
«La grande opération n’a pas encore été lancée», indique Trump


Au troisième jour de l’offensive américano-israélienne contre le régime des mollahs iraniens (l’opération conjointe « Rugissement des lions »), les développements se sont accélérés sur le plan des opérations militaires et se sont étendus au Liban.
Dans la nuit du dimanche 1er mars au lundi 2 mars, ainsi que dans la journée de lundi, le « front » du Liban s’est ainsi embrasé à la suite de tirs de missiles lancés par le Hezbollah contre le nord d’Israël, plus particulièrement contre la région de Haïfa. Faisant fi effrontément de la position claire de la quasi-totalité des factions politiques locales et, surtout, du pouvoir central, qui ont mis en garde explicitement le parti pro-iranien contre toute tentative de s’impliquer dans le conflit iranien, le Hezbollah a malgré tout pris la décision suicidaire d’entrainer le Liban dans cette guerre (une n-ième guerre stérile) pour venger la mort du Guide suprême de la République islamique, Ali Khamenei, tué samedi dernier, 28 février, lors du premier raid lancé par l’aviation israélienne à Téhéran.
La réaction à cette réactivation du front du Liban-Sud ne s’est pas fait attendre. Moins d’une heure après les tirs de missiles, Israël a lancé de violents raids aériens, parallèlement à un pilonnage par mer, contre la banlieue-sud de Beyrouth et certaines localités de la zone méridionale du pays. L’un de ces raids a visé le député Mohammed Raad, président du bloc parlementaire du Hezbollah et secrétaire général adjoint du parti. Cette attaque a fait en outre une trentaine de morts.
Dans le même temps, l’armée israélienne publiait une liste d’une cinquantaine de villages du Liban-Sud et de la Békaa, soulignant que les habitants devaient évacuer ces localités. Cet appel a provoqué dans la nuit de dimanche et jusqu’au matin des embouteillages monstres à la périphérie de la banlieue-sud et sur les routes du Liban-Sud.
Dans la matinée et l’après-midi de lundi, les raids contre la banlieue et des villages du Liban-Sud et de la Békaa se sont poursuivis. Israël a annoncé dans ce cadre avoir tué deux hauts responsables du Hezbollah, dont le chef des Renseignements.
La décision du parti chiite de s’impliquer dans le conflit iranien a provoqué un tollé dans les milieux politiques, notamment au niveau du pouvoir. Le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam ont explicitement stigmatisé le comportement du Hezbollah, soulignant qu’il était intolérable que le Liban soit entrainé dans une guerre qui ne le concerne pas.
La position du gouvernement et de Berry
Lundi matin, le Conseil des ministres devait tenir au Palais de Baabda une réunion extraordinaire marathon à l’issue de laquelle M. Salam a donné lecture d’un communiqué officiel indiquant que le gouvernement considère désormais comme « illégale » et « interdite » l’action militaire et sécuritaire du Hezbollah. Le communiqué précise que l’armée libanaise a été chargée de prendre toutes les mesures nécessaires pour mettre en application cette décision, notamment en ce qui concerne la remise des armes de la formation pro-iranienne à l’Etat et l’arrestation des contrevenants. Se prononçant contre tout tir de missiles ou de drones en direction d’Israël, le gouvernement a invité le Hezbollah à limiter désormais son action au volet exclusivement politique.
Cette décision prise par le Conseil des ministres constitue à l’évidence un tournant fondamental du fait qu’elle consacre le caractère illégal de l’appareil militaire du Hezbollah et par voie de conséquence elle ôte officiellement au parti chiite le statut de « mouvement de résistance » qu’il s’obstine à s’octroyer et, surtout, à imposer au pouvoir libanais depuis des décennies.
Notons dans ce contexte, que selon des sources proches du chef du législatif et leader du mouvement Amal, Nabif Berry, celui-ci a appuyé la position de l’Etat concernant le caractère désormais illégal de la milice du Hezbollah. Les mêmes sources affirment que M. Beery a décidé, au vu des derniers développements, de lever la couverture politique qu’il accordait à la formation pro-iranienne. Si ces informations se confirment, cela impliquerait un divorce, ou tout au moins un « froid », entre Amal et le Hezbollah.
Il convient de rappeler sur ce plan que dans les années 1980, une véritable guerre, qui s’était étalée sur plusieurs mois, avait opposé les deux formations chiites. Elle s’était soldée par une défaite du mouvement Amal qui, depuis, s’est aligné politiquement sur le parti pro-iranien. S’il se confirme ainsi que M. Berry soutient la décision du Conseil des ministres de considérer comme illégale l’action militaire et sécuritaire du Hezbollah, cela constituerait un coup sévère à l’alliance entre les deux formations chiites qui a hypothéqué la vie politique libanaise depuis la fin des années 1980. Ce tournant serait d’autant plus significatif qu’il interviendrait dans le contexte du déclin actuel de « l’empire » des mollahs iraniens sous les coups de l’offensive américano-israélienne (qui a reçu pour nom « Rugissement des lions »).
Les positions américaine et britannique
Au niveau du déroulement de l’opération « Rugissement des lions », les aviations américaine et israélienne ont poursuivi lundi leurs raids intensifs contre les positions militaires iraniennes, notamment les systèmes de défense aérienne et les dépôts et rampes de lancement de missiles. Après avoir sécurisé et contrôlé entièrement l’espace aérien de Téhéran, l’aviation de l’Etat hébreu s’est rendue maître de l’Ouest de l’Iran. Cette maitrise du ciel permet aux deux alliés de détruire de manière systématique les stocks iraniens de missiles.
Parallèlement, les Pasdaran ont poursuivi de manière intermittente leurs tirs de missiles contre les pays du Golfe, atteignant même la base britannique de Chypre.
Au plan politique, le président Donald Trump a indiqué dans une interview à une quotidien US qu’il n’excluait pas l’envoi de troupes au sol « si cela s’avère nécessaire ». Le chef de la Maison Blanche a par ailleurs précisé que l’opération était en avance sur le calendrier prévu grâce à l’élimination de plusieurs hauts responsables iraniens dès les premières heures de l’offensive. Il a indiqué en outre que « la grande opération n’a pas encore été lancée »…
De son côté, le Secrétaire américain à la Guerre, Pete Hegseth, a dressé un tableau des objectifs et de la portée de l’offensive contre l’Iran, au cours d’une rencontre avec des officiers et des soldats de l’armée américaine. M. Hegseth a notamment expliqué que l’arsenal militaire iranien en matière de missiles balistiques ainsi que le programme nucléaire du régime des mollahs constituaient un véritable danger pour les Etats-Unis et leurs alliés. Le ministre US a souligné la nécessité à cet égard de provoquer la chute du régime en place à Téhéran.
Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a abondé dans le même sens, soulignant la nécessité de détruire les stocks de missiles iraniens et les rampes de lancement des missiles. Il a indiqué dans ce cadre que son gouvernement avait donné une suite favorable à la demande américaine d’utiliser les bases britanniques pour lancer des raids contre les positions militaires iraniennes.