


Alors que les combats sur le terrain au Liban-Sud continuent de faire rage, et que l’escalade se poursuit sur le front iranien, les yeux sont rivés vers Riyad en ce 19 mars: la capitale saoudienne a accueilli une réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères des pays arabes et islamiques. Les États arabes du Golfe sont en effet la cible des missiles iraniens depuis le début de l’attaque israélo-américaine sur ce pays le 28 février dernier: sous couvert d’attaques contre les intérêts américains dans ces pays, les gardiens de la Révolution iranienne ciblent les infrastructures civiles et les villes, et continuent de menacer les infrastructures pétrolières.
Le ton des interventions à l’issue de cette réunion à Riyad était particulièrement ferme, non seulement au sujet des missiles et des drones qui pleuvent sur le Golfe, mais aussi au sujet des menaces iraniennes de fermer le détroit d’Ormuz par lequel passe près de 20% du pétrole mondial, et notamment celui venant des pays du Golfe. Le ministre saoudien des Affaires étrangères, Fayçal ben Farhan al-Saoud, a clairement exprimé le refus de tout chantage lié au détroit d’Ormuz, et a mis en avant «le droit des pays (du Golfe) à se défendre contre les attaques incessantes».
Unanimement, les ministres réunis ont condamné «les attaques iraniennes totalement injustifiées, par missiles et par drones, sur des zones résidentielles», réaffirmant «le droit des États à la légitime défense, conformément à l’article 51 de la Charte des Nations Unies». Ils ont lancé «un appel à l’Iran pour qu’il mette immédiatement fin à ses attaques et respecte le droit international ainsi que les principes de bon voisinage», affirmant que «l’avenir des relations avec l’Iran dépend de son respect de la souveraineté des États et du principe de non-ingérence dans les affaires intérieures».
Enfin, l’autre grand point ayant figuré dans le communiqué de cette réunion est «la condamnation de tout appui et aide à l’armement de milices dans les pays arabes», ce qui concerne directement le Hezbollah au Liban, le Hamas en Palestine, le Hached el-Chaabi en Irak ou encore les Houthis au Yémen.
Ce qu’il faut retenir de ces déclarations est non seulement le ton ferme unanimement adopté par l’ensemble des pays arabes et islamiques, mais aussi l’isolement croissant dans lequel la stratégie adoptée par l’Iran depuis le début de sa guerre avec les États-Unis et Israël, qui repose sur la volonté manifeste de semer le chaos dans la région, commence à se retourner contre lui.
Les ministres réunis ont également exprimé leur «appui à la sécurité et la stabilité du Liban, au monopole des armes aux mains de l’État et à la condamnation des attaques israéliennes contre son sol». Autant dire une ferme position à l’encontre des deux belligérants, le Hezbollah et Israël.
Le Liban était présent à cette réunion en la personne de Joe Raggi, ministre des Affaires étrangères. Dans ses déclarations, celui-ci a appelé les pays arabes et islamiques à soutenir l’initiative du président Joseph Aoun en faveur de négociations directes avec Israël, une initiative lancée en vue de mettre fin à la guerre sur le Liban qui a déjà fait près d’un millier de morts et plus d’un million de déplacés. Jusque-là, ni Israël (et derrière lui les États-Unis) ni le Hezbollah (et le tandem chiite au Liban) ne montrent de bonnes dispositions à cet égard. Tout en condamnant les attaques israéliennes, le ministre libanais n’a pas omis de reprocher à l’Iran d’avoir entraîné le Liban dans la guerre par le biais du Hezbollah, une position à des années lumières de celle de ses prédécesseurs. Il a enfin réitéré la condamnation du Liban des attaques menées par Téhéran contre le Golfe.
En marge de la réunion, le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad Chibani, a réaffirmé à son homologue libanais que son pays n’a aucunement l’intention d’entrer au Liban ni de s’ingérer dans ses affaires intérieures. Selon des informations diffusées dans les médias dernièrement, les États-Unis auraient demandé à la Syrie de s’impliquer dans la guerre en cours au Liban pour mettre le Hezbollah (un ennemi notoire du nouveau régime syrien) au pas, mais Damas aurait refusé.
Pour la première fois, des missiles à longue portée
Alors que les ministres arabes et islamiques sont réunis en Arabie saoudite, la diplomatie française s’active au Liban. Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot était attendu à Beyrouth jeudi en journée. La France, rappelons-le, soutient l’initiative du président Aoun en vue de négociations directes avec Israël et a proposé qu’elles se tiennent à Paris.
Mercredi, des propos de l’envoyé du président français au Liban, Jean-Yves Le Drian, avaient fait des remous: dans un entretien télévisé, celui-ci a estimé que le Hezbollah est directement responsable de cette nouvelle escalade au Liban par son lancer de roquettes le 2 mars à l’aube, et qu’il agit pour le compte de l’Iran et nullement dans l’intérêt des Libanais, et certainement pas ceux du Liban-Sud. Il a cependant critiqué aussi les appels répétés au gouvernement libanais (notamment par les États-Unis) à désarmer le Hezbollah, faisant remarquer qu’Israël n’a pas pu le faire au cours d’années de conflit, et que le Liban ne pouvait donc pas s’acquitter de cette mission «en trois jours et sous les bombes».
Dans ce contexte, la visite de Jean-Noël Barrot à Beyrouth, selon les observateurs, a peu de chance de faire une quelconque différence alors même que le terrain semble s’enflammer. Le temps de la diplomatie n’est de toute évidence pas encore venu.
En effet, malgré un calme relatif ces dernières heures dans la banlieue-sud de Beyrouth et dans la capitale, le front du Liban-Sud connaît des combats féroces entre combattants du Hezbollah et armée israélienne, celle-ci ayant annoncé avoir tué une vingtaine d’entre eux ces dernières 24 heures. Le Hezbollah, lui, ne communique plus sur ses pertes humaines depuis l’escalade de mars 2026.
La nouveauté de ces dernières heures est l’utilisation, par la formation chiite, de missiles balistiques à longue portée, qui auraient été tirés depuis la région de Baalbeck, dans la Békaa-nord, un autre de ses fiefs, pour la première fois non seulement au cours de ce conflit, mais durant le précédent aussi, en 2023-2024. Ces nouvelles armes changent totalement les règles du jeu, puisqu’elles élargissent le terrain des combats, obligeant probablement les Israéliens à changer de stratégie puisqu’il est clair que le Hezbollah ne se suffit plus de roquettes lancées à proximité des frontières.
Le timing de ce développement, qui a lieu en parallèle avec l’assassinat d’importantes personnalités en Iran et une intensification des frappes américaines sur ce pays, pourrait s’expliquer par la nécessité d’occuper au maximum l’armée israélienne sur ce front libanais, en total mépris des pertes de vies et de biens dans l’intérieur libanais.
Autre signe de l’emballement de ce front libanais et de l’animosité croissante des partisans de la milice contre un gouvernement libanais qui la considère désormais comme opérant illégalement: une série de cyberattaques sur différents sites internet de ministères libanais, dont celui de l’Information (qui a banni le mot «résistance» des médias publics). Le groupe de hackers, qui se fait appeler les Fatimides, une référence à l’histoire chiite, avait également attaqué le site de la MTV, média notoirement anti-Hezbollah, en début de semaine.