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Opinion

Dansez sur les bûchers
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Jawad Pakradouni
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janv. 7, 2026 - 11:28

« Et David dansait de toutes ses forces devant l’Éternel. » (2 Samuel 6:14) Danser n’est pas incompatible avec prier. D’ailleurs, le gospel est le parfait exemple que chanter et danser, même durant la messe liturgique, crée une atmosphère de communion et de célébration. « Célébrez l’Éternel avec la harpe, célébrez-le avec le luth à dix cordes! Chantez-lui un cantique nouveau! Faites retentir vos instruments et vos voix! » (Psaume 33.2-3) Il est un prêtre qui a compris qu’à notre époque, le meilleur moyen d’attirer les foules et surtout les jeunes, est d’utiliser la musique. Au moment de l’écriture du livre des Psaumes, le seul instrument bruyant était apparemment le luth à dix cordes; ce prêtre l’a remplacé par la musique électronique: il s’agit du Padre Guilherme, connu pour être le prêtre DJ. Aux dernières Journées Mondiales de la Jeunesse à Lisbonne en 2023 (dont est originaire le DJ), un million cinq cent mille personnes étaient présentes contre sept cent mille dans la dernière édition des JMJ de 2019. Plus que le double de participants, essentiellement des jeunes qui ont dansé au rythme des doigts de Padre Guilherme. Padre Guilherme a prévu de donner une représentation au Liban le 10 janvier prochain. Sauf que, certains compatriotes chrétiens considèrent que les méthodes du prêtre ne sont pas catholiques, qu’il porte atteinte aux valeurs du christianisme et qu’il est blasphématoire. Dix-huit gardiens autoproclamés de la foi ont estimé qu’il fallait sauver le christianisme de ce danger imminent, et ont donc déposé une ordonnance sur requête auprès du juge des référés pour interdire la représentation. De plus, ils ont menacé de bloquer les routes et d’en venir à la violence, s’ils sont déboutés judiciairement. Et pourtant, ces personnes, qui se croient protectrices des valeurs et enseignements chrétiens, ont dû oublier que le chef de l’église catholique, feu le Pape François, avait non seulement approuvé les méthodes de Padre Guilherme, mais avait même béni son casque de disc-jockey, en signe de remerciement à celui qui parvient à rallier des dizaines de milliers de jeunes à la religion chrétienne. Ces mutawe’en rappellent les heures sombres du christianisme médiéval, où toutes celles et ceux qui ne suivaient pas aveuglément des préceptes politico-religieux, étaient promis au bûcher. De nos jours, la censure et les recours judiciaires ont remplacé le feu salvateur. Ces bigots qui voient en Padre Guilherme le mal, appartiennent au même comité de vigilance spirituelle qui voyait en Mansour Labaki un saint homme persécuté et une victime d’une campagne de diffamation. Faire danser les jeunes et propager la joie est à leurs yeux un crime, alors que profiter des jeunes n’est que rumeur. Ils sont identiques à ceux qui ont crié au blasphème, le jour où un prêtre, durant l’enterrement de Lokman Slim, avait entonné le chant réservé à Jésus après sa crucifixion. Le tollé médiatique qui s’en est suivi, avait fait passer le prêtre pour un hérétique. L’obscurantisme n’a ni dieu ni religion. L’année dernière, la pièce « Journée de noces chez les Cromagnons » de Wajdi Mouawad a été annulée. Aujourd’hui, on veut interdire un prêtre qui fait danser. Demain, peut-être David lui-même devra-t-il comparaître pour excès de ferveur chorégraphique. Ce protectionnisme religieux aveugle ne fait que du tort au christianisme. Jean Dion s’est demandé ce que doit penser Dieu des bigots qui pensent savoir ce qu’Il pense. Si cette minorité d’arriérés est réellement les messagers de la foi, Dieu n’aura sans doute jamais été aussi mal représenté et aussi mal défendu….

