Logo Levant Time

Politique

Chute du régime iranien: savoir gérer le jour d’après
Par
Jad Akhawi
Publié
janv. 13, 2026 - 12:46

En Iran, deux scènes parallèles se déroulent aujourd'hui. Deux scènes qui ne s'annulent pas, mais aggravent au contraire la situation critique: des rues où bouillonnent des manifestations sporadiques mais persistantes, et une autorité qui réplique par une répression de plus en plus brutale, menée conjointement par les Gardiens de la révolution et le Guide suprême. Ce parallèle ne reflète pas un équilibre, mais plutôt la peur. Les régimes confiants n'ont pas besoin d'un tel niveau de violence soutenue, tandis que les régimes en crise savent que toute faille sécuritaire pourrait entraîner leur effondrement. Cependant, la question la plus grave ne concerne pas seulement la capacité du régime iranien à résister aux pressions internes, mais aussi les répercussions de toute instabilité ou effondrement potentiel sur l'ensemble de la région. L'Iran n'a jamais été un pays isolé de ses crises, mais plutôt le centre d'un réseau d'influence transnationale, soigneusement construit pendant plus de quatre décennies. Toute fissure au centre aura inévitablement des répercussions à la périphérie. Depuis l'instauration de la République islamique en 1979, le régime repose sur une équation claire : une légitimité idéologique qui prime sur la volonté populaire, et un instrument de répression efficace qui protège cette légitimité par la force. Aujourd'hui, le premier pilier s'érode avec l'expansion des protestations sociales, économiques et politiques, tandis que le second s'affaiblit, les Gardiens de la révolution étant contraints d'agir comme une force de police intérieure plutôt que comme un instrument d'expansion régionale. Ce paradoxe n'est pas un simple détail, mais une faille structurelle qui touche au cœur même du projet iranien. Chaque heure que les Gardiens de la révolution consacrent à réprimer la dissidence intérieure est une heure perdue pour exercer leur influence à l'étranger. Chaque escalade des mesures de sécurité intérieure accroît le coût du projet régional – politiquement, financièrement et moralement. Par conséquent, une répression accrue ne signifie pas nécessairement que le régime sera stabilisé ; elle peut plutôt indiquer qu'il entre dans une période d'usure prolongée, où la crise est gérée, mais loin d’être résolue. Dans ce contexte, deux scénarios principaux se dessinent quant à l'issue de la crise iranienne. Le premier est celui d'un régime qui parvient à contenir les manifestations par une violence excessive, tout en préservant la cohésion des institutions étatiques et des Gardiens de la révolution. Dans ce cas, le régime ne s'effondre pas immédiatement, mais il est contraint de se replier sur la scène régionale, et la priorité absolue redevient le maintien du pouvoir intérieur. Le second scénario est celui d'une répression qui pourrait alimenter les troubles, entraînant des manifestations de grande ampleur et plongeant le pays dans une spirale d'escalade incontrôlable. Ceci pourrait ouvrir la voie à un effondrement politique, rapide ou progressif, mais aux conséquences profondes. Au Yémen, cette évolution affecte directement le mouvement houthi. Ce groupe, dont l'ascension était liée au soutien iranien, verra ses financements, son armement et son expertise iraniens diminuer. À mesure que la crise en Iran s'intensifie, les ressources allouées aux enjeux extérieurs, notamment ceux de moindre importance stratégique, seront réduites. Par conséquent, les Houthis pourraient être contraints à un accord politique leur garantissant un minimum d'influence, ou bien ils risquent une désintégration interne sous la pression de la guerre, de l'économie et du tissu social local. En Irak, l'impact du retrait iranien sera plus complexe. Les milices liées à Téhéran, habituées à opérer sous l'égide d'une puissante coalition régionale, seront forcées de redéfinir leur rôle. Sans soutien inconditionnel, des divisions apparaîtront entre les factions cherchant à « irakiser » le processus décisionnel et celles privilégiant l'escalade pour préserver leurs acquis. Dans ce contexte, l'intensification de la répression en Iran, d'abord source de force, se transforme en faiblesse, car elle prive ces forces de leur couverture symbolique et politique et ouvre une brèche – certes périlleuse – permettant à l'État irakien de regagner une partie de sa souveraineté. Le Liban, de par sa nature même, absorbe les répercussions des crises régionales avec une rapidité encore plus grande. Le Hezbollah, en tant qu'extension la plus organisée du projet iranien, sera directement affecté par la diminution des capacités de financement et de soutien de Téhéran. Avec l'intensification de la répression en Iran, le parti perd une partie de la légitimité morale qui lui a longtemps servi à justifier son rôle idéologique transnational. Cette réalité le place face à un double dilemme: soit maintenir son arsenal en l'absence de protection régionale, soit se repositionner politiquement au sein de l'État libanais. Dans ce contexte, la question du calendrier politique au Liban apparaît comme un facteur crucial. Organiser des élections au plus fort du retrait incomplet de l'Iran pourrait donner aux forces pro-Téhéran l'occasion de se regrouper. Nombreux sont ceux qui pensent que tout report technique, compte tenu de la baisse des financements et du soutien militaire – surtout après la « guerre de soutien » et la dévastation qu'elle a engendrée sans perspective claire de reconstruction – pourrait accélérer l'érosion de la base populaire du duo chiite et révéler l'ampleur de la crise sociale que traversent leurs partisans. Ici, le débat n'est plus seulement constitutionnel, mais fondamentalement politique, lié à l'évolution des rapports de force dans la région. À l'échelle régionale, la convergence de manifestations croissantes et d'une répression féroce en Iran annonce le début d'une phase de transition instable. Les États du Golfe observent avec prudence, conscients que la faiblesse de l'Iran pourrait être une opportunité de restructurer la sécurité régionale, mais comporte également un risque de chaos. Israël perçoit la préoccupation de Téhéran pour ses affaires intérieures comme un atout stratégique indéniable, mais redoute les scénarios susceptibles de dégénérer. La Turquie, quant à elle, se prépare à combler tout vide potentiel, notamment en Syrie et en Irak. L'intensification des manifestations en Iran, confrontée à une répression sans précédent de la part des Gardiens de la révolution, ne signifie pas que le régime a remporté la bataille. Il est plutôt entré dans une phase d'usure qui s'éternise. À ce stade, la question n'est plus simplement de savoir quand le régime tombera, mais comment, à quel prix et aux dépens de qui dans la région. La chute du régime iranien, si elle devait avoir lieu, ne serait pas un événement à célébrer, mais un moment périlleux exigeant des nations fortes et des élites politiques avisées. Sans eux, l’effondrement de ce centre de pouvoir pourrait dégénérer en un chaos généralisé… sans autre alternative.

