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Politique

Iran et le Venezuela, ou la fragilité des régimes autoritaires
Par
Jacques Mechelany
Publié
janv. 4, 2026 - 17:23

La longévité est souvent confondue avec la stabilité. En géopolitique, c’est l’une des erreurs d’analyse les plus coûteuses. Certains régimes ne survivent pas parce qu’ils sont forts, adaptables ou largement soutenus. Ils survivent parce qu’ils ont appris à gérer le déclin : réprimer la dissidence, fragmenter l’opposition, externaliser les échecs internes et étendre la coercition au-delà de toute légitimité. Avec le temps, cela crée une illusion de permanence. Mais une permanence fondée sur le contrôle plutôt que sur le consentement est, par nature, fragile. À l’aube de 2026, deux États incarnent parfaitement cette dangereuse illusion : l’Iran et le Venezuela. Les deux régimes sont régulièrement qualifiés de résilients. L’Iran projette sa puissance bien au-delà de ses frontières à travers un vaste réseau de plateformes régionales. Le pouvoir vénézuélien a, quant à lui, survécu aux sanctions, à l’isolement diplomatique et à l’effondrement économique. Pour beaucoup, l’endurance est devenue une preuve de stabilité. Cette conclusion est profondément erronée. Les régimes ne s’effondrent pas uniquement lorsque l’économie faiblit. Ils échouent lorsque les mécanismes de contrôle se dégradent plus vite que la légitimité ne peut être reconstruite ; lorsque la répression remplace le consentement ; lorsque les récits fondateurs perdent leur crédibilité ; lorsque la cohésion des élites se fissure ; et lorsque le levier régional ne compense plus l’épuisement interne. C’est précisément la phase dans laquelle sont aujourd’hui l’Iran et le Venezuela. Dans les deux cas, les récits fondateurs qui justifiaient l’exercice du pouvoir se sont érodés. En Iran, le narratif révolutionnaire religieux, vieux de près de cinq décennies, n’exerce plus son emprise sur une population jeune, urbaine et hyperconnectée, qui ne voit plus dans le sacrifice, la pureté idéologique ou la confrontation permanente des voies menant à la dignité ou à la prospérité. Au Venezuela, le projet bolivarien de Chávez et Maduro s’est transformé en un système de décomposition administrée , où la survie du régime dépend moins de l’idéologie que du clientélisme, de la coercition et de l’épuisement de la société. C’est ainsi que se produisent les effondrements de régimes modernes : non par un choc soudain, mais par l’accumulation de pressions internes au sein de systèmes étroitement contrôlés — des pressions qui semblent maîtrisables jusqu’à ce qu’un choc externe en révèle la profondeur. Les États échouent parce qu’ils deviennent sur-étendus, vidés de l’intérieur et incapables d’absorber le stress. Lorsque ce point est atteint, même des événements externes limités peuvent produire des conséquences disproportionnées. Dans les deux pays, les dynamiques internes atteignent aujourd’hui un point d’ébullition. Sur le plan externe, les deux régimes font également face à un basculement silencieux mais décisif : leur pertinence régionale s’érode rapidement. Depuis près d’un demi-siècle, le régime des mollahs en Iran s’est défini autour de deux piliers centraux : l’établissement d’un « croissant chiite » dans le monde arabe — en compétition pour le leadership musulman avec l’Arabie saoudite et le Qatar — et sa volonté idéologique de détruire Israël, condition préalable, dans sa propre narration, à l’acquisition d’une crédibilité dans les mondes arabe et musulman. Cette stratégie extérieure a profondément déstabilisé le Moyen-Orient au cours des cinq dernières décennies. Elle a déclenché guerre civile et famine au Yémen, alimenté l’effondrement politique et économique du Liban, et empêché l’émergence d’une solution à deux États dans le conflit israélo-palestinien en soutenant les factions palestiniennes extrémistes. Cette stratégie génère désormais des rendements fortement décroissants. Le réseau de proxys iraniens est devenu plus coûteux à entretenir et nettement moins efficace sur le plan stratégique. L’attaque du 7 octobre 2023 menée par le Hamas contre Israël a déclenché une réponse militaire massive, qui a sévèrement affaibli le Hamas à Gaza, décapité la structure dirigeante du Hezbollah au Liban et significativement réduit les capacités opérationnelles des Houthis au Yémen. Loin de consolider son influence, l’ambition iranienne d’imposer un « croissant chiite » a mis en lumière les limites de sa projection de puissance. Au Venezuela, la trajectoire a été différente, mais l’issue est comparable. Hugo Chávez est arrivé au pouvoir en 1998 porté par une vague de colère populaire contre la corruption et les inégalités, promettant une réforme radicale sous la bannière de la Révolution bolivarienne. Ce qui a suivi n’a pas été un renouveau, mais une érosion institutionnelle : consolidation autoritaire, mauvaise gestion économique, sous-investissement massif et l’une des plus importantes vagues d’émigration en temps de paix de l’histoire moderne de l’Amérique latine. Autrefois l’une des principales économies de la région, dotée des plus importantes réserves prouvées de pétrole au monde, le Venezuela a vu son poids stratégique se dissoudre progressivement. Sur le plan externe, son utilité géopolitique pour ses alliés s’est réduite à mesure que sa pertinence économique, diplomatique et régionale s’érodait. L’histoire montre que la phase la plus dangereuse pour les régimes enracinés n’est pas la crise ouverte, mais le moment où la gouvernance cède la place à la simple gestion de la survie. Ce moment est arrivé. L’année 2026 importe non parce qu’elle commence avec un événement spectaculaire, mais parce qu’elle pourrait marquer le point où les stratégies de temporisation cessent de fonctionner. Vieillissement des dirigeants, incertitudes liées à la succession, fracture générationnelle, fuites d’information et affaiblissement des soutiens extérieurs convergent. Lorsque cela se produit, même des systèmes étroitement contrôlés peuvent se déstabiliser avec une rapidité remarquable. Après plusieurs semaines d’attaques des forces américaines contre des navires vénézuéliens impliqués dans le trafic de drogue et l’instauration d’un blocus strict sur les exportations pétrolières du pays, l’armée américaine a mené, le 3 janvier 2025, une opération de grande ampleur contre le Venezuela et capturé Nicolás Maduro et son épouse. L’opération du 3 janvier marque la fin définitive de la Révolution bolivarienne et l’ouverture d’une nouvelle ère pour le Venezuela. S’agissant de l’Iran et du Moyen-Orient, la réunion du 2 janvier entre Benjamin Netanyahu et Donald Trump, dans un contexte de soulèvements populaires de grande ampleur dans plusieurs villes iraniennes, pourrait également annoncer une opération militaire majeure menée par Israël en Iran et au Liban — achevant le basculement stratégique tectonique amorcé le 7 octobre. Israël a besoin de régimes solides à ses frontières pour instaurer une paix durable. La Syrie et le Liban constituent les deux dernières pièces manquantes. Neutraliser durablement le Hezbollah au Liban et y installer un régime fort constitue la prochaine étape. Cela suppose une transformation radicale du système démocratique confessionnel défaillant du Liban. Et cela implique pour Israël de se libérer définitivement de la menace que représente le régime des mollahs iraniens. Les conditions sont réunies. Et le moment est probablement maintenant.

