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L'Essentiel du jour

Pour la première fois depuis Taëf, Beyrouth affirme son autorité face à l’axe iranien

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L’armée israélienne progresse en profondeur en territoire libanais, pour atteindre le fleuve du Litani. (Jalaa Marey / AFP)
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بقلم LevantTime .
نُشر mars 24, 2026 - 21:59

Après l’interdiction officielle des activités militaires du Hezbollah et des pasdarans au Liban, la décision d’expulser l’ambassadeur d’Iran à Beyrouth et de rappeler le chef de la mission diplomatique libanaise à Téhéran constitue sans doute la mesure la plus importante prise par le gouvernement de Nawaf Salam depuis que le Hezbollah a entraîné le pays dans le conflit militaire opposant l’Iran à Israël et aux États‑Unis.

 

Et pour cause: pour la première fois depuis Taëf (1989) le pouvoir libanais pose des limites et s’efforce de soustraire le pays aux ingérences étrangères préjudiciables, voire dévastatrices, dans ses affaires intérieures.

 

Le ministère libanais des Affaires étrangères a ainsi convoqué mardi le chargé d’affaires près l’ambassade d’Iran pour l’informer que le Liban a décidé de retirer l’accréditation de l’ambassadeur Mohammad Reza Shibani, sommé de quitter Beyrouth, au plus tard dimanche. Shibani avait été nommé à la mi-février à la tête de la mission diplomatique iranienne à Beyrouth. Il est arrivé dans la capitale libanaise une semaine avant le début de la guerre.

 

La décision de l’expulser a été immédiatement saluée par Tel Aviv et Paris, pendant que dans l’entourage du Hezbollah, on criait au scandale.

 

Pourquoi elle est importante? Parce qu’elle permet à l’État libanais de montrer qu’il est sérieux dans sa décision de rétablir la souveraineté de l’État et d’en finir avec les groupes armés et leurs commanditaires, au moment où son (in)action, après la première décision, prise début mars, était critiquée tant au niveau interne qu’international. Beyrouth montre ainsi que s’il reste pour l’heure incapable de mettre fin à l’aventure destructrice dans laquelle le Hezb a entraîné le Liban ou de lancer le processus de désarmement de cette milice qui ne fait que menacer les autorités libanaises, il garde les coudées franches au niveau politique et judiciaire puisque des mandats d’arrêt ont été délivrés à l’encontre d’un groupe de miliciens qui avaient été interpellés alors qu’ils transportaient des roquettes vers le Liban-Sud.

 

La mutinerie du Hezbollah et d’Amal

 

La grande question reste de savoir jusqu’où le gouvernement irait aux niveaux politique et judiciaire contre le Hezb dont les dirigeants et les proches ont stigmatisé l’expulsion de l’ambassadeur d’Iran. Selon diverses sources concordantes, le Hezbollah et le chef du mouvement Amal, et néanmoins président de la Chambre, Nabih Berry, sont entrés en contact avec l’ambassadeur pour lui demander de demeurer à son poste et de ne pas répondre à la demande du gouvernement libanais de quitter le pays. Certaines sources ont indiqué dans ce cadre que l’ambassadeur considère comme «caduc» l’ordre d’expulsion. En fin de journée, le Hezbollah a publié un communiqué tirant à boulets rouges sur le ministre des Affaires étrangères, Joe Raggi, et rejetant la décision de l’Exécutif.

 

Parallèlement à la mutinerie du Hezbollah et de Nabih Berry contre le gouvernement, le vice-président du Conseil supérieur chiite, Ali Khatib, qui gravite dans l’orbite iranienne, a dénoncé de son côté une décision «précipitée, irréfléchie, illégitime et injustifiée», alors qu’en fait, celle-ci n’a que trop tardé, le chef du gouvernement, Nawaf Salam, ayant lui-même confirmé il y a quelques jours, ce que tout le monde sait depuis longtemps: les cadres des Gardiens de la révolution sont présents en force au Liban, avec pour seule mission de coordonner la guerre contre Israël, et bien avant le début du conflit militaire, d’organiser et de former les chefs et les combattants du groupe pro-iranien.

 

Le plus grave dans les propos de ce chef religieux est le fait qu’il ait vu dans une décision officielle émanant du gouvernement «une provocation à l’encontre d’une composante libanaise», en allusion à la communauté chiite dont le Hezb se veut le représentant exclusif.