Tonnerre sous les Tropiques : comprendre l'interventionnisme US en Mer des Caraïbes

Bienvenue sur Tonnerre sous les Tropiques, une série de Levant Time en cinq courts épisodes pour comprendre avec vous les différentes raisons de l'interventionnisme actuel des États-Unis dans les Caraïbes. Cette série a été achevée 48 heures avant l’attaque américaine au Venezuela.

Pour les Vénézuéliens en exil à Bogotá, l'espoir du retour
Par
Maxime Pluvinet
Publié
janv. 9, 2026 - 14:15

Bogota, Colombie, de Maxime Pluvinet Dans la capitale colombienne, des rassemblements spontanés se sont organisés ces derniers jours, rassemblant des Vénézuéliens, réfugiés politiques pour la plupart d’entre eux. Soutiens de l’opposition pour la plupart, ils célèbrent la chute de l’ex-leader bolivarien Nicolás Maduro, capturé le 3 janvier par les États-Unis. Reportage. À Bogotá, la place de Lourdes s’est couverte le temps d’une heure des trois bandes horizontales jaune, bleue, et rouge, ornées de huit étoiles, qui caractérisent le drapeau du Venezuela. Quelques dizaines de membres de la diaspora se sont réunis dimanche pour célébrer la chute de l’ex-président chaviste Nicolás Maduro, capturé par les États-Unis lors d’une opération éclair en plein Caracas. “Nous sommes satisfaits” Malgré les victimes des frappes américaines, dont 32 soldats cubains, beaucoup d’entre eux soutiennent l’intervention de Donald Trump, la qualifiant de meilleure option à court terme. Pour Jaylin, vénézuélienne en Colombie depuis 2018, “c’est un honneur, une joie de pouvoir compter sur cette nouvelle Administration Trump, qui nous plaît.” Tout sourire, elle espère beaucoup de l’appui de Washington, “même si certains disent qu’ils voleront le pétrole, si cela nous bénéficie d’une certaine manière, nous sommes satisfaits.” La joie est partagée par Gaby Arellano, femme politique membre de l’opposition en exil. Pour elle, comme l’a déclaré dans un communiqué María Corina Machado, une des leaders de l’opposition vénézuélienne et ayant reçu récemment le Prix Nobel de la Paix, “l’heure de la liberté a sonné.” Heureuse de la chute de Nicolás Maduro, elle fustige le gouvernement chaviste en reprenant les accusations portées par l’administration de Donald Trump: “Ce système au pouvoir que nous affrontons est un système criminel, des mafias qui ont des connexions avec le Hezbollah, qui ne font pas seulement du mal aux Vénézuéliens, qui sont liés au narcotrafic mondial.” Pour Gaby, aucun doute: 2026 sera l’heure du retour au pays natal. “Si il y a la liberté pour les prisonniers politiques et la garantie de la Constitution, croyez-moi que tous les exilés politiques du monde entier arriveront, le temps que prend un avion pour arriver à Caracas.” “Le peuple, c’est nous tous” José Cova n’a pourtant pas la même certitude. S’il célèbre avec joie la chute de Maduro, il ne croit pas encore au retour dans l’immédiat du leader de l’opposition Edmundo Gonzalez Urrutia, dont le portrait est affiché partout par les manifestants aux côtés de celui de María Corina Machado. “Notre volonté est de les voir Urrutia et Machado rentrer bientôt exercer leur mandat obtenu grâce au vote populaire (lors des élections d’août 2024)… Toutefois, pour l’instant, il y a un processus de transition, nous ne savons pas combien de temps cela prendra… mais cela se passera, et doit se passer pour la paix et la justice.” Mais José est bien conscient d’une chose: le chavisme a ses soutiens, au pays. L’armée en particulier, cette institution sur laquelle Maduro et son prédécesseur Chávez avait tout misé pour leur sécurité. “Il y a aussi une question: quand on parle de peuple, on parle de tout le monde. Et dans le peuple il y a les forces armées. Pour le moment, le contrôle de l’armée appartient encore aux représentants du gouvernement actuel. Des personnes signalées par Nicolás Maduro lui-même, des personnes dont il s’est entouré pensant être ainsi protégé et cela n’a pas été le cas.” En attendant, l’Administration Trump ne semble pas miser à court terme sur l’arrivée de l’opposition au pouvoir, ayant même affirmé que María Corina Machado ne bénéficiait pas du soutien populaire au Venezuela. Par ailleurs, Delcy Rodríguez, figure centrale du chavisme et vice-présidente du régime vénézuélien depuis 2018, a été désignée présidente par intérim par les autorités chavistes. Une nomination toutefois sous tutelle: Donald Trump a publiquement menacé son administration, affirmant que les États-Unis exerçaient désormais une pression et un contrôle directs sur la situation politique au Venezuela. Et sans oublier de rappeler à Delcy Rodríguez que, en cas de non suivi des directives de Washington, un sort similaire ou pire que Maduro pour la frapper.