Iran: avis de tempête chez les mollahs
Par
Roger Barake
Publié
janv. 4, 2026 - 00:17

Ce n’est pas la première fois que les Iraniens descendent dans les rues pour contester leurs gouvernants. Mais ce énième mouvement populaire se distingue par la mobilisation d’un nouvel acteur : les commerçants du Bazar, considérés comme un des piliers du régime islamique. Tout a commencé le 28 décembre, lorsque des commerçants de Téhéran ont déclenché une grève pour protester contre l'hyperinflation et le marasme économique. Le mouvement s'est depuis élargi pour englober des revendications politiques. Depuis le début des protestations, le pouvoir joue à la fois sur l'apaisement, reconnaissant des "revendications légitimes" liées aux difficultés économiques, et sur la fermeté face à toute tentative de déstabilisation. Le Guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, au pouvoir depuis 1989, a estimé samedi, au septième jour du soulèvement populaire, que les revendications économiques des manifestants étaient "justes" mais que les "émeutiers" devaient être "remis à leur place"… Des décennies de fronde populaire Les mouvements de fronde ont jalonné la vie de République islamique depuis 1999. En juillet de cette année éclatait un mouvement de protestation estudiantine voulant défendre le président réformateur Mohammad Khatami. L'intervention violente des bassidj mit pratiquement fin à la contestation. En juin 2009, la réélection contestée du président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad, favori de Khamenei, provoque un mouvement de contestation dénonçant des fraudes. Le pouvoir finit par écraser la révolte en ayant recours à une répression sévère qui fait des dizaines de morts et aboutit à des milliers d'arrestations, laminant de ce fait les milieux politiques et intellectuels d'opposition sous le poids de condamnations souvent très lourdes. Fin décembre 2017, des centaines de personnes manifestent à Machhad, deuxième ville du pays, et dans d'autres villes contre la hausse des prix, le chômage et le gouvernement. En novembre 2019, des manifestations sont organisées peu après l'annonce d'une forte hausse du prix de l'essence. Là aussi on déplore des centaines de morts et des milliers d’arrestations. En juillet 2021, des protestations éclatent contre les pénuries d'eau dans la province du Khouzestan, frappée par la sécheresse. Alors qu’à Téhéran, on s’insurge contre les coupures d'électricité. Les Iraniennes sont de plus en plus nombreuses à se montrer tête nue en public à Téhéran et dans les grandes villes, bravant l'obligation du port du voile en vigueur depuis l'avènement de la République islamique en 1979. Le dernier soulèvement, et probablement le plus sanglant, date de septembre 2022. La mort, en détention, de Mahsa Amini, une jeune Kurde iranienne arrêtée pour avoir prétendument enfreint le code vestimentaire en vigueur avec un voile mal ajusté, déclenche des mois de manifestations dans tout le pays, sous le cri de ralliement "Femme Vie Liberté!". Plusieurs centaines de personnes trouvent la mort, dont des dizaines de membres des forces de sécurité, et des milliers de manifestants sont arrêtés. Une mobilisation inédite Pour en revenir à la fronde actuelle, elle a mobilisé de grandes villes comme Ispahan, Chiraz ou même la ville sainte de Qom, bastion de la pensée khomeyniste, où un homme a été tué par l'explosion d'une grenade qu'il comptait utiliser. Certains manifestants n’ont pas hésité à scander «mort au dictateur!», le fameux slogan lancé contre du Chah lors de la Révolution islamique de 1979. Ce slogan est utilisé cette fois-ci par le peuple contre la tyrannie des mollahs... Selon le journaliste libanais et spécialiste de l’Iran Ali al-Amine, on assiste aujourd’hui « pour la première fois à un mouvement qui a émergé au sein du bazar iranien », ce qui, à son avis, est « un indicateur significatif qui aura un impact considérable». M. Al-Amine rappelle que cela « nous ramène à la révolution iranienne, à ses débuts en 1979 : ce qui a fait basculer le cours des événements à l’époque, c’était la grève organisée par le bazar, qui a joué un rôle majeur dans la chute du régime du Chah ». Pourquoi le bazar ? « Le régime des mollahs repose sur trois piliers principaux : les séminaires (les Hawza) et l’autorité religieuse, les Gardiens de la révolution et le bazar, indique Ali al-Amine. Tous les mouvements précédents se sont déroulés en dehors de ce trio ». « Aujourd’hui, précise-t-il, le bazar est entré en scène et influence même l’autorité religieuse grâce au ‘Khoms’ (un cinquième ou 20%), un impôt islamique qui est une obligation pour tous les chiites. Cette dîme sert à financer en quelque sorte le clergé. Les séminaires sont alimentés par les fonds du Khoms, etc. Cet argent est toujours entre les mains des classes aisées, donc les marchands du bazar. Un mal, plusieurs symptômes déclencheurs La rue iranienne bouge, car l'économie du pays est fragilisée par des décennies de sanctions occidentales liées à son programme nucléaire. La dépréciation chronique du rial iranien entraîne une hyperinflation (52% sur un an en décembre) et une forte volatilité des prix. La grogne est générée également par les conséquences de « la guerre des 12 jours » qui a opposé en juin dernier Israël à l'Iran, dont les installations nucléaires ont été frappées par des raids israéliens et américains. « L’Iran se trouve aujourd’hui dans une impasse, affirme Ali al-Amine. Même lors des manifestations passées, l’Iran pouvait toujours s’adresser à sa population en lui disant : « Nous sommes aux frontières d’Israël, nous sommes aux frontières de la Méditerranée, nous contrôlons l’Irak, nous contrôlons la Syrie… Cela constituait une sorte de garantie pour la survie du régime sur le plan intérieur ». "Ni Gaza ni le Liban, ma vie pour l'Iran!" Les autorités iraniennes se trouvent aussi isolées après les coups portés à leurs alliés régionaux : le Hamas à Gaza, le Hezbollah au Liban et la chute du régime alaouite de Bachar al-Assad. Certains Iraniens nourrissent un ressentiment de longue date contre le soutien financier et militaire de Téhéran à ces alliés, alors que le pays souffre économiquement. Iran International , une chaîne de télévision en langue persane basée à l'étranger et critique du pouvoir, a rapporté un slogan "Ni Gaza ni le Liban, ma vie pour l'Iran!", repris par certains manifestants. « Avec son retrait de Syrie et la révélation de ses activités dans d’autres régions qu’il n’avait pas ciblées auparavant, l’Iran se trouve désormais face à plusieurs problèmes: crises internes croissantes, déclin de son influence régionale et internationale, relations extérieures tendues et pressions américaines et israéliennes grandissantes », poursuit M. al-Amine, avant d’ajouter : « L'un des développements les plus marquants, selon des sources iraniennes, est que les manifestations impliquent désormais à la fois les classes moyennes et supérieures. On observe des manifestations au cœur de Téhéran, d'Ispahan et de Chiraz, villes traditionnellement marquées par des mouvements issus des classes aisées et moyennes, et ceci est un autre indicateur important. Ces mouvements figurent parmi les options dont dispose à présent le régime iranien, et leur sort dépend de l'évolution de la situation ». Ali al-Amine affirme que « la déclaration de Trump, selon laquelle il interviendra pour défendre les manifestants, est un indicateur significatif. Elle renforce la motivation du peuple iranien et l’incite à se mobiliser ! ». Fait marquant, le Mossad israélien a invité mercredi dernier les protestataires iraniens à intensifier leur mobilisation sociale : "Sortez ensemble dans les rues. L'heure est venue. Nous sommes avec vous", ont souligné les services secrets extérieurs d'Israël sur leur compte X, s'adressant en farsi aux manifestants ! Quo vadis ? Les options qui s'offrent aux Iraniens, compte tenu de cette impasse interne et externe, dépendent également de l'évolution, de la durée et de l'escalade des événements. « Je crois que l'Iran est aujourd'hui confronté à un choix : soit conclure un accord et accepter des concessions importantes concernant ses programmes nucléaire et balistique, soit simultanément négocier un accord définitif avec les Américains, ce qui équivaudrait de fait à une capitulation », affirme al-Amine. Selon Ali al-Amine, « c'est un atout majeur pour le régime, et nous pourrions également assister à la mise en œuvre d'un plan déjà évoqué quasi publiquement visant à remplacer le Guide suprême par un comité de trois membres. Ce comité comprendrait le fils de Khamenei, Moujtaba, très proche collaborateur de son père et chef de son cabinet, contrôlant de fait les principales institutions étatiques et le processus décisionnel en Iran. Cela ouvrirait la voie aux concessions exigées par les Américains ». Les institutions étatiques ne se limitent pas à l’appareil religieux ni aux Pasdaran. Moujtaba Khamenei veille aussi sur un réseau de sociétés qui forment une sorte d’économie parallèle équivalente à 60% du PIB iranien. Le volume de cet empire industriel, commercial et énergétique a été estimé à 95 milliards de dollars par une étude réalisée par Reuters…

