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Opinion

Cheikh Naïm…  Le monopole de la violence légitime commence à Ali Taher
Por
Najib Zwein
Publicado
août 5, 2026 - 18:24

Avant toute chose, cheikh Naïm, il vous faut comprendre que l’ensemble des Libanais paient aujourd’hui le prix de vos inconséquences politiques, de votre soumission aveugle à l’Iran et de vos décisions unilatérales qui ont entraîné le Liban dans des guerres qu’il n’avait ni choisies ni décidées. Car ceux qui ont conduit le pays à cette situation dramatique et permis le retour de l’occupation israélienne dans certaines parties du Liban-Sud ne sont pas ceux qui s’efforcent aujourd’hui de sauver le Liban. Ce sont ceux qui se sont soumis aux ordres de l’Iran et ont décidé seuls d’entrer en guerre, en dehors des institutions de l’État et de son autorité. Ceux qui ont jeté le Liban-Sud dans une confrontation ouverte et exposé les Libanais à la destruction et au déplacement forcé sont ceux qui ont entraîné le Liban dans une guerre au service du projet iranien, et non ceux qui œuvrent aujourd’hui à sortir le pays de sa crise et à rétablir ses institutions. Quant à ceux qui tentent de sauver ce qu’il reste de la patrie, il s’agit du président de la République, le général Joseph Aoun, et du président du Conseil des ministres, qui s’emploient à rendre à l’État sa pleine souveraineté décisionnelle et à sortir le Liban de la spirale des guerres. L’exemple le plus parlant est la proposition du président de la République de remettre la colline Ali Taher à l’armée libanaise, une proposition que vous avez rejetée, alors même qu’elle avait été acceptée par la partie israélienne. La question qui se pose aujourd’hui n’est pas celle de l’importance stratégique de cette colline, car celle-ci ne fait aucun doute, mais celle des raisons qui vous poussent à refuser d’en remettre le contrôle à l’institution militaire libanaise. Est-ce parce qu’elle constitue le point d’observation le plus élevé sur de vastes secteurs du Sud et que celui qui la contrôle bénéficie d’un avantage décisif en matière de surveillance et de conduite des tirs? Est-ce parce que les infrastructures militaires, les fortifications et les tunnels qu’elle abrite représentent un investissement militaire construit au fil de longues années, au point que sa remise à l’armée signifierait la perte de l’un des principaux éléments de votre puissance sur le terrain? Ou bien la véritable raison est-elle que remettre cette position à l’armée libanaise reviendrait, dans les faits, à reconnaître le principe de l’exclusivité des armes entre les mains de l’État et à transférer la décision militaire aux autorités légitimes? Quelle que soit la réponse, le paradoxe demeure saisissant. Si le choix se résume à remettre cette position à l’armée libanaise ou à la voir détruite par Israël, comment le choix israélien peut-il apparaître comme préférable au premier? Et comment peut-on préférer voir un site libanais détruit par l’ennemi plutôt que placé sous l’autorité de l’institution militaire libanaise? Il ne faut pas perdre de vue, cheikh Naïm, que vous dirigez une milice armée en dehors du cadre de la légalité libanaise. Ni les discours ni les campagnes de dénigrement et d’accusations de trahison n’y changeront quoi que ce soit. L’exclusivité des armes entre les mains de l’État n’est pas un simple slogan politique, mais un principe de souveraineté et un impératif constitutionnel dont il n’y aura pas de retour en arrière. Il sera appliqué, quel que soit le temps nécessaire. Enfin, les négociations directes engagées par l’État libanais, en vertu de sa souveraineté et dans le respect de son intérêt national, ne constituent pas une concession. Elles sont l’un des instruments permettant de recouvrer les droits et la voie la moins coûteuse pour libérer le territoire, obtenir la libération des prisonniers et reconstruire ce que les guerres imposées au Liban au service de projets étrangers à l’intérêt national ont détruit.

Victoire russe ou ukrainienne, quelles conséquences au M.O.? (5/5)
Por
Jean-Patrick Dayras
Publicado
août 2, 2026 - 21:12