Entrisme et infiltration nous ont saisis à la gorge!
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Youssef Mouawad
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janv. 3, 2026 - 09:00

Qui a dit que le Hezbollah ne se nourrissait que d’escarmouches et de conflits armés ? Depuis les années quatre-vingt-dix, celui-ci ne cesse de se libaniser, c’est-à-dire d’arrondir les angles et de choisir la voie du compromis. Du moins quant à la forme et pour noyer le poisson ! Certes au point de départ, donc au moment de sa constitution, le Hezb ne cachait pas son jeu. Il affichait haut et fort qu’il comptait instaurer un régime copié, mot pour mot, sur le modèle khomeyniste. Et de ce fait il s’était démarqué du jeu politique national, ce jeu indigne tout juste bon pour les mécréants. Mais, s’étant ravisé, il démarra habilement une entreprise de noyautage de l’appareil de l’État libanais. Tant et si bien qu’en 2005, il commandita auprès de cheikh Afif al-Nabulsi une fatwa l’autorisant à faire partie du gouvernement. La régularité formelle était désormais assurée au bout d’un parcours en douce. Les bien-pensants et les niais mordirent à l’hameçon ; d’après eux, la combinazione libanaise avait fini par récupérer le parti de la révolution islamique. Ce dernier allait donc se libaniser et adopter notre mentalité prosaïque, celle des négociants que nous étions depuis les Phéniciens. Certes, le parti iranien avait mis de l’eau dans son vin, mais lesdits candides et autres crédules avaient crié victoire trop tôt. La réalité allait vite les démentir ! La plateforme démocratique n’allait pas gagner à ce jeu. Le Hezb, qui ne voulait plus faire la fine bouche, avait infiltré l’administration publique pour mieux servir ses desseins, à court comme à long terme. Il allait y insuffler son esprit subversif. Et puisque l’État était à prendre, le tandem chiite allait le domestiquer à partir de ses rouages internes ! Infiltration et noyautage Cet entrisme, traditionnelle pratique marxiste-léniniste, consistait à faire « entrer de manière concertée des membres d’une organisation militante dans une autre organisation rivale, voire dans l’appareil bourgeois ». Quoi de plus simple que cette recette consistant à se saisir du pouvoir et à s’y maintenir ! Le contexte régional et domestique se prêtait à ce jeu de dupes. Et si le parti de Dieu fut et reste des plus reconnaissants à l’égard du président Émile Lahoud, c’est bien parce que sous son mandat présidentiel il s’était insinué à tous les niveaux du pouvoir et de l’administration. Assurés de l’impunité et couverts qu’ils étaient par leurs mentors, les pions infiltrés ou « agents dormants » allaient faire souche dans les services publics comme se hisser dans les voies hiérarchiques. Pour la gestion des affaires courantes, leur allégeance ne faisait pas de doute ; ils obéissaient aux instructions de leurs « officiers traitants » et se faisaient les complices de leurs transgressions. Les méfaits de la « conjuration » L’affaire de la double explosion du port, un funeste 4 août, se révélera être la parfaite illustration d’une conjuration à l’échelle nationale. Et, pour preuve, ne sommes-nous pas toujours à nous poser les mêmes questions ? Comment a-t-on pu stocker des tonnes de matières explosives en milieu urbain, sans connivence à tous les niveaux ? Pourquoi tant de signalements du péril imminent sont-ils restés lettres mortes ? Combien de lâchetés et combien d’assassinats non élucidés n’a-t-on pas relevé ? La belle administration publique que c’était ! Tant de services avaient fermé les yeux, ceux de la justice, comme ceux des douanes et des forces de l’ordre. Et cerise sur le gâteau, la conspiration du silence ! Mission accomplie, messieurs du Hezbollah : votre entrisme a donné ses fruits. Car jamais une telle infiltration n’aura exposé autant de vices et de machinations !

Le Liban après les fêtes: guerre reportée ou paix suspendue?
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Jad Akhawi
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déc. 27, 2025 - 19:23

