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L'Essentiel du jour

Une énième escalade au Liban-Sud à dimension politico-militaire

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Par LevantTime .
Publié juin 19, 2026 - 23:42

La nouvelle escalade de violence entre le Hezbollah et l’armée israélienne déployée au Liban-Sud, ainsi que le report simultané des pourparlers américano-iraniens, qui devaient s’ouvrir aujourd’hui, vendredi, en Suisse, confirment les craintes suscitées par la formule du protocole d’entente conclu entre Téhéran et Washington, jugée à l’avantage de la République islamique.

Ces appréhensions se rapportent au risque de voir le Liban réduit au rôle de boîte aux lettres dans le cadre de ces négociations à venir, dont chacun sait qu’elles seront longues et ardues, voire semées d’embûches.

 

L’escalade soulève surtout la question de savoir quelle stratégie poursuivent les Iraniens? Une interrogation légitime quand on sait que la flambée de violence, vendredi, a été déclenchée par une attaque meurtrière du Hezbollah, le bras militaire de l’Iran au Liban, contre une position israélienne, dans la nuit de jeudi à vendredi. Elle a duré presque toute la journée et a pris fin grâce à un énième cessez-le-feu entre les deux ennemis, sur pression de Washington, mais sur une note politique iranienne très significative.

 

Car à peine le cessez-le feu annoncé que le ministère iranien des Affaires étrangères a fait état de contacts menés par les médiateurs pour la tenue, «dans les prochains jours», d’une première séance consacrée aux pourparlers. Il a laissé entendre que la République islamique n’est pas pressée de s’y lancer.

«Du moment que l’accord avec Washington a été signé électroniquement, la réunion de Suisse n’est plus urgente», indique le communiqué du ministère iranien des Affaires étrangères qui annonce l’agenda des discussions: les clauses 1, 4, 5, 10 et 11, de l’accord-cadre. Des dossiers qui intéressent directement Téhéran puisqu’ils se rapportent à la trêve sur tous les fronts, dont le Liban, à la levée du blocus naval américain, à la gestion de la navigation dans le détroit d’Ormuz, à la levée des sanctions américaines imposées à Téhéran et au déblocage des avoirs iraniens gelés.

 

Washington, pour sa part, n’a donné aucune indication précise sur le contenu des discussions à venir, ce qui fait craindre que le processus de négociations se déroule sous le feu au Liban, en fonction des intérêts de la République islamique, qui garde en main la carte libanaise comme levier de pression.

Dans le même temps, les responsables iraniens insistaient sur la nécessité de préserver les intérêts nationaux de la République islamique dans les futures discussions avec Washington.

 

Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement et négociateur en chef avec les Américains, a ainsi affirmé que l'Iran resterait fidèle à ses «lignes rouges» lors des négociations à venir sur le programme nucléaire. Il a averti que Téhéran était prêt à répondre fermement à toute tentative de pression excessive de la part des États-Unis.

Cette succession d’éléments confère ainsi à l’escalade de vendredi une dimension politique qui dépasse le cadre libanais et qui fait donc craindre des épisodes similaires au cours des 60 prochains jours.

 

Quarante-sept tués en quelques heures

 

Les frappes israéliennes au sud du pays et dans la région de Baalbek ont fait au moins 47 tués et 97 blessés, selon les chiffres officiels. L’attaque au drone nocturne du Hezb contre une position israélienne non loin de Nabatiyé, a fait quatre tués, dont un officier, parmi les militaires israéliens.

L’armée israélienne a riposté en frappant «150 positions du Hezbollah au Liban-Sud et dans la Békaa», ont confirmé les autorités militaires et politiques de l’État hébreu.

 

L’intensité des raids a provoqué un mouvement d’exode massif du Liban-Sud, d’autant que les ministres israéliens d’extrême droite multipliaient les menaces contre le Liban, alors que les combattants du Hezb ciblaient à leur tour des positions israéliennes.

 

Washington est vite entré en action pour éviter que les échanges de tirs dégénèrent. Un cessez-le-feu devait être instauré peu après 16h. Le Hezbollah a indiqué qu'il s'y conformerait à condition qu'Israël fasse de même.

De son côté, l'État hébreu a réaffirmé son engagement envers la trêve, à condition que la formation pro-iranienne s’abstienne de la violer.

 

Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, devait entrer en contact avec le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, qui a de nouveau haussé le ton vendredi.

Le dirigeant israélien a ainsi fait savoir que son armée restera au Liban-Sud «autant que cela sera nécessaire» et s’est engagé à poursuivre son action pour assurer la sécurité du nord israélien.

M. Rubio devait également avoir un entretien téléphonique avec le président libanais, Joseph Aoun.

 

Un peu plus tôt, un porte-parole de l’armée israélienne précisait au cours d’une conférence de presse que Tel Aviv poursuivrait ses opérations dans les secteurs qu’il occupe au sud du Liban «afin de détruire les infrastructures militaires du Hezbollah et de neutraliser toute menace contre son territoire, tant qu'elle ne recevrait pas de nouvelles directives».

«Les événements récents ont démontré une chose: les soldats de l'armée israélienne doivent se tenir entre le Hezbollah et les civils israéliens », a-t-il affirmé.

Il a notamment expliqué que la formation pro-iranienne s’est dotée d’un large quartier-général militaire souterrain, dans le secteur du château de Beaufort, et que ses tirs incessants contre les forces israéliennes visent «à empêcher celles-ci de détruire ces installations».

 

Des accusations que la formation pro-iranienne a rejetées. Son chef, Naïm Qassem, devait en début de soirée réaffirmer la légitimité des «opérations de résistance contre l’armée israélienne occupante» et accuser Israël de ne jamais avoir respecté les engagements conclus à la faveur d’un premier accord de cessez-le-feu, en novembre 2024.

Selon lui, le Liban «traverse une des périodes les plus dangereuses de son histoire, à cause du complot israélo-américain devant lequel nous ne pouvons pas fléchir».

 

«Une attaque contre la trêve»

 

Face à cette nouvelle flambée de violence, le président Joseph Aoun a dénoncé une «escalade dangereuse et condamnable», estimant que les frappes israéliennes «compromettaient directement les efforts diplomatiques engagés ces derniers jours, ainsi que les efforts en cours pour consolider le cessez-le-feu et mettre fin à la guerre».

 

Pour Beyrouth, le timing de cette escalade est particulièrement préoccupant. Elle intervient quelques jours avant la reprise des pourparlers de paix directs avec Israël, prévus le 23 juin à Washington et rejetés par le Hezbollah.

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