


Les deux années qui ont suivi l’attaque du 7 octobre 2023 du Hamas contre Israël ont constitué un véritable point d’inflexion, non seulement pour la zone du Levant, mais également pour l’ensemble du Moyen-Orient. Dans cette tourmente régionale, qui ne s’est pas encore résorbée, l’Iran n’a pas été épargné et a même été frappé durement. Dans un contexte géopolitique en pleine ébullition, la République islamique iranienne est aujourd’hui confrontée à un double défi : redorer son blason au niveau international et se restructurer sur le plan interne, pour être en mesure de faire face aux différents scénarios qui pourraient rapidement poindre à l’horizon.
Les rodomontades à l’extérieur ne sont plus de mise. Le double soutien aux Houthis et au Hezbollah, notamment, doit être mesuré à l’aune des risques encourus, émanant, au premier chef, de celui (le président Donald Trump) qui, pour un temps encore, reste le leader le plus puissant de la scène internationale. Que la Chine, son compétiteur principal, lui impose de ne se consacrer qu’à une lutte entre eux, qui serait féroce, on verrait alors le président Trump régler à sa façon tout différend qui nuirait à sa notoriété et à sa quasi-invulnérabilité. La Chine n’a nulle envie de s’ingérer dans une poudrière moyen-orientale. Elle attend de pouvoir tirer les marrons du feu à son profit lorsqu’elle le jugera possible et opportun.
Quant au plan interne, l’Iran doit prendre les mesures préventives nécessaires pour affronter tous les scénarios qui pourraient se présenter en cas de décès du guide suprême, Ali Khamenei. Trois scénarios peuvent se produire.
Premier cas de figure – Le pouvoir religieux trouve rapidement un successeur au guide suprême, et l’Iran reste ce qu’il est depuis 1979. Mais les Pasdaran n’ont-ils pas d’autre ambition que d’être aux ordres – apparemment – des guides suprêmes ? Certains n’auraient-ils pas l’ambition, après avoir joué le rôle d’un État dans l’État, de devenir les véritables dirigeants de l’État iranien ? Que feraient-ils si, profitant d’une vacance (même transitoire) au niveau du pouvoir religieux, la population (les jeunes et les femmes en particulier) prenait l’initiative de lancer une fronde, voire un soulèvement populaire, ou tout au moins les prémices d’une telle action, afin de faire valoir les aspirations des Iraniens à la liberté ?
Deuxième cas de figure – Le pouvoir civil prend les rênes du pouvoir. Les choix et l’attitude du président de la République islamiste, depuis son accession à cette fonction, montrent sans doute qu’il attend son heure. En témoignent la création récente d’un Conseil de défense nationale (CDN) puis la nomination, approuvée en plus haut lieu, au Conseil suprême de sécurité nationale (CSSN) de Ali Larijani, un modéré. Cela serait-il une position transitoire, en vue d’une intervention rapide pour prendre le pouvoir ?
Sans doute, le président Massoud Pezeshkian présume que la population, notamment la jeunesse et les forces vives du pays, appuierait son intervention. Les circonstances dans lesquelles son prédécesseur est mort accidentellement, lui permettant d’accéder à la présidence, suscitent le trouble. Elles incitent à se poser la question de savoir s’il n’y avait pas une réelle volonté de désigner l’actuel président pour ouvrir la voie à davantage de modération.
Troisième cas de figure – La population manifesterait d’emblée, fermement, si ce n’est violemment, son désir d’évolution dans la gouvernance du pays, qui n’en peut plus sous l’effet des sanctions de plus en plus insoutenables infligées à l’Iran. Le ras-le-bol de la population est accentué, notamment, par les erreurs commises par le régime vis-à-vis des femmes et des jeunes. Il s’exprime, entre autres, par une action clandestine, bien réelle, menée par des Iraniens expatriés ou réfugiés politiques par le biais des réseaux sociaux. Cette situation risque d’aboutir à une guerre civile, dont l’issue ne peut être qu’incertaine et inquiétante.
Le deuxième cas de figure serait, à n’en point douter, le plus souhaitable, mais il présente le risque de déboucher sur des affrontements entre le pouvoir et les chefs des Pasdaran. L’attitude de l’armée régulière, qui n’est pas la plus forte face aux Pasdaran, et des troupes formant la base des Gardiens de la révolution, sera certes déterminante, à l’instar de l’éventuelle sagesse et de la possible vision d’avenir que pourraient avoir les chefs des Pasdaran.
Quant au troisième cas de figure, personne ne le souhaite, ni dans la région, ni en Occident ; pas même la Chine. Néanmoins, un mouvement populaire de grande ampleur pourrait être récupéré par le président de la République, ce qui nous ramènerait au deuxième cas. Le pire n’est pas nécessairement inévitable.
Pour l’heure, le Guide suprême demeure aux commandes. Il essaie de renforcer et de consolider le sentiment national, sans lâcher prise, mais en agissant de façon rationnelle. La politique de la main de fer dans un gant de velours pourrait-elle être maintenue, tout en réalisant l’objectif de la sauvegarde d’une nation forte et unie ?
À l’ombre d’une telle conjoncture, sur le double plan iranien et régional, les sujets de préoccupation des ténors du régime sont-ils aujourd’hui, en priorité, les Houthis et le Hezbollah, alors que Ali Khamenei est affaibli aux niveaux politique et personnel, et fait l’objet de menaces israéliennes ? Probablement pas. Dans cette hypothèse, l’heure du Hamas et du Hezbollah aura sonné.