Les fêtes terminées, l'angoisse revient hanter les Libanais, une question devenue existentielle se posant : le Liban se dirige-t-il vers une nouvelle guerre, ou restera-t-il dans une trêve fragile qui pourrait s'effondrer à tout moment ? Cette question, aussi importante soit-elle, ne suffit plus à elle seule. Derrière elle se profile une question plus profonde et plus dangereuse : si l'initiative militaire vient d'Israël et que le Hezbollah n'a pas réagi depuis le cessez-le-feu, est-ce de la faiblesse ou une décision délibérée ? Et qui, en réalité, a le droit de décider de la guerre et de la paix au Liban ? Le Liban n'est pas aujourd'hui en proie à une guerre ouverte, mais il ne jouit pas non plus d'une paix véritable. Il est enlisé dans une zone grise dangereuse, où le calme n'est pas synonyme de stabilité et où l'escalade n'atteint pas le point de rupture. Cette zone grise, à laquelle les Libanais se sont habitués, épuise silencieusement le pays et le maintien dans une attente perpétuelle de ce qui pourrait venir de l'étranger. Sur le terrain, force est de constater que le Sud-Liban demeure un champ de bataille à ciel ouvert. Les violations israéliennes se poursuivent sous diverses formes, allant de frappes localisées à des démonstrations de force militaires et sécuritaires calculées. Dans ce contexte, Israël ne mène pas une guerre à grande échelle, mais teste la capacité de riposte de l'adversaire, les limites de sa patience et la possibilité d'imposer de nouvelles règles d'engagement au moment opportun. À l'inverse, la retenue du Hezbollah face à une riposte d'envergure depuis le cessez-le-feu est devenue un élément clé du débat public. Certains interprètent ce comportement comme une faiblesse ou une impuissance, mais cette interprétation reste simpliste, voire trompeuse. En termes de capacités militaires et organisationnelles, le parti a-t-il soudainement perdu sa capacité de riposte ou d'initiative ? Sa structure s'est-elle désintégrée ? Son arsenal est-il détruit ? Et son dispositif militaire est-il toujours opérationnel ? Par conséquent, la situation ne saurait se réduire à une simple impuissance militaire au regard de ces questions. La différence fondamentale réside entre la capacité et la décision. La guerre n'est pas une question technique, elle est avant tout un choix politique. La décision du Hezbollah, à ce stade, est présentée comme une attitude de retenue, et non de confrontation. Cette retenue est dictée par des facteurs régionaux évidents. Le Hezbollah fait partie d'un axe plus large mené par l'Iran, et cet axe ne voit aucun intérêt à embraser le front libanais actuellement. La priorité, jusqu'à nouvel ordre, est de gérer le conflit, et non de l'aggraver ; de contenir les affrontements, et non de les déclencher ; et d'utiliser les champs de bataille comme un outil de pression politique, et non comme des arènes de résolution militaire. Outre le facteur régional, il existe un facteur interne libanais, non moins important. Toute guerre de grande ampleur aurait des conséquences désastreuses pour un pays déjà au bord de l'effondrement : une économie paralysée, un État absent, des institutions fragmentées et une société épuisée au point d'être paralysée. Le Hezbollah, quels que soient ses calculs régionaux, comprend qu'une nouvelle guerre l'opposerait non seulement à Israël, mais aussi à une réalité libanaise incapable de supporter de nouvelles destructions, et peut-être même à sa propre base électorale. Inversement, cette retenue ne saurait être ignorée, car elle a un coût politique et moral. La poursuite des frappes israéliennes sans riposte claire soulève de sérieuses questions quant au concept de dissuasion et fragilise le discours sur « l'équilibre de la terreur ». Elle renforce également le sentiment, au sein de la population libanaise, que les décisions militaires sont indépendantes de l'État et ne font l'objet d'aucune responsabilité nationale. Quant aux discours sur la paix, ils méritent eux aussi un examen attentif. La paix que connaît le Liban n'est pas le fruit d'un règlement ou d'un accord, mais une paix de nécessité. Il s'agit d'une trêve imposée par les rapports de force régionaux et internationaux, et non par la volonté souveraine du peuple libanais. Ce type de paix est intrinsèquement fragile, car il est tributaire des calculs d'autrui, et non des intérêts ou de la stabilité de l'État libanais. C’est là que réside le dilemme fondamental : le Liban n’est pas un acteur décisif en temps de guerre ou de paix. Il est une arène où se déroulent les conflits, non un État qui participe aux prises de décision. Il est incapable d’imposer ses conditions, ni de se protéger politiquement, et encore moins militairement. Cette absence constitue le véritable danger et explique pourquoi la question de la guerre ou de la paix reste incomplète si elle n’est pas liée à la reconstruction de l’État et de son rôle. Après les fêtes, il est fort probable que nous n’assisterons ni à une guerre d’envergure, ni à une paix durable. Nous resterons dans cette même zone grise : aucune guerre n’est gagnée, aucune paix n’est instaurée. Israël teste et exerce des pressions, le Hezbollah « retient son souffle et attend », et le Liban en paie le prix. La question n’est pas de savoir si le Hezbollah peut riposter ou non, ni si Israël va intensifier les hostilités aujourd’hui ou demain. La question fondamentale est : combien de temps encore la décision de guerre et de paix restera-t-elle hors du champ de compétence de l’État libanais ? Sans un État capable, le Liban restera suspendu entre une guerre reportée et une paix fragile, pris en otage par des équilibres qu'il ne peut contrôler, et une société qui espère simplement « que le pire n'arrive pas », au lieu d'aspirer à un avenir sûr et stable.