Amorce de détente entre la Colombie et les USA
Par
Maxime Pluvinet
Publié
janv. 8, 2026 - 23:35

Bogota, Colombie, de Maxime Pluvinet Un développement impromptu intervenu au milieu de cette semaine pourrait se répercuter de manière notable sur la suite des événements en cours en Amérique latine. Une amorce de détente se profile (timidement) à l’horizon entre les États-Unis et la Colombie, alors que les relations entre les deux pays sont particulièrement tendues depuis plusieurs mois. Accusé par Washington de faciliter l’action des narcotrafiquants dans le continent américain, notamment à destination des États-Unis, le président colombien, Gustavo Petro, a été récemment la cible de sanctions américaines. Cette tension bilatérale est montée de plusieurs crans à la suite de l’opération « coup de poing » effectuée le 3 janvier dernier à Caracas par des forces américaines. Cette intervention avait abouti à l’arrestation par une unité de commando US du président vénézuélien Nicolás Maduro qui avait été extradé vers les USA. A la suite de cette attaque musclée, le président Donald Trump avait pointé du doigt le chef de l’Etat colombien, laissant entendre qu’il pourrait être l’une des prochaines cibles, dans le cadre de la lutte contre le narcotrafic. Mais un développement inattendu s’est produit sur ce plan au cours des dernières quarante-huit heures : alors que le président Petro s’apprêtait à prononcer un discours incendiaire et à tirer à boulets rouges sur l’Administration Trump, un entretien téléphonique a eu lieu entre le chef de la Maison Blanche et le président colombien. Selon des sources dignes de foi à Bogota, cet entretien téléphonique s’est déroulé dans une atmosphère détendue et sereine. De ce fait, le discours de Petro a été beaucoup moins virulent que les observateurs s’y attendaient. Dans les milieux diplomatiques à Bogota on indique que ce revirement marque l’amorce d’un dégel entre les États-Unis et la Colombie. Un processus de discussions franches et de pourparlers aurait été entamé « avec la bénédiction de l’Arabie saoudite et de certains pays européens », croient savoir les milieux diplomatiques en question. Une réunion s’est notamment tenue au ministère colombien des Affaires étrangères avec un représentant de l’Administration Trump. « Il s’agit là d’un premier pas sur la voie d’un long processus de dialogue bilatéral qui doit porter sur plusieurs dossiers de première importance, dont notamment la levée des sanctions contre le président Petro qui devrait pouvoir se rendre à Washington afin de mener des négociations avec le président Trump », affirme une source diplomatique de haut rang à Bogota. Cette dynamique, si elle se confirme et qu’elle est menée à son terme, introduira, à n’en point douter, une nouvelle donne de taille dans la délicate partie d’échecs à caractère géopolitique qui se joue présentement dans le continent américain.