L’intervention US au Venezuela : un impact géopolitique aux multiples facettes

Comme dans une pièce de théâtre. Dernier acte au Venezuela… Le deus ex machina des États-Unis, tant annoncé, est finalement bel et bien intervenu. L'administration de Donald Trump a concrétisé ses menaces d’une intervention directe sur le sol vénézuélien contre le gouvernement de Nicolas Maduro, tôt samedi 3 janvier 2026. Pour la petite histoire, il convient de noter que c’est également un 3 janvier que Qassem Soleimani, commandant de la Force Al-Qods (relevant des Pasdaran) a été assassiné à Bagdad, en 2020, sur les ordres du président Donald Trump, et c’est également un 3 janvier que le chef de la République du Panama, Manuel Noriega, s’est rendu aux Américains à la suite d’une intervention U.S. au Panama. Pour en revenir à l’opération de ce 3 janvier 2026, parallèlement à des frappes aériennes lancées près de positions militaires dans la capitale Caracas et d’autres régions de la république bolivarienne, Maduro a été capturé avec son épouse par une unité des forces spéciales américaines, et évacué vers les États-Unis, où il affronte des charges pénales pour narcotrafic. Cette opération militaire US bouleverse, à l’évidence, le paysage géopolitique en Amérique latine et dans l’ensemble du continent américain, mais son impact dépasse aussi cette partie du monde. De façon plus spécifique, pour les populations des pays du Levant, du Moyen Orient et du Golfe d’une manière générale, une question fondamentale se pose, à la lumière de ces bouleversements : la chute de Maduro aura-t-elle pour conséquence d’affaiblir davantage, par ricochet, le régime des mollahs iraniens, déjà aux abois, surtout ces derniers jours ? L’administration américaine affirme en effet que des liens étroits existent plus que jamais entre Caracas et Téhéran. La République islamique se trouverait privée, par voie de conséquence, d’un précieux allié à l’heure où elle est confrontée à un soulèvement populaire, une crise socio-économique sans précédent et des pressions américaines accrues. Une seconde interrogation se pose dans ce contexte avec acuité pour les pays du Levant, et plus particulièrement pour le Liban : les changements au Venezuela contribueront ils réellement à assécher encore plus les sources de financement du Hezbollah, accusé par l’Administration Trump d’exploiter la carte du régime Maduro pour se livrer à un narcotrafic à grande échelle et à des opérations de blanchiment d’argent ? Dans l’attente de réponses crédibles à ces interrogations et dans l’attente aussi d’éléments plus précis portant sur les développements des dernières heures et leurs retombées à court terme sur le Venezuela, trois autres questions, tout aussi fondamentales, se posent concernant les circonstances et l’impact à brève échéance de l’intervention américaine. Première interrogation, de taille : la “sortie” de Maduro a-t-elle été le résultat d’une négociation ? Malgré l’État d’urgence et les déclarations d’officiels vénézuéliens, qui affirmaient tôt samedi ne pas savoir où se trouvait le leader bolivarien, l'option d’une sortie négociée avait été mentionnée par les médias et les chancelleries occidentales depuis plusieurs mois. Alors que l’interventionnisme américain en mer des Caraïbes a été justifiée depuis la mi-août par la lutte contre le narcotrafic, l’étau s’est resserré dès le départ autour de Nicolas Maduro, accusé depuis plusieurs années par Washington d’être à la tête du supposé Cartel de Los Soles, en plus d’être qualifié de président illégitime. Nicolas Maduro avait appelé à plusieurs reprises à une discussion directe avec Trump, et des visites récentes d’officiels américains en Biélorussie avaient laissé entrevoir une possibilité de fuite vers Minsk. L’équivalent d’un Bashar à Moscou… Aveu de faiblesse ? Il reste qu’une opération de ce genre, comme celle intervenue en ce 3 janvier, prend la forme inédite d’une extradition forcée; un cas de figure qui ne s’est pas présenté en Amérique Latine depuis la capture de Noriega au Panama en 1990. Il reste que l’idée d’une sortie négociée n’est pas nouvelle, sachant que l’aboutissement d’une telle négociation ne pouvait être qu’en défaveur de Maduro. Mais des négociations permettaient tout de même de sauver la face en quelque sorte… Une preuve sans doute que Maduro aurait pris conscience de son manque de légitimité face aux crises auxquelles était confronté son pays depuis la grande vague de répression de 2017. Quid de l’avenir à court terme Deuxième inconnue, pour l’heure : faut-il s’attendre à un vide au niveau du pouvoir au Venezuela ? Force est de relever à cet égard que l’opposition est morcelée face au chavisme. En 2017, Juan Guaido était le poulain du président Trump à l’aune des manifestations sans précédent qui avaient secoué le pays, provoquant l’un des exodes les plus importants au monde : selon l’ONU, plus de 8 millions de Vénézuéliens ont quitté le pays depuis lors. Pourtant, Guaido fut relégué au second plan dans sa retraite dorée de Floride. A la suite des élections controversées de 2024, Edmundo González Urrutia avait été donné vainqueur, mais il avait été contraint à l’exil. Malgré les promesses de retour, c’est finalement Maria Corina Machado, récemment honorée du Prix Nobel de la Paix, qui a été soutenue ouvertement par Washington. Ce changement de figure en interne trahit une difficulté à maintenir une opposition unie et cohérente, d’autant que les consignes de vote de Machado n’ont pas été suivies par la base de l’opposition. Cela sans compter une partie de la société vénézuélienne acquise aux idéaux du chavisme et opposée à l’embargo américain. Ce public, au-delà de son appréciation ou non de Maduro, maintient un soutien idéologique - plus que concret - au régime en place. Il convient de mettre l’accent dans ce contexte sur l’attitude du président Trump à l’égard de l’Iran – le grand allié du Venezuela. L’intervention musclée de samedi permettra à l’évidence de faciliter l'accès aux ressources minières, pétrolières et gazières du Venezuela, mais elle vise aussi, et surtout, à couper la route à la Russie, à la Chine, et à l’axe iranien. Reste à savoir si les dissensions internes au Venezuela provoqueront ou non un chaos qui aurait été sous-estimé par les Etats Unis. La lutte contre le narcotrafic Dernière inconnue qui se pose, en conclusion : à quel impact faudrait-il s’attendre au niveau régional ? Le déploiement inédit de forces américaines, surtout depuis le 13 novembre, date du coup d’envoi officiel de « l’Opération Lance du Sud », a pour raison d’être proclamée la lutte contre le narcotrafic. Or le Venezuela est loin d’être, selon les experts de l’ONU, le principal pays producteur et le principal pays de transit de la cocaïne. La première place sur ce plan revient à son voisin colombien. La Colombie, dirigée depuis 2023 par le président de gauche Gustavo Petro, connaît, convient-il de relever, les pires relations bilatérales de son histoire avec les États-Unis depuis le retour du président Trump à la Maison Blanche. Du dossier migratoire à la guerre de Gaza, en passant par la lutte contre le narcotrafic, tout oppose ou presque le dirigeant sud-américain à Donald Trump. Tarifs douaniers, restrictions de visas, menace de mettre fin au financement de l’armée colombienne, rien n’y fait… Le président colombien a même été inscrit sur la fameuse liste Clinton de l’OFAC, le plaçant lui et plusieurs de ses proches sous la coupe de sanctions du Trésor américain. La question est de savoir, à l’ombre de la situation présente, si l’escalade actuelle le concerne également, à cinq mois des élections présidentielles de Colombie qui auront lieu dans un contexte sans précédent de virement à droite, depuis 2022, des gouvernements élus dans les pays de cette partie du monde.

