


Les Etats du Golfe ont émergé et se sont enrichis à la faveur de l’exploitation de leurs ressources énergétiques mais ils ont effectué, par paliers rapidement franchis, une véritable transformation qui leur a permis de s’imposer à l’échelle internationale.
Soucieux de ne pas être seulement «les Etats du Golfe», l’Arabie Saoudite, Bahreïn, les Emirats Arabes Unis, le Koweït, Oman et le Qatar ont aspiré à transformer leur statut purement régional en s’appuyant sur les atouts qu’ils avaient acquis, mais en les multipliant et en les développant sur base d’un processus s’apparentant à une marche forcée, jugée parfois débridée, excessive, mais reflétant une détermination leur permettant de dérouler le fil directeur de leurs ambitions et d’atteindre une reconnaissance mondiale.
La régionalisation qui caractérise ces Etats du Golfe, ils lui ont donnée une dimension internationale. Ils sont devenus ainsi, en tant qu’ensemble, un pivot dans le monde, un point de convergence. Leur image s’est modifiée pour leur permettre de parvenir à ce que l’on pourrait appeler leur entrée dans la globalisation, pour reprendre une expression courante dans le langage anglo-saxon. Ils ont, chacun à sa façon, veillé à ne pas rester isolés et pour cela, ils ont pris soin, en premier lieu, de « parler », de communiquer. Parler avec la plupart des acteurs de la région mais aussi avec ceux qui pèsent, à des titres divers, sur cette partie du monde.
On peut ainsi citer sur ce plan avec les Etats-Unis et l’Europe, la Russie et la Chine, mais aussi la Turquie et l’Iran, ainsi que l’Inde, désormais. Le dialogue tous azimuts : parler avec tout le monde et se positionner pour favoriser les échanges, les rencontres, les pourparlers, les négociations. Autant d’actions pour lesquelles ils occupent désormais une place importante et parfois incontournable. Leurs regards, leur attention, leurs actions, au-delà de la région, entre la mer Rouge et le Golfe, se sont tournés vers l’Est et vers le Nord, et aujourd’hui vers l’Afrique, avec un dynamisme comparable aux autres pays qui diversifient les relations avec le monde, notamment la Russie, la Chine, la Turquie, et plus récemment, de façon encore embryonnaire, le Japon, sans compter à l’évidence tous les Etats anciennement colonisateurs et les Etats-Unis d’Amérique.
Au plan géostratégique, ces Etats ont déployé une diplomatie efficace grâce à laquelle ils peuvent désormais intervenir auprès de l’Iran ou d’Israël, avec une capacité de médiation qui s’appuie sur leur puissance économique, le développement remarquable de leur outil et savoir-faire diplomatique, et leur volonté d’être un acteur incontournable sur lequel le monde peut compter.
Tout cela leur procure une reconnaissance et un rôle qui dépassent peut-être les objectifs initiaux, parce qu’ils ont su mettre en œuvre leurs forces pour atteindre les objectifs fixés et profiter de toutes les opportunités qui se présentaient à la faveur, parfois, de différends régionaux au sujet desquels ils ont su faire preuve de sagesse et de diplomatie pour, in fine, affirmer peu à peu un aspect de leur puissance.
Relations, diplomatie, alliances, partenariats, dialogue, médiation, influence… Les Etats du Golfe sont ainsi passés de ce que l’on pourrait appeler leur « hard power » au « soft power ». Le « hard power », ils l’ont assumé en tant qu’exportateurs de matières premières énergétiques et dans leur action dans les domaines des finances, de la construction de centres de conférence et de salles d’expositions, dans les compétitions et l’urbanisme, ou aussi dans le développement de ports d’importance internationale – Dubaï était en 2024 le 11ème port mondial de conteneurs et compte parmi les six principaux acteurs du secteur maritime. Quant au « soft power », ces Etats l’ont développé à la faveur des divers évènements organisés qui ont suscité parfois des critiques mais qui ont toujours été réalisés en ayant recours à des moyens les plus modernes et les plis innovants.
Refusant l’isolement, ils ont décidé de parler avec tous les acteurs de la scène internationale en s’appuyant sur leur puissance économique et diplomatique, refusant l’adage selon lequel « mon ennemi doit être votre ennemi ». Pour quelle raison cela serait une règle ? Ils ne soutiennent pas la Russie qui a envahi l’Ukraine ; faut-il pour autant cesser toute relation avec la Russie ? Ils répondent à leur façon.
Ainsi, les Etats du Golfe ne sont pas un petit partenaire pour la Russie actuellement. Le pragmatisme, non seulement dans ce domaine, leur a permis d’atteindre le statut international qu’ils ont aujourd’hui et d’effectuer ainsi une véritable révolution dans leur mode de fonctionnement, dans leur comportement au niveau des relations internationales et dans les rapports avec les partenaires. Leur credo ? Ne mener que les combats qui sont les nôtres. Il y a des sujets dont il ne faut pas se mêler ; les intérêts des autres ne doivent pas être les nôtres. Il y a ainsi un mélange d’action et de neutralité qui ne doit pas être assimilé à de l’inaction.
N.B. : L’importance de ce thème a incité les organisateurs de la 4ème édition des Rencontres Stratégiques de la Méditerranée (RSMed 2025) – colloque organisé à Toulon (France) chaque année depuis 2022 par la Fondation Méditerranéenne d’Etudes Stratégiques (FMES) – à lui consacrer une table ronde dans la programmation de ces journées (8 et 9 octobre 2025).
Prochain article : Les Etats du Golfe, à la recherche d’une puissance bien spécifique (3/3)