La guerre d’Ukraine continue d’être au centre d’un vaste débat entretenu, entre autres, par des bombardements quasi quotidiens qui visent de part et d’autre des centres névralgiques et, plus spécifiquement, les capitales russe et ukrainienne. Afin de mieux comprendre les différentes dimensions de ce vieux conflit, il est nécessaire de revenir sur les prolégomènes et la genèse de ce qui a abouti à cette guerre (fratricide?), en exposant les motivations et les aspirations des différentes parties concernées, dont notamment l’Occident (États-Unis et Europe, élargie à tous les pays de l’Otan, à l’exception de la Turquie), et en rappelant aussi les débuts de l’offensive russe et les échecs des tentatives d’aboutir à une paix, ou tout au moins à des négociations, sachant que les responsabilités dans ce contexte sont multiples. Pour bien cerner les tenants et les aboutissants des divers aspects de la guerre en Ukraine, certaines questions de base devraient être soulevées, d’entrée de jeu. Que représentent ainsi la Russie et l’Ukraine pour l’Occident? Quelles pourraient être les retombées concrètes d’une éventuelle victoire nette de l’un des deux protagonistes? Et par le fait même, quelles seraient les conséquences pour l’Occident et le Proche-Orient? Dans une série de cinq articles, Jean-Patrick Dayras , contre-amiral dans la marine française, expose sa vision et son analyse de la question. Les conséquences de la guerre d’Ukraine sur le Proche-Orient dépendent dans une large mesure de l'issue du conflit, plus spécifiquement de la manière dont celui-ci se terminerait (accord négocié, cessez-le-feu, victoire militaire nette). Si l'Ukraine l'emporte Pour l'Iran L'Iran, qui a fourni à la Russie des drones et renforcé sa coopération militaire avec Moscou depuis 2022, verrait son partenaire régional affaibli. Cela pourrait limiter certaines coopérations technologiques ou militaires, mais l'Iran conserverait d'autres partenaires et ses propres capacités. Pour Israël Israël pourrait considérer qu'un affaiblissement de la Russie réduit l'influence russe en Syrie, mais cela pourrait créer de nouvelles incertitudes si d'autres acteurs cherchent à combler ce vide. Pour la Syrie Une Russie moins capable de projeter des forces pourrait réduire son implication militaire ou financière en Syrie. Cela pourrait modifier les équilibres entre le gouvernement syrien, l'Iran et la Turquie. Pour les pays du Golfe Des États comme l'Arabie saoudite ou les Émirats arabes unis chercheraient probablement à maintenir des relations avec toutes les grandes puissances. Une Russie affaiblie pourrait toutefois avoir moins d'influence au niveau de certains dossiers énergétiques ou diplomatiques. Si la Russie l’emporte Renforcement de l'axe Moscou-Téhéran Une victoire russe renforcera la coopération entre la Russie et l'Iran dans les domaines militaire, énergétique et diplomatique. Syrie La Russie pourrait être en mesure de maintenir, voire de renforcer, son rôle de soutien au gouvernement syrien, selon ses ressources disponibles après le conflit. Israël Israël devrait continuer à composer avec la présence militaire russe en Syrie. Il cherchera à préserver ses mécanismes de coordination avec Moscou, tout en maintenant son partenariat stratégique avec les États-Unis. Turquie La Turquie poursuivra vraisemblablement sa politique d'équilibre entre la Russie et les pays occidentaux. Elle a montré depuis plusieurs années sa capacité à coopérer avec Moscou sur certains dossiers tout en restant membre de l'OTAN. Autres conséquences Énergie Quel que soit le vainqueur, les conséquences sur les marchés pétroliers et gaziers dépendront surtout : De l'évolution des sanctions ou des coûts et de la responsabilité sur le plan des réparations. Des capacités de production et d'exportation. Des décisions de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole et de ses partenaires (OPEC+), où la Russie joue un rôle important. Les pays producteurs du Proche-Orient continueront à adapter leur stratégie en fonction des prix mondiaux et de la demande. Influence des États-Unis Une victoire ukrainienne pourrait conforter la crédibilité des États-Unis auprès de certains alliés régionaux, tandis qu'une victoire russe pourrait alimenter des interrogations quant à la capacité ou la volonté des États-Unis de soutenir durablement ses alliés. Toutefois, ces perceptions dépendront aussi d'autres facteurs, notamment de la politique américaine (post Trump) dans la région. Notons qu’une victoire Russe associée à un accord favorable pour l’Iran remodèlerait certainement profondément les accords et partenariats au Proche et au Moyen-Orient, en particulier pour tous les pays du golfe arabo-persique. Il est bien tôt pour dresser la liste des éventualités mais on peut déjà entrevoir des craintes dans différents pays du Golfe qui les amèneraient à réexaminer leurs partenariats et leur façon de se sentir protégés. Un grand chambardement en vue ! Une région marquée par ses propres dynamiques Il est important de souligner que le Proche-Orient est influencé par de nombreux facteurs qui ne dépendent pas directement de la guerre en Ukraine : les relations entre l'Iran et les États arabes ; le conflit israélo-palestinien ; la situation en Syrie ; les rivalités entre puissances régionales, ou encore les marchés énergétiques. Une victoire russe ou ukrainienne aurait des répercussions sur les équilibres diplomatiques et militaires au Proche-Orient, mais elle ne déterminerait pas à elle seule l'évolution de la région. Les effets les plus probables concerneraient la place de la Russie en Syrie, les relations avec l'Iran, les calculs stratégiques de la Turquie et des États du Golfe, ainsi que les perceptions du rôle des États-Unis. Ces conséquences seraient importantes, mais elles s'inscriraient dans un ensemble plus large de dynamiques régionales déjà à l'œuvre. Le chambardement encore ! Et l’Afrique ? Oubliée ? Toute l’Afrique sera concernée par l’une ou l’autre des hypothèses de victoire. Les influences de la Chine, de l’Inde, des Emirats et de la Turquie, principalement, seront modifiées de façon plus ou moins importante, mais surtout en cas de défaite russe. Encore un chambardement en vue… Le gagnant La Chine qui, pour l’heure, soutient de plus en plus la Russie. Tant cette guerre se poursuit, le regard occidental est détourné de l’Asie. Pendant ce temps, les Etats-Unis donnent le triste spectacle d’une négociation déjà ratée avec l’Iran. Ses armes, qui seraient les plus utilisées face à la Chine pour défendre Taïwan, sont épuisées et il faudra au moins trois ans pour reconstituer les stocks. Le perdant Si la Chine gagne, les Etats-Unis ne peuvent que perdre. Craignons que l’on dise, un jour : « Ce qui a changé à partir de 2022, ce sont les Etats-Unis. Ils ont cessé de compter ». Retour en arrière Le premier retour en arrière se situerait dans la période post Maïdan. Parler avec la Russie, lui laisser percevoir les possibilités pour l’Ukraine et pourquoi pas, pour elle, de devenir un, ou deux, Etats associés à l’Europe ; l’OTAN se tenant bien loin des pourparlers. Cela aurait certainement pris du temps, mais le temps n’a pas manqué entre 2014 et 2022. Il fallait pour cela en discuter entre tous les pays de l’Union européenne et avec les Britanniques, définir un point de vue commun et avoir une attitude générale crédible. Pas de pourparlers incognito avec les Etats-Unis au passé trop peu clair et bien peu clairvoyant : abandon de la Force d’Interposition à Beyrouth en 1982 sans parvenir à une issue, suivis par les Italiens, les Français restant seuls ; abandon de l’Afghanistan sans prévenir à une sortie de crise. On ne peut que remettre en cause la géopolitique américaine, pleine d’échecs et d’erreurs, de fautes même. Ce pays n’est guidé que par ses intérêts économiques, aujourd’hui plus encore que naguère ; de tout temps, ils n’ont fait que des erreurs, excepté du temps de Kissinger, un laps de temps uniquement. Il est, bien sûr, illusoire de croire que cela aurait pu se produire. Il ne faut pas oublier que les pays de l’ex-URSS ont adhéré à l’UE d’abord pour entrer dans l’Otan, ensuite pour profiter des subsides offerts par l’Europe (les contribuables européens). Il aurait fallu que les pays de l’Europe occidentale (France, Benelux, Allemagne, Italie, Espagne, Portugal) et les Britanniques soient capables de se décider, une fois pour toute, de ne pas se comporter comme des vassaux des USA (cela, bien entendu, concerne moins la France). Il aurait donc fallu que la France soit forte et déterminée pour susciter l’adhésion de tous ces pays. Ce n’est pas le cas. Cette uchronie n’aurait pu être une réalité qu’avec un de Gaulle, peut-être un Pompidou, un Mitterrand ou un Chirac. Pas les autres. Elle aurait exigé une vision stratégique et géopolitique à long, très long terme de la part des chefs d’Etat des pays précités. Elle n’avait donc aucune chance de se réaliser. Elle était bonne, voire excellente, pour la paix, pour la puissance économique et militaire de l’Union européenne, en conservant à chacun de ses membres sa souveraineté, avec une véritable assurance. La seconde uchronie aurait pu se produire si les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne et les Britanniques s’étaient imposé une coopération et un rôle de facilitateurs pour permettre à la Turquie de parvenir à l’acceptation d’une paix garantissant aux deux pays belligérants leurs intérêts partagés. Les Européens n’ont pas eu ce courage, ni la clairvoyance exigée par la situation et ont permis à Boris Johnson - probablement en mission commandée par les Etats-Unis - de faire capoter les prémices d’un accord de paix. Tous ces chefs d’Etat et de gouvernement portent la responsabilité des millions de morts, de blessés, de disparus, de familles endeuillées et de vies brisées. Qui le dira aux peuples avant de voter désormais pour un candidat? L’avenir de l’Europe avec des pays souverains était avec la Russie et bien entendu l’Ukraine, mais certainement pas avec l’Ukraine sans la Russie. Enfin, cette guerre était-elle la nôtre? Il y a tant de guerres ignorées. Tant de guerres qui ne sont pas la nôtre. Celle-ci était plus la nôtre que les autres ? Au nom de quoi ? Parce que quelques « penseurs » n’aiment pas Poutine ? Il y a tant de chefs d’Etat qui méritent de ne pas être aimés. Faudrait-il, pour autant, entrer en guerre avec tous ? Ces brillants « penseurs » devraient se souvenir de notre prise de position au sujet du Kosovo et de ce qui est advenu par la suite. Cette histoire n’est pas terminée. Ni celle concernant le conflit Russie-Ukraine.