Les nouveaux facteurs de la puissance américaine et israélienne
Par
Jad Akhawi
Publié
janv. 2, 2026 - 11:05

C’est une grave erreur d’aborder l’expansionnisme américain et israélien sous le même angle, malgré la convergence apparente de leurs projets à des moments régionaux charnières. Les confondre masque non seulement les différences structurelles fondamentales, mais nous induit également en erreur quant à la nature des conflits actuels et aux formes de contrôle exercées au nom de la sécurité, de la dissuasion ou de la « stabilité ». L’expansion, en tant que concept politico-stratégique, n’est pas unique dans ses motivations ni dans ses outils, même lorsqu’elle aboutit à des résultats similaires. Ce qui unit aujourd’hui les États-Unis et Israël n’est pas un projet unifié, mais plutôt une convergence d’intérêts et un ensemble d’outils partagés, à un moment de transition où le sens du contrôle et de l’influence se redéfinit. Premièrement : L’expansion américaine… Un empire sans cartes Historiquement, l’expansionnisme américain ne s’est pas limité à une expansion géographique au sens classique des empires antiques ou du colonialisme européen. Depuis la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont bâti leur influence mondiale sur des fondements différents : la domination économique et commerciale comme pilier de leur puissance, et la force militaire comme instrument de protection de cette influence, et non comme une fin en soi. Washington ne cherche pas à annexer de territoires, ni à hisser des drapeaux sur la carte. Ce qu’il souhaite, c’est : • Ouvrir les marchés et les intégrer à l’économie américaine, • Protéger les voies d’approvisionnement et énergétiques, • Imposer les règles du système financier mondial, • Contrôler les chaînes d’approvisionnement et les technologies. En ce sens, l’expansion américaine est une expansion de l’espace économique, et non des frontières. Un pays peut être politiquement « indépendant », mais économiquement dépendant, lié au dollar, dépendant des institutions financières internationales ou tributaire du marché américain. Ici, le contrôle s’exerce sans occupation, et l’influence sans administration directe. Même l’intervention militaire américaine, lorsqu’elle a lieu, est souvent présentée comme un moyen de garantir ce système : protéger les alliés, prévenir les effondrements des marchés, sécuriser les routes maritimes ou contenir les forces qui menacent les équilibres économiques mondiaux. Par conséquent, ces dernières années, Washington a eu tendance à réduire son implication militaire directe sans pour autant renoncer à son influence, opérant ainsi un net passage de la « guerre conventionnelle » à une « gestion intelligente des conflits ». Deuxièmement : L’expansion israélienne… La terre comme identité, et non comme outil À l’inverse, le projet israélien repose sur une logique radicalement différente. L’expansion israélienne est à la fois idéologique et historique, la terre constituant le cœur du projet sioniste, et non un simple moyen. De la « Terre promise » à la doctrine des frontières fluides, la géographie est restée un élément d’identité et de survie, et non une simple sphère d’influence. Dans ce contexte, l’expansion est indissociable du récit fondateur d’Israël, où la terre est présentée comme : • un droit historique, • une garantie de sécurité, • une condition de l’existence et de la continuité de l’État. Cependant, cette logique, malgré son ancrage idéologique, s’est heurtée aux réalités politiques, démographiques et sécuritaires qui ont fait de l’occupation directe un fardeau plutôt qu’un atout. Le contrôle prolongé du territoire s'avère coûteux à plusieurs égards : • La résistance constante épuise l'armée, • Les contraintes démographiques menacent le « caractère juif de l'État », • La pression internationale croissante accentue l'isolement politique. Par conséquent, le projet israélien n'a pas renoncé à l'expansion, mais l'a redéfinie. Troisièmement : De l'occupation au contrôle… L'expansion sous une nouvelle forme Dans la transformation israélienne actuelle, l'expansion ne se résume plus à l'annexion ou à l'administration directe de territoires. Aujourd'hui, s'étendre signifie contrôler un territoire sans l'occuper, c'est-à-dire le maintenir dans sa sphère d'influence, et non à l'intérieur des frontières de l'État. Dans ce contexte, la supériorité aérienne et la domination technologique apparaissent comme des outils modernes d'expansion. Le ciel se substitue à la terre, et la technologie remplace l'administration civile et militaire directe. Ce modèle repose sur des éléments clairs : • Un ciel ouvert sans dissuasion efficace, • Une supériorité en matière de renseignement et de technologie permettant une surveillance constante, • La capacité de frapper n’importe où et n’importe quand, • L’imposition d’un sentiment de souveraineté amoindri aux adversaires. Dans ce modèle, le territoire n’est peut-être pas officiellement occupé, mais dans les faits, il est dépourvu de pleine souveraineté. Les décisions en matière de sécurité, la liberté de circulation et même la stabilité quotidienne restent tributaires de la volonté de la puissance dominante dans les airs. Quatrièmement : Unité des outils… et non unité du projet Ici, les logiques américaine et israélienne convergent, au moins temporairement, non pas parce que les projets sont identiques, mais parce que les outils du contrôle moderne sont désormais partagés. Les États-Unis, qui gèrent leur expansion par l’économie et les marchés, trouvent dans ce modèle israélien un moyen de contrôler la région sans s’y impliquer directement. Washington ne s'oppose pas à la supériorité aérienne israélienne tant qu'elle : • Prévient un conflit régional majeur, • Contient les adversaires dans certaines limites, • N'entraîne pas les États-Unis dans une guerre à grande échelle. Réciproquement, Israël profite de cette couverture américaine pour consolider son modèle de contrôle à distance, maintenant ainsi sa capacité de dissuasion sans supporter le fardeau d'une occupation directe. Cependant, cette convergence demeure une convergence d'intérêts, et non une fusion de projets. Lorsque les calculs économiques américains se heurtent aux aspirations idéologiques israéliennes, les différences apparaissent clairement, comme en témoignent les limites de la guerre, le calendrier de l'escalade et la gestion des crises majeures. Cinquième point : Le Liban comme modèle… La souveraineté sous le ciel Cette transformation est particulièrement visible dans le cas libanais. Le Liban n'est pas aujourd'hui un État occupé au sens classique du terme, mais il n'est pas non plus un État pleinement souverain. Les violations quotidiennes de son espace aérien et la capacité d'Israël à mener des opérations aériennes et de renseignement sans véritables obstacles placent le pays au cœur de ce nouveau modèle expansionniste. Ici, nul besoin d'occuper le territoire : • Le ciel suffit, • La technologie suffit, • Et l'équation de la dissuasion, déformée, suffit à imposer les réalités politiques et sécuritaires. Voilà l'expansion sous sa forme contemporaine : pas de chars aux frontières, mais un contrôle aérien. Pas de drapeaux hissés, seulement une décision de souveraineté suspendue. Un contrôle à moindre coût… la forme d'expansion la plus dangereuse. En définitive, on ne peut comprendre les transformations régionales sans reconnaître que l'expansion n'est plus ce qu'elle était. Voilà. La possession du territoire n'est plus une condition préalable au contrôle, et l'occupation n'est plus la seule forme de domination. Nous entrons dans une phase où les conflits sont gérés par des moyens moins ostentatoires, mais plus profonds et plus insidieux. Les États-Unis gèrent leur expansion par l'économie et le commerce, et Israël par la puissance aérienne et la technologie, mais l'objectif commun est le même : contrôler au moindre coût et avec la plus grande influence. C'est là que réside le danger de la phase à venir, car ce type d'expansion est moins manifeste, plus difficile à contrer et plus susceptible de perdurer… sans être désigné par son vrai nom.

