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Opinion

Le copium de la «Résistance»  ou l'opium du déni
Por
Makram Rabah
Publicado
sept. 12, 2026 - 00:53

En avril 2003, Mohammed Saeed al-Sahhaf offrit au monde l’une des plus grandes performances politiques dans l’art du déni. Le 7 avril, les chars américains avaient pénétré au cœur de Bagdad, leurs images défilant sur les écrans de télévision du monde entier. Pourtant, le ministre de l’Information de Saddam Hussein se tenait devant les journalistes et déclarait, avec l’assurance d’un homme disposant d’informations inaccessibles à l’œil humain, qu’il n’y avait aucun Américain à Bagdad et que les forces d’invasion étaient écrasées et anéanties. Deux jours plus tard, le 9 avril, Bagdad tombait. Al-Sahhaf ne mentait pas seulement. Il rendait un service psychologique à un public qui n’était plus capable d’affronter la vérité. C’est précisément ce qui le rend si contemporain au Liban.

Prodromes d’un clash israélo-turc en Syrie
Por
Youssef Mouawad
Publicado
sept. 5, 2026 - 13:25

La guerre ne s’est pas encore interrompue dans notre sud qu’elle risque de se déclencher chez nos voisins. C’est dire que nous vivons en sursis et d’un conflit à l’autre. Et pour cause! Peu s’en fallut que le bombardement d’une base syrienne ne dégénérât en bataille rangée entre Ankara et Tel-Aviv. C’était le 18 août dernier et Benjamin Netanyahou n’y était pas allé de main morte: son pays n’allait pas tolérer un ancrage militaire turc susceptible de déborder vers le sud syrien. Le message était d’autant plus brutal que huit frappes avaient pris pour cible la base aérienne d’Abou al-Dhouhour, située à 70 kilomètres de la frontière turque.

Retrouver le Grand Liban
Por
Fady Noun
Publicado
août 31, 2026 - 00:12

«Que vaut la vénération d’un fondateur lorsque son œuvre est défaite par ceux qui se prétendent ses héritiers?» Nous avons montré dans un précédent article, en commentant le dicton «charité bien ordonnée commence par soi-même», comment l'histoire du Liban oscille constamment entre un égoïsme communautaire interne (le repli sur sa confession au détriment de l'État) et un «altruisme» idéologique externe (la préférence pour des causes régionales au détriment de la patrie). Dans les deux cas, c'est le projet d'un État libanais démocratique fort et prospère, qui a été sacrifié. Allons plus loin dans l’analyse.

Holà, les janissaires sont à nos portes!
Por
Youssef Mouawad
Publicado
août 29, 2026 - 01:29

Ankara la néo-ottomane avance ses pions dans le Bilad ash-Sham! Et ce n’est pas un bombardement israélien de la base aérienne d’Abou al-Dhouhour le 18 août dernier ou de la banlieue de Damas dix jours après, et encore moins les menaces à peine voilées de Tel-Aviv, qui retiendraient la progression turque en direction du sud géographique et le long de la «mer de Syrie» (1). Tom Barack, ambassadeur des États-Unis en Turquie et émissaire spécial auprès de Damas, aura fort à faire maintenant qu’une rivalité stratégique se concrétise entre Turcs et Israéliens, avec la Syrie et bientôt le Liban comme principal terrain de compétition, voire de confrontation.

Pourquoi les Libanais ont-ils peur du mot «paix»?
Por
Jad Akhawi
Publicado
août 28, 2026 - 12:38

«Heureux les artisans de paix.» Peut-être n’existe-t-il pas de phrase qui résume mieux ce dont le Liban a besoin aujourd’hui que celle portée par le pape Léon XIV lors de sa visite au Liban et dont il a fait l’un des messages essentiels adressés aux Libanais. Sa visite est intervenue dans un pays épuisé par les guerres, les crises et les divisions, pour placer la paix au cœur du discours libanais, non comme une capitulation ou une concession, mais comme un acte, une responsabilité et un projet d’avenir. Mais le paradoxe libanais tient au fait que nous, qui avons tant vécu la guerre, en sommes parfois venus à craindre le mot «paix» lui-même.