Au Liban, une emprise remplace l’autre!
Por
Youssef Mouawad
Publicado
août 1, 2026 - 15:16

C’est à croire que le Liban n’a vécu qu’au gré des capitales étrangères: il y eut l’heure égyptienne sous Nasser, l’heure palestinienne sous l’OLP, l’heure syrienne sous la dynastie républicaine des Assad, et bien entendu l’heure iranienne quand le Hezbollah s’était saisi des commandes par personnes interposées. Cela est d’autant plus spécifique de la réalité libanaise qu’à chaque fois que l’influence d’un régime arabe ou autre venait à se diluer ou s’effacer, celle d’un autre régime la remplaçait. Comme si cela allait de soi, la nature ayant horreur du vide et nos hommes politiques ne voulant pas renoncer à la servitude. Une fatalité et une malédiction! D’une fois sur l’autre, la configuration pouvait être plus ou moins contraignante car il y a bien entendu une différence de nature, non seulement de degrés, entre occupation militaire ou asservissement politique d’une part et simple coordination diplomatique de l’autre. Le curseur peut jouer à la hausse comme à la baisse suivant le contexte, les imprévus et les impondérables ! Mais au-delà des renversements de situation, un fait est là indéniable: notre petit pays a dû et devra malheureusement s’accommoder de situations inconfortables et se plier aux desiderata des plus grands et plus puissants que lui. Finlandisé par la force de ces choses que sont l’histoire et la géographie, le Liban pouvait-il prétendre à un statut plus ambitieux que celui d’un état client ou d’un état satellite? Cela dit, imaginons que le temps vienne à suspendre son vol, et à nous libérer un court moment de la compénétration étrangère si peu «fraternelle»! Supposons que Abdel Hamid Khaddam se fût désintéressé de notre sort et qu’il nous eût accordé un répit, que serait-il advenu de nous, pauvres hères, et qu’aurions-nous fait? Eh bien, nos élites politiques se seraient précipitées, par réflexe atavique, auprès d’une autre capitale arabe ou occidentale pour quémander son intervention immédiate, son concours financier, voire son appui militaire. Ces élites auraient consenti à toute forme de sujétion qui leur aurait permis d’en découdre avec leurs adversaires locaux ou même municipaux. À ce jeu, nul n’a été innocent, ni la partie sollicitée, ni la partie requérante! Ni le pourvoyeur de l’appui, ni l’attributaire! Abdel Hamid Ghaleb, pour rappel On reconnaît qu’un pays est souverain au courage qu’il a de mettre un ambassadeur à la porte. Le 21 juillet 1958, le New York Times nous apprenait que Abdel Hamid Ghaleb, ambassadeur de la République arabe unie agréé à Beyrouth, était déclaré persona non grata et prié de quitter le Liban! On lui reprochait de susciter la révolte et d’apporter un soutien armé à l’opposition au régime du président Camille Chamoun (1). Et de fait, Ghaleb avait incité à l’insurrection et à la désobéissance civile en divers points du territoire. Les choses ne rentrèrent dans l’ordre qu’avec le débarquement des Marines américains et l’élection du général Fouad Chéhab le 31 juillet. Le sulfureux ambassadeur ne reprit ses fonctions que début novembre de cette même année (2) et le nouveau pouvoir inaugura avec un Nasser tout-puissant une politique de collaboration sincère. Abdel Hamid Ghaleb normalisa les relations entre Beyrouth et Le Caire et accrut l’influence de l’Égypte dans la sphère politique libanaise, ce qui ne manqua pas d’attiser les reproches d’ingérence directe dans nos affaires. Tout en restant dans l’orbite occidentale, Beyrouth allait ménager les intérêts de Nasser dans la région. Ce dernier, ayant été défait en 1967 et ayant disparu de la scène en 1970, nous allions tomber de Charybde en Scylla! Les époques suivantes furent des années de chagrin et de pitié où tour à tour la résistance armée palestinienne, l’occupation syrienne et la mainmise iranienne allaient violer notre souveraineté au quotidien. Ainsi, dans l’absolu et depuis un long moment, nous n’étions ni libres, ni indépendants, ni souverains, même s’il valait mieux vivre à Beyrouth qu’à Damas ou Bagdad où le parti Baas allait régner dans toute sa splendeur, ou qu’à Téhéran et Ispahan où les mollahs pouvaient se prélasser à l’ombre de la wilayat al-faqih. Le Syrien pour remplacer l’Iranien? C’est entendu: un pays n’est souverain que s’il est en mesure de claquer la porte au nez d’un ambassadeur étranger. Du coup, on peut considérer que le tandem Aoun-Salam s’est affirmé en «défenestrant» l’envoyé des mollahs, c’est-à-dire en retirant l’accréditation à Mohammad Reza Shibani, le chef de mission iranien. Mais s’est-on jamais demandé qui allait prendre sa place? Se distancier de la République islamique est certes louable, mais par qui remplacer cette dernière? L’accueil réservé au ministre syrien des Affaires étrangères dans la bonne ville de Tripoli peut nous laisser dubitatifs. La communauté sunnite aurait-t-elle trouvé, après tant d’errance, un mentor à sa taille? Certains l’affirment. Seulement voilà, Ahmad al-Chareh a d’autres priorités, dont principalement la consolidation de son pouvoir à Damas comme ailleurs dans son pays éclaté. Il serait insensé de céder à la tentation d’ouvrir un nouveau front libanais. Car, même soutenu par Ankara, il ne dispose pas des moyens d’une ambitieuse politique régionale ! Trouvons autre chose! (1) Sam Pope, “Envoy from Cairo ousted by Beirut; Lebanese say he had been plotting with rebels”, The New York Times, 21 juillet 1958. (2) Le Monde, « L’ambassadeur de la RAU au Liban reprend ses fonctions », 6 novembre 1958.

Le non-lieu de Riad Salamé: la primauté du droit face aux rumeurs
Por
Antoine Menassa
Publicado
juil. 23, 2026 - 17:58

