


Même écrasés sous les bombes, même poursuivis par la Némésis syrienne ou la justice internationale, les affiliés au parti de Dieu ne voudront jamais se fondre dans le creuset national ; ils ne joueront pas le jeu comme le ferait le mouvement Amal, si libanais par ses travers, sa rhétorique et ses accommodements. Et pour cause ! Il est dans notre histoire contemporaine un précédent qui laisse dubitatif. Nul n’a oublié le sort réservé aux Forces libanaises qui s’étaient ralliées à l’Accord de Taëf et qui avaient désarmé. Bien mal leur en avait pris : elles virent leur chef jeté en prison et leurs cadres persécutés et assassinés. Certes, ni leurs convictions ne furent reniées, ni leur nombre n’accusa de réduction significative. On loua leur résilience qui fut mise sur le compte de leur endoctrinement, un endoctrinement qui n’allait pas les empêcher de se fondre dans la vie civile sécularisée.
Cela dit, on peut légitimement se demander si la doctrine de wilayat al-faqih et son rapport au sacré sont assimilables par un État de droit qui, rappelons-le, puise sa source dans les libertés individuelles et la laïcité de principe.
Naïveté et cécité
Entretemps, les bonnes âmes n’arrêtent de seriner à qui de droit le leitmotiv « rendez vos armes, retrouvez l’enclos de l’État, vous y occuperez la place qui vous revient de droit ». Or, avant d’être une milice aux dimensions d’une armée, le Hezbollah est depuis son éclosion le fruit d’une vague de fond multiséculaire relevant du théologico-politique. Vouloir en faire un parti politique comme les autres, mais ce serait le dénaturer ! Et le Hezb n’a nulle envie de s’autodissoudre.
À supposer qu’il veuille rendre les armes, le parti iranien n’est pas près de lâcher cette prise qu’est le Liban. N’est-ce pas que les mollahs ont noyauté notre administration à telle enseigne que leurs réseaux parallèles y détiennent un pouvoir décisionnel ? Et pas uniquement un pouvoir de blocage ! Toujours est-il que notre État profond que le Hezb a investi se révèle par « un pouvoir invisible, non détectable parmi les institutions légales et légitimes de la République, mais qui pèse sur les grandes décisions politiques et le fonctionnement sociétal ».
D’ailleurs, les délégués américains, qui se relaient à notre chevet, s’égosillent à nous le rappeler, alors que le pouvoir exécutif récuse le fait avéré et se complaît dans une attitude de confortable déni.
L’exemple allemand de la dénazification
La Deuxième Guerre mondiale ayant touché à sa fin, les Alliés occidentaux prirent sur eux d’éradiquer le nazisme en zones occupées. Ils procédèrent à des enquêtes dans les divers corps de l’Éducation nationale comme dans les professions juridiques, financières, journalistiques, etc. Le processus, pour démocratique qu’il fût, allait donner peu de résultats. En revanche, de l’autre côté du rideau de fer, les troupes soviétiques n’allaient pas s’encombrer de procédures : ce furent des purges de pans entiers de la société, sinon des exécutions sommaires des suspects ou des one way ticket pour le goulag.
Comment « déhezbollahiser » la fonction publique ?
Mais revenons au Liban qui est dans l’impasse. Il ne peut se réformer en s’accommodant de la situation qui prévaut. À quoi rimerait de confirmer dans leurs postes des individus acquis à l’étranger et relevant des officines de Téhéran ?
Pour sortir notre pays de l’ornière, il en faut plus. Et beaucoup plus qu’une démilitarisation du parti des ayatollahs !