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Politique

La chute du dernier tabou : le Liban ne sera pas le dernier à signer la paix !

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L'entrée d'un tunnel ferroviaire, autrefois desservi par les lignes reliant le Liban à la Palestine mandataire, est désormais obstruée par du ciment. Ce tunnel se situe près de Naqoura, dans le sud du Liban, à la frontière avec Israël. (Anwar Amro / AFP)
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Par Ali Khalifé
Publié déc. 6, 2025 - 13:08

Les négociations directes entre le Liban et Israël ont officiellement débuté en vue d’aboutir à un accord de paix. Leur condition fondamentale est le désarmement du Hezbollah. D’autres points, essentiels et secondaires, sont sur la table, notamment une coopération économique permettant aux deux pays d’avancer sur la voie du redressement, de la reconstruction du Liban-Sud, et de la sécurité et la stabilisation à la frontière nord d’Israël.

Avant d’entrer dans les détails et les analyses, avant de sonder le point de vue des uns et des autres, et avant de faire une rétrospective des événements qui ont amené le Liban à payer la facture la plus élevée au niveau du conflit arabo-israélien depuis plus d’un demi-siècle, une question toute simple se pose : quelle est l’alternative à la paix avec Israël, au redressement du Liban et à la reconstruction du pays ?

Aucune réponse claire. L’État est absent depuis des décennies et la milice iranienne implantée au Liban décide, seule, quand lancer une guerre, quand conclure une trêve, quand négocier, quand soutenir Gaza, quand provoquer Israël ou déstabiliser les pays arabes voisins. Elle construit des tunnels pour poursuivre les guerres, au lieu de construire des abris et des hôpitaux. Jusqu’au jour où le Hezbollah s’est enfermé lui-même dans une impasse stratégique. La guerre qu’il a déclenchée pour servir le projet iranien sous le slogan de « l’unité des fronts », il n’est plus en mesure d’y mettre fin. 

Téhéran a progressivement levé la couverture qu’il assurait au Hezbollah. Il cherche à gagner du temps pour préserver le régime et il maintient le Hezb pour l’utiliser à nouveau en cas de besoin. Mais Israël refuse désormais tout maintien de la menace représentée par le Hezbollah. Il a repoussé cette milice au nord du Litani, ce qui fut plus simple que de concrétiser la fameuse boutade de Nabih Berri qui avait lancé devant ses visiteurs, qui le mettaient en garde contre la dégradation de la situation, qu’il fallait déplacer le cours du Litani à la frontière avec Israël ! Résultat: le Hezbollah n’agit plus selon les anciennes règles de la dissuasion. En fait, il ne réagit plus du tout… Il a avalisé une trêve, mais une trêve n’est qu’un répit entre deux guerres.

Les responsables libanais, longtemps absents et hésitants, voire dépassés par la réalité imposée de facto, se sont enfin réveillés. Ils ont repris l’initiative, mais ont hésité, puis ont échoué à aller jusqu’au bout dans leur action. Ce qu’ils n’accompliront pas, Israël le fera à leur place — mais le prix à payer sera bien plus lourd.

C’est dans ce cadre précis que s’est produit un événement à caractère historique : la visite exceptionnelle du pape Léon XIV ; une visite qui a pris une dimension politique du fait qu’elle avait pour leitmotiv « heureux les artisans de paix ». Quelques heures à peine après le départ du Saint Père qui a exhorté les Libanais à faire le choix de la paix, la commission de suivi des violations du cessez-le-feu s’est muée en comité de négociations directes entre le Liban et Israël.

Les négociations de paix qui ont été entamées entre le Liban et Israël servent l’intérêt national du Liban. Elles sont dans l’intérêt de la sécurité du Liban et de sa vocation même de « pays-message », plutôt que d’être un « baril explosif ». Elles offrent une alternative au discours du Hezbollah fondé sur la guerre sans horizon, sur « la résistance pour la résistance », dans le seul but de servir l’influence iranienne dans la région.

Les négociations directes entre le Liban et Israël impliquent la possibilité d’aboutir à un accord de paix. Les négociations directes ont longtemps représenté un tabou au Liban, sans que nul ne réfléchisse à la chose ou suscite un débat à ce propos. Si le Liban ne négocie pas avec Israël pour défendre lui-même ses intérêts, qui le ferait alors ? Le Hezbollah discute au nom de l’Iran, au service du projet expansionniste de la Wilayat al-Faqih. Les négociations directes marquent donc la relance par le Liban de son rôle souverain et le début du recul de l’influence iranienne.

Les pourparlers ont été entamés de façon officielle, sérieuse et efficace. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a mandaté une équipe du Conseil de sécurité nationale pour rejoindre la commission technique, dite de « mécanisme », et rencontrer les responsables libanais. La présidence libanaise a annoncé de son côté que le président Joseph Aoun a chargé l’ambassadeur Simon Karam de représenter le Liban. Les négociations directes ne porteront pas seulement sur les violations du cessez-le-feu, mais aussi sur les bases de futures relations économiques et de coopération entre le Liban et Israël.

L’ambassade des États-Unis à Beyrouth a soutenu la démarche dans un communiqué: « Les progrès durables ne sont possibles, souligne le communiqué, que si les appréhensions et les aspirations exprimées par les deux parties libanaise et israélienne sont prises en compte ». L’ambassadeur Michel Issa a salué la décision du gouvernement libanais d’opter pour le dialogue, après des décennies d’incertitude. Il a estimé que les négociations directes constituent une étape constructive sur la voie de l’initiation de processus qui pourraient permettre un jour aux deux pays de coexister dans un climat de paix, de respect mutuel et de dignité. L’ambassadeur a réaffirmé dans ce contexte l’engagement de son pays à soutenir tous les efforts qui renforcent la paix, la stabilité et la sécurité.  

Le début des négociations ne constitue pas la solution en soi, mais elle représente une ouverture importante. Elles se poursuivront parallèlement aux opérations israéliennes visant à démanteler l’aile militaire du Hezbollah et à mettre un terme à ses activités économiques — voire sociales.

Le scénario le plus explosif pourrait venir d’Iran : Téhéran pourrait se lancer dans une confrontation globale s’il perçoit que le rôle du Hezbollah est terminé ou que le régime approche de sa fin. Il pourrait alors sacrifier totalement le Hezbollah pour obtenir quelques gains. Ces différents scénarios pourraient apparaître dans les coulisses des négociations directes entre Liban et Israël.



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