Par Antoine Menassa * La Chambre d’accusation de Beyrouth a prononcé il y a quelques jours un non-lieu en faveur de l’ancien Gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, dans le dossier ouvert à la suite de la plainte déposée en juin 2021 par l’homme d’affaires Talal Abou-Ghazaleh. Celui-ci l’accusait d’avoir édicté des circulaires modifiant le système économique libéral, d’avoir dissimulé la réalité de la situation des banques et d’avoir participé, en collusion avec celles-ci, à l’appropriation des fonds des déposants. Par sa décision rendue le 14 juillet 2026, la Chambre d’accusation a estimé que les éléments constitutifs de l’infraction reprochée n’étaient pas réunis. Appliquant les principes du droit pénal avec impartialité et indépendance, elle a replacé le dossier dans son cadre strictement juridique et mis un terme aux poursuites engagées contre l’ancien Gouverneur. Cette décision est saluée comme une illustration du rôle de la Justice, qui ne saurait être guidée ni par les impressions ni par la pression de l’opinion publique, mais uniquement par la loi et les preuves. Elle témoigne également de la capacité de la Justice libanaise, malgré les crises que traverse le pays, à faire prévaloir l’État de droit et les principes fondamentaux de la justice. Au-delà du cas d’espèce, la décision écarte le risque d’un précédent juridique qui aurait pu conduire à assimiler des infractions contre les biens – telles que le vol, l’abus de confiance, le détournement de fonds ou l’escroquerie – à des atteintes à la Constitution, sans fondement légal et en contradiction avec les principes essentiels du droit pénal. En droit, un non-lieu ne constitue ni une réhabilitation émotionnelle ni une prise de position politique. Il s’agit d’une décision judiciaire mettant fin aux poursuites lorsque les preuves sont insuffisantes ou lorsque les éléments légaux de l’infraction ne sont pas établis. Il représente l’une des garanties fondamentales d’une justice moderne. Le traitement médiatique de cette affaire soulève toutefois des interrogations. En 2021, lorsque les accusations ont été rendues publiques, elles ont bénéficié d’une couverture médiatique massive. Télévisions, journaux et sites d’information ont largement relayé l’affaire, multipliant les gros titres et alimentant un débat qui a souvent conduit à une condamnation prématurée de Riad Salamé. Beaucoup ont alors oublié que la présomption d’innocence est un principe fondamental, qui ne peut être renversé que par une décision de justice définitive. Aujourd’hui, alors que la justice a conclu à un non-lieu faute d’éléments constitutifs de l’infraction, la résonance médiatique apparaît bien plus limitée. Comme si les décisions rétablissant les faits suscitaient moins d’intérêt que les accusations elles-mêmes. Ce contraste interroge le rôle des médias. Certains ont largement relayé les accusations, mais ont accordé une visibilité bien moindre à la décision judiciaire qui les a écartées. Comme si une information n’acquérait de valeur qu’à travers le scandale, tandis que les décisions de justice rétablissant les droits étaient reléguées au second plan. La justice ne se mesure pourtant pas à l’intensité des accusations, mais à la force des preuves et au respect des règles de droit. La décision de la Chambre d’accusation de Beyrouth rappelle que la primauté du droit doit toujours l’emporter sur les rumeurs et que la dignité d’une personne ne peut être sacrifiée par des jugements médiatiques rendus avant ceux des tribunaux. Une question demeure enfin : dans quelle mesure une personne peut-elle retrouver sa réputation après avoir été innocentée, lorsque la condamnation médiatique a déjà marqué durablement l’opinion publique? La justice ne trouve pleinement son sens que si les décisions de non-lieu ou d’acquittement bénéficient d’une visibilité comparable à celle accordée aux accusations. Car la vérité mérite autant d’écho que les soupçons, et l’équité autant d’attention que le scandale. * Président-fondateur de l’Association des hommes d'Affaires libanais de France (HALFA)

Aurions-nous trahi notre pays le 26 juin dernier ? *
Por
Youssef Mouawad
Publicado
juil. 18, 2026 - 13:57

Quand on a reculé devant le feu ennemi, quand l’adversaire a assailli nos villes, rasé tant d’agglomérations et chassé nos compatriotes de leurs foyers, quand il a prouvé qu’il est en mesure d’avancer encore et encore jusqu’à cerner notre capitale et par-dessus tout quand, de guerre lasse, les boutefeux ont imploré un cessez-le-feu, il va de soi qu’à la table des négociations on ne fasse pas la fine bouche et qu’on doive transiger sur certains principes comme la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale! La France défaite dut céder en 1871 l’Alsace-Lorraine à l’empire du Kaiser; et de même l’Allemagne fut tenue, à la signature du traité de Versailles en 1919, d’accepter, entre autres mesures dégradantes, de démilitariser la Rhénanie et réduire les effectifs de son armée à cent mille hommes! Est-ce que le Hezb a remporté une victoire éclatante sur Israël ? Que je sache... Rien ne sert de crâner pour s’accorder un répit ni de se sacrifier dans un combat d’arrière-garde pour optimiser la position de l’Iran dans ses négociations avec Washington. Il suffit que plus de quatre mille Libanais aient donné leur vie pour accorder à Téhéran une marge de manœuvre diplomatique. En effet, force est de constater que nous avons essuyé une lourde défaite sur le terrain, et les Libanais, à quelque bord qu’ils appartiennent, doivent le reconnaître et en tirer les conclusions. Si nos troupes avaient pris Metula, Nahariyya ou Haïfa, si elles avaient poussé jusqu’à menacer Dimona, je veux bien croire que nous aurions pu imposer nos conditions à Israël. Ce qui serait allé de soi : après tout, si l’ennemi avait voulu récupérer son intégrité territoriale, il aurait fallu qu’il cédât sur certains attributs de sa souveraineté. Or ce n’est pas le cas et c’est plutôt l’inverse! Alors, venir reprocher à la délégation libanaise de vouloir libérer le territoire libanais au prix du désarmement du Hezbollah pro-iranien*, relève de la surenchère ! Payante surenchère… mais si pernicieuse La passion peut égarer les esprits les plus avertis. D’où les réactions de certains « chercheurs associés » et observateurs politiques, ces histrions de l’intégrité territoriale à l’annonce de l’accord-cadre le 26 juin dernier à Washington! Ces souverainistes du dernier quart d’heure accusent l’État libanais de capitulation : ils s’offusquent comme le Caïphe de la Semaine Sainte, déchirent leurs vêtements et crient à la trahison. Mais cette levée de boucliers cache un malsain petit jeu qui n’est pas à l’honneur de patriotes. Si le tandem chiite et ceux de sa nébuleuse veulent torpiller l’accord trilatéral, c’est pour confier le dossier libanais aux bons soins de Téhéran et l’inclure dans une négociation plus large, celle que conduiraient les belligérants du golfe Persique à Islamabad ou ailleurs en Suisse. Et, pour comble de cynisme, les contempteurs de la convention du 26 juin prétendent n’avoir d’autre souci que la souveraineté nationale et ses principes intangibles ! Prenons exemple sur Abou Ammar Pour Hafez el-Assad, et dès les années soixante-dix, la cible à abattre était non point le Chrétien libanais, rebelle à sa loi, mais le Palestinien. L’OLP était le premier ennemi à abattre, bien avant le Front libanais ou les Forces libanaises. Dans la grande reconfiguration de l’espace du Levant, et pour le cas où une conférence internationale devait se tenir pour régler la querelle israélo-arabe, le tyran de Damas refusait que la « carte » palestinienne lui échappât. À ses yeux, les Palestiniens n’étaient que des Syriens du Sud et c’était à lui de décider de leur sort. Or Yasser Arafat voulait rester seul maître à bord et allait jouer au chat et à la souris avec l’autocrate établi sur les rives de Barada. Ballotté d’un pays à l’autre, de la Jordanie au Liban, puis en Tunisie, Abou Ammar refusa d’abdiquer ses prérogatives. Il finit par signer au nom des siens à Oslo ! Il n’allait pas laisser un officier putschiste de Qardaha, à la légitimité douteuse, représenter sa nation de déplacés. Allons-nous céder sur la « carte libanaise » ? Nous, Libanais, sommes dans le même cas de figure. Allons-nous concéder la carte libanaise à l’Iran pour renforcer son pouvoir à la table des négociations avec Donald Trump ? Qu’est-ce qui est plus souverain, confronter l’adversaire israélien à Washington ou Rome, ou plutôt confier gracieusement ladite carte à l’empire des mollahs lequel, d’après certains, saurait mieux défendre nos intérêts nationaux ? Souvenons-nous qu’avec la chute du régime des Assad père et fils le destin nous avait souri et que le Liban a pu subrepticement arracher sa carte confisquée par Damas. Or voilà qu’une milice aux ordres de l’Iranien veut, dans l’impudence la plus déclarée, nous allouer à Téhéran et nous inclure comme une topique à l’ordre du jour de négociations qui seraient menées exclusivement entre Iraniens et Américains ! La carte libanaise n’est pas à céder ni à endosser à l’ordre d’un commanditaire du golfe des achéménides. Et, pour tout vous dire, la carte libanaise n’a jamais porté bonheur aux flibustiers ! *Rappelons que l’accord-cadre signé le 26 juin dernier par le Liban, Israël et les États-Unis a pour but ultime de libérer le territoire national de toute occupation, israélienne soit-elle ou iranienne ! Lui reprocherait-on de procéder par étapes ? Voyons ce que donneraient les pourparlers à Rome où se retrouvent les délégations.

