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Politique

Comment le Hezb se défausse sur l’État libanais ?
Par
Youssef Mouawad
Publié
déc. 20, 2025 - 12:28

La veine jugulaire qui l’alimentait en armes et munitions a été tranchée. Et pourtant, le Hezb refuse de se plier aux engagements pris en son nom par Nabih Berri interposé. Parce qu’il ne croit pas avoir été défait et que le terreau fertile du Sud où il a pris ses racines ne veut pas le démentir. Car, pour tout vous avouer, ce ne sont pas quelques voix chiites dissonantes et réconfortantes qui seraient en mesure de lui faire entendre raison. Si le parti des mollahs a pris une raclée, il ne renonce pas pour autant au combat : il se terre pour préserver l’essentiel de ses forces. Et à en croire certaines sources, il a reconstitué ses capacités militaires. Il se rétablit donc. Alors que par ailleurs, c’est à l’usure qu’il a eu la diplomatie occidentale, qui lui est franchement hostile. Il peut savourer sa victoire. Jouant de la « patience stratégique », apprise à bonne école, il a créé une telle embrouille diplomatique que la France s’est à nouveau portée au chevet de notre pays. Pour démêler l’écheveau ! Un « second mécanisme » de surveillance du désarmement serait en cours d’élaboration, a déclaré Jean-Noël Barrot, ministre français des Affaires étrangères. Pour éviter l’escalade, poursuit-il ! Ces messieurs du Quai d’Orsay se sont-ils jamais demandés combien les empathies libanaises leur brouillent entendement ? La patience stratégique et le prix à payer Pris dans une souricière, le Hezbollah a perdu, dans les villages du Sud et depuis octobre dernier, une quarantaine de combattants. Et ce n’est pas tout. Tsahal a abattu plus de quatre cents de ses partisans depuis le cessez-le-feu de novembre 2024. C’est le prix fort mais qu’importent ces sacrifices aux yeux de la Résistance : c’est le tarif minimum de cette même « patience stratégique » que lui ont inculquée ses mentors iraniens. En fait, le parti de Dieu s’est défaussé sur l’État libanais des obligations qui pèsent sur lui, et principalement celles relatives à son désarmement. Il procrastine ; il retarde les échéances. Il fait dans la dentelle et se permet un distinguo subtil entre le Nord et le Sud du fleuve Litani. Et qui est-ce qui subit les pressions incessantes et l’ire américaine, dont les imprécations d’un Tom Barrack ou d’un Tom Harb ? Je vous le laisse deviner. Constat d’impuissance Le Hezb a grippé le « char de l’État », et c’est l’armée libanaise qui morfle et écope les coups. On menace de lui couper les aides et autres allocations, on annule la visite de son commandant en chef aux États-Unis, on lui fait des misères à tout propos. Dans son bunker, cheikh Naïm Qassem doit se frotter les mains : pas un sou à l’État libanais sans désarmement préalable. Et voilà, que l’incontournable secrétaire général, planqué qui plus est, a mis l’exécutif libanais et ses membres dans l’embarras. D’ailleurs, « these people cannot deliver », glissent perfidement des observateurs outre-Atlantique. Aussi, peut-on prétendre que le Hezb n’a pas perdu sa « bataille du Liban». Certes, il y en aura d’autres, et ce n’est qu’à la dernière que sa dissolution sera actée !

Pourquoi Youssef Raggi et Simon Karam dérangent-ils ?
Par
Youssef Mouawad
Publié
déc. 17, 2025 - 16:24

Le ministre des Affaires étrangères, Youssef Raggi, et l’ancien ambassadeur Simon Karam, représentant le Liban aux réunions du mécanisme de supervision du cessez-le-feu avec Israël, dérangent sensiblement les milieux pro-Hezbollah parce qu’ils annoncent le retour « en grâce de la souveraineté » externe. Celle qui désigne « l’insoumission d’un État à toute autorité supérieure ainsi que la reconnaissance des autres États comme ses égaux ». Youssef Raggi et Simon Karam arrivent à point nommé ! Au moment même où une majorité de Libanais est revenue de tout. Et certes, celle-ci est nostalgique de la période qui précéda le conflit civil en 1975. J’entends par là cette époque bénie quand l’État libanais était maître chez lui, disposant de la souveraineté externe comme de l’interne, à savoir « l’autorité exclusive sur son territoire et sa population ». « On n’emporte pas la patrie à la semelle de ses souliers ». Car, faut-il le rappeler, il fut un moment, qui culmina dans les années soixante-dix, lorsqu’il était ringard d’être patriote : quand certains militants et auto-proclamés intellectuels se voulaient, dans leurs surenchères, plus palestiniens que libanais et qu’ils faisaient passer les intérêts de Yasser Arafat avant les leurs propres intérêts. Ces égarés, affiliés à maints groupuscules et séduits par l’idée de Révolution universelle, n’étaient que des figurants qui jouèrent le rôle des idiots utiles (useful idiots). Comme le firent d’ailleurs, pendant la Guerre froide et en Europe occidentale, ceux appartenant à la mouvance prosoviétique. Par la suite, ces mêmes révoltés, ces « purs et durs » bien de chez nous, se laissèrent adouber par le pouvoir instauré à Damas, un pouvoir qui maniait le knout pour se faire obéir. Au bout du rouleau, nos « jeunes Turcs » finirent récupérés par le système Hariri qui leur assura de confortables retraites. Oh, qu’il était héroïque le parcours de nos insurgés qui voulaient changer le monde : de la clandestinité (1) sous la Première République aux sinécures de celle de Taëf (2) ! Et notre souveraineté dans tout cela, me diriez-vous ? Effacement et renoncement Libanais, vous aviez perdu le goût de l’indépendance. Et comme vous n’étiez plus les seigneurs de votre destin, vous aviez goûté aux délices de la soumission à « certaines exigences ». Le Palestinien, le Syrien, l’Israélien et l’Iranien, tour à tour ou concomitamment, avaient été les ravisseurs de votre suzeraineté nationale. Le « parti de l’étranger » avait triomphé et les collabos pouvaient plastronner tant le pouvoir de l’État était vidé de sa substance. Dans les salons mondains, des officiers mal dégrossis évoluaient à leur aise et les courtisans n’avaient à leur opposer que complaisance et courbettes. Nos hommes politiques, ces vils quémandeurs, faisaient antichambre à Anjar dans l’espoir d’être introduits auprès des maîtres de l’heure. Le résultat : une Assemblée nationale domestiquée, des forces armées asservies, une justice infantilisée, une diplomatie finlandisée … et j’en passe ! Sans vergogne Non, Youssef Raggi ne mâchera pas ses mots ; il ne se rendra pas à Téhéran, pas plus qu’un autre ne se serait rendu à Canossa. Le ministre Araqgi n’a qu’à le retrouver en Suisse, en terrain neutre. Fini le temps quand nos officiels étaient convoqués à Damas et quand les mots d’ordre des Pasdaran étaient exécutoires sur l’heure. Et d’ailleurs, la désignation de Simon Karam souligne la réinitialisation du tempo. Le Hezbollah n’aura plus affaire à une personne docile ou malléable qui présiderait la délégation libanaise auprès du comité de surveillance du cessez-le-feu. En son temps, l’ex-ambassadeur avait récusé la mainmise syrienne sur notre volonté nationale. Ayant les coudées franches, il défendra les intérêts du Liban, non ceux des mollahs. Ajoutez à cela que cette désignation a arraché au président de la Chambre une partie des prérogatives décisionnelles que ce dernier s’était indûment octroyées ! Alors, halte-là, les patriotes sont là ! Et il n’y a pas plus exaltant que de briser des chaînes qui asservissent la patrie ! 1-Ils étaient soi-disant pourchassés par le « maronitisme politique ». 2-Quand ils pouvaient désormais convertir leur militantisme passé en jetons de présence ou en maroquins.