Le théâtre yéménite révèle une montée des frictions entre alliés du Golfe

Ravagé par près d’une décennie de guerre civile opposant le gouvernement reconnu internationalement aux rebelles houthis soutenus par l’Iran, le Yémen est désormais confronté à une nouvelle ligne de fracture. Une confrontation avec les séparatistes du Sud est venue bouleverser l’équilibre du conflit et opposer deux alliés régionaux de longue date : l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Les tensions se sont accrues début décembre, lorsque le Conseil de transition du Sud (CTS), mouvement séparatiste soutenu par les Émirats arabes unis mais officiellement membre de la coalition anti-houthis, s’est emparé de vastes territoires dans l’est du Yémen, s’assurant la maîtrise de la province de l’Hadramout ainsi que d’une large partie de la province voisine de Mahra. Mardi, l’Arabie saoudite a mené une frappe aérienne visant le port de Mukalla, dans l’est du pays. Riyad a accusé publiquement Abou Dhabi d’adopter un comportement « extrêmement dangereux » en appuyant les séparatistes, rappelant que sa sécurité nationale constituait « une ligne rouge ». Les forces émiraties se sont ensuite retirées du Yémen à la suite d’un ultimatum saoudien. Le CTS veut rétablir un État indépendant dans le sud du Yémen, région qui avait formé la République démocratique populaire du Yémen entre 1967 et 1990, avant son unification avec le Nord. L’Hadramout, la plus vaste province du pays, couvrant près d’un tiers du territoire national, concentre l’essentiel des gisements pétroliers yéménites, une ressource clé pour les finances publiques. L’avancée du CTS a permis au mouvement d’atteindre la frontière saoudienne, dans une région d’importance historique et symbolique, d’où sont originaires plusieurs grandes familles saoudiennes influentes. Les Ben Laden, Bakhachab, Al-Jafali, Al-Amoudi ou encore Al-Zamel ont toutes des origines « hadramies » et disposent d’entreprises éponymes ayant un rôle majeur dans l’économie saoudienne. Des véhicules militaires endommagés, qui auraient été envoyés par les Émirats arabes unis pour soutenir les forces séparatistes du Conseil de transition du Sud (CTS), à la suite d'une frappe aérienne menée par la coalition dirigée par l'Arabie saoudite dans le port de Mukalla, dans le sud du Yémen, le 30 décembre 2025. (Photo AFP) Si Riyad dit privilégier un Yémen stable et non hostile à sa frontière sud, Abou Dhabi inscrit son action dans une stratégie régionale plus large. Les Émirats arabes unis cherchent à renforcer leur influence en mer Rouge et dans la Corne de l’Afrique, en s’appuyant sur un réseau d’alliés dans le sud yéménite. Par ailleurs, Abou Dhabi mène, depuis une dizaine d’années, une politique étrangère active au Moyen-Orient et en Afrique, notamment pour contrer les mouvements liés aux Frères musulmans, considérés par les autorités émiraties comme une menace pour la stabilité régionale. Les Émirats arabes unis sont notamment devenus le principal soutien financier de l’Égypte depuis le renversement en 2013 du président islamiste Mohamed Morsi. Au Soudan, leur soutien aux Forces de soutien rapide (FSR), engagées dans une guerre contre l’armée régulière, est un secret de Polichinelle. En Libye, Abou Dhabi soutient le maréchal Khalifa Haftar, opposé au Gouvernement d’union nationale reconnu par la communauté internationale. En 2020, les Émirats arabes unis ont normalisé leurs relations avec Israël dans le cadre des accords d’Abraham, une initiative à laquelle l’Arabie saoudite refuse d’adhérer tant qu’il n’y a pas de perspectives pour la création d’un État palestinien. Cette normalisation s’inscrit dans une convergence stratégique face à des adversaires communs, notamment l’Iran et certains groupes islamistes. Abou Dhabi a par ailleurs renforcé ses liens économiques et sécuritaires avec le Somaliland, territoire autoproclamé indépendant de la Somalie. Le groupe Dubai Ports World a ainsi investi 442 millions de dollars dans le port de Berbera, situé sur le golfe d’Aden. La semaine dernière, Israël est devenu le premier État à reconnaître officiellement l’indépendance du Somaliland, une décision que le site Axios attribue, citant des responsables israéliens, à une médiation des Émirats arabes unis…

Un front Israël–Grèce–Chypre face à l’influence turque
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LevantTime .
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déc. 29, 2025 - 22:55

La signature d’un plan de coopération militaire trilatéral entre Israël, la Grèce et Chypre pour 2026 marque une étape significative dans la consolidation d’un axe sécuritaire en Méditerranée orientale. Officiellement, l’accord, divulgué dimanche dernier par l’armée israélienne, prévoit un renforcement des exercices conjoints, des formations croisées et du dialogue militaire stratégique. Mais au-delà de son habillage technique, il s’inscrit dans une logique plus large de dissuasion collective, dans un contexte de montée en puissance de la Turquie sur les plans militaire, diplomatique et maritime, notamment autour des zones économiques exclusives, des routes énergétiques et des espaces aériens contestés. Le projet, évoqué depuis plusieurs mois, de mise en place d’une force de réaction rapide - non permanente mais rapidement mobilisable sur terre, en mer et dans les airs - illustre une évolution doctrinale majeure. Il ne s’agit plus seulement de coopérations ponctuelles ou bilatérales, mais bien de la construction progressive d’une capacité opérationnelle multinationale crédible. Dans une région marquée par la guerre à Gaza, l’instabilité syrienne, les tensions persistantes au Liban et la compétition autour des ressources gazières, cette approche vise autant à prévenir les crises qu’à y répondre. Supériorité aérienne israélienne Ces dernières années, les actions de la Turquie ont contribué à renforcer le sentiment de menace partagé par Athènes, Nicosie et Tel-Aviv : Violations répétées de l’espace aérien en mer Égée, manœuvres navales en Méditerranée, activisme en Libye et volonté d’ancrer durablement son influence en Syrie ont convaincu ces capitales qu’Ankara teste les limites régionales. Pour Israël, la crainte est qu’une influence turque accrue ne finisse par restreindre sa liberté de manœuvre, notamment dans les espaces aériens libanais et syrien. Cette dynamique trilatérale s’inscrit dans un cadre régional plus large, où sécurité énergétique, liberté de navigation et projection militaire y sont désormais étroitement imbriquées. Elle reflète également une tendance structurelle : la régionalisation de la sécurité, à mesure que l’engagement direct des grandes puissances occidentales se fait plus sélectif. Dans le même temps, la Turquie multiplie les initiatives visant à consolider son influence. Ankara s’implique dans la force multinationale déployée dans la bande de Gaza et mène des discussions avec les deux gouvernements rivaux libyens en vue de négocier un nouvel accord maritime. Une telle démarche pourrait renforcer sa position dominante dans l’espace maritime de la Méditerranée centrale et orientale, au détriment de ses voisins. Le partenariat entre Israël, la Grèce et Chypre ne date pas d’hier. Cette coopération militaire s’est développée de manière continue depuis l’arrivée au pouvoir du président turc Recep Tayyip Erdogan en 2003. Dès la fermeture de l’espace aérien turc aux avions israéliens, des pilotes de l’armée de l’air israélienne ont trouvé en Grèce un vaste terrain d’entraînement. Les exercices conjoints se sont intensifiés, la coopération en matière de renseignement s’est approfondie et, au début des années 2020, cette relation s’est institutionnalisée par des accords de défense à long terme et d’importants contrats d’armement. Dans ce contexte, les critiques formulées par le président turc Recep Tayyip Erdogan à l’encontre du sommet trilatéral israélo-grec-chypriote témoignent de la centralité de cette recomposition stratégique. Tout en réaffirmant le soutien d’Ankara à Gaza, le chef de l’État turc a dénoncé toute atteinte aux « droits » de la Turquie en Méditerranée.