Les risques d'instabilité du régime iranien et ses répercussions sur le Hezbollah et le Liban

La question de l'avenir du régime iranien se pose aujourd'hui non pas comme une question théorique, mais comme la conséquence de l'accumulation de crises internes et de pressions externes sans précédent depuis l'instauration de la République islamique en 1979. Cependant, l'importance de cette question réside non seulement dans le sort de Téhéran, mais aussi dans les répercussions de tout changement au sein du centre de décision iranien sur ses structures régionales, notamment le Hezbollah au Liban, considéré comme le modèle le plus abouti d'« arme fonctionnelle » au-delà des frontières iraniennes. Premièrement : La nature de la relation entre l'Iran et le Hezbollah L'impact de tout bouleversement du régime iranien sur le Hezbollah ne peut être analysé sans une description précise de la nature de la relation entre les deux. Cette relation : • N'est pas une alliance politique de circonstance. • Ne se limite pas à un soutien financier ou militaire. • Repose sur un lien idéologique, organisationnel et stratégique. Le Hezbollah a émergé dans le contexte de l'exportation de la révolution et s'est développé selon la doctrine de la « Tutelle du juriste islamique » (Wilayat al-Faqih), qui confère à son autorité suprême un caractère supranational. Par conséquent, toute modification au sein de ce centre d'autorité se répercute non seulement sur le niveau des ressources, mais aussi sur la légitimité du rôle, de la fonction et du pouvoir de décision. Deuxièmement : Le régime iranien entre résilience sécuritaire et érosion structurelle Le régime iranien démontre une capacité manifeste à contrôler la population grâce à : • La cohésion des Gardiens de la révolution. • Le contrôle des secteurs clés de l'économie rentière. • La gestion de la répression à un coût calculé. Cependant, cette cohésion masque une érosion structurelle qui se manifeste par : • Un déclin de la légitimité populaire. • La rupture du contrat social. • La transformation de l'idéologie, d'une force mobilisatrice en un fardeau. • Une division silencieuse au sein des élites entre la logique de l'État et celle de la révolution perpétuelle. Ce modèle, structurellement, ressemble aux systèmes idéologiques historiques qui ne se sont pas effondrés au plus fort des protestations, mais plutôt au moment où ils ont perdu la capacité de gérer leurs contradictions internes. Troisièmement : Comparaison historique – Leçons à appliquer 1. L'Union soviétique L'Union soviétique ne s'est pas effondrée à la suite d'une révolution populaire directe, mais plutôt en raison de : • Un épuisement économique prolongé. • L'incapacité de réformer l'idéologie de l'intérieur. • La perte de contrôle sur la périphérie avant l'effondrement du centre. Les partis supplétifs en Europe de l'Est ne se sont pas effondrés immédiatement, mais ils ont soudainement perdu leur fonction lorsque le centre a disparu. Ce modèle peut être partiellement appliqué au Hezbollah si la capacité de l'Iran à le financer et à lui assurer une protection stratégique diminue. 2. Le régime du Shah Malgré un contexte différent, la chute du Shah démontre que : • Des institutions puissantes sont insuffisantes si elles hésitent au moment décisif. • La légitimité, une fois perdue, ne peut être rétablie par la force. • Les forces extérieures ne peuvent sauver un régime qui a perdu sa cohésion interne. Ironiquement, le régime qui a renversé le Shah est aujourd’hui confronté à une dynamique similaire, à la différence près qu’il dispose d’un réseau de groupes armés régionaux. 3. Les régimes arabes après 2011 L’expérience arabe a montré que : • Les régimes ne tombent pas toujours, mais ils perdent leur capacité à maintenir un contrôle total. • Les groupes armés qui leur sont affiliés deviennent plus agressifs à mesure que le pouvoir central s’affaiblit. • Les États fragiles paient un double prix pour cette faiblesse. Quatrièmement : Scénarios possibles de l'impact de la transformation iranienne sur le Hezbollah 1. Continuité et déclin progressif Dans ce scénario, le régime se maintient en place, mais sa capacité à : • Fournir un financement conséquent. • Gérer les confrontations ouvertes. • Protéger ses alliés des pressions internationales est réduite. Cela inciterait le Hezbollah à : • Réduire les enjeux de l'engagement. • Se concentrer sur les questions intérieures. • Redéfinir ses priorités. 2. Tensions compensatoires Un régime en crise pourrait recourir à : • Une escalade régionale. • L'utilisation de ses alliés comme moyen de dissuasion. Ce scénario est le plus dangereux pour le Liban, car il transforme la scène libanaise en un espace de compensation de la faiblesse du gouvernement central. 3. Transformation stratégique Si un changement fondamental survient dans la structure du régime iranien, le Hezbollah sera confronté à un choix historique : • Soit se transformer en un parti libanais à part entière, avec toutes les redéfinitions nécessaires de son armement et de son rôle. • Soit se retrouver confiné dans un environnement spécifique, accélérant son isolement interne. Cinquième point : Le Liban, un système fragile face aux transformations extérieures Le Liban n’est pas un simple spectateur de cette trajectoire, mais bien une partie intégrante de celle-ci. La faiblesse de l’État libanais : • Rend tout bouleversement régional plus dévastateur. • Empêche l’absorption des chocs. • Transforme les divisions internes en instruments de conflit externe. À l’inverse, tout déclin de l’hégémonie iranienne ouvre théoriquement une opportunité de rétablir l’équilibre, mais cette opportunité reste conditionnée par l’existence : • D’un projet national global. • De la capacité de gérer la transition sans recourir à la vengeance. • La volonté des chiites de briser le monopole de la représentation. Par conséquent, même si l'effondrement imminent du régime des mollahs ne peut être prédit avec certitude, on peut affirmer que ce régime est entré dans une période prolongée d'instabilité structurelle. Dans de telles phases, les piliers du régime ne s'effondrent pas immédiatement, mais perdent progressivement : • La clarté de son fonctionnement. • La solidité de son soutien. • La capacité d'imposer les structures de pouvoir antérieures. Compte tenu de sa fragilité, le Liban sera le premier touché, non pas par l'effondrement final lui-même, mais par le processus d'érosion. Le véritable défi ne consiste pas à prédire la fin du régime iranien, mais à évaluer la capacité du Liban à affronter un Moyen-Orient où Téhéran n'est plus en mesure d'exercer son influence comme auparavant.