Quand le souverainisme est dénoncé et le populisme récompensé
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Jad Akhawi
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déc. 18, 2025 - 11:39

Au Liban, la politique ne se mesure plus aux résultats obtenus ni à la protection des intérêts nationaux, mais plutôt à la force de la voix, à l'intensité de la rhétorique et à la capacité d'un responsable à apaiser les instincts d'une population divisée et exaspérée. Dans ce contexte, tout ministre qui privilégie le calme, la réflexion posée et l'abnégation devient une cible potentielle d'accusations incessantes. C'est précisément le cas du ministre des Affaires étrangères, Youssef Raji, victime d'une campagne de critiques indissociable d'une crise plus profonde qui affecte le concept même d'État. Depuis sa prise de fonctions au ministère des Affaires étrangères, M. Raji n'a pas agi comme un ministre « populiste » et n'a jamais cherché à instrumentaliser sa fonction à des fins rhétoriques ou pour marquer des points politiques. Il a traité le ministère des Affaires étrangères comme un ministère souverain chargé de protéger la position du Liban à un moment critique de la conjoncture régionale, et non comme une tribune pour des manœuvres politiques. Ce choix, qui devrait aller de soi, est devenu un motif d'accusation au Liban, car la culture politique dominante considère désormais les prises de position péremptoires comme une preuve de courage, l'imprudence comme un signe de faiblesse ou de complicité. Les attaques contre Youssef Raji ne reposent pas sur une évaluation juste de son action, mais plutôt sur une comparaison injuste entre ses actes et ce que ses adversaires souhaiteraient qu'il fasse. On lui reproche de ne pas tenir de propos incendiaires, de ne pas susciter d'espoirs irréalisables et de refuser d'entraîner le Liban dans des conflits qu'il ne peut supporter. Or, ce qui est présenté comme une « faiblesse » n'est rien d'autre qu'une compréhension réaliste de la taille réelle du Liban et des rapports de force qui régissent la région. Le Liban d'aujourd'hui est un État au bord de l'effondrement : une économie dévastée, des institutions fragiles, de profondes divisions politiques et des armes hors de son contrôle qui entravent sa souveraineté. Dans ce contexte, la politique étrangère devient le dernier rempart de ce qui reste de l'État. Toute erreur de jugement, toute déclaration imprudente pourrait isoler davantage le Liban sur la scène internationale, ou le plonger dans une confrontation à laquelle il n'a ni les moyens ni les ressources pour faire face. Youssef Raji comprend cette réalité et la gère avec finesse diplomatique, et non par populisme. Il serait injuste de tenir le ministre des Affaires étrangères responsable de trente années de politiques inefficaces. Raji n'a pas hérité d'un État stable ni d'un réseau de relations solides. Il a hérité, en revanche, de l'image d'un État manquant de crédibilité, perçu avec suspicion par la communauté internationale, qui hésite à s'engager avec lui. Dans cette marge de manœuvre réduite, il s'efforce de réparer ce qui peut l'être, de maintenir un minimum de communication avec la communauté internationale et d'éviter une rupture totale des relations, dont les conséquences seraient catastrophiques pour le Liban. Plus important encore, Youssef Raji n'a pas utilisé sa fonction pour régler des comptes internes, ni transformé le ministère des Affaires étrangères en un instrument de lutte politique locale. Il n'a pas tenu de discours clivant, ni présenté le Liban comme un outil dans un conflit régional. Au contraire, il a cherché à instaurer un discours reflétant l'idéal de l'État, même si celui-ci est faible et fragmenté. Ce comportement, qui devrait être la norme pour tout ministre des Affaires étrangères, suscite suspicion et accusations au Liban, car ceux qui sont habitués à la logique de la domination ne sont pas rassurés par la logique de l'équilibre. Défendre Youssef Raji ne signifie pas prétendre qu'il est infaillible, ni que son action est au-dessus de toute critique. La critique est un droit, et la responsabilité un devoir. Mais ce qui se passe aujourd'hui dépasse la simple critique : il s'agit d'une mise à l'épreuve des intentions, d'une tentative de démanteler tout modèle de responsable politique qui ne recourt pas à une rhétorique populiste. On attend du ministre des Affaires étrangères qu'il soit le porte-parole de la colère populaire, et non le garant des intérêts nationaux, et qu'il apaise une opinion publique éphémère, même au détriment de l'avenir du pays. En ces temps sombres pour le Liban, le calme devient un acte de résistance, et la diplomatie un choix courageux, non un signe de faiblesse. Défendre Youssef Raji, c'est défendre l'idée que le Liban est encore capable, malgré tout, de former des dirigeants qui agissent selon la logique de l'État, et non sous l'emprise du sectarisme, et en fonction des intérêts nationaux, et non de leurs instincts. Ce choix sera peut-être impopulaire et ne suscitera peut-être pas d'applaudissements immédiats, mais c'est la seule option susceptible de protéger le Liban d'un effondrement plus profond. Et dans un pays habitué à punir la raison et à récompenser la folie, défendre la diplomatie devient un combat en soi.