 

L’expulsion du diplomate iranien, à la demande du gouvernement, se justifie notamment par le fait que l’ambassadeur Shibani a enfreint les dispositions de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques et a failli à ses obligations en s’immisçant dans les affaires intérieures du Liban, a expliqué le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué. Il a précisé que cette mesure n’implique pas une rupture des relations diplomatiques avec l’Iran, mais fait suite, selon le texte, à une série de comportements de l’ambassadeur, dont ses déclarations au sujet de la politique intérieure libanaise et son évaluation des décisions du gouvernement, toutes contraires aux règles diplomatiques.

 

Le ministère des Affaires étrangères a en outre dit reprocher à Mohammad Reza Shibani ses rencontres avec des groupes libanais non officiels, sans passer par le ministère des Affaires étrangères, en allusion au Hezbollah.

Le précédent d’Albert Moukheiber avec l’ambassadeur d’Egypte

Il convient de rappeler à cet égard le précédent, dans l’Histoire contemporaine du Liban, de l’expulsion de l’ambassadeur d’Egypte à Beyrouth dans le contexte de la guerre civile de 1958. Albert Moukheiber était alors ministre des Affaires étrangères par intérim et avait décidé d’expulser l’ambassadeur d’Egypte accusé, comme dans le cas de l’ambassadeur d’Iran actuellement, d’ingérences déstabilisatrices dans les affaires intérieures libanaises.

Intensification des frappes

 

Ce développement est intervenu alors que sur le terrain, les tensions se sont intensifiées: les échanges de tirs ont repris avec violence entre Israël et le Hezbollah, dans le prolongement d’une escalade régionale dont l’un des éléments marquants mardi, est l’enlisement de l’Irak, tout comme le Liban, dans le conflit en cours: quinze combattants du Hachd al-Chaabi (milice pro-iranienne), dont un haut commandant, ont été tués ainsi mardi à l’aube, dans une frappe aérienne sur l’ouest de l’Irak, le bombardement le plus meurtrier contre cette alliance d’ex-paramilitaires qui a dénoncé une «attaque américaine».

 

Parmi les victimes figure «le commandant des opérations d’al-Anbar pour le Hachd al-Chaabi, Saad Dawaï». Cette frappe dans le secteur de Habbaniya est intervenue lors d’une réunion du commandement, selon un responsable de l’alliance interrogé par l’AFP.

 

Al-Anbar, région majoritairement sunnite, est la plus grande province irakienne en termes de superficie. Elle jouxte les stratégiques frontières syrienne, saoudienne et jordanienne.

 

Illustrant la spirale dans laquelle l’Irak est aspiré avec le conflit régional, le Kurdistan autonome, dans le nord du pays, a accusé pour sa part l’Iran d’avoir tiré des missiles balistiques contre ses forces armées, tuant six soldats des Peshmerga. Dans les deux cas, il s’agit des attaques les plus meurtrières depuis le début de la guerre, le 28 février.

 

Par le passé, l’Iran a tiré des missiles balistiques contre la région autonome, mais ces dernières années les relations s’étaient réchauffées. Avec la guerre, les dirigeants du Kurdistan se montrent prudents et tentent de préserver une certaine neutralité. Dans un communiqué, le ministère des Peshmerga dénonce «un acte d’agression (...) loin de tout principe de bon voisinage». «Nous réitérons notre droit souverain et légitime de riposter à toute agression contre notre peuple et notre territoire», a-t-il dit.

 

L’Iran, qui vient de nommer Mohammad Bagher Zolghadr, un ancien commandant des Gardiens de la révolution et fidèle du défunt Ali Larijani, pour remplacer ce dernier à la tête du Conseil suprême de sécurité, a pour sa part poursuivi ses attaques contre Israël, alors que l’Arabie saoudite et le Koweït annonçaient dans le même temps faire face à des attaques de drones et de missiles.

 

En riposte, l’armée israélienne a frappé une centaine de cibles, menant notamment une série de frappes aériennes sur Ispahan.

