


Les milieux politiques dans le monde, et plus particulièrement les marchés internationaux, vivaient en ce lundi 23 mars dans l’angoisse des développements militaires qui risquaient de se produire à l’expiration, en soirée, de l’ultimatum lancé par le président Donald Trump au régime iranien, l’enjoignant d’assurer la libre circulation maritime au détroit d’Ormuz, faute de quoi il donnerait l’ordre de bombarder les centrales électriques et l’infrastructure énergétique en Iran. En réaction, Téhéran a menacé de s’attaquer aux installations énergétiques et vitales, notamment des stations de désalinisation de l’eau de mer, dans plusieurs pays du Golfe.
La journée de lundi a ainsi débuté dans un climat particulièrement tendu jusqu’au moment où le chef de la Maison Blanche dévoilait subitement en début d’après-midi (heure de Beyrouth) que des discussions avaient été engagées durant le week-end avec « l’Etat iranien », a-t-il précisé sans aucune référence à la République islamique, afin d’aboutir à un « accord », dont il n’a pas indiqué les contours. Il s’est contenté de souligner dans ce cadre qu’il avait ajourné de « cinq jours » le bombardement des installations électriques et énergétiques, le temps que se décantent les pourparlers engagés avec le régime iranien.
Dans une discussion à bâtons rompus avec des journalistes, le président US a dévoilé que les contacts avaient été entrepris avec « un haut responsable iranien très respecté », relevant à ce sujet qu’il ne s’agissait pas du nouveau Guide suprême, dont le sort, l’état de santé et l’emplacement demeurent d’ailleurs un mystère. En fin d’après-midi, des sources israéliennes dévoilaient que le « haut responsable » en question est le chef du Parlement iranien, Mohammed Bagher Ghalibaf, un ancien général des Gardiens de la révolution islamique et ancien chef de la police. Les médias israéliens et des sources américaines ont été jusqu’à souligner que des pourparlers formels étaient prévus à Islamabad, au Pakistan, entre M. Ghalibaf, d’une part, et le vice-président américain, M. Vance, et les négociateurs désignés par M. Trump.
Mais nouveau coup de théâtre : peu de temps après l’annonce du président US, les médias proches des Pasdaran, ainsi que le ministère iranien des Affaires étrangères et des « sources autorisées » à Téhéran apportaient un démenti catégorique à tout contact, direct ou indirect, avec l’Administration US. A la suite du démenti rendu public par les Pasdaran, le principal concerné, le chef du Parlement, publiait lui aussi, en début de soirée, un communiqué affirmant qu’aucune négociation n’avait eu lieu avec Washington, ni directement ni par le biais d’un médiateur.
Ce flottement apparu au niveau iranien a suscité moult interrogations. Le président Trump a-t-il eu des discussions avec une aile « modérée » du régime iranien, représenté en l’occurrence par le président du Parlement, sans que les Gardiens de la révolution n’y soient associés de près ou de loin ? Le démenti que se sont empressés de publier les Pasdaran a-t-il fait émerger au grand jour une nette ligne de fracture au sein du régime entre un courant pragmatique, qui prône un accord réaliste avec les Etats-Unis, et la faction radicale jusqu’au-boutiste qui refuse tout compromis et s’obstine à poursuivre le combat avec les Etats-Unis et Israël?
Il a souvent été question ces dernières années d’un tel clivage entre deux courants « réformateur » et « radical » en Iran, mais au vu de la tournure prise par la guerre totale livrée par les armées américaine et israélienne contre le régime des mollahs, la fissure entre ces deux ailes du pouvoir, contrôlée avant la guerre par l’ayatollah Ali Khamenei, s’est sans doute élargie et pourrait avoir abouti, en toute vraisemblance, à une profonde fracture au sein du régime entre les « pragmatiques » et les « radicaux », surtout en l’absence d’un Guide suprême capable de se poser en arbitre et en ultime recours. Cette cassure et l’absence de l’autorité du walih el-faqih expliqueraient la rapidité avec laquelle les Pasdaran se sont empressés de démentir tout projet d’accord ou toute négociation entamée avec la partie américaine.
Dans le but évident de discréditer et de vider de son contenu l’annonce faite par le président Trump, les Pasdaran et le ministère iranien des A.E. ont été jusqu’à affirmer que les propos tenus par le chef de la Maison Blanche ne constituent qu’une « manœuvre visant à faire baisser le prix du pétrole sur le marché international ». Que ce procès d’intention soit fondé ou pas, les révélations du président américain ont effectivement provoqué une chute rapide du taux du baril du West Texas Intermediate, pour livraison en mai, qui a perdu en quelques heures près de 7,4 % de sa valeur, chutant à 90,95 dollars. Dans ce cadre, certains observateurs soulignent que la nouvelle échéance de cinq jours, donc jusqu’à vendredi, fixée par le président Trump reflète une volonté de calmer les marchés durant toute cette semaine et d’endiguer le climat de panique qui était perceptible durant le week-end et lundi matin.
Changement de régime?
En tout état de cause, le président Trump a entretenu durant toute la journée et la soirée de lundi un net climat d’optimiste qu’il a accentué en fournissant les grandes lignes des pourparlers qui auraient été engagés avec le « haut responsable » iranien. Il a d’abord précisé que les contacts avaient été entamés « samedi soir », affirmant en outre qu’un « changement de régime » est en cours en Iran. « Il y a un changement de régime », a-t-il souligné, relevant à ce propos que tous les hauts responsables du pouvoir qui était en place avant la guerre ont été tués.
Le président US a affirmé que « l’Iran veut aboutir à un accord » et que ses nouveaux interlocuteurs à Téhéran, qu’il a qualifiés de « très raisonnables », ont accepté de livrer leur stock d’uranium enrichi, de réduire sensiblement la portée de leurs missiles balistiques, de mettre un terme à l’enrichissement de l’uranium et donc de renoncer à se doter d’un armement nucléaire, et de s’abstenir de déstabiliser les pays du Moyen-Orient. Autant de concessions qui, si elles se confirment dans les faits et se concrétisent par un accord solide, équivaudraient à une capitulation totale.
Les prochains jours permettront de lever les incertitudes sur ce plan. Dans l’attente, les opérations militaires, les pilonnages et les raids aériens se poursuivent intensément aussi bien dans plusieurs régions iraniennes qu’au Liban-Sud où l’armée israélienne a annoncé avoir fait prisonniers plusieurs membres de l’unité d’élite du Hezbollah, al-Radwane.