


L’initiative prise par le Hezbollah dans la nuit du 1er au 2 mars de réactiver le front du Liban-Sud, à la demande vraisemblablement des Gardiens de la Révolution iranienne, aboutira-t-elle à un retour de l’occupation israélienne dans une partie de la région méridionale du pays ? Cette question s’est posée avec acuité en ce mardi 3 mars 2026 à la lumière de l’annonce par le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, de la décision de l’État hébreu de «prendre le contrôle de zones supplémentaires» au Liban-Sud «pour protéger les communautés frontalières».
En clair, l’armée israélienne avancera en territoire libanais et occupera de nouveaux secteurs qui viendront s’ajouter aux cinq positions stratégiques desquelles Tsahal ne s’était pas retiré après l’application du cessez-le-feu qui avait été convenu en novembre 2024.
Cette nouvelle occupation partielle de nouveaux territoires à proximité de la frontière entre les deux pays pourrait avoir deux explications. Elle pourrait être le prélude à l’établissement d’une zone tampon entre le Liban et Israël afin de sécuriser davantage la frontière et le nord d’Israël. La question serait alors de savoir quelle pourrait être l’étendue et la profondeur de cette «zone de sécurité», et quelle conséquence politique cette occupation pourrait-elle avoir sur le plan des négociations bilatérales. L’État hébreu profiterait-il de cette avancée en territoire libanais pour imposer un accord de paix ou tout au moins une entente sécuritaire contraignante?
Certains observateurs vont même dans ce cadre jusqu’à envisager l’occupation de portions de territoires beaucoup plus larges qu’une zone tampon, faisant allusion à cet égard à un possible scénario semblable à celui de 1982. Les tenants de cette thèse s’appuient sur les appels répétés lancés par l’armée israélienne aux habitants du Sud afin qu’ils évacuent leurs villages dans les plus brefs délais.
Mais une hypothèse beaucoup moins ambitieuse, politiquement, est avancée à la lumière du contexte présent. Les nouvelles positions occupées par Israël pourraient avoir pour fonction de faciliter des opérations ponctuelles et minutieusement ciblées que seraient amenées à effectuer des unités de commandos plus en profondeur en territoire libanais.
Il faudra donc attendre quelques jours pour en savoir davantage sur les véritables intentions du cabinet Netanyahu. Dans l’immédiat, l’armée libanaise a effectué un repli tactique d’une vingtaine de positions non loin de la frontière avec Israël.
En tout état de cause, dans l’attente que se décantent les véritables intentions de Tel-Aviv, les habitants du Liban-Sud subissent une fois de plus les affres de l’exode forcé, tandis que l’aviation israélienne continuait mardi, pour le quatrième jour consécutif, à bombarder par intermittence la banlieue-sud de Beyrouth ainsi que de nombreux villages des régions méridionales. Dans l’après-midi, un raid a visé à Saïda un quartier général du «Jihad islamique».
Raids intensifs contre Téhéran
En Iran, l’aviation israélienne a annoncé avoir mené dans la journée de mardi la neuvième vague de l’attaque aérienne contre les centres et les infrastructures du régime des mollahs à Téhéran. Des raids intensifs ont ainsi été menés contre plusieurs secteurs de la capitale qui était recouverte en fin d’après-midi d’un épais nuage de fumée noire. L’un de ces raids a visé, notamment, le bâtiment où devaient se réunir les 88 experts appelés à élire le nouveau Guide suprême de la République islamique. Le bâtiment a été totalement détruit.
Par ailleurs, une attaque aérienne a tué le nouveau ministre iranien de la Défense qui avait succédé il y a deux jours à l’ancien ministre de la Défense qui avait été tué le 28 février lors de la première vague des raids contre la capitale. Cette première vague avait permis à l’aviation de l’État hébreu de neutraliser les défenses aériennes iraniennes et donc de s’assurer le contrôle total de l’espace aérien de la région de Téhéran.
Notons, en outre, que les tirs de missiles se sont poursuivis, mardi, contre plusieurs pays du Golfe. Le siège de l’ambassade US à Riyad a notamment été touché par deux missiles qui n’ont provoqué que de légers dégâts matériels. En début de soirée, une forte explosion a été entendue à Dubaï.
Ce pilonnage iranien n’a épargné aucun pays du Golfe et a même englobé le sultanat d’Oman, lequel avait pourtant redoublé d’efforts ces dernières années afin de servir de médiateur entre la République islamique et l’Occident. L’intensification des tirs de missiles en direction du Golfe a sensiblement détérioré les relations entre les monarchies et la République islamique. Au cours des dernières quarante-huit heures, plusieurs pays du Golfe, plus particulièrement l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït, le Qatar et Oman, ont adopté un discours ouvertement hostile, agressif et ferme à l’égard de Téhéran, ce qui manifestement ne manquera pas d’avoir un impact sérieux sur la prochaine physionomie du Moyen-Orient.