Les Etats du Golfe, du régional à l’international (2/3)
Par
Jean-Patrick Dayras
Publié
déc. 16, 2025 - 10:47

Les Etats du Golfe ont émergé et se sont enrichis à la faveur de l’exploitation de leurs ressources énergétiques mais ils ont effectué, par paliers rapidement franchis, une véritable transformation qui leur a permis de s’imposer à l’échelle internationale. Soucieux de ne pas être seulement «les Etats du Golfe», l’Arabie Saoudite, Bahreïn, les Emirats Arabes Unis, le Koweït, Oman et le Qatar ont aspiré à transformer leur statut purement régional en s’appuyant sur les atouts qu’ils avaient acquis, mais en les multipliant et en les développant sur base d’un processus s’apparentant à une marche forcée, jugée parfois débridée, excessive, mais reflétant une détermination leur permettant de dérouler le fil directeur de leurs ambitions et d’atteindre une reconnaissance mondiale. La régionalisation qui caractérise ces Etats du Golfe, ils lui ont donnée une dimension internationale. Ils sont devenus ainsi, en tant qu’ensemble, un pivot dans le monde, un point de convergence. Leur image s’est modifiée pour leur permettre de parvenir à ce que l’on pourrait appeler leur entrée dans la globalisation, pour reprendre une expression courante dans le langage anglo-saxon. Ils ont, chacun à sa façon, veillé à ne pas rester isolés et pour cela, ils ont pris soin, en premier lieu, de « parler », de communiquer. Parler avec la plupart des acteurs de la région mais aussi avec ceux qui pèsent, à des titres divers, sur cette partie du monde. On peut ainsi citer sur ce plan avec les Etats-Unis et l’Europe, la Russie et la Chine, mais aussi la Turquie et l’Iran, ainsi que l’Inde, désormais. Le dialogue tous azimuts : parler avec tout le monde et se positionner pour favoriser les échanges, les rencontres, les pourparlers, les négociations. Autant d’actions pour lesquelles ils occupent désormais une place importante et parfois incontournable. Leurs regards, leur attention, leurs actions, au-delà de la région, entre la mer Rouge et le Golfe, se sont tournés vers l’Est et vers le Nord, et aujourd’hui vers l’Afrique, avec un dynamisme comparable aux autres pays qui diversifient les relations avec le monde, notamment la Russie, la Chine, la Turquie, et plus récemment, de façon encore embryonnaire, le Japon, sans compter à l’évidence tous les Etats anciennement colonisateurs et les Etats-Unis d’Amérique. Au plan géostratégique, ces Etats ont déployé une diplomatie efficace grâce à laquelle ils peuvent désormais intervenir auprès de l’Iran ou d’Israël, avec une capacité de médiation qui s’appuie sur leur puissance économique, le développement remarquable de leur outil et savoir-faire diplomatique, et leur volonté d’être un acteur incontournable sur lequel le monde peut compter. Tout cela leur procure une reconnaissance et un rôle qui dépassent peut-être les objectifs initiaux, parce qu’ils ont su mettre en œuvre leurs forces pour atteindre les objectifs fixés et profiter de toutes les opportunités qui se présentaient à la faveur, parfois, de différends régionaux au sujet desquels ils ont su faire preuve de sagesse et de diplomatie pour, in fine, affirmer peu à peu un aspect de leur puissance. Relations, diplomatie, alliances, partenariats, dialogue, médiation, influence… Les Etats du Golfe sont ainsi passés de ce que l’on pourrait appeler leur « hard power » au « soft power ». Le « hard power », ils l’ont assumé en tant qu’exportateurs de matières premières énergétiques et dans leur action dans les domaines des finances, de la construction de centres de conférence et de salles d’expositions, dans les compétitions et l’urbanisme, ou aussi dans le développement de ports d’importance internationale – Dubaï était en 2024 le 11ème port mondial de conteneurs et compte parmi les six principaux acteurs du secteur maritime. Quant au « soft power », ces Etats l’ont développé à la faveur des divers évènements organisés qui ont suscité parfois des critiques mais qui ont toujours été réalisés en ayant recours à des moyens les plus modernes et les plis innovants. Refusant l’isolement, ils ont décidé de parler avec tous les acteurs de la scène internationale en s’appuyant sur leur puissance économique et diplomatique, refusant l’adage selon lequel « mon ennemi doit être votre ennemi ». Pour quelle raison cela serait une règle ? Ils ne soutiennent pas la Russie qui a envahi l’Ukraine ; faut-il pour autant cesser toute relation avec la Russie ? Ils répondent à leur façon. Ainsi, les Etats du Golfe ne sont pas un petit partenaire pour la Russie actuellement. Le pragmatisme, non seulement dans ce domaine, leur a permis d’atteindre le statut international qu’ils ont aujourd’hui et d’effectuer ainsi une véritable révolution dans leur mode de fonctionnement, dans leur comportement au niveau des relations internationales et dans les rapports avec les partenaires. Leur credo ? Ne mener que les combats qui sont les nôtres. Il y a des sujets dont il ne faut pas se mêler ; les intérêts des autres ne doivent pas être les nôtres. Il y a ainsi un mélange d’action et de neutralité qui ne doit pas être assimilé à de l’inaction. N.B. : L’importance de ce thème a incité les organisateurs de la 4ème édition des Rencontres Stratégiques de la Méditerranée (RSMed 2025) – colloque organisé à Toulon (France) chaque année depuis 2022 par la Fondation Méditerranéenne d’Etudes Stratégiques (FMES) – à lui consacrer une table ronde dans la programmation de ces journées (8 et 9 octobre 2025). Prochain article : Les Etats du Golfe, à la recherche d’une puissance bien spécifique (3/3)

