties fortes et influentes au Liban", a estimé M. Qomati.

Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a, de son côté, répété lundi que "seul l'Etat libanais négocie au nom du Liban, et personne d'autre".

 

A Tyr, des morts et des vestiges menacés

 

Sur le terrain, les frappes israéliennes se sont abattues lundi sur plus d'une quinzaine de localités du sud du Liban, notamment à Tyr, où 14 personnes ont été tuées et 20 autres blessées.

L'une des frappes a visé une voiture à proximité d'un bâtiment de la Croix-Rouge libanaise dans cette ville côtière. Quatre secouristes ont été blessés lors de l'attaque, touchés par des éclats de verre.

 

Le Hezbollah a, pour sa part, revendiqué de nouvelles attaques contre des forces israéliennes dans le sud du Liban, mais aucune contre le nord d'Israël.

L'armée israélienne a de son côté affirmé que trois projectiles avaient été tirés depuis le Liban "en direction de soldats israéliens en opération dans le sud du Liban", et qu'un quatrième projectile était "tombé à proximité des troupes" sans faire de blessés.

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Tyr est l'une des plus anciennes cités du monde méditerranéen, elle compte deux sites romains sous "protection renforcée provisoire", inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco. (AFP)

Le ministre libanais de la Culture, Ghassan Salamé, a de nouveau « lancé un appel pour éviter de cibler les sites archéologiques du pays en particulier les ruines de Tyr qui sont dans le patrimoine commun de l'humanité".

Les ruines de Tyr, classées au patrimoine mondial de l'humanité de l'Unesco, ont été endommagées par les frappes israéliennes de dimanche.

Il s'agit du "plus grand dommage au site depuis le début de la guerre", a déclaré à l'AFP Ali Badaoui, directeur des sites archéologiques du sud du Liban. "Certains artéfacts archéologiques ont été endommagés lorsque des gravats les ont atteints, car une pluie de débris est tombée sur un vaste périmètre", touchant notamment "colonnes, chapiteaux, bases de colonnes, mosaïques", a-t-il énuméré.

Ghassan Salamé a affirmé qu'Israël "ne respecte pas" la Convention de La Haye, qui impose la préservation des biens culturels en période de conflit armé, ni les "Boucliers bleus", un emblème symbolique mis en place par un comité lié à l'Unesco afin de protéger le site de Tyr.

À la suite de la précédente guerre entre Israël et le Hezbollah en 2023-2024, l'Unesco a placé plus de 70 sites patrimoniaux au Liban, dont Tyr, sous "protection renforcée provisoire".

La ville est la cible d'une campagne de frappes israéliennes depuis le début de la guerre avec le Hezbollah pro-iranien, le 2 mars, et a de nouveau été visée lundi.

Dimanche, l'armée israélienne avait émis un nouvel ordre d'évacuation visant une zone qui englobe l'un des deux sites archéologiques, comprenant des vestiges romains, avant de mener des frappes.

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