Les États du Golfe : à la recherche d’une puissance bien spécifique (3/3)
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Jean-Patrick Dayras
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déc. 29, 2025 - 15:41

Les États du Golfe ont émergé et se sont enrichi, certes, à la faveur de l’exploitation de leurs ressources, mais ils ont effectué, par paliers rapidement franchis, une véritable conversion cybernétique qui s’apparente à une révolution au sens propre. L’ère du soft power dans laquelle ils se sont engagés a été atteinte à la faveur de réorientations, d’observations, de transformations et d’adaptations grâce auxquelles ils sont devenus une puissance régionale. Ils ont par la suite élargi leurs aptitudes et développé leur domaine d’actions multiservices, ce qui leur a conféré un statut de niveau mondial. Mais ces États ne voulaient pas en rester là. Le dynamisme qui leur a permis d’atteindre les buts recherchés ne s’est pas arrêté à ce stade. La volonté et l’énergie qui ont marqué toutes ces transformations existentielles les ont amenés à prendre le train qui configure un nouveau monde, celui des réseaux, des data, de leur traitement et de leur gestion: le monde des flux, de la connectivité, celui de l’espace aussi. Ils deviennent des acteurs importants dans le nouveau schéma de la mondialisation; ils sont au stade du « smart power ». Les États-Unis sont perçus comme les protecteurs aux plans militaire et stratégique. Pour le reste: parler avec tout le monde et intervenir là où sont perçus leurs intérêts. Agir dans les domaines dans lesquels ils accroîtront leur richesse, maintiendront le statut qui est le leur, de manière à développer et à affermir leurs positions. C’est la raison pour laquelle l’Arabie saoudite et les Émirats Arabes Unis ont voulu être acceptés dans le groupe BRICS+ ; le Koweït et Bahreïn ont posé leur candidature. Les pays du Golfe dont il est question sont-ils puissants? Le sont-ils tous ensemble? Indépendamment l’un de l’autre? Une autre façon de poser la question: ont-ils les moyens de la puissance? Il apparaît clairement que leur puissance est relative et sélective. En se référant à la définition succincte, mais fondée, de Raymond Aron, les États du Golfe sont loin d’être puissants. Mais tous ensemble et chacun jouant partiellement et individuellement sa partition, ils s’affirment comme un centre névralgique incontournable dans nombre de problèmes régionaux et mondiaux. Leur sagesse dans beaucoup de dossiers difficiles à résoudre, leur savoir-faire en tant que médiateurs, leurs positions politiques et stratégiques affirmées et souvent très claires les placent au-dessus de certains pays où il serait vain, illusoire, d’engager des négociations. Économie, Finances, Diplomatie, Écoute, Positions intra et extrarégionale, Entrée dans les BRICS+, Armements modernes et de qualité dédiés à leur propre défense, Développement industrialo-maritime et portuaire, Commerce, Tourisme, Evènements mondiaux sportifs, culturels, artistiques : la liste de leurs avantages est longue. Elle constitue la preuve de la multiplicité de leurs atouts, leur conférant une stature internationale. Leur puissance n’est pas celle que l’on pourrait attendre de grands pays, mais elle est en marche. Le passage du hard power au soft power était une évolution. Le passage au smart power est une révolution à l’issue de laquelle nul n’est encore à même de dire jusqu’où elle ira et qui seront les vainqueurs. Prenons en compte ces Etats du Golfe. Leur puissance, c'est leur importance dans tous ces secteurs d’excellence. Leur volonté, c'est d’être présents là où le monde compte déjà sur eux, là où ils estiment que leur place doit être. NB : L’importance de ce sujet a incité les organisateurs de la 4 ème édition des Rencontres Stratégiques de la Méditerranée (RSMed 2025), colloque organisé à Toulon (France) chaque année depuis 2022 par la Fondation Méditerranéenne d’Etudes Stratégiques (FMES), à lui consacrer une table ronde dans la programmation des journées des 8 et 9 octobre 2025. Lire sur le même thème : Les États du Golfe, du pétrole à la puissance (1/3) Les États du Golfe, du régional à l’international (2/3)

Pourquoi Israël parie sur le Somaliland ?
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LevantTime .
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déc. 28, 2025 - 21:30

La reconnaissance officielle du Somaliland par Israël, annoncée vendredi dernier par Benjamin Netanyahu, offre un nouveau regard sur la sécurité de la mer Rouge, la stabilité de la Corne de l’Afrique et les équilibres géopolitiques mondiaux. Si le gouvernement israélien compte exploiter les retombées positives de sa diplomatie, des avis divergent dans l’Etat hébreu et de par le monde. Le territoire du Somaliland situé au nord-ouest de la Somalie s’étend sur 175.000 km², il est peuplé d’environ cinq millions d’habitants. Il correspond à l'ancienne colonie de la Somalie britannique, alors que l’Italie avait occupé le reste du pays. Le territoire a déclaré son indépendance en 1991, pendant que la République de Somalie sombrait dans le chaos après la chute du régime militaire de l'autocrate Siad Barre. Le Somaliland, contrôle une façade maritime stratégique sur le golfe d’Aden, à proximité immédiate du détroit de Bab el-Mandeb, passage clé reliant l’océan Indien à la mer Rouge et au canal de Suez. Environ 10 % du commerce maritime mondial transite par cette zone. Point stratégique majeur Depuis plusieurs années, cette route est fragilisée par les attaques des Houthis yéménites, soutenus par l’Iran, contre des navires commerciaux, dans un contexte de conflit régional élargi depuis la guerre de Gaza. Pour les partisans de la reconnaissance, ce facteur géographique est central. Israël, engagé sur plusieurs fronts sécuritaires, voit dans le Somaliland une plateforme potentielle de coopération en matière de renseignement, de surveillance maritime et de lutte contre les menaces asymétriques, notamment les drones et missiles. À environ 300 à 500 km des zones contrôlées par les Houthis, le territoire offrirait une profondeur stratégique similaire à celle qu’Israël a développée avec l’Azerbaïdjan face à l’Iran. Une analyse de l'Atlantic Council a révélé que le trafic à Bab el-Mandeb a chuté pendant la crise israélo-palestinienne, et le Fonds Monétaire International a estimé que le volume des échanges à Suez avait diminué d'environ 50 % début 2024. Stabilité politique Au-delà de sa localisation, le Somaliland est présenté par ses soutiens comme une exception régionale. Depuis plus de trois décennies, il dispose de ses propres institutions : Parlement élu, monnaie, armée, police et administrations civiles. Il a organisé plusieurs élections pluralistes, assuré des transitions pacifiques du pouvoir et maintenu une stabilité relative, contrastant fortement avec la Somalie voisine en proie à l’insurrection islamiste des Shabab et à une fragmentation politique chronique. Alignement sur l’Occident Israël met également en avant l’alignement politique du Somaliland. Les autorités d’Hargeisa, capitale de la région sécessionniste, ont multiplié les signaux en direction des puissances occidentales, des Émirats arabes unis, de Taïwan et désormais d’Israël, tout en affichant leur hostilité à l’influence chinoise, turque et islamiste dans la région. Dans un contexte de rivalité accrue entre grandes puissances autour des routes maritimes stratégiques, ignorer un acteur relativement stable et coopératif serait, selon cette lecture, une négligence stratégique. Cette reconnaissance est aussi perçue comme un message adressé à Washington. Plusieurs responsables et analystes israéliens estiment que les États-Unis devraient suivre l’exemple de Tel-Aviv. Ils soulignent que l’attachement américain au principe d’une « Somalie unifiée » ne reflète plus les réalités du terrain, et que la stabilité du Somaliland repose précisément sur sa séparation du système politique dysfonctionnel de Mogadiscio. Des responsables du Somaliland ont d’ailleurs proposé aux États-Unis l’accès à un port stratégique et à une piste d’atterrissage héritée de la Guerre froide, en échange d’une reconnaissance officielle. Système tribal Cependant, cette lecture optimiste est contestée par certains. De nombreux experts estiment en effet que la décision israélienne comporte des risques majeurs et pourrait se révéler contre-productive. Le premier reproche concerne la fragilité interne du Somaliland. Malgré son image de stabilité, le territoire est traversé par de profondes divisions. L'appartenance clanique joue un rôle central en politique, en matière de propriété foncière et de représentation. Guerre hybride Sur le plan strictement militaire, les critiques jugent illusoire l’idée que le Somaliland puisse modifier l’équilibre stratégique face aux Houthis. Ceux-ci ont résisté à des années de frappes aériennes saoudiennes et américaines et continuent de perturber la navigation avec des moyens peu coûteux. Selon cette analyse, seule une campagne terrestre menée par des acteurs disposant d’armées structurées et d’une réelle volonté politique pourrait les vaincre, des capacités que le Somaliland ne possède pas. Territoire d’accueil pour les Palestiniens ? Cette année, des articles de presse ont rapporté que les États-Unis et Israël avaient approché le Somaliland, entre autres pays, au sujet de l'accueil de Palestiniens de Gaza. Ni le Somaliland, qui avait alors affirmé qu'aucune discussion de ce type n'avait eu lieu, ni Israël n'ont abordé cette question dans leurs déclarations respectives de vendredi. Risque terroriste Un autre risque majeur concerne l’extrémisme. Al-Shabab, groupe affilié à Al-Qaïda, a immédiatement condamné la reconnaissance et menacé de combattre toute tentative israélienne « d’utiliser » le Somaliland. Les analystes redoutent que le fort sentiment anti-israélien présent dans une partie de la société somalienne soit instrumentalisé par les islamistes pour renforcer leur recrutement et leur légitimité, en présentant le gouvernement d’Hargeisa comme un allié du « sionisme » et un traître à la cause palestinienne. Condamnations tous azimuts Diplomatiquement, la reconnaissance a provoqué une vague de condamnations. L’Union africaine, la Ligue arabe, le Conseil de coopération du Golfe, l’Organisation de la coopération islamique, l’Union européenne, ainsi que des pays clés comme l’Égypte, la Turquie et la Chine, ont réaffirmé leur attachement à l’intégrité territoriale de la Somalie. Beaucoup d’États africains, eux-mêmes confrontés à des revendications sécessionnistes, redoutent la création d’un précédent. Même les États-Unis, pourtant courtisés par Hargeisa, ont refusé de suivre Israël. Donald Trump a publiquement écarté une reconnaissance immédiate, soulignant l’isolement diplomatique potentiel d’une telle démarche. L’Arabie saoudite, de son côté, a exprimé son opposition, réduisant l’impact de cette initiative sur une éventuelle extension des accords d’Abraham. Samedi, Téhéran a dénoncé une "manœuvre malveillante du régime sioniste" et un "complot visant à désintégrer" la Somalie. Interrogé par le New York Post sur une éventuelle reconnaissance par Washington, le président américain a lui répondu "non," refusant là de suivre son allié israélien. Il a ajouté: "nous allons étudier ça", avant de se demander: "Est-ce qu'il y a vraiment des gens qui savent ce qu'est le Somaliland?"… Entre opportunité géostratégique et facteur de déstabilisation, les effets réels de cette décision ne pourront être mesurés qu’à l’épreuve du temps et des dynamiques régionales.