Les Etats du Golfe, du pétrole à la puissance (1/3)
Par
Jean-Patrick Dayras
Publié
déc. 14, 2025 - 23:50

La puissance c’est imposer sa volonté : faire, faire faire, empêcher de faire, imposer de faire (Raymond Aron). Les Etats du Golfe ont émergé et se sont enrichis à la faveur de l’exploitation de leurs ressources naturelles – pétrole et gaz –, plus particulièrement depuis ce que l’on a appelé ultérieurement le premier choc pétrolier de 1973. Ce choc en était un pour ce qu’il est commun d’appeler l’Occident, à savoir l’Amérique du Nord et l’Europe, même si à cette époque de la décennie 70 une bonne partie de l’Europe n’était pas, et de loin, dans l’Union européenne et subissait pour encore près d’une vingtaine d’années le joug soviétique et, tout autant, celui du communisme. Ne pourrait-on pas dire que depuis l’aube du 21ème siècle les Etats du Golfe se sont émancipés, en quelque sorte, de cette dépendance qui leur apporte encore une manne financière importante mais qu’ils ont su utiliser et transformer d’une façon radicale pour avoir un autre statut que celui d’Etats rentiers ? Ne serait-il pas pertinent, en outre, de dire que ces Etats ont effectué, par paliers rapidement franchis, une véritable conversion cybernétique qui s’apparente à une révolution au sens propre ? Les Etats du Golfe dont il est question ici sont, à titre de rappel, l’Arabie Saoudite, Bahreïn, les Emirats Arabes Unis, le Koweït, Oman et le Qatar. Tous n’en sont pas au même stade dans cette évolution-transformation, mais le mouvement est bien en cours pour chacun d’eux, chacun à son rythme, selon le choix de la voie qu’il a choisie pour la mise en œuvre et le développement de ses propres caractéristiques et de ses objectifs déterminés. Il ne s’agit donc pas d’un abandon – pas encore – du pétrole et du gaz ou d’une rupture avec ce qui les porte toujours, mais d’une émancipation leur permettant d’opérer ce qu’il faut réellement qualifier de révolution. A partir de la richesse que leur offrent les ressources énergétiques, ils aspirent à passer à la puissance. Quelle est-elle, quels sont les processus employés pour y parvenir, dans quels objectifs ? Développement concomitant Certaines données relatives à ces Etats sont similaires sans être identiques. Géographiquement proches, ils bordent le Golfe arabo-persique – seuls l’Arabie Saoudite et Oman ont d’autres ouvertures maritimes – et ils se sont développés de façon concomitante : urbanisme de haute qualité sans craindre le gigantisme ; modernisme dans tous les domaines (finance, économie, commerce, tourisme) ne refusant pas les défis climatiques ; maritimisation ; hub portuaire et logistique ; une identité axée aussi sur le luxe et l’excellence. Certains de ces Etats sont des points désormais incontournables de convergence et des nœuds de voies aériennes intercontinentales. Ils ont adopté une stratégie visant à manifester leur existence et leur connaissance, avant leur reconnaissance, en faisant preuve d’organisation et de capacités à agir dans des domaines aussi variés que les évènements sportifs, culturels, artistiques, les rencontres, et les manifestations de grande ampleur. L’Irak aurait dû légitimement leur être associé en tant qu’Etat du Golfe. Son sort, scellé de façon malheureuse en 2003, ne lui a pas encore permis d’être au rendez-vous avec les autres Etats. Face à l’Iran, qui aspire aussi à être un pôle moyen-oriental, l’ensemble de ces Etats s’est affirmé comme une réelle puissance régionale. D’un autre ordre, certes, mais une puissance tout de même. Prochain article : Les Etats du Golfe, du régional à l’international NB : L’importance de ce thème a incité les organisateurs de la 4ème édition des Rencontres Stratégiques de la Méditerranée (RSMed 2025), colloque organisé à Toulon (France) chaque année depuis 2022 par la Fondation Méditerranéenne d’Etudes Stratégiques (FMES), à lui consacrer une table ronde dans la programmation des journées des 8 et 9 octobre 2025.

