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Opinion

Ce n'est pas la paix qui est en jeu
Par
Jad Akhawi
Publié
juin 12, 2026 - 09:25

Au milieu du vacarme politique et médiatique qui accompagne les négociations en cours entre le Liban et Israël sous parrainage américain, beaucoup s'affairent à poser la question traditionnelle: Israël veut-il la paix? Sommes-nous face à une nouvelle phase dans les relations entre les deux pays, ou simplement à des arrangements sécuritaires imposés par les rapports de force nés de la guerre? Mais la vérité est que cette question, si importante soit-elle, n'est pas la plus importante pour le Liban. La question fondamentale d'aujourd'hui ne porte pas sur ce que veut Israël, mais sur ce que le Liban a réussi à reconquérir pour lui-même après de longues décennies de confiscation de sa décision nationale.

L’affaire Riad Salamé: regarder la paille dans l’œil du voisin…
Par
Antoine Menassa
Publié
juin 9, 2026 - 20:38

Il est ahurissant, curieux, déconcertant, voire étrange et paradoxal, de lire encore aujourd’hui des informations partisanes réductrices, publiées par une presse intéressée et relayées par les réseaux sociaux, au moment où le pays est confronté à des développements cruciaux, tant à l’intérieur qu’à l’international, et que son sort est mis à rude épreuve depuis des décennies. Malheureusement, il ne s’agit pas là d’une «première». Nous nous trouvons face à des manipulations médiatiques visant à faire diversion et à détourner l’attention des sujets brûlants de l’heure, en l’occurrence une guerre sans merci qui entraîne le pays dans une destruction totale et le plonge dans un gouffre socio-économique et financier sans précédent.

Liban: le danger venu de l’intérieur
Par
Najib Zwein
Publié
juin 8, 2026 - 15:22

Les Libanais ont de tout temps répété ce proverbe populaire: «Mieux vaut mille ennemis hors de chez soi qu’un seul ennemi dans la maison.» Et c’est en peu de mots qu’il a résumé, de génération en génération, une vérité politique et nationale immuable: les dangers venus du dehors, si redoutables soient-ils, demeurent moins dévastateurs que ceux qui s’insinuent au-dedans pour frapper l’unité de l’État, paralyser son jugement et saper sa souveraineté. C’est à cette aune que l’on peut comprendre une large part des épreuves que le Liban a traversées au cours des dernières décennies. L’Iran n’a jamais traité avec l’État libanais comme avec un État souverain et indépendant, doté de ses propres institutions constitutionnelles ; il a toujours choisi de passer par des forces et des organisations qui lui doivent allégeance politique et idéologique. Il a trouvé dans les circonstances régionales, au lendemain de la révolution khomeiniste et sous le drapeau de l’«exportation de la révolution islamique», une occasion propice pour tisser des relais et étendre une influence qui déborde largement ses frontières nationales vers plusieurs pays arabes.

Le détroit d’Ormuz, miroir des contradictions du monde
Par
Yakzan Takki
Publié
juin 7, 2026 - 06:25

Le détroit d’Ormuz a placé le monde face à un miroir grossissant de ses propres contradictions, à la manière de la crise du Covid-19 ou de la guerre en Ukraine et à Gaza. La prospérité moderne repose sur la stabilité mondiale et la fluidité des échanges matériels — routes maritimes, molécules, câbles, ports, taux d’intérêt — dans une mondialisation fondée sur l’économie du réel contemporain. Confrontées à une crise énergétique, les réactions suivent désormais un schéma familier: la montée du prix du pétrole rend les énergies renouvelables plus attractives, l’envolée du prix du gaz accroît l’importance des routes plus sûres, et les concepts de souveraineté retrouvée s’imposent à nouveau dans le débat.

Deux affirmations font une nation
Par
Ibrahim Chamseddine
Publié
juin 5, 2026 - 09:26

Entre mes éminents collègues présents à cette tribune consacrée à la Constitution libanaise, je ne suis qu'un novice au milieu d’experts ; mais je suis aussi un citoyen libanais dans une république démocratique et constitutionnelle, sincèrement et sérieusement attaché à sa citoyenneté. Je connais mes droits constitutionnels, y tiens fermement et refuse de les céder au profit d'une communauté confessionnelle ou d’une zaamat quelconque. Car en cent ans d'histoire, le seul besoin constant qu'a exprimé le citoyen libanais, en tant qu'individu, c'est son besoin de l'État, pas celui de la secte ou du zaïm .

Après la tempête, le vent du changement?
Par
Najib Zwein
Publié
juin 2, 2026 - 22:27

Pendant de longues décennies, Israël attendait le moment propice pour liquider ce qu'il considère comme une menace contre son projet, qu'elle soit palestinienne, libanaise ou liée au projet régional iranien. Au-delà de la préparation militaire, il s'employait à aménager les conditions diplomatiques et médiatiques nécessaires à la mise en place d'une couverture internationale pour une grande bataille dont l'ambition était de redessiner le visage du Moyen-Orient. Lorsqu'éclata l'opération «Déluge d'Al-Aqsa» le 7 octobre, le gouvernement de Benjamin Netanyahu fit valoir le discours du «péril existentiel», tirant parti de l'alignement des grandes puissances occidentales et en tête d'elles les États-Unis. Ce fut alors l'occasion historique qu'attendait Netanyahou pour déclencher la machine de guerre dévastatrice, non pas seulement contre le Hamas, mais contre tout ce qui pouvait être classé comme allié ou soutien.