Tonnerre sous les Tropiques : comprendre l'interventionnisme US en Mer des Caraïbes

Bienvenue sur Tonnerre sous les Tropiques, une série de Levant Time en cinq courts épisodes pour comprendre avec vous les différentes raisons de l'interventionnisme actuel des États-Unis dans les Caraïbes. Cette série a été achevée 48 heures avant l’attaque américaine au Venezuela.

Tonnerre sous les Tropiques : comprendre l'interventionnisme US en Mer des Caraïbes

Bienvenue sur Tonnerre sous les Tropiques, une série de Levant Time en cinq courts épisodes pour comprendre avec vous les différentes raisons de l'interventionnisme actuel des États-Unis dans les Caraïbes. Cette série a été achevée 48 heures avant l’attaque américaine au Venezuela.

Yémen et « axe du Golfe » : la fin d’une illusion ?
Par
Michel Hajji Georgiou
Publié
janv. 6, 2026 - 16:47

Pendant près d’une décennie, la guerre au Yémen a été analysée à travers un prisme relativement stable : celui d’un affrontement entre un État fragile et une insurrection houthie soutenue par l’axe iranien, sur fond d’intervention militaire menée par une coalition arabe dominée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Cette lecture a longtemps été opérante, compte tenu du projet expansionniste mené par Téhéran depuis près de deux décennies. Mais après l’uppercut sévère asséné à l’impérialisme iranien au lendemain du 7 octobre, elle ne permet cependant plus de saisir les dynamiques à l’œuvre à présent. Les développements récents dans le sud et l’est du Yémen, en particulier à Hadramout et Al-Mahra, signalent un basculement plus profond : le conflit yéménite est devenu le théâtre d’une rivalité intra-golfe ouverte, opposant désormais deux anciennes puissances alliées. Et cette fracture redessine l’ensemble du paysage stratégique régional et produit des effets indirects majeurs, notamment au bénéfice de l’Iran et de ses alliés houthis. De l’alliance tactique à la divergence stratégique Lorsque Riyad et Abou Dhabi avaient lancé leur intervention militaire en 2015 pour déloger la rébellion houthi, la convergence entre les deux pays était bien réelle. Ils partagent une même lecture de la menace houthie : une force politico-militaire enracinée au nord du Yémen, adossée à l’Iran, capable de frapper le territoire saoudien, de menacer la navigation en mer Rouge et de transformer le Yémen en avant-poste durable de l’« axe de la résistance ». Cette menace commune a constitué le socle de l’axe saoudo-émirati, justifiant une guerre coûteuse, longue et politiquement risquée, qui s’est soldée par un enlisement militaro-politique pour le tandem. Pourtant, derrière cette unité apparente, deux visions distinctes coexistaient dès l’origine. Pour Riyad, le Yémen est avant tout une question de sécurité nationale et territoriale. La frontière sud du Royaume est longue, poreuse, historiquement instable. Un Yémen fragmenté, livré à des entités armées autonomes, représente une menace directe et existentielle. Partant, la priorité saoudienne est la restauration d’un minimum d’unité étatique yéménite ou, à défaut, l’émergence d’un pouvoir central capable d’assurer une fonction tampon. Les Émirats arabes unis, eux, ont progressivement développé une lecture différente du conflit. Leur engagement militaire se concentre moins sur la reconquête du nord que sur le sud du pays, les ports, les îles et les axes maritimes. Aden, Mukalla, Socotra, Bab el-Mandeb deviennent, dans cette optique, des points d’ancrage d’une stratégie plus large visant le contrôle des routes commerciales reliant la mer Rouge à l’océan Indien. Cette divergence a éclaté au grand jour en 2019, lorsque les forces émiraties se sont retirées officiellement de plusieurs fronts tout en consolidant leur soutien à une force locale sudiste : le Conseil de transition du Sud (CTS). Dès lors, l’objectif n’a plus été la restauration d’un État yéménite unifié, mais la structuration d’un Sud autonome, politiquement et militairement aligné sur Abou Dhabi. Hadramout : le point de rupture, puis la contre-manœuvre L’offensive du CTS vers Hadramout et Al-Mahra, fin décembre 2025, constitue un tournant majeur dans le conflit, dans la mesure où ces régions ne sont pas de simples marges périphériques. Hadramout, vaste province riche en ressources, ouverte sur la mer d’Arabie, occupe une place centrale dans l’imaginaire stratégique saoudien. Les liens entre Hadramout et l’Arabie saoudite sont profonds, historiques, humains. De nombreuses grandes familles hadramies vivent et travaillent en Arabie saoudite depuis des générations (les Ben Laden, par exemple). Le tissu tribal, économique et social y crée une continuité informelle qui dépasse largement les frontières étatiques. Pour Riyad, l’avancée du CTS n’est donc pas perçue comme une dynamique yéménite endogène, mais comme une projection indirecte de la puissance émiratie sur sa profondeur stratégique, et est interprétée, ce faisant, comme une menace directe à la sécurité nationale saoudienne. La frappe saoudienne contre un convoi soupçonné de livrer des armes au CTS, le 30 décembre 2025, suivie d’échanges verbaux publics et du retrait annoncé des forces émiraties restantes, marque la fin d’une ambiguïté : la rivalité entre les deux pays est désormais assumée. Toutefois, durant les premiers jours de janvier 2026, la dynamique militaire connaît un infléchissement. Les forces pro-gouvernementales soutenues par Riyad reprennent le contrôle de Mukalla, capitale de l’Hadramout, après des frappes aériennes et un redéploiement local. Ce reflux partiel du CTS ne remet pas en cause la fracture stratégique, mais il indique que Riyad entend reprendre l’initiative, non seulement par la dissuasion, mais par la maîtrise du tempo militaire. Une guerre qui change de nature Ce basculement modifie profondément la nature de la guerre au Yémen. Le conflit n’oppose plus seulement un État reconnu à une rébellion soutenue par l’Iran ; il est devenu un espace de confrontation entre deux visions du pouvoir régional. D’un côté, l’Arabie saoudite de Mohammed ben Salmane a opéré une mutation stratégique. Après des années d’interventionnisme coûteux, Riyad privilégie désormais la désescalade, la négociation indirecte et la stabilisation minimale. Cette inflexion est dictée par des impératifs internes : transformation économique, attractivité des investissements, crédibilité internationale. De l’autre, les Émirats arabes unis poursuivent une logique de projection d’influence. Leur stratégie repose sur le contrôle de nœuds territoriaux, de ports, d’acteurs intermédiaires capables de sécuriser