Pourquoi il ne désarmera pas ?
Par
Youssef Mouawad
Publié
déc. 13, 2025 - 15:28

Yahya Sinouar est mort sans avoir rendu les armes ! Pour certains, ce fugitif n’a pas manqué de lutter jusqu’au dernier souffle. C’est peut-être pour les combattants du Hezbollah un modèle à émuler. Comme lui, et avant lui, il y eut Saddam Hussein, imperturbable devant la potence. Et avec ça, vous voulez que le Hezbollah rende les armes et passe sous les fourches caudines… Vivre dangereusement Al-silah zinat al-rijal, (autrement dit, les armes sont la parure des hommes) répète-t-on dans le Sud libanais, zone où toute une jeunesse a goûté à la fraternité des armes. Les opérations militaires ont donné aux miliciens le goût de « la vie héroïque », une addiction dont on ne sort pas indemne. Une addiction que ne partagent pas la majorité des libanais. Et qui plus est, la figure emblématique d’Al-Hussein, tombé les armes à la main, rend toute capitulation odieuse sinon impie. L’effet domino En tout état de cause, ce n’est pas au Hezbollah libanais, et à son commandement terré dans les sous-sols, de dire si les armes doivent être rendues ou non. En l’espèce, c’est l’Iranien et lui seul qui décide. La milice-proxy, dans laquelle Téhéran a tant investi, n’est qu’un pion dans le jeu régional de Wilayat al-Faqih. Aussi, ne saurait-elle être sacrifiée que sur l’autel de l’Internationale des ayatollahs, qu’ils soient de Qom ou d’ailleurs. Un désarmement ne saurait être envisagé pour rétablir une quelconque souveraineté libanaise. Et puis, si la République des pasdarans décidait de concéder les armes du parti de Dieu à qui de droit, cela constituerait un grave précédent. Un précédent qui déclencherait une réaction en chaîne. Le Hachd al-chaabi en Irak devrait bientôt se prêter au même jeu et le camp retranché qu’est l’Iran perdrait ainsi une puis deux lignes de défense. Cela dit, qu’importe aux yeux de Téhéran si, pour retarder les échéances, ses « harkis » libanais se faisaient écraser sous les bombes israéliennes en refusant de se plier aux résolutions de l’ONU. Le match-revanche Dans un mois, dans un an, les hostilités entre duodécimains arabes et sionistes vont arriver à terme, ne serait-ce que par épuisement de l’une des deux parties. Mais est-ce à dire que le désarmement suivra automatiquement ? Que non ! Le tandem chiite tient à rester sur ses gardes. D’une part, il tient à intimider ses compatriotes libanais et d’autre part, il ne perd pas de vue qu’il s’est fait des ennemis qui n’ont pas la mémoire courte. Nos voisins syriens n’ont ni encaissé ni digéré le soutien apporté au régime de Bachar el-Assad par les « forces du Radwan » et d’autres irréguliers. Tôt ou tard, l’implication du Hezb, à partir de 2011, dans le bourbier syrien, va se retourner contre la communauté chiite toute entière. Le match-revanche est inéluctable. Auquel cas de figure, plutôt garder ses armes que d’être le « sitting duck » et une cible aisée. Que le gouvernement libanais ne se fasse pas d’illusion : Désarmement de gaieté de cœur, il n’y aura pas. Que nos stratèges trouvent autre chose !

Le Levant dans la tourmente : l’Iran pris dans la tornade (3/3)
Par
Jean-Patrick Dayras
Publié
déc. 9, 2025 - 10:51

