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Iran-USA: le couac des fuites dans les médias iraniens

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Sur la pelouse de la Maison-Blanche, les préparatifs se poursuivent pour le "UFC Freedom 250", un tournoi de sport de combat préféré du président. Trump organise cet évènement à l’occasion du Flag Day et de son 80e anniversaire, le 14 juin. (Kevin Dietsch/Getty/AFP)
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Par Taline Becharraoui
Publié juin 12, 2026 - 23:20

Le «mémorandum d’entente» transitoire devant mettre fin à la guerre entre les Etats-Unis et l’Iran serait-il vraiment conclu prochainement ?

L’annonce triomphaliste faite par le président Donald Trump sur une «entente imminente» avec l’Iran est déjà mise à mal par des «fuites» dans les médias iraniens téléguidés par le pouvoir, qui continuent de clamer que la République islamique a obtenu tout ce qu’elle cherchait: contrôle du détroit d’Ormuz, déblocage immédiat des fonds et levée des sanctions, investissements américains pour le redressement de l’économie iranienne…

Un message de Trump sur son réseau social est venu brutalement remettre les pendules à l’heure. Toutefois, il semble peu probable que cela empêche un accord d’aboutir, ce qui a été conforté vendredi soir par une annonce du médiateur pakistanais qui a annoncé officiellement que les deux parties sont parvenues à un accord.

Alors que s’est-il passé durant cette longue journée ?

La journée de vendredi au Levant commençait sous les meilleurs auspices. « Nous venons de trouver un très bon accord pour mettre fin à la guerre avec l'Iran et, une fois les documents finalisés, ce qui devrait être fait dans les prochains jours, nous aurons probablement une signature, peut-être en Europe », a déclaré le président Trump depuis le Bureau ovale, rapporte l’AFP.

Cette annonce de Donald Trump, qui a un air de déjà-vu, a fait couler beaucoup d’encore, autant dans la presse américaine qu’iranienne. Pour ce qui est de la première, elle a largement relayé le fait que l’accord serait signé bientôt : Bloomberg News a écrit que le document serait signé lors du sommet du G7 à Genève, en Suisse, dimanche.

Selon Axios, la visite du vice-président JD Vance en Suisse serait déjà en préparation, en vue de la signature de l’accord. Le site américain a mis l’accent sur la médiation qatarie autant que pakistanaise, ayant apparemment permis cette percée. En effet, toujours selon Axios, le médiateur qatari a signé «l’accord de principe» avec le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi à Téhéran.

Les versions américaine et iranienne

La presse iranienne, elle, fidèle à ses habitudes (de médias dirigés par le régime), a répercuté la forte possibilité d’un accord prochain, certes, mais en donnant force détails de ce que seraient les termes de la trêve. A en croire ces médias, donc, l’Iran aurait obtenu de garder le contrôle du détroit d’Ormuz, le déblocage de ses fonds bloqués (le chiffre de 24 milliards de dollars, ou du moins la moitié, circule), une levée des sanctions et du blocus américain sur les ports, le retrait des forces américaines de la région limitrophe de l’Iran, sans compter le droit de poursuivre l’enrichissement de l’uranium.

Selon l’agence Mehr, les missiles balistiques ne sont pas évoqués dans le texte, et l’accord-cadre donne une période de 6 mois pour un accord final. Les échos parvenant de Téhéran indiquaient par ailleurs qu’une décision finale n’a pas été prise par les autorités iraniennes, démentant que le timing de la signature ait été fixé à dimanche.

Et ce sont ces «fuites» dans les médias qui se sont révélées être le ver dans le fruit, déclenchant la colère de Donald Trump sur son réseau social Truth Social. «Les conditions que les Iraniens ont fait fuiter dans leurs médias n’ont rien à voir avec les termes de l’accord auquel nous sommes parvenus», a-t-il tonné, estimant que «les Iraniens sont très déshonorables», et qu’il est impossible de négocier de bonne foi avec eux. « Ils feraient bien de rectifier le tir, et vite ! », a-t-il également écrit.