De l’excédent de puissance à la puissance de l’État
Por
Samir Abdelmalak
Publicado
juil. 9, 2026 - 22:36

Le Moyen-Orient connaît des mutations sans précédent qui redessinent les équilibres de puissance et de sécurité. Après des années de guerres ouvertes et de conflits par procuration, la région s’oriente progressivement vers une nouvelle approche fondée sur le renforcement de l’État national, la réduction de l’influence des organisations armées non étatiques et la reconstruction des institutions militaires et sécuritaires en tant qu’unique garante de la stabilité. Dans ce contexte, le Liban se voit offrir une occasion rare de repenser son système de défense en harmonie avec les évolutions régionales tout en préservant ses intérêts nationaux. Au fil des décennies, le Hezbollah a accumulé des compétences militaires et technologiques de haut niveau dans les domaines du commandement, du renseignement, des drones, de la guerre électronique, des communications et de la logistique. Ce savoir-faire constitue un capital humain qu’il ne faudrait pas laisser se perdre. Il devrait, dans le cadre de la légalité, être mis au service de l’armée libanaise et des institutions de sécurité afin de renforcer la souveraineté de l’État plutôt que de perpétuer la dualité de l’autorité en matière de sécurité. Les expériences internationales, de l’Afrique du Sud à la Colombie, montrent d’ailleurs que la sortie des conflits ne passe ni par l’exclusion des combattants ni par la perte de leur expertise, mais par leur réintégration au sein des institutions de l’État selon des critères professionnels et juridiques clairement définis. Le succès de toute transition dépend de la capacité de l’État à intégrer ces compétences tout en affirmant son monopole absolu sur l’usage de la force ainsi que sur la décision de faire la guerre ou de conclure la paix. Les transformations actuellement à l’œuvre dans la région, ainsi que les nouvelles priorités économiques et sécuritaires qu’elles imposent, rendent indispensable l’ouverture au Liban d’un dialogue national sur une stratégie de défense globale. Celui-ci devrait s’accompagner d’un plan de modernisation de l’armée, de la création d’un Centre national pour l’innovation en matière de défense et de cybersécurité, ainsi que de la valorisation des compétences libanaises dans les domaines des technologies et des industries de défense de pointe. La nouvelle équation ne repose plus sur la multiplication des centres de pouvoir, mais sur un État fort de ses institutions, capable de protéger ses frontières, de gagner la confiance de la communauté internationale et d’attirer les investissements. Le moment présent n’appelle pas au règlement des comptes, mais à la construction d’un nouveau pacte national mettant toutes les compétences et toutes les énergies au service de la République. Les États ne renaissent pas lorsqu’un camp l’emporte sur un autre, mais lorsque l’État lui-même devient l’unique vainqueur et que les armes, la décision politique et la souveraineté reviennent toutes sous l’autorité des institutions constitutionnelles. C’est à cette condition que le Liban pourra ouvrir la voie de la stabilité et de la prospérité dans un Moyen-Orient en pleine mutation.

Quand la sociologie absout le Hezbollah
Por
Makram Rabah
Publicado
juil. 9, 2026 - 16:22