Les deux années qui ont suivi l’attaque du 7 octobre 2023 du Hamas contre Israël ont constitué un véritable point d’inflexion, non seulement pour la zone du Levant, mais également pour l’ensemble du Moyen-Orient. Dans cette tourmente régionale, qui ne s’est pas encore résorbée, l’Iran n’a pas été épargné et a même été frappé durement. Dans un contexte géopolitique en pleine ébullition, la République islamique iranienne est aujourd’hui confrontée à un double défi : redorer son blason au niveau international et se restructurer sur le plan interne, pour être en mesure de faire face aux différents scénarios qui pourraient rapidement poindre à l’horizon. Les rodomontades à l’extérieur ne sont plus de mise. Le double soutien aux Houthis et au Hezbollah, notamment, doit être mesuré à l’aune des risques encourus, émanant, au premier chef, de celui (le président Donald Trump) qui, pour un temps encore, reste le leader le plus puissant de la scène internationale. Que la Chine, son compétiteur principal, lui impose de ne se consacrer qu’à une lutte entre eux, qui serait féroce, on verrait alors le président Trump régler à sa façon tout différend qui nuirait à sa notoriété et à sa quasi-invulnérabilité. La Chine n’a nulle envie de s’ingérer dans une poudrière moyen-orientale. Elle attend de pouvoir tirer les marrons du feu à son profit lorsqu’elle le jugera possible et opportun. Quant au plan interne, l’Iran doit prendre les mesures préventives nécessaires pour affronter tous les scénarios qui pourraient se présenter en cas de décès du guide suprême, Ali Khamenei. Trois scénarios peuvent se produire. Premier cas de figure – Le pouvoir religieux trouve rapidement un successeur au guide suprême, et l’Iran reste ce qu’il est depuis 1979. Mais les Pasdaran n’ont-ils pas d’autre ambition que d’être aux ordres – apparemment – des guides suprêmes ? Certains n’auraient-ils pas l’ambition, après avoir joué le rôle d’un État dans l’État, de devenir les véritables dirigeants de l’État iranien ? Que feraient-ils si, profitant d’une vacance (même transitoire) au niveau du pouvoir religieux, la population (les jeunes et les femmes en particulier) prenait l’initiative de lancer une fronde, voire un soulèvement populaire, ou tout au moins les prémices d’une telle action, afin de faire valoir les aspirations des Iraniens à la liberté ? Deuxième cas de figure – Le pouvoir civil prend les rênes du pouvoir. Les choix et l’attitude du président de la République islamiste, depuis son accession à cette fonction, montrent sans doute qu’il attend son heure. En témoignent la création récente d’un Conseil de défense nationale (CDN) puis la nomination, approuvée en plus haut lieu, au Conseil suprême de sécurité nationale (CSSN) de Ali Larijani, un modéré. Cela serait-il une position transitoire, en vue d’une intervention rapide pour prendre le pouvoir ? Sans doute, le président Massoud Pezeshkian présume que la population, notamment la jeunesse et les forces vives du pays, appuierait son intervention. Les circonstances dans lesquelles son prédécesseur est mort accidentellement, lui permettant d’accéder à la présidence, suscitent le trouble. Elles incitent à se poser la question de savoir s’il n’y avait pas une réelle volonté de désigner l’actuel président pour ouvrir la voie à davantage de modération. Troisième cas de figure – La population manifesterait d’emblée, fermement, si ce n’est violemment, son désir d’évolution dans la gouvernance du pays, qui n’en peut plus sous l’effet des sanctions de plus en plus insoutenables infligées à l’Iran. Le ras-le-bol de la population est accentué, notamment, par les erreurs commises par le régime vis-à-vis des femmes et des jeunes. Il s’exprime, entre autres, par une action clandestine, bien réelle, menée par des Iraniens expatriés ou réfugiés politiques par le biais des réseaux sociaux. Cette situation risque d’aboutir à une guerre civile, dont l’issue ne peut être qu’incertaine et inquiétante. Le deuxième cas de figure serait, à n’en point douter, le plus souhaitable, mais il présente le risque de déboucher sur des affrontements entre le pouvoir et les chefs des Pasdaran. L’attitude de l’armée régulière, qui n’est pas la plus forte face aux Pasdaran, et des troupes formant la base des Gardiens de la révolution, sera certes déterminante, à l’instar de l’éventuelle sagesse et de la possible vision d’avenir que pourraient avoir les chefs des Pasdaran. Quant au troisième cas de figure, personne ne le souhaite, ni dans la région, ni en Occident ; pas même la Chine. Néanmoins, un mouvement populaire de grande ampleur pourrait être récupéré par le président de la République, ce qui nous ramènerait au deuxième cas. Le pire n’est pas nécessairement inévitable. Pour l’heure, le Guide suprême demeure aux commandes. Il essaie de renforcer et de consolider le sentiment national, sans lâcher prise, mais en agissant de façon rationnelle. La politique de la main de fer dans un gant de velours pourrait-elle être maintenue, tout en réalisant l’objectif de la sauvegarde d’une nation forte et unie ? À l’ombre d’une telle conjoncture, sur le double plan iranien et régional, les sujets de préoccupation des ténors du régime sont-ils aujourd’hui, en priorité, les Houthis et le Hezbollah, alors que Ali Khamenei est affaibli aux niveaux politique et personnel, et fait l’objet de menaces israéliennes ? Probablement pas. Dans cette hypothèse, l’heure du Hamas et du Hezbollah aura sonné.

Le parti de Dieu doit être désarmé, mais surtout «déhezbollahisé»
Par
Youssef Mouawad
Publié
déc. 8, 2025 - 14:20

Même écrasés sous les bombes, même poursuivis par la Némésis syrienne ou la justice internationale, les affiliés au parti de Dieu ne voudront jamais se fondre dans le creuset national ; ils ne joueront pas le jeu comme le ferait le mouvement Amal, si libanais par ses travers, sa rhétorique et ses accommodements. Et pour cause ! Il est dans notre histoire contemporaine un précédent qui laisse dubitatif. Nul n’a oublié le sort réservé aux Forces libanaises qui s’étaient ralliées à l’Accord de Taëf et qui avaient désarmé. Bien mal leur en avait pris : elles virent leur chef jeté en prison et leurs cadres persécutés et assassinés. Certes, ni leurs convictions ne furent reniées, ni leur nombre n’accusa de réduction significative. On loua leur résilience qui fut mise sur le compte de leur endoctrinement, un endoctrinement qui n’allait pas les empêcher de se fondre dans la vie civile sécularisée. Cela dit, on peut légitimement se demander si la doctrine de wilayat al-faqih et son rapport au sacré sont assimilables par un État de droit qui, rappelons-le, puise sa source dans les libertés individuelles et la laïcité de principe. Naïveté et cécité Entretemps, les bonnes âmes n’arrêtent de seriner à qui de droit le leitmotiv « rendez vos armes, retrouvez l’enclos de l’État, vous y occuperez la place qui vous revient de droit ». Or, avant d’être une milice aux dimensions d’une armée, le Hezbollah est depuis son éclosion le fruit d’une vague de fond multiséculaire relevant du théologico-politique. Vouloir en faire un parti politique comme les autres, mais ce serait le dénaturer ! Et le Hezb n’a nulle envie de s’autodissoudre. À supposer qu’il veuille rendre les armes, le parti iranien n’est pas près de lâcher cette prise qu’est le Liban. N’est-ce pas que les mollahs ont noyauté notre administration à telle enseigne que leurs réseaux parallèles y détiennent un pouvoir décisionnel ? Et pas uniquement un pouvoir de blocage ! Toujours est-il que notre État profond que le Hezb a investi se révèle par « un pouvoir invisible, non détectable parmi les institutions légales et légitimes de la République, mais qui pèse sur les grandes décisions politiques et le fonctionnement sociétal ». D’ailleurs, les délégués américains, qui se relaient à notre chevet, s’égosillent à nous le rappeler, alors que le pouvoir exécutif récuse le fait avéré et se complaît dans une attitude de confortable déni. L’exemple allemand de la dénazification La Deuxième Guerre mondiale ayant touché à sa fin, les Alliés occidentaux prirent sur eux d’éradiquer le nazisme en zones occupées. Ils procédèrent à des enquêtes dans les divers corps de l’Éducation nationale comme dans les professions juridiques, financières, journalistiques, etc. Le processus, pour démocratique qu’il fût, allait donner peu de résultats. En revanche, de l’autre côté du rideau de fer, les troupes soviétiques n’allaient pas s’encombrer de procédures : ce furent des purges de pans entiers de la société, sinon des exécutions sommaires des suspects ou des one way ticket pour le goulag. Comment « déhezbollahiser » la fonction publique ? Mais revenons au Liban qui est dans l’impasse. Il ne peut se réformer en s’accommodant de la situation qui prévaut. À quoi rimerait de confirmer dans leurs postes des individus acquis à l’étranger et relevant des officines de Téhéran ? Pour sortir notre pays de l’ornière, il en faut plus. Et beaucoup plus qu’une démilitarisation du parti des ayatollahs !