leurs intérêts sans assumer le coût politique d’une occupation directe. Le Sud yéménite s’inscrit dans cette logique, au même titre que certaines dynamiques observées dans la Corne de l’Afrique ou au Soudan. Ainsi, là où Riyad cherche un Yémen stabilisé et tampon, Abou Dhabi accepte — voire favorise — un Yémen fragmenté mais maîtrisé. Et la rivalité entre les deux puissances ne se joue pas uniquement sur le terrain militaire. Elle se déplace aussi vers une guerre des accès : restrictions sur les vols à destination d’Aden, inspections imposées via Djeddah, suspensions temporaires de liaisons aériennes et pressions administratives. Ces mesures, souvent présentées comme techniques, constituent en réalité des instruments de coercition politique. Elles traduisent une volonté saoudienne de rappeler que la souveraineté effective du Yémen reste, en dernière instance, conditionnée par Riyad, et non par les arrangements locaux soutenus par Abou Dhabi. L’Iran, bénéficiaire structurel Cette divergence transforme mécaniquement l’axe anti-houthi. La menace houthie n’a pas disparu, mais elle n’est plus hiérarchisée de la même manière. Pour Riyad, l’objectif n’est plus la victoire militaire totale sur les Houthis, mais leur neutralisation fonctionnelle. Les canaux ouverts sous médiation omanaise, les cessez-le-feu successifs et la retenue militaire traduisent cette volonté de sortir du piège yéménite. Les Émirats, eux, considèrent qu’il est possible de contenir la menace houthie tant qu’elle reste cantonnée au nord et qu’elle ne remet pas en cause les axes maritimes stratégiques. Leur priorité est ailleurs. Cette disjonction affaiblit objectivement le front anti-houthi. La pression militaire se relâche, une normalisation de facto s’installe, et les Houthis gagnent en légitimité territoriale et politique. Dans ce contexte, la question centrale n’est pas de savoir si l’Iran orchestre directement les événements récents. Rien ne l’indique formellement. En revanche, les effets nets de la crise convergent clairement avec ses intérêts stratégiques. Trois dynamiques favorables aux rebelles pro-iraniens se dessinent ainsi. La première est une dynamique de décompression stratégique : la focalisation saoudienne sur Hadramout réduit la pression sur le front nord. La seconde, celle d’une légitimation indirecte : la fragmentation du Yémen renforce la position des Houthis comme acteur étatique cohérent. La troisième apporte une validation doctrinale : la division du camp adverse confirme la thèse iranienne de l’incapacité des monarchies du Golfe à maintenir une stratégie commune durable… L’Iran « gagne » ainsi par inertie stratégique, sans escalade visible et sans coût immédiat… Cette lecture permet d’éclairer un autre signal, plus discret mais révélateur : la tonalité mesurée des médias saoudiens face au nouveau mouvement de contestation étudiante à Téhéran. Sans disparaître totalement, la couverture évite la dramatisation idéologique et l’exploitation politique. Ce choix contraste avec des phases antérieures et traduit un calcul précis. Depuis la normalisation sino-parrainée de 2023, Riyad a opté pour une désescalade contrôlée avec Téhéran – pas pour « tourner la page », ni par crise soudaine de confiance et d’empathie, mais simplement par hiérarchisation des priorités. Dans un contexte de confrontation ouverte avec Abou Dhabi au Yémen, l’Arabie saoudite cherche ainsi à éviter la multiplication des fronts, à neutraliser la carte houthie et à se positionner comme pôle de stabilité aux yeux de Washington et de ses partenaires. Soutenir ouvertement la contestation iranienne exposerait Riyad à des représailles indirectes via le théâtre yéménite. La retenue devient ainsi un outil de dissuasion. Cela est du reste, en phase avec la politique adoptée par le prince-héritier saoudien vis-à-vis de Téhéran ou d’autres acteurs stratégiques dans la région depuis plusieurs années. Dernier élément, significatif : début janvier 2026, Riyad a ouvert un canal politique structuré sur « la question du Sud », en accueillant ou en préparant l’accueil d’une délégation du CTS menée par Aïdarous al-Zoubaidi, à la demande du gouvernement yéménite reconnu. Ce mouvement indique que l’Arabie saoudite ne se contente plus de répondre militairement. Le Royaume cherche désormais à encadrer politiquement la fracture, à reprendre la main sur le dossier sudiste et à empêcher qu’il ne devienne un levier exclusif d’influence émiratie. Perspectives Trois perspectives de sortie de crise sont possibles à la lumière de la configuration actuelle. Soit l’Arabie saoudite parvient à contenir l’expansion du Conseil de transition du Sud, en l’encerclant politiquement, sans l’écraser : Hadramout redevient aussitôt une ligne rouge respectée, le Sud reste fragmenté, et le conflit s’enlise dans une gestion sécuritaire sous tutelle régionale. Ce scénario est le plus probable. Il correspond à la logique actuelle de Riyad : réduire les risques, éviter les ruptures, acheter du temps. Une « stabilisation conflictuelle », en d’autres termes. Soit le Yémen se dirige vers l’institutionnalisation de la partition : faute de règlement politique crédible, le Sud s’autonomise progressivement, avec des structures paraétatiques durables, des arrangements économiques propres et une reconnaissance internationale implicite. Le Yémen cesse alors d’exister comme projet national cohérent. Ce scénario servirait les intérêts émiratis, mais il créerait pour Riyad une vulnérabilité structurelle permanente à sa frontière sud. Un troisième scénario est possible, celui de la ré-priorisation du front houthi. Une escalade régionale, maritime ou énergétique, forcerait l’Arabie saoudite à recentrer son effort stratégique contre les Houthis, reléguant temporairement la rivalité avec Abou Dhabi. Ce scénario reste possible, mais il dépend largement de facteurs exogènes : décisions iraniennes, pressions américaines, ou incidents majeurs en mer Rouge… De terrain avancé de confrontation avec Téhéran, à l’image du Proche-Orient, le Yémen s’est transformé en espace de régulation régionale, où les puissances du Golfe mettent en œuvre leurs dissonances et leurs rivalités, mais sans pour autant aller vers l’implosion stratégique. Cependant, le danger pour le Golfe est d’ignorer l’essentiel, à savoir que, dans cette configuration, l’Iran n’a pas besoin de gagner : il lui suffit que ses adversaires ne parviennent pas à s’accorder, en attendant que le facteur temps fasse le reste… Même au plus profond de sa déchéance actuelle, le régime des mollahs ne pourrait espérer meilleure aubaine.