Pleins feux sur les orientations du régime
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Jad Akhawi
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déc. 14, 2025 - 01:53

La rencontre du président Joseph Aoun avec une délégation de « Journalistes pour la liberté » n'était pas une simple formalité protocolaire ni une tribune pour exprimer des positions officielles. Il s'agissait d'un événement politique à part entière, dont la portée dépassait le contenu des discours pour révéler la mentalité de la présidence, ses priorités et les limites de son engagement à ce moment précis. L'aspect le plus important de cette rencontre n'est pas « ce que le président a dit », mais pourquoi il l'a dit, comment il l'a dit et à qui il voulait s’adresser. Premièrement : La rencontre comme acte politique, et non comme simple rassemblement médiatique Le choix d'une délégation de journalistes – ni partisane ni diplomatique – témoigne d'une volonté délibérée de gérer la situation politique directement par le biais de l'opinion publique. La présidence ne s'adresse pas à un adversaire précis, mais plutôt à un climat saturé de fuites et de rumeurs, et elle considère les médias comme un partenaire dans la construction du climat politique, et non comme un simple relais. En ce sens, la réunion suggère que la présidence considère aujourd'hui que son principal combat ne se joue pas contre une faction politique spécifique, mais contre la logique du chaos informationnel qui précède tout débat national sérieux. Deuxièmement : Déconstruire le récit au lieu d'y répondre L'aspect le plus significatif de la réunion a été le passage d'une approche défensive à une approche conceptuellement proactive. La présidence n'a pas seulement cherché à nier les accusations qui circulaient, mais s'est également employée à en déconstruire la structure : comment sont-elles fabriquées ? Pourquoi sont-elles lancées ? Quel est leur objectif politique ? Cette approche indique que la présidence comprend que le danger ne réside pas dans l'accusation elle-même, mais dans sa transformation en « vérité partagée » par la répétition. Par conséquent, la réunion visait à rompre le cycle, et non à le perpétuer. Troisièmement : Redéfinir la position de la présidence sur la question des armes La réunion suggère que la présidence s'efforce de dépolitiser la question des armes. La présidence ne se positionne pas en confrontation directe avec le Hezbollah, ni ne le couvre, mais plutôt comme l'autorité constitutionnelle qui ramène le problème à son cours naturel : celui de l'État. Cette position n'est pas synonyme de neutralité, mais plutôt d'une volonté de s'approprier le dossier au lieu de s'engager dans un conflit. La présidence affirme implicitement : il ne s'agit pas d'une question à négocier entre les parties, mais d'une décision souveraine à gérer au sein des institutions de l'État et selon leurs procédures établies. Quatrièmement : Un réalisme stratégique plutôt qu'un populisme national La réunion révèle que la présidence adopte une nouvelle approche du conflit avec Israël, dissociant les positions de principe des mécanismes de confrontation. L'ennemi demeure l'ennemi et l'occupation demeure