La chute du dernier tabou : le Liban ne sera pas le dernier à signer la paix !

Les négociations directes entre le Liban et Israël ont officiellement débuté en vue d’aboutir à un accord de paix. Leur condition fondamentale est le désarmement du Hezbollah. D’autres points, essentiels et secondaires, sont sur la table, notamment une coopération économique permettant aux deux pays d’avancer sur la voie du redressement, de la reconstruction du Liban-Sud, et de la sécurité et la stabilisation à la frontière nord d’Israël. Avant d’entrer dans les détails et les analyses, avant de sonder le point de vue des uns et des autres, et avant de faire une rétrospective des événements qui ont amené le Liban à payer la facture la plus élevée au niveau du conflit arabo-israélien depuis plus d’un demi-siècle, une question toute simple se pose : quelle est l’alternative à la paix avec Israël, au redressement du Liban et à la reconstruction du pays ? Aucune réponse claire. L’État est absent depuis des décennies et la milice iranienne implantée au Liban décide, seule, quand lancer une guerre, quand conclure une trêve, quand négocier, quand soutenir Gaza, quand provoquer Israël ou déstabiliser les pays arabes voisins. Elle construit des tunnels pour poursuivre les guerres, au lieu de construire des abris et des hôpitaux. Jusqu’au jour où le Hezbollah s’est enfermé lui-même dans une impasse stratégique. La guerre qu’il a déclenchée pour servir le projet iranien sous le slogan de « l’unité des fronts », il n’est plus en mesure d’y mettre fin. Téhéran a progressivement levé la couverture qu’il assurait au Hezbollah. Il cherche à gagner du temps pour préserver le régime et il maintient le Hezb pour l’utiliser à nouveau en cas de besoin. Mais Israël refuse désormais tout maintien de la menace représentée par le Hezbollah. Il a repoussé cette milice au nord du Litani, ce qui fut plus simple que de concrétiser la fameuse boutade de Nabih Berri qui avait lancé devant ses visiteurs, qui le mettaient en garde contre la dégradation de la situation, qu’il fallait déplacer le cours du Litani à la frontière avec Israël ! Résultat: le Hezbollah n’agit plus selon les anciennes règles de la dissuasion. En fait, il ne réagit plus du tout… Il a avalisé une trêve, mais une trêve n’est qu’un répit entre deux guerres. Les responsables libanais, longtemps absents et hésitants, voire dépassés par la réalité imposée de facto, se sont enfin réveillés. Ils ont repris l’initiative, mais ont hésité, puis ont échoué à aller jusqu’au bout dans leur action. Ce qu’ils n’accompliront pas, Israël le fera à leur place — mais le prix à payer sera bien plus lourd. C’est dans ce cadre précis que s’est produit un événement à caractère historique : la visite exceptionnelle du pape Léon XIV ; une visite qui a pris une dimension politique du fait qu’elle avait pour leitmotiv « heureux les artisans de paix ». Quelques heures à peine après le départ du Saint Père qui a exhorté les Libanais à faire le choix de la paix, la commission de suivi des violations du cessez-le-feu s’est muée en comité de négociations directes entre le Liban et Israël. Les négociations de paix qui ont été entamées entre le Liban et Israël servent l’intérêt national du Liban. Elles sont dans l’intérêt de la sécurité du Liban et de sa vocation même de « pays-message », plutôt que d’être un « baril explosif ». Elles offrent une alternative au discours du Hezbollah fondé sur la guerre sans horizon, sur « la résistance pour la résistance », dans le seul but de servir l’influence iranienne dans la région. Les négociations directes entre le Liban et Israël impliquent la possibilité d’aboutir à un accord de paix. Les négociations directes ont longtemps représenté un tabou au Liban, sans que nul ne réfléchisse à la chose ou suscite un débat à ce propos. Si le Liban ne négocie pas avec Israël pour défendre lui-même ses intérêts, qui le ferait alors ? Le Hezbollah discute au nom de l’Iran, au service du projet expansionniste de la Wilayat al-Faqih. Les négociations directes marquent donc la relance par le Liban de son rôle souverain et le début du recul de l’influence iranienne. Les pourparlers ont été entamés de façon officielle, sérieuse et efficace. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a mandaté une équipe du Conseil de sécurité nationale pour rejoindre la commission technique, dite de « mécanisme », et rencontrer les responsables libanais. La présidence libanaise a annoncé de son côté que le président Joseph Aoun a chargé l’ambassadeur Simon Karam de représenter le Liban. Les négociations directes ne porteront pas seulement sur les violations du cessez-le-feu, mais aussi sur les bases de futures relations économiques et de coopération entre le Liban et Israël. L’ambassade des États-Unis à Beyrouth a soutenu la démarche dans un communiqué: « Les progrès durables ne sont possibles, souligne le communiqué, que si les appréhensions et les aspirations exprimées par les deux parties libanaise et israélienne sont prises en compte ». L’ambassadeur Michel Issa a salué la décision du gouvernement libanais d’opter pour le dialogue, après des décennies d’incertitude. Il a estimé que les négociations directes constituent une étape constructive sur la voie de l’initiation de processus qui pourraient permettre un jour aux deux pays de coexister dans un climat de paix, de respect mutuel et de dignité. L’ambassadeur a réaffirmé dans ce contexte l’engagement de son pays à soutenir tous les efforts qui renforcent la paix, la stabilité et la sécurité. Le début des négociations ne constitue pas la solution en soi, mais elle représente une ouverture importante. Elles se poursuivront parallèlement aux opérations israéliennes visant à démanteler l’aile militaire du Hezbollah et à mettre un terme à ses activités économiques — voire sociales. Le scénario le plus explosif pourrait venir d’Iran : Téhéran pourrait se lancer dans une confrontation globale s’il perçoit que le rôle du Hezbollah est terminé ou que le régime approche de sa fin. Il pourrait alors sacrifier totalement le Hezbollah pour obtenir quelques gains. Ces différents scénarios pourraient apparaître dans les coulisses des négociations directes entre Liban et Israël.