Tonnerre sous les Tropiques : comprendre l'interventionnisme US en Mer des Caraïbes

Bienvenue sur Tonnerre sous les Tropiques, une série de Levant Time en cinq courts épisodes pour comprendre avec vous les différentes raisons de l'interventionnisme actuel des États-Unis dans les Caraïbes. Cette série a été achevée 48 heures avant l’attaque américaine au Venezuela. ÉPISODE 1 — Opération Southern Spear Depuis quelques mois, la mer des Caraïbes est redevenue une zone de forte tension géopolitique. Le 14 août dernier, les États-Unis ont ordonné un déploiement militaire massif vers le Sud-Caribéen, mobilisant des unités de la U.S. Navy, des Marines et de l’aviation dans ce qui est décrit par certains analystes comme le plus important rassemblement de forces étasuniennes en Amérique latine depuis des décennies. Depuis le 13 novembre dernier, le secrétaire de Guerre américain Pete Hegseth a officiellement lancé l'opération actuelle baptisée Opération Southern Lance, (Lance du Sud). À la fin du mois de décembre, ce sont jusqu'à 15 000 effectifs qui sont déployés dans cette Opération Lance du Sud. Entre autres, on compte un groupe aéronaval autour du porte-avions USS Gerald R. Ford, le plus grand du monde, ainsi qu'un sous-marin nucléaire. D'ailleurs, petit détail, l'USS Ford était auparavant déployé en Méditerranée orientale, dû aux différents conflits au Levant depuis 2023. Officiellement, le président des États-Unis, Donald Trump, affirme que cette mobilisation répond à une priorité : combattre les cartels de drogue et les organisations qualifiées de “narco-terroristes” qui opèrent dans l’hémisphère occidental. Mais du côté de Caracas, le président Nicolás Maduro dénonce une tentative de changement de régime, ce que nie Washington. Ainsi, si la lutte antidrogue reste la justification affichée, le rassemblement de forces navales, aériennes et terrestres à proximité des côtes vénézuéliennes pose des questions sur les objectifs stratégiques réels, dans un contexte de pression croissante contre le gouvernement de Nicolás Maduro, que les États-Unis qualifient de régime illégitime. Une dernière donnée importante : l'offensive déclarée contre le narcotrafic par Donald Trump prétend attaquer les routes de la cocaïne, or si la consommation de cocaïne dans les pays dits du Nord global augmente, aux États-Unis c'est surtout la crise des opioïdes, en particulier le très puissant fentanyl, qui est à l'origine d'une crise sanitaire sans précédent dans le pays, qui a causé plusieurs dizaines de milliers de morts rien que l'année passée, et le fentanyl, synthétique, n'est pas produit dans les Caraïbes, il provient surtout de Chine.