Un responsable de l’administration US a exposé la version de Washington au correspondant de la chaîne al-Hadath : aucun déblocage de fonds ne sera effectué avant que cet accord ne soit mis en application, l’uranium enrichi sera sorti des territoires iraniens et les installations nucléaires seront bel et bien démantelées. Une autre clause cruciale, selon la chaîne saoudienne, obligera l’Iran à renoncer à financer des proxys dans la région, une question qui intéresse le Liban au plus haut point. Cette source a assuré que les Iraniens ont approuvé ces clauses.

Netanyahu : L’Iran n’aura pas la Bombe

En marge de ces déclarations concernant un éventuel accord qui serait prochainement signé par Washington et Téhéran, un processus dont Tel Aviv a été notoirement écarté, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’est empressé d’affirmer qu’il était « entièrement d’accord » avec Donald Trump sur le fait que l’Iran n’aura jamais de bombe atomique, ajoutant que cela n’aurait pas lieu «tant qu’il sera Premier ministre».

Entre-temps, les combats au Liban-Sud se poursuivaient vendredi avec la même intensité entre l’armée israélienne et le Hezbollah. Selon al-Hadeth, les Israéliens ont annoncé avoir dominé toutes les collines surplombant la ville stratégique de Nabatiyeh, au Liban-Sud, et le Hezbollah poursuit ses attaques, notamment à l’aide de drones.

Or c’est le sort de ce front qui est en question depuis qu’on parle d’un accord si proche sur le front régional iranien. D’une part, les échos dans les médias iraniens insistent sur le fait que tout éventuel accord inclurait une clause sur une accalmie sur tous les fronts, donc au Liban. D’autre part, des sources israéliennes auraient déjà affirmé qu’un accord entre l’Iran et les Etats-Unis ne concernerait pas ce front libanais, «vu que les autorités israéliennes sont en pourparlers directs avec les autorités libanaises dans un processus séparé à Washington», soulignent les médias panarabes.

La question se pose toujours, vendredi, au Liban, d’autant que le cessez-le-feu en Iran, début avril, n’a pas entraîné automatiquement une mesure similaire au Liban (sachant que les cessez-le-feu obtenus suite aux pourparlers directs n’ont pas eu un meilleur effet).

Ce qui est sûr, en revanche, c’est que ce futur accord alimente déjà la polémique interne. Sans surprise, les voix du Hezbollah s’élèvent déjà pour adopter un discours triomphaliste. Le député Hassan Fadallah, avec son ton provocateur habituel, s’est dépêché d’affirmer qu’un accord «aura des répercussions» sur le Liban, «que les responsables libanais l’acceptent ou pas». Le parlementaire fait référence à l’argument massue de son parti qui veut que seul un cessez-le-feu négocié par l’Iran aurait des chances d’aboutir. Il a d’ailleurs lancé une pique au président de la République Joseph Aoun et au Premier ministre Nawaf Salam, estimant qu’ils ont été « exploités » par Washington.

Certes, Hassan Fadlallah a semblé lâcher du lest en assurant que «l’Iran ne cherche pas à se substituer à l’Etat libanais». De tels propos n’en ont pas moins appelé une réponse du Premier ministre Salam. Celui-ci a reproché à la République islamique de chercher à montrer qu’elle détient le pouvoir de décision au Liban.

Le débat autour du rôle de l’Iran au Liban, à travers son allié local, n’a pas fini de s’enflammer. Or les sources de Washington, rapportées par plusieurs médias, continuent d’insister sur la volonté du président américain de séparer les deux dossiers. Ce point est à suivre dans les jours qui viennent, à la lumière des développements dans la région.

Nouvel ambassadeur d’Arabie saoudite

Le Liban officiel, pour sa part, continue de s’engager dans une voie de rapprochement avec son environnement arabe, longtemps négligé. Outre la décision saoudienne, prise la veille, de rouvrir son marché aux produits agricoles libanais, qui devrait avoir des conséquences énormes sur le secteur de l’agriculture au Liban, il faut noter la visite de l’émissaire saoudien pour le Liban, Yazid ben Farhan, au président Aoun au palais de Baabda jeudi soir. Le nouvel ambassadeur saoudien, lui, est arrivé vendredi à Beyrouth.

Autre actualité majeure de ce vendredi : après une longue polémique autour d’une possible ingérence syrienne au Liban pour démanteler le Hezbollah, suite à des propos de Donald Trump sur le sujet, le président syrien Ahmad Chareh a catégoriquement démenti toute implication de son pays sur le front interne libanais.

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