Le Levant dans la tourmente : perspectives libanaises et syriennes (2/3)
Par
Jean-Patrick Dayras
Publié
déc. 6, 2025 - 12:40

La zone du Levant a connu ces deux dernières années des bouleversements profonds et dramatiques qui ont changé la physionomie géopolitique de la région. Les événements qui se sont succédé depuis l’attaque meurtrière du Hamas contre Israël, à partir de la bande de Gaza, le 7 octobre 2023, semblent avoir pavé la voie à l’émergence d’un nouveau Moyen-Orient, comme ne cesse de l’affirmer le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu. En cette fin d’année 2025, quel panorama, quelles perspectives et quel bilan politico-sécuritaire peut-on donc dresser au niveau de cette région ? En prenant suffisamment de recul et de hauteur, il devient plus aisé de scruter de près les développements en cours et les changements drastiques dont ont été le théâtre le Liban, la Syrie, Israël, Gaza (et les territoires palestiniens) ainsi que l’Iran. Déjà fortement ébranlé par l’explosion apocalyptique survenu au port de Beyrouth le 4 août 2020 et par l’effondrement économico-financier de 2019, le Liban se débat en cette fin d’année dans les retombées multiples de l’inqualifiable (et absurde) « guerre de soutien » (au Hamas) déclenchée par le Hezbollah le 8 octobre 2023. Ce conflit armé, voulu vraisemblablement par le régime des mollahs iraniens, a abouti à l’assassinat du chef du Hezbollah Hassan Nasrallah, à l’élimination du commandement militaire du parti chiite, à la destruction de nombreux villages au Liban-Sud et à l’occupation par Israël de cinq positions stratégiques en territoire libanais. Les engagements du président À l’ombre d’un tel contexte, il est devenu impératif d’amener Israël à mettre un terme à sa propension à disposer du territoire et de l’espace aérien libanais selon son vouloir, bon ou mauvais. Cela a toutefois une contrepartie : le pouvoir libanais, soutenu par la population, doit décider de faire appliquer les résolutions onusiennes ainsi que tous les engagements pris par le président Joseph Aoun dans son discours d’investiture, le jour de son élection à la première magistrature de l’État, le 9 janvier 2025. La population libanaise se doit d’appuyer l’action de l’État sur ce plan en étant consciente du fait que le nécessaire démantèlement de l’appareil militaire du Hezbollah et le désarmement global du parti ne se feront peut-être pas sans heurts, mais ils se feront en tout cas au bénéfice de toutes les communautés du Liban, et au premier chef des chiites libanais. Une telle détermination doit s’exprimer sans ambages. Dans ce cadre, la Syrie, l’Iran et Israël doivent admettre qu’il s’agit là pour le Liban d’une démarche volontariste qui ira jusqu’à son terme et qu’elle est, in fine , en faveur de toute la région. Face aux comportements égocentriques et réducteurs des principaux acteurs levantins, force est de relever que le Liban peut, et devrait, jouer un rôle de catalyseur afin d’enclencher une dynamique salvatrice globale. Quant à la situation purement interne au Liban, les liens qui unissent les différentes communautés libanaises méritent d’être retissés, et seul le président Joseph Aoun pourrait déclencher cette nouvelle « filature ». À cette fin, il doit clairement illustrer par ses actions qu’il a été élu président pour être un chef, dans toute l’acception du terme. Sans une ferme détermination, une volonté claire et nette de sa part, sans le courage dont il a fait montre au cours de sa carrière, le Liban ne pourra pas redevenir l’État florissant et prospère, l’État en paix, qu’il était autrefois. Le séisme syrien Il reste que le bouleversement qui a eu le plus lourd impact sur le Liban au cours des derniers mois aura été sans conteste la chute du régime de Bachar el-Assad. Cette dictature syrienne avait imposé au pays du Cèdre pendant un demi-siècle une occupation et une hégémonie qui avaient profondément modifié la physionomie politique du pays. Le nouvel ordre a émergé en Syrie à la faveur du vide soudain, mais prévisible, provoqué par l’effondrement du régime Assad. Cette chute brutale du pouvoir baasiste s’est accélérée du fait de l’absence stupéfiante de réaction de la part de la base populaire du régime, parallèlement à la débandade de la troupe. Le nouveau régime ne bénéficie pas toutefois, du moins au stade actuel, d’assises solides sur le plan interne. Les exactions perpétrées contre les minorités, sans que les nouvelles autorités interviennent fermement, fragilisent le pouvoir. Le président Ahmed el-Chareh a été reçu, avec tous les honneurs dus à son rang, par les présidents Donald Trump et Emmanuel Macron. Il est appelé aujourd’hui à apporter la preuve que ces honneurs sont bien mérités. Son avenir et celui de la Syrie – du moins la partie qui est sous son contrôle – sont tributaires de la distance qu’il saura maintenir entre son pays, d’une part, le Hamas et l‘Iran, d’autre part. Il y va de sa survie. Prochain article : Le Levant dans la tourmente : l’Iran pris dans la tornade