«Ne plus subir», ce slogan du sunnisme politique!
Por
Youssef Mouawad
Publicado
août 22, 2026 - 13:26

Les sunnites s’étaient trouvés bien seuls quand l’OLP de Yasser Arafat avait embarqué avec armes et bagages, sur des navires français, à destination de la Tunisie. C’était le 30 août 1982 ; Bachir Gemayel avait été élu président de la République et l’armée israélienne allait investir Beyrouth-Ouest. Avec le départ d’Abou Ammar et de ses contingents qui avaient alimenté la guerre civile et confessionnelle libanaise, une page venait d’être tournée. Constatant l’état des choses, le président Takieddine al-Solh, homme d’État avisé et fin observateur, s’était exprimé avec une amertume, en ces termes: «Les musulmans se sont tant sacrifiés qu’ils en ont péri» (1).

Fouad Chéhab: la reconnaissance tardive d’un grand président
Por
Antoine Menassa
Publicado
août 18, 2026 - 12:59

À l’heure où les réseaux sociaux redécouvrent la modestie et l’intégrité de Fouad Chéhab, un souvenir personnel ravive la mémoire d’un président qui voulut substituer l’État aux féodalités – et que le Liban ne reconnut pleinement qu’après sa disparition. Depuis quelques jours, les photographies du président Fouad Chéhab se multiplient sur les réseaux sociaux. De nombreux internautes célèbrent aujourd’hui sa modestie, son honnêteté et son sens de l’État. L’une de ces images le montre assistant, au début des années 1960, à une messe célébrée en l’honneur de la Sainte Vierge, sur le parvis du sanctuaire de Notre-Dame du Liban, à Harissa, qui surplombe la baie de Jounieh. Cette photographie ravive en moi un souvenir personnel particulièrement émouvant.

«Charité bien ordonnée…» ou les mésaventures du Grand Liban
Por
Fady Noun
Publicado
août 17, 2026 - 15:17

«Charité bien ordonnée commence par soi-même» est un dicton bien utile pour décrire les égarements du Grand-Liban, tels que rendus par la phrase cinglante et lucide lancée par Georges Naccache: «Deux négations ne font pas une nation.» Une phrase qui révèle les tragiques insuffisances de la première génération de Libanais devant un Grand Liban en mal d’affirmation. D’origine augustinienne, «charité bien ordonnée commence par soi-même» signifie tout simplement qu’il faut s’assurer de répondre à ses propres besoins et obligations avant de chercher à aider les autres. Ce concept est parfois détourné pour justifier un comportement individualiste, un manque de générosité ou le fait de faire passer ses intérêts personnels avant une cause collective. En fait, il découle de la théologie de saint Augustin (IVe siècle) et découle de la notion d’ ordo caritatis (l’ordre de la charité). Selon saint Augustin, la charité (l’amour divin) doit suivre une hiérarchie logique: on doit d’abord aimer Dieu, puis s’aimer soi-même de manière saine ou encore «ordonnée» (pour le salut de son âme), avant de pouvoir aimer son prochain.

La guerre des deux récits ou «l’heure sunnite a sonné»
Por
Youssef Mouawad
Publicado
août 15, 2026 - 13:41

«Ça suffit!» se sont écriés trois pays qui s’étaient retrouvés à La Mecque le 7 août dernier. La Turquie, le Pakistan et l’Arabie saoudite, trois puissances complémentaires, viennent de constituer un Otan sunnite auquel ne manquerait pas de se joindre d’autres États en quête de protection militaire ou d’un parapluie diplomatique. L’annonce de la signature dudit pacte a fait naturellement l’effet d’un coup de tonnerre. Et rien qu’à suivre la presse saoudienne de ces derniers jours, on se rend compte de son changement de ton vis-à-vis des mollahs de Téhéran. Finie l’époque où Riyad, capitale du Royaume saoudien, avalait les couleuvres, encaissait stoïquement les provocations iraniennes, et optait pour la résolution pacifique des conflits avec ses agresseurs.

Alternative chiite: et si notre point de départ n’était pas le bon?
Por
Houssam El-Eid
Publicado
août 13, 2026 - 14:13

Une idée tend aujourd’hui à s’imposer comme une évidence dans la vie politique libanaise. Chaque fois qu’il est question de rétablir l’État, de l’avenir du Hezbollah ou de rétablir les équilibres nationaux, le débat finit, tôt ou tard, par revenir à la même question: comment construire une dynamique chiite indépendante? Il est difficile de contester cette question. Elle paraît logique, voire évidente. Il est naturel que tout projet national ait besoin d’une présence chiite indépendante et qu’il faille mettre fin au monopole exercé par une seule force sur la représentation de toute une communauté. Mais les idées les plus dangereuses ne sont pas celles qui paraissent fausses. Ce sont celles qui semblent si évidentes que nous cessons de les interroger.