Il est une logique qui ressurgit chaque fois que la question des armes du Hezbollah est soulevée. Elle s’efforce de présenter le parti non comme une autorité armée ayant confisqué la décision d’une communauté et d’un pays, mais comme le prolongement naturel de la communauté chiite libanaise, comme si contester le Hezbollah revenait à s’en prendre aux chiites eux-mêmes, et comme si le désarmer signifiait arracher toute une communauté à son histoire, à sa mémoire et à ses moyens de protection. Cette logique est non seulement erronée. Elle est insultante. Elle réduit les chiites à leur peur. Elle transforme leur longue histoire en simple prélude à un fusil. Elle traite toute une communauté comme si elle ne pouvait exister qu’à l’intérieur du réseau d’un parti armé, comme si Jabal Amel, Najaf, la jurisprudence religieuse, le réformisme, les oulémas, les intellectuels, les agriculteurs, les étudiants, les commerçants et toute l’expérience nationale des chiites libanais n’avaient été qu’une préparation à la wilayat el-faqih. La vérité est pourtant simple: les chiites n’ont pas commencé avec le Hezbollah, et ils ne finiront pas avec lui. Avant le parti existait déjà une histoire riche de savoir, de vie politique, de société, de modération, de représentation et de revendications en faveur de la justice. Il y avait le sayyed Mohsen al-Amine, l’imam Moussa Sadr, le sayyed Mohammad Mahdi Chamseddine, le sayyed Hani Fahs. Il existait un discours chiite libanais qui connaissait le sens de l’État, le sens du partenariat national et le sens de la dignité, une dignité qui ne saurait être réduite à des armes échappant aux institutions, qui ne se mesure pas au nombre de roquettes et qui ne se vend pas sur le marché des axes régionaux. Le Hezbollah a tiré profit de la peur, de l’occupation israélienne, de l’absence de l’État, d’une marginalisation ancienne et des blessures bien réelles infligées au Liban-Sud, à la Békaa et à la banlieue sud de Beyrouth. Mais tirer profit d’une blessure ne donne à personne le droit de s’approprier le corps qui la porte. Ce qui a pu commencer, à un moment donné, comme une réponse à la peur s’est progressivement transformé en un système permanent de fabrication de la peur. Le parti dit aux gens: je vous protège du danger. Puis il fait de sa propre existence une raison permanente de faire surgir ce danger. Il affirme protéger le Liban-Sud, puis transforme cette région en champ de bataille permanent. Il affirme protéger les chiites, puis leur fait payer le prix de ses guerres, de ses sanctions, de ses alliances et de décisions sur lesquelles ils n’ont aucune prise. Quant au discours sur les hôpitaux, les écoles, les prêts, les salaires et les services, il ne démontre en rien la légitimité des armes. Il révèle l’ampleur de la catastrophe. Lorsqu’un citoyen a besoin d’un parti pour naître, s’instruire, se soigner, emprunter de l’argent, travailler et enterrer son martyr, il ne s’agit plus d’un simple environnement de soutien, mais d’un système de captivité sociale. Les services ne confèrent pas le droit de déclarer la guerre. L’assistance ne justifie pas la confiscation de la décision. Un salaire mensuel ne transforme pas une famille en faux témoin au service de la légitimité des armes. Les mafias aussi offrent une protection. Les régimes totalitaires aussi distribuent du pain. Les bandes criminelles aussi savent rendre les populations dépendantes d’elles. Mais la question n’est pas de savoir ce qu’un tel pouvoir donne. La question est de savoir ce qu’il prend. Et le Hezbollah a pris bien davantage qu’il n’a donné. Il a confisqué la décision de la guerre et de la paix. Il a confisqué le droit à la dissidence au sein de la communauté chiite. Il a confisqué l’image des chiites au Liban et dans le monde arabe. Il s’est approprié la religion pour en faire une machine de mobilisation. Il s’est approprié le martyre pour le transformer en capital politique. Il s’est approprié la peur pour en faire un contrat de soumission à long terme. La chose la plus dangereuse que le Hezbollah ait accomplie est d’avoir lié le destin des chiites au sien. Il a fait en sorte que toute pression exercée contre lui apparaisse comme une pression contre eux, que toute critique à son égard soit perçue comme une insulte à leur encontre et que toute tentative de le désarmer soit présentée comme une menace contre leur existence même. Ce n’est pas du génie social. C’est un chantage politique méthodiquement construit. Lorsqu’un parti place dans une même chaîne un hôpital, une école, un prêt, un salaire, un martyr et une roquette, il ne construit pas une société normale. Il construit une immense cage, une cage pourvue de nombreuses issues de service, mais dont aucune ne permet une véritable sortie politique. Les chiites sont parfaitement en droit de demander: qui nous protégera ? Cette question est légitime. Elle ne doit pas être écartée d’un revers de main, car l’État libanais les a abandonnés, comme il en a abandonné d’autres, et parce que le Liban-Sud a payé un tribut particulièrement lourd aux occupations, aux guerres et aux destructions. Mais une question légitime ne doit pas être transformée en réponse éternelle au profit d’une milice. «Qui nous protégera?» ne signifie pas que les armes doivent demeurer indéfiniment en dehors de l’État. Cela ne signifie pas que le destin d’une communauté et d’un pays doive rester entre les mains d’une organisation liée à un projet régional. Cela ne signifie pas davantage que les citoyens soient condamnés à choisir entre le parti et l’anéantissement, entre l’État et le massacre, entre le Liban et l’Iran. La protection ne consiste pas à rendre la peur permanente. Elle repose sur un État capable, une armée unique, une décision unique, des frontières qui ne sont pas contrôlées par une organisation et une politique étrangère qui ne se décide ni depuis la banlieue sud de Beyrouth ni depuis Téhéran. Protéger les chiites, c’est les réintégrer dans l’État, non les convaincre que l’État est une impossibilité et que le parti constitue leur seul destin. Ceux qui prétendent que les défaillances de l’État justifient la pérennité de la milice ressemblent à ceux qui soutiennent que l’échec d’un médecin justifie que l’on confie définitivement le malade à un charlatan. La mémoire invoquée pour justifier les armes est, elle aussi, une mémoire incomplète. Oui, il y a 1978, 1982, l’occupation israélienne et l’abandon de l’État. Mais il existe une autre mémoire: celle des guerres menées à l’intérieur du pays, de la répression des voix chiites indépendantes, des accusations de trahison lancées contre les dissidents, de l’entraînement du Liban dans la guerre de 2006, de l’envoi de jeunes hommes en Syrie, en Irak et au Yémen, de la transformation du Liban-Sud en plateforme d’un conflit dont ses habitants ne décident pas, et de l’obligation faite à toute une population d’appeler défaite ce qui est présenté comme une victoire, et ruine ce qui est qualifié de fermeté. Nul n’a le droit de parler au nom de la mémoire chiite tout en effaçant de cette mémoire tout ce que le parti a infligé aux chiites eux-mêmes. Nul n’a le droit d’invoquer les images de l’occupation israélienne pour interdire toute interrogation sur l’occupation de la décision politique par le parti. Nul n’a le droit de transformer une peur ancienne en acte de propriété sur l’avenir. Les chiites sont plus grands que le Hezbollah. Le Liban-Sud et ses villages ne sont pas un dépôt pour les missiles de l’Iran. La banlieue sud de Beyrouth n’est pas une caserne. La Békaa n’est pas un corridor militaire. Le martyre n’est pas un chèque en blanc entre les mains d’un parti. La religion n’est pas une carte d’adhésion. La privation n’est pas un permis perpétuel de confisquer l’État. La mémoire n’est pas une prison. La peur n’est pas une identité. Ce qui est nécessaire, ce n’est pas de laisser les chiites sans protection, mais de les libérer d’une fausse équation qui leur répète que leur sécurité ne peut provenir que de la force qui a confisqué leur décision. Ce qui est nécessaire, ce n’est pas d’ignorer leurs blessures, mais d’empêcher que ces blessures deviennent un objet de commerce. Ce qui est nécessaire, ce n’est pas de nier les défaillances de l’État, mais de refuser qu’elles se transforment en mandat permanent accordé à un parti armé. Un État se construit lorsqu’on le reprend aux milices, non lorsqu’on leur abandonne ce qu’il en reste. La pire manière de prétendre défendre les chiites consiste à les présenter comme une communauté enfermée dans un destin unique, sans autre avenir que les armes, sans autre sécurité que le parti et sans autre dignité qu’un projet dont elle ne maîtrise pas la décision. Cette défense peut, en apparence, ressembler à de la compassion. En réalité, elle relève de l’effacement. Elle ne voit pas dans le chiite un citoyen libre, mais un être dépendant, prisonnier de sa peur, qui aurait besoin d’un tuteur armé pour lui expliquer ce que signifie survivre. La vérité est plus simple que toute cette rhétorique: le Hezbollah ne protège plus les chiites du danger. Il est devenu le danger dont il leur demande de redouter tout, sauf lui-même. Et lorsque la protection devient captivité, lorsque le statut de victime devient un fonds de commerce et lorsque les armes deviennent un destin, le devoir de la parole n’est plus de se demander comment préserver ce système, mais comment en libérer les hommes. Une communauté qui a donné naissance à des savants, des réformateurs, des figures de la résistance, des penseurs et des citoyens ne saurait être réduite à une organisation, surtout lorsque celle-ci a failli moralement avant même d’avoir failli politiquement. Des hommes et des femmes qui ont payé le prix de l’occupation, des guerres et de l’abandon ne doivent pas être condamnés à payer un nouveau tribut afin que le parti demeure au-dessus de l’État. Quiconque veut véritablement rendre justice aux chiites devrait commencer par reconnaître qu’ils n’appartiennent à personne: ni à un parti, ni à un axe, ni à un Guide suprême. Les chiites sont des citoyens libanais. Leur protection réside dans un État qui les protège, non dans une milice qui instrumentalise leur peur. Et leur avenir se trouve au Liban, non dans l’attente d’une nouvelle guerre décidée par d’autres et payée par eux.