Levée des sanctions contre la Syrie: prémices de la reconstruction du pays
Par
Sergio Safadi
Publié
déc. 4, 2025 - 18:42

Le 6 novembre dernier, le Conseil de Sécurité des Nations-Unies, sous l’impulsion des États-Unis, a voté la levée des sanctions onusiennes contre le président syrien, Ahmad el Chareh. Cette mesure avait été précédée au début de l’été d’une levée similaire des sanctions imposées auparavant par les États-Unis et l’Union Européenne à la Syrie de Bachar el-Assad au cours de la guerre civile déclenchée en 2011. Cette levée générale des sanctions permettra la réintégration du pays dans le giron arabe et le commerce international, pavant ainsi la voie au retour des investissements et à la reconstruction du pays. La loi César La mesure la plus emblématique au niveau des sanctions contre la Syrie d’Assad avait été l’adoption de la loi César par les États-Unis en 2019. Cette loi doit son nom à un militaire-photographe syrien qui avait exfiltré plus de 50000 photos détaillant les exactions du régime baasiste durant la guerre civile. Atteignant de manière contraignante des secteurs économiques vitaux bien plus vastes que ceux touchés par les autres sanctions onusiennes ou européennes, la loi César pénalisait toute personne ou société qui apporterait un soutien direct ou indirect au régime Assad, particulièrement dans les secteurs de l’armement, de l’énergie, ou encore des services financiers. Les effets de la loi César La loi César étrangla financièrement le régime de Bachar el Assad et ses proches qui contrôlaient de larges pans de l’économie. Elle accéléra la chute du régime mais a eu pour effet de couper totalement la Syrie du reste du monde, d’accentuer la dépréciation de la livre syrienne, de plomber l’économie et de favoriser le développement de la contrebande et d’un vaste réseau de trafic de drogue. Le 30 juin 2025, Donald Trump signa un ordre exécutif abrogeant la loi César. La loi César restera toutefois en vigueur contre Bachar el-Assad et ses proches et sera donc levée uniquement pour tout ce qui se rapporte au régime d’Ahmad el Chareh. Réhabilitation économique Le premier pas sur la voie de cette réhabilitation du pays serait le retour au SWIFT (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication), plateforme utilisée par la majorité des banques dans le monde, permettant des transferts de fonds transfrontaliers. En dépit de l’existence d’autres alternatives, la majorité des échanges financiers se fait sur SWIFT. En juin dernier, la Syrie réalisa son premier transfert sur la plateforme depuis plus de 14 ans. Après avoir été exclu de SWIFT en 2011 avec le début de la guerre civile, les transferts de fonds transfrontaliers par virement étaient devenus impossible. Il fallait donc se résoudre à utiliser le cash, rendant impossible la vérification de l’origine et de la destination des fonds. La réintégration à SWIFT permettra plus de transparence dans les transferts d’argent. En effet, la plateforme se base sur un réseau de banques correspondantes qui servent d’intermédiaires et qui sont soumises à des règles de conformité destinées à empêcher, à titre d’exemple, les flux de ou vers les proches de Bachar el-Assad. Un regain d’activité Les effets de la levée progressive des sanctions se font déjà sentir. En effet, depuis l’été dernier, une pléthore de forums, sommets et conférences destinés aux investisseurs intéressés par le marché syrien s’est tenue dans diverses capitales arabes. Selon Ahmad el Chareh, le pays a réussi à attirer près de 28 milliards de dollars d’investissements, principalement portés par l’Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis et le Qatar. Dans cette perspective, la rapidité avec laquelle les fonds nécessaires seront débloqués, l’implication rapide des pays du Golfe, ainsi que la signature d’accords pour l’exécution de gigantesques projets, sur fond de levée progressive des sanctions, sont autant de facteurs qui permettront d’attirer davantage d’investisseurs, stimulant ainsi la reconstruction du pays et sa réintégration dans le commerce international. En somme, la levée progressive des sanctions est donc, à l’évidence, la pierre angulaire des efforts de reconstruction. Le chemin est encore long et il reste beaucoup à faire. Les défis sont nombreux, mais les opportunités le sont tout autant. Il est fondamental dans un tel contexte d’analyser et d’exposer les défis et les opportunités auxquels doit faire face aujourd’hui le nouveau pouvoir syrien. Affaire à suivre… Prochain article : La Syrie, entre défis et opportunités : un nouveau souffle (1/3)