Le Liban dans cent ans
Par
Samir Abdelmalak
Publié
mai 29, 2026 - 21:00

À une époque où les crises et les défis se multiplient, nous lisons chaque jour des articles, études et analyses centrés principalement sur la description de la réalité actuelle et l’examen de ses dimensions politiques, économiques et sociales. Or, malgré l’importance de comprendre le présent, l’excès de focalisation sur le diagnostic de la situation nous a enfermés dans une pensée circulaire: nous tournons sans cesse autour des mêmes constats et des mêmes blocages, sans réellement avancer vers une réflexion sérieuse sur l’avenir du Liban, celui de ses citoyens, et par conséquent celui de la société et de l’État.

Hezbollah, la résistance qui appelle l'occupation
Par
Hassane Chams
Publié
mai 28, 2026 - 21:25

Dans une émission diffusée sur l’une des chaînes satellitaires libanaises, au lendemain du retrait israélien du Liban-Sud en l’an 2000 et dans le contexte d’une certaine «indigestion patriotique» qui affectait quelques-uns, l’ancien ministre libanais de la Défense Albert Mansour s’en prit aux habitants du Golan syrien occupé, qui ne comptaient à l’époque guère plus de vingt mille âmes et avaient choisi la voie de la résistance pacifique contre l’occupation israélienne, leur lançant avec ironie: «Pourquoi ceux-là ne combattent-ils pas l’occupation israélienne?» Nombre de porte-voix du Hezbollah et de ses affidés en firent autant, n’épargnant pas aux habitants du Golan leurs attaques répétées au motif de ce qu’ils qualifiaient d’écart de conduite par rapport au principe «là où il y a occupation, il y a résistance», comme si la résistance ne pouvait s’incarner que dans les roquettes et les projectiles, oubliant qu’il existe une forme supérieure de patriotisme et de résistance qui réside dans l’attachement à la terre, dans le refus de l’abandonner en pâture aux occupants, et dans la préservation d’un héritage, d’une culture et d’une identité. C’est précisément ce qu’accomplirent les Golanais, dans les limites de leurs maigres et modestes possibilités, et de la manière la plus accomplie qui soit. Ce qui contraignit l’auteur de ces lignes à publier, en janvier 2001, deux études détaillées et consécutives dans le quotidien libanais As-Safir , sous le titre «Et ils vous demandent: quand combattrez-vous Israël?», puis à les compléter par un autre article dans «Qadaya An-Nahar» du 29 novembre 2005, intitulé «Lettre au Hezbollah depuis le Golan occupé», où il l’invitait sans ambages à neutraliser le Liban et à préserver son front des affres du conflit avec Israël, maintenant que les Libanais avaient acquitté leur part du tribut.

Liban: face aux crises, Taëf et la garantie du vivre-ensemble
Par
Farès Souhaid
Publié
mai 26, 2026 - 18:41

La nécessité d’une refonte de la formule libanaise, sous prétexte qu’elle serait la «matrice des crises», revient couramment dans le discours politique ces derniers temps. Certains ne sont pas sans parler avec légèreté d'un Liban «autre», quand bien même la région se trouve dans une phase d'une extrême complexité. Certains considèrent, depuis 1989, que l'accord de Taëf est un accord de «nécessité» — au sens où il «ne nous plaît pas», mais la nécessité a ses lois: – la nécessité de mettre fin à la guerre, – la nécessité de passer de la guerre à la paix, – la nécessité de se débarrasser d'un adversaire intérieur,

Quand les Druzes disent : «Assez… il est temps d'aller faire la paix»
Par
Makram Rabah
Publié
mai 23, 2026 - 02:07

Dans le jargon druze, il existe une formule que l'on emploie aux moments de transition : «Assez… il est temps d'aller présenter nos félicitations.» Dans un autre contexte, le même réflexe peut prendre la forme suivante : «Il est temps d'aller présenter nos condoléances.» Il ne s'agit pas là d'une simple courtoisie sociale, mais d'un réflexe politique façonné par l'histoire. Cela signifie qu'un moment s'est achevé, qu'un autre commence, et que ceux qui comprennent le monde tel qu'il est, et non tel qu'ils voudraient qu'il soit, doivent agir en conséquence. Les Druzes ont toujours été sensibles aux changements politiques. La géographie leur a enseigné cela. L'histoire l'a renforcé. La survie en a fait un instinct. Ils n'ont pas toujours besoin de déclarations officielles émanant des capitales pour savoir que le vent a tourné. Souvent, ils le sentent avant les autres.