 

Selon l’agence Fars, deux infrastructures énergétiques iraniennes ont été touchées par des frappes conjointes israélo-américaines, quelques heures seulement après l’annonce inattendue du président américain, Donald Trump de préserver certaines centrales électriques, pour cinq jours, le délai qu’il a accordé à Téhéran pour répondre aux conditions fixées pour des négociations.

 

En Israël, une dizaine de missiles iraniens ont visé le nord et le centre du pays, faisant des blessés à Tel-Aviv, ce qui illustre, encore une fois, l’intensité de cette confrontation qui menace de s’étendre, en dépit de la perspective de négociations à venir entre Téhéran et Washington.

 

Pourparlers et scepticisme

 

À ce sujet, il serait intéressant de relever qu’en Israël, on continue de faire part d’un certain scepticisme quant à l’aboutissement d’éventuels pourparlers américano-iraniens, annoncés lundi par Donald Trump, qui s’est donné cinq jours pour progresser dans le dialogue engagé avec «un haut dirigeant iranien» qu’il n’a pas identifié, avant de reprendre les bombardements et de détruire notamment le réseau électrique iranien.

 

Sur le plan diplomatique, des informations non confirmées relatives à des discussions bilatérales continuent d’émerger ici et là, alors que des médias affirment que l’armée américaine va déployer des troupes et des moyens militaires supplémentaires au Moyen-Orient.

 

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, dont les objectifs de guerre ne sont pas toujours alignés sur ceux de son allié, a révélé que Donald Trump estimait possible «un accord qui (préserverait les) intérêts vitaux» d’Israël. Mais «parallèlement, nous continuons à frapper à la fois en Iran et au Liban». Ce à quoi, les pasdarans ont réagi, en affirmant qu’ils continueront de lancer des missiles contre Israël s’il «poursuit ses attaques contre le Liban et la Palestine».

 

Des missiles iraniens dans le ciel libanais ont pu être interceptés mardi après-midi, alors que des informations contradictoires circulaient sur leur destination: l’ambassade américaine à Awkar ou Chypre? Toujours est-il que les débris sont tombés dans plusieurs zones du Kesrouan, sans faire de victimes.

 

Côté iranien, le ministère des Affaires étrangères a uniquement reconnu avoir reçu, via des «pays amis», des «messages transmettant une demande américaine de négociations».

 

Quelle que soit la portée réelle des initiatives diplomatiques à l’œuvre, le Qatar, l’Égypte et le Pakistan ont dit soutenir «tous les efforts» en faveur d’un dialogue. Si Doha a dit ne pas vouloir y participer, Islamabad s’est dit disposé à accueillir d’éventuels pourparlers américano-iraniens, affirmant avoir été sollicité à cette fin.

 

Doha a aussi laissé entendre que les voisins de l’Iran devraient revoir collectivement leur système de sécurité. «Les États du Golfe, qui ont travaillé en étroite coordination (...) pour garantir leur sécurité, ont besoin de réévaluer (...) un cadre commun de sécurité régionale», a déclaré le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed al-Ansari.

 

À Washington, la porte-parole de la Maison Blanche Karoline Leavitt n’a pas démenti les informations sur des initiatives diplomatiques pakistanaises. Mais elle a demandé que ces «spéculations» ne soient pas «considérées comme avérées» avant d’être officialisées par Washington.

 

L’implication d’Islamabad aurait du sens, estime Michael Kugelman, expert de l’Asie du Sud à l’Atlantic Council. «Le Pakistan est l’un des rares pays à entretenir des relations chaleureuses à la fois avec Téhéran et Washington» et «il représente les intérêts diplomatiques de Téhéran à Washington», où l’Iran ne dispose pas d’ambassade.

 

L’Égypte, elle, joue manifestement ses propres cartes. Son ministre des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, s’est entretenu avec des représentants de l’Iran, des États-Unis, de la Turquie et du Pakistan ces derniers jours, selon des communiqués officiels.

 

Rubio en Europe

 

Quoi qu’il en soit, à l’expiration du délai accordé par Donald Trump à l’Iran, vendredi, le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio, serait en France pour une réunion du G7, au cours de laquelle il devrait discuter avec ses homologues européens de la guerre en Iran et de la situation, en général, au Moyen-Orient. Il s’agira de son premier déplacement à l’étranger depuis que les États-Unis et Israël ont attaqué l’Iran le 28 février.

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