Les dieux rendent fous ceux qu’ils veulent perdre!
Par
Youssef Mouawad
Publié
déc. 27, 2025 - 16:31

Qui peut croire que la communauté chiite, principalement celle du Sud, va tenir le coup de cette perfide guerre d’usure ? Jour après jour, les frappes israéliennes la narguent, la mettent au défi de riposter et lui imposent un train d’enfer. Si, au départ, la retenue du Hezbollah fut synonyme de maîtrise de soi, ce n’est plus le cas. Et le parti de Dieu ne peut plus prétendre exercer la self-discipline au bout d’un an de provocation. D’où la question de savoir s’il va enfin choisir la voie de la confrontation ou céder aux exigences du désarmement ? La persévérance de l’armée israélienne aurait-elle raison de la patience légendaire des civils ? Car la grogne monte dans une population duodécimaine exacerbée. Chauffée à blanc, cette dernière ne voit pas d’issue à ce conflit, pas plus qu’elle n’y voit d’intérêt. Et qui pourrait encore la leurrer tant l’évidence est manifeste : au lendemain du 7 octobre, elle fut sacrifiée sur l’autel de la Palestine, et voilà qu’un an après, elle doit se faire immoler sur l’autel du nucléaire iranien. Le Hezbollah aura à s’expliquer devant les siens qui ne lui ont pas manqué dans les heures difficiles. Il devra rendre compte tôt ou tard. Puisque après tout, en acceptant les termes du cessez-le-feu, il a rétropédalé. Il ne peut plus prétendre à la résistance, tant il est dans le repli et la contraction. “Per un pugno di dollari” Cette guerre de basse intensité, au long cours toutefois, est épuisante ne serait-ce que pour la santé mentale des populations civiles. Désarroi et anxiété des uns et des autres face au déséquilibre des prestations engagées ! C’est quasiment le tir aux pigeons d’argile où l’agresseur ne risque rien, alors que les victimes tombent à une cadence régulière et que les voies de communication du Sud sont impraticables vu la menace qui vient du ciel. Croyez-vous qu’il y aurait encore longtemps des recrues qui iraient au casse-pipe « per un pugno di dollari » en fin de mois ? Parce que c’est exactement ce qui se passe. Israël peut frapper le Liban sans craindre des représailles sur Naharia, Metulla ou Kiryat Shmona. En ce sens, c’est le parti de Dieu, en personne, qui l’assure de l’impunité tout en envoyant ses combattants à une mort certaine dans les zones périlleuses. Et tout cela, au prétexte de reconstituer son arsenal et ses capacités guerrières ! À quand le grand soir ? Cette situation ne saurait se prolonger. Grogne et rouspétance en milieu chiite commencent à se médiatiser. Ismaïl al-Najjar, youtubeur connu pour ses coups de gueule, s’est exclamé tout dernièrement : qu’attend le Hezb pour relever le gant qu’Israël lui jette à la figure ? S’il recule encore devant l’affrontement, on n’aura plus qu’à « lire la fatiha sur lui » **. En d’autres termes, c’en est fait de sa popularité. Et dans sa jactance, l’imprécateur qu’il est de poursuivre : c’est trop d’humiliation ! Qu’importent donc l’embrasement général et une fin catastrophique ? Alors vivement le Crépuscule des dieux et que le feu ravageur dévaste la région dans son ensemble! Cela dit, il est fort possible que certaines mentalités se prêtent à une vision apocalyptique de la fin des temps, une vision qui hâterait l’éclosion d’un monde régénéré, une catharsis qui porterait la promesse d’une rédemption collective. Cela se conçoit pour des adeptes du millénarisme ! Mais comme nous sommes des compatriotes, et que nous partageons quelque peu le même destin libanais, permettez-nous une brève interruption: Nous n’avons pas signé un pacte faustien avec Méphisto, pas plus qu’avec un pasdaran ou un Houthi. Alors, de grâce, ne nous entraînez pas dans votre chute ! Les dieux rendent fous ceux qu’ils veulent perdre: Sophocle dixit **Ce qui équivaut à l’absoute pour les défunts en un rite chrétien

L’attaque de Daech contre les forces US met Chareh dans l’embarras
Par
LevantTime .
Publié
déc. 22, 2025 - 19:48