La terre en échange de la paix
Por
Fady Noun
Publicado
juil. 6, 2026 - 13:17

«La terre en échange de la paix.» Voilà, en deux mots, en termes anciens et toujours actuels, l’accord israélo-libanais de Washington (23-26 juin), pour peu que l’on place l’intérêt de la population des villages détruits avant toute autre considération. Le reste est détail. Oui, la terre en échange de la paix, mais pas n’importe quelle paix. Une paix passant par la concentration des armes aux mains de l’État libanais tel qu’on le connaît, démocratie parlementaire, terre de liberté et de pluralisme. Cela pourrait aussi s’exprimer ainsi: la terre, en échange des armes du Hezbollah. Car contrairement à ce qu’on pense, l’accord de Washington est un accord pacifique, non guerrier. Il pourrait s’appliquer sans qu’une seule balle ne soit tirée. Le Hezbollah a parlé de «guerre civile». Mais qui veut la guerre civile? L’accord de Washington permettrait de remplacer les forces du Hezb énormément éprouvées, par des forces étatiques légales, multicommunautaires, dont la seule fonction serait défensive et non offensive. En effet, le Liban n’a aucune ambition territoriale en Israël. Tout ce qu’il veut et demande, c’est le respect de ses frontières, ce qui est clairement inscrit dans l’accord de Washington. Et seulement là. Car l’Iran a pu obtenir un cessez-le-feu – tout relatif – au Liban, en tirant une volée de fusées balistiques sur Israël. Mais il est irréaliste, compte tenu des forces en présence, de croire que l’Iran pourra aussi obtenir, par la menace, un retrait israélien total du Liban. Tout ce que la dynamique pourrait donner, c’est un surcroît de morts et de destruction, couplé à un risque d’annexion. En somme, la guerre de mille ans. Accord de capitulation? Oui, au sens restreint du mot. Car l’accord de paix qu’il impose est, à la base, une demande libanaise autant qu’israélienne, l’épisode guerrier auquel il met fin s’étant produit envers et contre la volonté de l’État libanais, en raison d’une décision iranienne à laquelle Beyrouth était profondément hostile. Du reste, quelles restrictions inutiles imposerait-il au Liban? Celui de ne pas avoir de capacité nucléaire? Ou de ne pas avoir une aviation militaire? Car ceux qui ont conçu l’accord de Washington non seulement ne voulaient pas la guerre, mais étaient profondément hostiles à l’idéologie guerrière animant le Hezbollah. Celle-ci a donné à cette formation l’illusion de mener un djihad héroïque au service de Dieu. Mais l’on a vu comment ce combat a conduit à une boucherie et à des destructions peut être irréversibles. Du reste, comment le Hezbollah a-t-il pu penser une seconde que son idéologie politico-religieuse pouvait entraîner l’adhésion des chrétiens, pour ne rien dire des autres communautés humaines formant le Liban? Le Liban fait partie de la communauté arabe, non de la communauté islamique. Étrangère à l’idéologie iranienne, la paix avec Israël ne l’est pas pour le monde arabe, dont une partie a déjà signé cette paix, tandis que l’autre, Arabie saoudite en tête, la conditionne à l’apparition d’un État palestinien. La communauté chrétienne est d’autant plus étrangère à cet horizon de pensée qu’elle a elle-même payé le prix de ce type d’aventurisme lors des Croisades. Certes, on peut l’affirmer sans hésitation, le droit à l’autodéfense restera sacré, mais l’Église catholique a remis en question la notion de «guerre juste» qu’elle a pu approuver par le passé, compte tenu de l’impossibilité d’en réunir désormais les conditions, à l’heure des algorithmes, des machines autonomes et de la dissuasion nucléaire. Il n’y a plus, aujourd’hui, d’armes «conventionnelles». Nous connaissons tous la boutade prêtée à Einstein, sur la guerre atomique. Militant pour le désarmement nucléaire, ce dernier aurait affirmé qu’au cas où une Troisième guerre mondiale éclatait, «la quatrième se ferait avec des bâtons et des pierres». Au contraire, les communautés chrétiennes orientales, qui ont chèrement payé l’épisode de la spoliation de la Palestine, aspirent désormais à jouir de leurs droits d’accéder à leurs lieux saints: Jérusalem, Nazareth, Bethléem, ces lieux où leur Sauveur a vécu, où il est ressuscité, vainqueur de la mort et de la violence. C’est en ce sens qu’elles peuvent espérer croire à ce mot que leur Sauveur leur a laissé: «Heureux les doux, ils recevront la terre en héritage.» La terre n’appartient pas aux violents, dit le Seigneur. Elle appartient à des hommes qui, comme Joseph Aoun, ont appris de la guerre à «haïr la guerre». Nous l’avons entendu parler en ce sens lors de son entretien avec Christiane Amanpour sur CNN. Le chef de l’État ferait bien de prévoir un temps d’antenne pour expliquer l’accord de Washington à la population libanaise.

Nabih Berry... halte au chantage!
Por
Jad Akhawi
Publicado
juil. 4, 2026 - 15:48

À chaque tournant décisif que traverse le Liban, le même discours ressurgit: la menace de faire tomber le gouvernement, les mises en garde contre un nouvel effondrement et l’escalade de la confrontation. Pourtant, la question n’est plus de savoir si Nabih Berry peut renverser le gouvernement. Elle est désormais tout autre: que se passerait-il après sa chute? Quelle est l’alternative? Quelle vision propose-t-il pour le Liban? Et comment le pays sortira-t-il de sa crise s’il retombe une fois encore dans le cercle vicieux du vide politique et institutionnel? Si l’opposition à l’accord-cadre procède d’une réelle volonté de défendre la souveraineté, que ceux qui s’y opposent présentent une alternative claire, réaliste et applicable. Se contenter de réclamer la chute du gouvernement sans proposer la moindre feuille de route ne promet aux Libanais qu’un surcroît d’incertitude. Mais la véritable question est ailleurs: le problème se limite-t-il réellement au gouvernement? Si, selon cette logique, le gouvernement a perdu sa légitimité politique, qu’en est-il alors du Parlement dont il est issu? Si la solution consiste à renverser le pouvoir exécutif, pourquoi les partisans de cette thèse n’iraient-ils pas jusqu’au bout de leur raisonnement en réclamant également la dissolution de la Chambre des députés et un retour devant les électeurs par des élections législatives anticipées? La question devient alors encore plus embarrassante. Nabih Berry peut-il garantir qu’il sera reconduit à la présidence de la Chambre si de nouvelles élections étaient organisées? Le tandem chiite peut-il assurer que les équilibres politiques actuels seraient préservés au sein du Parlement? Si la réponse demeure incertaine, les Libanais sont en droit de se demander si l’objectif consiste réellement à sauver le Liban ou simplement à préserver des équilibres politiques installés depuis des années. La démocratie ne se pratique pas à la carte. Celui qui réclame un changement de gouvernement doit accepter une recomposition complète du pouvoir et s’en remettre au verdict des urnes, au lieu de décider quelles institutions doivent changer et lesquelles doivent demeurer à l’abri de toute forme de responsabilité. L’expérience l’a démontré: la politique du blocage n’a jamais permis de construire un État. Elle a, au contraire, contribué à son affaiblissement. Chaque fois que le Liban entrevoit une occasion de reconstruire ses institutions, le langage de la menace et de la surenchère ressurgit, comme si l’objectif consistait à maintenir le pays à la merci des rapports de force plutôt que sous l’autorité de la Constitution. Le plus préoccupant dans ce discours est qu’il enferme les Libanais dans une seule alternative: soit se plier aux conditions politiques imposées par le tandem chiite, soit voir le gouvernement tomber et le pays replonger dans une nouvelle crise. Une telle attitude ne relève plus d’une opposition politique ordinaire. Elle s’apparente désormais à un moyen de pression permanent exercé sur l’État et ses institutions, dont les Libanais sont les seuls à payer le prix. Dans les régimes démocratiques, les gouvernements s’opposent au sein des institutions et tombent lorsqu’une majorité constitutionnelle se dégage autour d’un projet alternatif clairement défini. Ils ne sont pas renversés parce que le blocage devient un mode de gouvernement, ni parce que le vide institutionnel se transforme en instrument de négociation. Si le président Nabih Berry rejette l’accord, c’est son droit politique. S’il souhaite renverser le gouvernement, c’est également un droit que lui garantit la Constitution, dès lors que les conditions requises sont réunies. Mais les Libanais sont tout aussi en droit de lui poser une question simple: que se passera-t-il ensuite? Qui formera le prochain gouvernement? Sur quelle majorité s’appuiera-t-il? Quel sera son programme? Comment redressera-t-il l’économie? Comment mènera-t-il la reconstruction du Sud ? Et comment restaurera-t-il la confiance des partenaires arabes et de la communauté internationale? Si l’objectif consiste simplement à disposer d’un moyen de pression supplémentaire afin d’imposer certaines conditions politiques, les Libanais ne sont plus en mesure de supporter une telle logique. Ils ont déjà payé un prix exorbitant à cause de la paralysie des institutions, de l’effondrement de l’économie et de l’isolement du Liban de son environnement arabe et international. Il n’est plus acceptable que leur avenir demeure tributaire des calculs des forces politiques. Le temps est venu de sortir de la logique du «soit ce que nous voulons, soit pas d’État». L’État n’appartient à personne. Le gouvernement n’est pas un butin. Le Parlement n’est le monopole d’aucune force politique. Quant à la légitimité, elle ne se renouvelle que par la volonté du peuple. Si certains croient véritablement en la démocratie, qu’ils acceptent de s’y soumettre dans toutes ses exigences, et non de manière sélective. Qu’ils acceptent que le peuple décide qui gouverne, qui préside la Chambre, qui demeure au pouvoir et qui doit le quitter. En revanche, la menace de faire tomber le gouvernement chaque fois que les circonstances évoluent, tout en refusant d’ouvrir le moindre débat sur une recomposition complète du pouvoir, ne convainc plus les Libanais. Ils sont las du chantage politique, las de la paralysie de l’État et las de voir leur avenir transformé en monnaie d’échange dans un affrontement sans fin. Le Liban a aujourd’hui besoin d’hommes d’État qui bâtissent les institutions, non de responsables politiques qui menacent de les faire tomber chaque fois que leurs décisions contrarient leurs intérêts.