une réalité, mais l'approche ne repose pas sur l'émotion, mais plutôt sur des calculs de capacité et de soutenabilité. Ce changement est perçu comme un refus de transformer la guerre en identité politique et une volonté de la maintenir comme un dernier recours, et non comme un outil interne de consolidation d'influence ou de légitimation. Cinquième point : La négociation comme instrument de souveraineté, non comme concession Les conclusions de la réunion indiquent que la présidence ne perçoit pas la négociation comme une faiblesse, mais bien comme un instrument de souveraineté lorsqu'elle est menée dans le cadre de l'autorité de l'État. Les références aux mécanismes de négociation et aux aspects techniques témoignent d'une volonté de sortir ce sujet du discours idéologique et de le replacer dans la sphère diplomatique professionnelle. On observe ici une nette tendance à distinguer la « négociation au nom de l'État » du « compromis au nom des intérêts nationaux », une distinction nécessaire pour rétablir la notion d'intérêt national suprême. Sixième point : L'armée comme garante globale, non comme instrument partiel La réunion a consacré une vision qui considère l'armée comme la pierre angulaire de toute démarche souveraine, et non comme une simple institution de sécurité. L'insistance sur son rôle polyvalent – de la sécurité à la lutte contre le terrorisme – reflète une volonté de la renforcer politiquement et d'empêcher sa réduction à un seul domaine, ce qui pourrait la transformer en partie prenante au conflit au lieu de la maintenir comme arbitre et garante. Ainsi, la présidence place l'armée au-dessus des clivages partisans, déjouant de ce fait toute tentative de la cibler, que ce soit de l'intérieur ou de l'extérieur. Septième point : Les médias : entre partenariat et responsabilité Conclure la réunion par une discussion sur les médias n'est pas un détail. La présidence leur confie une double responsabilité : • Être un partenaire dans la protection de la vérité • Et être responsables lorsqu'ils deviennent un outil de désinformation Cette approche témoigne de la conviction que la souveraineté n'est pas seulement menacée par les armes, mais aussi par l'information, et que le chaos médiatique peut s'avérer plus dangereux qu'un adversaire extérieur. En définitive, la réunion de Baabda n'était pas une simple démonstration de force, mais bien une tentative d'établir une approche de gouvernance fondée sur trois piliers : 1. L'État est l'autorité suprême, et non une entité partisane. 2. Le réalisme politique comme alternative au populisme. 3. La vérité comme fondement de la légitimité. En ce sens, on peut dire que la présidence n'a pas publié de « positions », mais a plutôt esquissé un nouveau cadre d'engagement : un engagement face au chaos, non face aux factions ; face aux récits, non face aux individus. Le message est clair : quiconque souhaite contester l'État doit le faire ouvertement et en s'appuyant sur des faits, et non en secret et par le biais de rumeurs.

Le Levant: Osons l’espoir d’une paix
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Jawad Pakradouni
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déc. 7, 2025 - 17:35

