
« Et David dansait de toutes ses forces devant l’Éternel. » (2 Samuel 6:14) Danser n’est pas incompatible avec prier. D’ailleurs, le gospel est le parfait exemple que chanter et danser, même durant la messe liturgique, crée une atmosphère de communion et de célébration. « Célébrez l’Éternel avec la harpe, célébrez-le avec le luth à dix cordes! Chantez-lui un cantique nouveau! Faites retentir vos instruments et vos voix! » (Psaume 33.2-3) Il est un prêtre qui a compris qu’à notre époque, le meilleur moyen d’attirer les foules et surtout les jeunes, est d’utiliser la musique. Au moment de l’écriture du livre des Psaumes, le seul instrument bruyant était apparemment le luth à dix cordes; ce prêtre l’a remplacé par la musique électronique: il s’agit du Padre Guilherme, connu pour être le prêtre DJ. Aux dernières Journées Mondiales de la Jeunesse à Lisbonne en 2023 (dont est originaire le DJ), un million cinq cent mille personnes étaient présentes contre sept cent mille dans la dernière édition des JMJ de 2019. Plus que le double de participants, essentiellement des jeunes qui ont dansé au rythme des doigts de Padre Guilherme. Padre Guilherme a prévu de donner une représentation au Liban le 10 janvier prochain. Sauf que, certains compatriotes chrétiens considèrent que les méthodes du prêtre ne sont pas catholiques, qu’il porte atteinte aux valeurs du christianisme et qu’il est blasphématoire. Dix-huit gardiens autoproclamés de la foi ont estimé qu’il fallait sauver le christianisme de ce danger imminent, et ont donc déposé une ordonnance sur requête auprès du juge des référés pour interdire la représentation. De plus, ils ont menacé de bloquer les routes et d’en venir à la violence, s’ils sont déboutés judiciairement. Et pourtant, ces personnes, qui se croient protectrices des valeurs et enseignements chrétiens, ont dû oublier que le chef de l’église catholique, feu le Pape François, avait non seulement approuvé les méthodes de Padre Guilherme, mais avait même béni son casque de disc-jockey, en signe de remerciement à celui qui parvient à rallier des dizaines de milliers de jeunes à la religion chrétienne. Ces mutawe’en rappellent les heures sombres du christianisme médiéval, où toutes celles et ceux qui ne suivaient pas aveuglément des préceptes politico-religieux, étaient promis au bûcher. De nos jours, la censure et les recours judiciaires ont remplacé le feu salvateur. Ces bigots qui voient en Padre Guilherme le mal, appartiennent au même comité de vigilance spirituelle qui voyait en Mansour Labaki un saint homme persécuté et une victime d’une campagne de diffamation. Faire danser les jeunes et propager la joie est à leurs yeux un crime, alors que profiter des jeunes n’est que rumeur. Ils sont identiques à ceux qui ont crié au blasphème, le jour où un prêtre, durant l’enterrement de Lokman Slim, avait entonné le chant réservé à Jésus après sa crucifixion. Le tollé médiatique qui s’en est suivi, avait fait passer le prêtre pour un hérétique. L’obscurantisme n’a ni dieu ni religion. L’année dernière, la pièce « Journée de noces chez les Cromagnons » de Wajdi Mouawad a été annulée. Aujourd’hui, on veut interdire un prêtre qui fait danser. Demain, peut-être David lui-même devra-t-il comparaître pour excès de ferveur chorégraphique. Ce protectionnisme religieux aveugle ne fait que du tort au christianisme. Jean Dion s’est demandé ce que doit penser Dieu des bigots qui pensent savoir ce qu’Il pense. Si cette minorité d’arriérés est réellement les messagers de la foi, Dieu n’aura sans doute jamais été aussi mal représenté et aussi mal défendu….







