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Politique

Le Levant dans la tourmente : perspectives libanaises et syriennes (2/3)

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Par Jean-Patrick Dayras
Publié déc. 6, 2025 - 12:40

La zone du Levant a connu ces deux dernières années des bouleversements profonds et dramatiques qui ont changé la physionomie géopolitique de la région. Les événements qui se sont succédé depuis l’attaque meurtrière du Hamas contre Israël, à partir de la bande de Gaza, le 7 octobre 2023, semblent avoir pavé la voie à l’émergence d’un nouveau Moyen-Orient, comme ne cesse de l’affirmer le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu.


En cette fin d’année 2025, quel panorama, quelles perspectives et quel bilan politico-sécuritaire peut-on donc dresser au niveau de cette région ? En prenant suffisamment de recul et de hauteur, il devient plus aisé de scruter de près les développements en cours et les changements drastiques dont ont été le théâtre le Liban, la Syrie, Israël, Gaza (et les territoires palestiniens) ainsi que l’Iran.


Déjà fortement ébranlé par l’explosion apocalyptique survenu au port de Beyrouth le 4 août 2020 et par l’effondrement économico-financier de 2019, le Liban se débat en cette fin d’année dans les retombées multiples de l’inqualifiable (et absurde) « guerre de soutien » (au Hamas) déclenchée par le Hezbollah le 8 octobre 2023. Ce conflit armé, voulu vraisemblablement par le régime des mollahs iraniens, a abouti à l’assassinat du chef du Hezbollah Hassan Nasrallah, à l’élimination du commandement militaire du parti chiite, à la destruction de nombreux villages au Liban-Sud et à l’occupation par Israël de cinq positions stratégiques en territoire libanais.


Les engagements du président

À l’ombre d’un tel contexte, il est devenu impératif d’amener Israël à mettre un terme à sa propension à disposer du territoire et de l’espace aérien libanais selon son vouloir, bon ou mauvais. Cela a toutefois une contrepartie : le pouvoir libanais, soutenu par la population, doit décider de faire appliquer les résolutions onusiennes ainsi que tous les engagements pris par le président Joseph Aoun dans son discours d’investiture, le jour de son élection à la première magistrature de l’État, le 9 janvier 2025.


La population libanaise se doit d’appuyer l’action de l’État sur ce plan en étant consciente du fait que le nécessaire démantèlement de l’appareil militaire du Hezbollah et le désarmement global du parti ne se feront peut-être pas sans heurts, mais ils se feront en tout cas au bénéfice de toutes les communautés du Liban, et au premier chef des chiites libanais. Une telle détermination doit s’exprimer sans ambages. Dans ce cadre, la Syrie, l’Iran et Israël doivent admettre qu’il s’agit là pour le Liban d’une démarche volontariste qui ira jusqu’à son terme et qu’elle est, in fine, en faveur de toute la région. Face aux comportements égocentriques et réducteurs des principaux acteurs levantins, force est de relever que le Liban peut, et devrait, jouer un rôle de catalyseur afin d’enclencher une dynamique salvatrice globale.


Quant à la situation purement interne au Liban, les liens qui unissent les différentes communautés libanaises méritent d’être retissés, et seul le président Joseph Aoun pourrait déclencher cette nouvelle « filature ». À cette fin, il doit clairement illustrer par ses actions qu’il a été élu président pour être un chef, dans toute l’acception du terme. Sans une ferme détermination, une volonté claire et nette de sa part, sans le courage dont il a fait montre au cours de sa carrière, le Liban ne pourra pas redevenir l’État florissant et prospère, l’État en paix, qu’il était autrefois.


Le séisme syrien

Il reste que le bouleversement qui a eu le plus lourd impact sur le Liban au cours des derniers mois aura été sans conteste la chute du régime de Bachar el-Assad. Cette dictature syrienne avait imposé au pays du Cèdre pendant un demi-siècle une occupation et une hégémonie qui avaient profondément modifié la physionomie politique du pays.


Le nouvel ordre a émergé en Syrie à la faveur du vide soudain, mais prévisible, provoqué par l’effondrement du régime Assad. Cette chute brutale du pouvoir baasiste s’est accélérée du fait de l’absence stupéfiante de réaction de la part de la base populaire du régime, parallèlement à la débandade de la troupe. Le nouveau régime ne bénéficie pas toutefois, du moins au stade actuel, d’assises solides sur le plan interne. Les exactions perpétrées contre les minorités, sans que les nouvelles autorités interviennent fermement, fragilisent le pouvoir.

Le président Ahmed el-Chareh a été reçu, avec tous les honneurs dus à son rang, par les présidents Donald Trump et Emmanuel Macron. Il est appelé aujourd’hui à apporter la preuve que ces honneurs sont bien mérités. Son avenir et celui de la Syrie – du moins la partie qui est sous son contrôle – sont tributaires de la distance qu’il saura maintenir entre son pays, d’une part, le Hamas et l‘Iran, d’autre part. Il y va de sa survie.


Prochain article : Le Levant dans la tourmente : l’Iran pris dans la tornade


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