La question suivante a été posée à l’un des programmes de l’intelligence artificielle : le Levant a-t-il connu une véritable période de paix depuis son existence ? La réponse est terrible. La région a connu des moments d’accalmie, mais jamais une paix durable. La seule période que l’on puisse qualifier de stabilité fut la Pax Romana , du premier au troisième siècle. Une paix imposée par l’épée, une pax manu militari . Une paix au prix du sang, que même l’intelligence artificielle serait incapable d’en établir le bilan. Les différents conflits ont été motivés pour des raisons essentiellement religieuses, liées à d’autres considérations politiques ou territoriales. L’ironie du sort veut qu’aujourd’hui, l’unique concept susceptible d’offrir une paix véritable porte le nom du seul ancêtre commun aux trois religions monothéistes qui se sont succédé, et pour lesquelles tant de sang fut versé, et continue de l’être: Avraham, Abraham, Ibrahim. Au nom de Yahvé, d’Allah ou de Dieu, on se pourfend. Et pourtant, beaucoup aspirent à une paix durable, mais cette paix a un prix : celui du pardon. Combien de générations faudra-t-il pour que ce pardon soit enfin accordé, et qu’une paix authentique devienne possible entre des peuples qui s’entretuent depuis des siècles, sur et pour le même territoire ? Pourtant, dans les trois religions d’Abraham, un même précepte est répété et psalmodié: “Je pardonne totalement à quiconque m’a blessé ou offensé.” “Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.” “La rétribution d’un mal est un mal équivalent. Mais quiconque pardonne et rétablit la paix, sa récompense incombe à Dieu.” Ces trois strophes appartiennent respectivement aux trois religions, dans l’ordre de leur apparition. Les crimes commis par chaque camp contre l’autre sont abominables. Et chercher à remonter à l’âge de pierre pour déterminer quel peuple occupait quel territoire est vain et futile. Les Phéniciens, par exemple, s’étendaient jusqu’à Gibraltar. Devons-nous alors revendiquer les pays que nos ancêtres ont colonisés ? Certainement pas, déjà que nous avons du mal à gérer les 10 452 km² de notre petit pays. Il est difficile d’oublier les plaies encore béantes et les pans de ruines fumantes des dernières guerres. Mais les générations futures sont-elles condamnées à porter le poids de nos erreurs ? À un moment, il faut panser le passé et penser l’avenir: Celui de nos enfants, de leurs enfants, et de ceux qui suivront. Deux mille ans d’histoire et de conflits pour quelques centaines d’années d’accalmie: l’équation parle d’elle-même. On ne choisit ni sa famille, ni le pays dans lequel on naît. Mais on peut infléchir le cours des choses. Il suffit de ravaler sa fierté et de pardonner. Le pardon est probablement l’étape la plus difficile de toutes. Le philosophe contemporain Jonathan Lockwood Huie a écrit : “Pardonne aux autres, non pas parce qu’ils méritent le pardon, mais parce que toi, tu mérites la paix.” Notre génération a été bercée toute sa vie par la guerre, avec seulement une quinzaine d’années de répit. Le Liban est peut-être le seul pays au monde à avoir été le théâtre des guerres des autres: guerre des blocs, guerre de soutien, guerre par procuration. Même sa guerre civile n’en fut pas réellement une. Il est temps que notre pays soit enfin épargné des guerres des siennes, et surtout de celles des autres. Peut-être est-il naïf d’espérer une paix durable et de croire que nous pourrions donner tort au refrain des Poppys : “Je voulais, j’espérais que la paix règne en maître… Mais tout a continué, non, rien n’a changé.” À l’heure actuelle, tout semble converger vers un règlement du conflit, l’espoir d’une paix; il est probablement naïf de s’accrocher à cet espoir. Comme l’a écrit Virgil Gheorghiu dans La Vingt-cinquième heure , l’enfer est de perdre tout espoir. Nous subissons déjà un enfer physique au quotidien; nul besoin d’y ajouter un enfer moral. C’est pourquoi, osons la paix….

Politique de déni et suicide collectif
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Jawad Pakradouni
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déc. 5, 2025 - 15:35