L’opération militaire américaine contre le groupe jihadiste Daech (Etat islamique ou EI) lancée dans la nuit de vendredi à samedi derniers fait suite à l'attaque perpétrée le samedi 13 décembre par l’organisation terroriste contre les forces américaines et alliées en Syrie. Cette attaque a été menée par un membre des forces de sécurité syriennes, mettant dans l'embarras le pouvoir à Damas, qui tente de se rapprocher des Etats-Unis. Alors que "plus de 70 cibles" ont été visées sur l'ensemble du pays, le président américain Donald Trump a parlé de "très lourdes représailles". Le chef du Pentagone Pete Hegseth a fait savoir sur X qu’il s'agit d'une "réponse directe" et d'une "déclaration de vengeance" après l'attaque qui a coûté samedi la vie à deux militaires américains et un traducteur en Syrie. L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) a indiqué qu'au moins cinq membres de l'EI avaient été tués dans les frappes dans la province de Deir Ezzor. Parmi eux figure "le chef d'une cellule" de l'EI chargée des drones, a ajouté cette ONG basée au Royaume-Uni mais qui dispose d'un vaste réseau de sources en Syrie. Un membre des forces de sécurité syriennes serait impliqué dans l'attaque de Daech contre les soldats américains, mettant ainsi dans l'embarras le président Ahmad al-Chareh, qui tente de se rapprocher des Etats-Unis et s'est joint récemment à la coalition internationale antijihadiste dirigée par Washington. Après avoir dissous les organes militaires et sécuritaires de Bachar al-Assad qu'il a renversé il y a un an, le président par intérim Ahmad al-Chareh a intégré au sein de la nouvelle armée les groupes islamistes qui lui étaient alliés, dont des jihadistes étrangers. C'est la première fois qu'une telle attaque est rapportée en Syrie depuis sa prise de pouvoir. Plus tôt, le porte-parole du ministère syrien de l'Intérieur avait affirmé que les forces de la coalition internationale, dirigées par Washington, n'avaient pas tenu compte des avertissements de Damas concernant un risque d'infiltration de Daech. "Il y avait des avertissements préalables de la part du commandement de la sécurité intérieure à destination des forces partenaires" dans la région de Palmyre, a déclaré à la télévision d'Etat le porte-parole, Anwar al-Baba. Un responsable militaire syrien qui a requis l'anonymat a indiqué que les tirs avaient éclaté alors que des officiers syriens et américains étaient réunis dans une permanence de la sécurité syrienne à Palmyre. Le Commandement central des États-Unis (Centcom) a déclaré depuis son QG à Tampa en Floride avoir lancé l'opération baptisée « Hawkeye » (Œil de faucon) sur ordre du commandant en chef. « Les forces du Centcom ont frappé plus de 70 cibles dans plusieurs localités du centre de la Syrie à l'aide d'avions de chasse, d'hélicoptères d'attaque et d'artillerie. » a déclaré le communiqué du commandement. « Les forces armées jordaniennes ont également apporté leur soutien avec des avions de chasse. L'opération a utilisé plus de 100 munitions de précision ciblant des infrastructures et des sites d'armement connus de Daech », ajoute le communiqué. Participation jordanienne « Cette opération est cruciale pour empêcher Daech d'inspirer des complots et des attaques terroristes contre le territoire américain », a déclaré l'amiral Brad Cooper, commandant du Centcom. « Nous continuerons de traquer sans relâche les terroristes qui cherchent à nuire aux Américains et à nos partenaires dans toute la région. » « Après l'attaque du 13 décembre contre des militaires américains et syriens, les forces américaines et leurs partenaires ont mené 10 opérations en Syrie et en Irak, ce qui a permis de neutraliser ou de capturer 23 terroristes », poursuit le communiqué. Les frappes ont visé des cellules de l'EI dans les régions de Homs, Raqa et Deir Ezzor, d'après une source sécuritaire syrienne. La Jordanie voisine a dit avoir apporté son soutien à cette opération visant à "empêcher les organisations extrémistes d'exploiter" le sud de la Syrie pour lancer des attentats "menaçant la sécurité de ses voisins et de la région". L'armée jordanienne s'est inquiétée de "la reconstruction des forces" de l'EI. Israël, qui partage aussi une frontière avec la Syrie, a de son côté affirmé avoir "appréhendé" mercredi dans le sud de ce pays un "terroriste présumé affilié" à l'EI qui a été amené en Israël. Près de 80 opérations « Depuis juillet, les forces américaines et leurs partenaires en Syrie ont mené près de 80 opérations pour éliminer des terroristes, notamment des éléments de Daech, qui représentaient une menace directe pour les États-Unis et leurs intérêts à l'étranger », ajoute le communiqué du Centcom. « Au cours de l'année écoulée, Daech a organisé au moins 11 complots ou attentats contre des cibles aux États-Unis. En réponse, les opérations du Centcom ont permis l'arrestation de 119 terroristes et la mort de 14 d'entre eux au cours des six derniers mois, perturbant ainsi les efforts de Daech pour se reconstituer et inspirer des attaques terroristes à l'échelle mondiale », poursuit la déclaration. « Le mois dernier, des militaires américains de la Force opérationnelle interarmées combinée – Opération Inherent Resolve ont collaboré avec le ministère syrien de l'Intérieur pour localiser et détruire plus de 15 sites abritant des caches d'armes de Daech dans le sud de la Syrie. L'opération conjointe a permis de détruire plus de 130 mortiers et roquettes, de nombreux fusils, mitrailleuses, mines antichars et du matériel servant à la fabrication d'engins explosifs improvisés. « Nous avons désormais mené plusieurs campagnes de collaboration avec le gouvernement syrien pour contrer des menaces spécifiques de Daech », a déclaré l'amiral Cooper. « Ce sont là des progrès concrets en matière de sécurité que nous pouvons réaliser sur le terrain grâce à une étroite coopération avec les forces gouvernementales syriennes. » Quid du contingent américain en Syrie ? « Le déploiement de nos forces pour éliminer ces individus renforce la sécurité des États-Unis et de la région », a déclaré Cooper. « Nous continuerons de travailler en étroite collaboration avec nos partenaires syriens pour traquer les réseaux de l'EI et empêcher sa résurgence. » Pendant la guerre en Syrie, déclenchée en 2011 par des manifestations prodémocratie, l'EI avait contrôlé de vastes territoires, dont la région de Palmyre, avant d'être défait par la coalition internationale en 2019. Malgré sa défaite, ses combattants repliés dans le vaste désert syrien continuent épisodiquement de mener des attaques. Le retour au pouvoir de Donald Trump, sceptique de manière générale sur les déploiements de soldats américains à l'étranger, pose la question du maintien de cette présence militaire. Le Pentagone avait annoncé en avril que les Etats-Unis réduiraient de moitié le nombre de soldats américains en Syrie, dont l'effectif total actuel n'est pas officiellement connu. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), basé au Royaume-Uni mais qui dispose d'un vaste réseau de sources dans le pays, la visite de la délégation américaine à Palmyre "s'inscrit dans le cadre d'une stratégie des Etats-Unis visant à élargir leur présence en Syrie", et notamment dans les zones désertiques. Présents en Syrie depuis plusieurs années, les Américains ont créé en 2016 une base à Al-Tanf dans le sud du pays, à l'intersection des frontières de la Syrie, de la Jordanie et de l'Irak. Ils sont également présents dans les provinces de Hassaké et de Raqqa, pour soutenir les Forces démocratiques syriennes (FDS), dirigées par les Kurdes de la "Rojava" (le Kurdistan syrien). Ils combattent des milices pro-iraniennes basées dans la région de Deir Ezzor. Les Forces démocratiques syriennes (FDS), dirigées par les Kurdes et soutenues par les États-Unis, tiennent une part de la rive orientale de l'Euphrate. Elles ont gagné ces territoires en combattant avec le soutien de la coalition emmenée par Washington contre Daech. En effet, les FDS ont été le fer de lance de la lutte contre l'EI chassé de ses fiefs en Syrie en 2019, après une montée en puissance fulgurante en 2014 et la conquête de vastes territoires dans ce pays et dans l'Irak voisin. Daech a été officiellement déclaré "défait" en 2019 à Baghouz, à la frontière syro-irakienne. La coalition internationale dispose également des bases sur le champ pétrolier d'Al-Omar, le plus grand de Syrie, ainsi que sur le champ gazier de Conoco.

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