Logo Levant Time
Retour à l’article
Politique

Levée des sanctions contre la Syrie: prémices de la reconstruction du pays

Image d'actualité
Portrait de l'auteur
Par Sergio Safadi
Publié déc. 4, 2025 - 18:42

Le 6 novembre dernier, le Conseil de Sécurité des Nations-Unies, sous l’impulsion des États-Unis, a voté la levée des sanctions onusiennes contre le président syrien, Ahmad el Chareh. Cette mesure avait été précédée au début de l’été d’une levée similaire des sanctions imposées auparavant par les États-Unis et l’Union Européenne à la Syrie de Bachar el-Assad au cours de la guerre civile déclenchée en 2011. Cette levée générale des sanctions permettra la réintégration du pays dans le giron arabe et le commerce international, pavant ainsi la voie au retour des investissements et à la reconstruction du pays.

La loi César

La mesure la plus emblématique au niveau des sanctions contre la Syrie d’Assad avait été l’adoption de la loi César par les États-Unis en 2019. Cette loi doit son nom à un militaire-photographe syrien qui avait exfiltré plus de 50000 photos détaillant les exactions du régime baasiste durant la guerre civile.

Atteignant de manière contraignante des secteurs économiques vitaux bien plus vastes que ceux touchés par les autres sanctions onusiennes ou européennes, la loi César pénalisait toute personne ou société qui apporterait un soutien direct ou indirect au régime Assad, particulièrement dans les secteurs de l’armement, de l’énergie, ou encore des services financiers.

Les effets de la loi César

La loi César étrangla financièrement le régime de Bachar el Assad et ses proches qui contrôlaient de larges pans de l’économie. Elle accéléra la chute du régime mais a eu pour effet de couper totalement la Syrie du reste du monde, d’accentuer la dépréciation de la livre syrienne, de plomber l’économie et de favoriser le développement de la contrebande et d’un vaste réseau de trafic de drogue.

Le 30 juin 2025, Donald Trump signa un ordre exécutif abrogeant la loi César. La loi César restera toutefois en vigueur contre Bachar el-Assad et ses proches et sera donc levée uniquement pour tout ce qui se rapporte au régime d’Ahmad el Chareh.

Réhabilitation économique

Le premier pas sur la voie de cette réhabilitation du pays serait le retour au SWIFT (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication), plateforme utilisée par la majorité des banques dans le monde, permettant des transferts de fonds transfrontaliers. En dépit de l’existence d’autres alternatives, la majorité des échanges financiers se fait sur SWIFT.
En juin dernier, la Syrie réalisa son premier transfert sur la plateforme depuis plus de 14 ans.

Après avoir été exclu de SWIFT en 2011 avec le début de la guerre civile, les transferts de fonds transfrontaliers par virement étaient devenus impossible. Il fallait donc se résoudre à utiliser le cash, rendant impossible la vérification de l’origine et de la destination des fonds.

La réintégration à SWIFT permettra plus de transparence dans les transferts d’argent. En effet, la plateforme se base sur un réseau de banques correspondantes qui servent d’intermédiaires et qui sont soumises à des règles de conformité destinées à empêcher, à titre d’exemple, les flux de ou vers les proches de Bachar el-Assad.

Un regain d’activité

Les effets de la levée progressive des sanctions se font déjà sentir. En effet, depuis l’été dernier, une pléthore de forums, sommets et conférences destinés aux investisseurs intéressés par le marché syrien s’est tenue dans diverses capitales arabes.

Selon Ahmad el Chareh, le pays a réussi à attirer près de 28 milliards de dollars d’investissements, principalement portés par l’Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis et le Qatar. Dans cette perspective, la rapidité avec laquelle les fonds nécessaires seront débloqués, l’implication rapide des pays du Golfe, ainsi que la signature d’accords pour l’exécution de gigantesques projets, sur fond de levée progressive des sanctions, sont autant de facteurs qui permettront d’attirer davantage d’investisseurs, stimulant ainsi la reconstruction du pays et sa réintégration dans le commerce international.

En somme, la levée progressive des sanctions est donc, à l’évidence, la pierre angulaire des efforts de reconstruction. Le chemin est encore long et il reste beaucoup à faire. Les défis sont nombreux, mais les opportunités le sont tout autant. Il est fondamental dans un tel contexte d’analyser et d’exposer les défis et les opportunités auxquels doit faire face aujourd’hui le nouveau pouvoir syrien. Affaire à suivre…

Prochain article : La Syrie, entre défis et opportunités : un nouveau souffle (1/3)

Articles liés
Voir tout
Vidéos liées
Voir tout
Podcasts liés
Voir tout