Dans le livre d’histoire pour le baccalauréat français, figure un chapitre à la page 138 intitulé «La naissance de l’État d’Israël». Sauf que, bizarrement, on passe de la page 137 à la page 140, les deux pages du chapitre susmentionné étant collées l’une sur l’autre. Ainsi, nos enfants seront épargnés d’apprendre la création d’un pays, que le nôtre refuse de reconnaître, et donc qui n’existe pas officiellement… Bonjour les résultats au bac si ce sujet sera posé. Par contre, l’armée du pays qui n’existe pas, quant à elle, décime tout sur son passage ou lors de ses survols. On pourrait conclure que nous sommes attaqués par des fantômes ou des esprits. Nous n’avons pas besoin de forces régulières ou de soi-disant «résistance» paramilitaire, mais d’un exorciste. Sur un autre plan, la BDL a annoncé l’augmentation des plafonds des deux circulaires 158 et 166, de deux cents et cent dollars respectivement, lesquels ne seront pas palpables mais virtuels (i.e. payables par cartes de débit uniquement). Une chaîne de télévision a interrogé plusieurs personnes qui étaient contentes voire euphoriques de cette décision, de ce cadeau à l’approche des fêtes, ayant tendance à oublier qu’elles ont été initialement spoliées de leurs deniers, se satisfaisant des miettes de leurs propres sous que les banques leur reversent. Par ce merveilleux cadeau, les banques leur font l’aumône avec leur propre argent. Là encore, l’État et les banques refusent de reconnaître leur responsabilité. En temps normal, cette situation aurait été dévastatrice pour les institutions publiques et financières, mais lorsque le peuple est doté d’une mémoire de poisson rouge, et s’évertue à ignorer qu’il a été littéralement volé, adieu les responsabilités et bonjour l’impunité. Et au sujet de l’impunité et de l’oubli, le meilleur exemple est celui du 4 Août. Les autorités refusent une fois de plus de reconnaître une quelconque implication, voire une simple faute administrative, et nous-mêmes avons tendance à oublier ce qui fut l’un des pires cataclysme ayant frappé le pays: the show must go on… La politique du déni est un suicide collectif. Si un jour un livre d’histoire devrait être écrit pour notre pays, les générations futures s’arrêteront probablement à l’indépendance… et pour le reste ce sera des feuilles blanches. En acceptant obséquieusement notre situation, au nom de cette fabuleuse stupidité qu’est la résilience, nous sommes devenus experts à nous effacer avant même d’être écrits….

Pape Léon XIV: le Pays du Cèdre vous a adopté…!
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Salim F. Dahdah
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déc. 4, 2025 - 12:24

Votre Sainteté, vous avez bien voulu choisir ce pays du Levant comme première destination après votre élection à la tête de l’Eglise Catholique, soyez-en remercié ! Votre passage ici, a ressemblé à l’ombre d’un nuage blanc, planant au travers d’un ciel obscur couvert depuis trop longtemps, et filtrant ses rayons sur cet espace géographique, décrit dans les livres d’histoire, comme le pays du lait et du miel, le pays de l’hospitalité et de la convivialité, le pays du Cèdre éternel, majestueux, fort et imperturbable, un pays de rencontre et de brassage entre les cultures et les communautés diverses, et celui de la vie, de l’amour et de la paix régulièrement agressée et souvent violée et violentée…! Mais l’espace d’un moment, votre visite est venue “ouvrir une parenthèse”, et illuminer subitement la vie de tout un peuple, exténué et effondré sous le poids des drames qui le poursuivent depuis des décennies et principalement occasionnés par la guerre des autres sur son territoire ! Par votre attitude discrète et ferme, aimable et résevée , votre regard serein, bienveillant et rempli de sagesse, vos paroles simples, vos ponctuations fortes et profondément ressenties, vous avez réussi à vous glisser très vite, au fond du coeur des grands et des petits, des jeunes et des vieux, des malades et des bien portants, des honnêtes gens et des corrompus, des patriotes et des fossoyeurs de la République, en peu de mots, de tout ce peuple libanais qui vit encore à ce jour, dans des salles d’urgences, entre la vie et la mort, dans un état de chaos épuisant, d’inquiétude permanente, d’insécurité latente et d’instabilité étouffante . Vous avez parlé de paix et de concorde, vous avez rasseréné des coeurs et rappelé à tous la nécessité de prendre conscience de cette solidarité humaine qui enrichit et consolide la foi et les rapports entre les citoyens d’un même pays, ceux d’une société de lumière, d’entraide et de soutien aux plus démunis physiquement et matériellement. Vous avez témoigné haut et fort, sans jamais blesser ou agresser un peuple affaibli et largement éprouvé…! Votre Sainteté, vous qui avez surtout insufflé une bouffée d’oxygène, à tous ses citoyens en déroute, permettez-leur d’abuser de vos conseils et de vos prières, en vous demandant de continuer, après avoir quitté notre petit pays, d’intercéder auprès de la Vierge Marie, pour que la Paix s’y installe en lui ouvrant les voies de sa convalescence et peut ètre un jour prochain, en lui permettant d’accéder à sa “Neutralité permanente”, seule garante de sa stabilité, de sa souveraineté, de son Indépendance et de son épanouissement politique, économique, social et culturel.

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