2m 0s
Tonnerre sous les Tropiques : comprendre l'interventionnisme US en Mer des Caraïbes

Bienvenue sur Tonnerre sous les Tropiques, une série de Levant Time en cinq courts épisodes pour comprendre avec vous les différentes raisons de l'interventionnisme actuel des États-Unis dans les Caraïbes. Cette série a été achevée 48 heures avant l’attaque américaine au Venezuela. ÉPISODE 2 — Le Venezuela : un “narco-État” ? Marco Rubio, Secrétaire d'État des États-Unis, Quito, Équateur, 5 septembre 2025 : "Nicolás Maduro est un narcotrafiquant accusé aux États-Unis et fugitif de la justice américaine." Cette accusation, martelée par Washington depuis plusieurs années, est actuellement la principale justification de Donald Trump pour les opérations menées en mer des Caraïbes. Le président vénézuélien Nicolás Maduro est d'ailleurs sous sanctions de Washington, accusé notamment d'être à la tête d'une organisation récemment classée terroriste par les États-Unis : le Cartel de Los Soles. Un nom qui pourrait évoquer la même réalité que d'autres organisations dans l'imaginaire collectif comme le Cartel de Medellín dirigé par Pablo Escobar dans les années 1980-1990 en Colombie, ou le Cartel de Sinaloa et le Cartel Jalisco Nueva Generación au Mexique. Pourtant, le caractère structuré et hiérarchique du Cartel de Los Soles n'a jamais été prouvé. Il s'agit surtout d'une expression journalistique née au début des années 1990, pour désigner le système de corruption et de clientélisme endémique au Venezuela, qui s'est renforcé sous la République bolivarienne à partir de 1999. Pour rappel, le Venezuela est dirigé depuis 1999 par un gouvernement issu du mouvement chaviste fondé par Hugo Chávez, qui se réclame du socialisme et qui a nationalisé certains secteurs clés comme celui du pétrole. Depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolás Maduro en 2013, le régime maintient cette ligne idéologique tout en faisant face à une grave crise économique, politique et sociale, accentuée par les sanctions internationales et les tensions internes. Mais revenons aux accusations de narcotrafic contre le Vénézuela, qualifié de narco-État par les États-Unis: Depuis septembre 2025, les États-Unis ont mené une campagne militaire dans les Caraïbes et le Pacifique visant des embarcations qualifiées de « narco-lanchas », avec au moins 30 bateaux attaqués et plus de 100 personnes tuées, incluant au moins un cas de double frappe pour tuer les survivants. Washington affirme qu’il s’agit de navires liés au trafic de drogue, mais aucune preuve publique n’a été fournie pour confirmer ces accusations : ni coordonnées de géolocalisation ni listes de noms de personnes tuées. Des experts en droit international et certains représentants américains dénoncent ces opérations comme des exécutions extrajudiciaires potentielles, pointant le manque de transparence et la possible violation du droit international, tandis que certains gouvernements alliés ont exprimé leur inquiétude face à l’absence de preuves concrètes. La désignation du Venezuela comme narco-État est en elle même problématique : les données internationales nuancent fortement ce récit. Selon le Rapport mondial sur les drogues de l’ONU, le Venezuela ne figure pas comme un producteur significatif de cocaïne à l’échelle mondiale, contrairement à la Colombie, qui concentre la majorité de la production et du trafic mondial. L’accusation de « narco-État » repose surtout sur des allégations d’utilisation du territoire vénézuélien comme route de transit, mais ce corridor représenterait moins de 5 % des flux totaux de cocaïne vers les États-Unis, selon les mêmes sources onusiennes. Des analystes indépendants soulignent que la majorité des cargaisons destinées aux États-Unis traversent d’abord la Colombie, puis le Mexique, et que c'est surtout la route pacifique est plus empruntée, ce que les rapports internationaux confirment depuis des années.