Accord-cadre: la victoire de l’État contre le chaos
Por
Jad Akhawi
Publicado
juin 27, 2026 - 21:07

Chaque fois que le Liban s’approche d’une tentative sérieuse de réorganiser sa relation avec son environnement et avec lui-même, un discours tout prêt resurgit, résumant tout processus de négociation à une «reddition». Cette qualification n’est plus une simple divergence politique: elle est devenue un instrument de blocage systématique de tout processus susceptible de réhabiliter la notion même d’État. Plus grave encore, elle sert à priver l’État de sa propre légitimité chaque fois qu’il exerce son rôle naturel: négocier et prendre des décisions. L’accord-cadre proposé n’est pas une reddition. Bien au contraire: il constitue une tentative avancée de réintégrer le Liban dans le cercle des États qui détiennent seuls leur décision souveraine à travers leurs institutions, et non à travers des centres de pouvoir parallèles ou extérieurs à l’État. Premièrement: négocier n’est pas céder, c’est exercer sa souveraineté Les États ne se mesurent pas à leurs slogans, mais à leur capacité à gérer les conflits par les outils de la politique, au lieu de glisser vers l’explosion. La négociation, dans son essence, n’est pas un signe de faiblesse, mais l’une des formes les plus élevées de l’usage de la force politique lorsqu’elle est mise au service de la stabilité et de la prévention de la guerre. L’accord-cadre part d’un principe fondamental: mettre fin à l’état de conflit par un processus de négociation directe, sous parrainage international. Il ne s’agit pas d’un «diktat extérieur», comme certains cherchent à le faire croire, mais de la reconnaissance du fait que les crises complexes ne peuvent être réglées uniquement de l’intérieur, surtout lorsque les équilibres sont profondément déséquilibrés. Ceux qui prétendent que le simple fait de s’asseoir à une table de négociation constitue une reddition rejettent, en réalité, le principe même de la politique, et réduisent l’État à un slogan plutôt qu’à une action. Deuxièmement: l’État retrouve son rôle… il n’y renonce pas L’un des principaux volets de l’accord consiste à renforcer la capacité de l’État libanais à étendre pleinement son autorité sécuritaire. Ce n’est pas tant une exigence extérieure que l’essence même de tout État normal. Le monopole des armes par l’État n’est pas une clause de négociation: c’est une règle constitutionnelle. Ce qui est requis dans ce cadre, c’est: réunifier la décision sécuritaire au sein des institutions légitimes; mettre fin à la dualité de la force armée; consacrer le principe selon lequel l’État seul est source de décision en matière de guerre et de paix. Comment ceux qui réclament un État fort peuvent-ils considérer le renforcement de l’État comme une «reddition»? Il s’agit là d’une contradiction politique qui ne résiste à aucune logique institutionnelle. Troisièmement: le discours de la «reddition» cache le refus de l’État, non celui de l’accord Le discours qui qualifie l’accord de reddition ne discute pas ses clauses. Il rejette le principe même de l’existence d’un État capable de prendre sa décision souveraine. Le problème ne réside pas dans l’accord, mais dans le refus de l’idée selon laquelle: l’État est la seule référence en matière d’armes; l’État est celui qui négocie au nom de tous; l’État est celui qui définit le cadre sécuritaire et politique. Ainsi, qualifier l’accord de reddition devient un simple habillage rhétorique destiné à refuser le passage du Liban de la logique des forces parallèles à celle de l’État unique. Quatrièmement: la logique de la «résistance absolue» ne construit pas un État Le Liban a payé le prix de décennies d’une logique selon laquelle toute entente est une concession, toute négociation une défaite, et toute ouverture une trahison. Le résultat est clair: un État affaibli, une économie épuisée, une société divisée. Les États ne se construisent pas sur le refus permanent, mais sur la capacité à: gérer les équilibres; réduire les risques; obtenir les gains possibles au lieu de tout perdre. L’accord-cadre, quelles qu’en soient les complexités, s’inscrit dans cette logique: transformer un conflit ouvert en un processus pouvant être géré et encadré. Cinquièmement: où est la reddition? Dans la poursuite du chaos ou dans son encadrement? La vraie question n’est pas de savoir si l’accord constitue ou non une concession, mais plutôt ceci: le Liban doit-il rester dans un état de conflit permanent et incontrôlé, ou entrer dans un processus progressif d’organisation politique et sécuritaire? La véritable reddition ne réside pas dans la négociation, mais dans: le blocage de l’État; la consécration de la dualité de la décision; le maintien du pays en otage des risques d’une guerre ouverte. Quant à l’accord, il constitue une tentative de briser ce cercle vicieux, non de le consacrer. Sixièmement: l’argument du «déséquilibre» ne supprime pas la nécessité de l’État On affirme que l’accord n’est pas équilibré. Mais même en présence de déséquilibres, l’alternative n’est pas le refus, mais la négociation afin d’améliorer les conditions. L’État ne se construit pas par le repli, mais par l’engagement. La souveraineté ne se restaure pas en quittant la table, mais en imposant sa présence à cette table. Ce qui importe, au final, n’est pas seulement la forme de l’accord, mais de savoir s’il renforce ou affaiblit la capacité de l’État. Or toutes les clauses qui évoquent le monopole des armes par l’État, l’unification de la décision sécuritaire et la reconstruction des institutions vont dans une seule direction: renforcer l’État, non le démanteler. En définitive, l’État n’est pas une reddition… il en est le contraire Le plus dangereux dans le discours qui attaque l’accord en le qualifiant de «reddition», c’est qu’il renverse les concepts: il fait de l’État un adversaire, et du chaos une posture souverainiste. La vérité est pourtant claire et simple: la reddition, c’est lorsque l’État est incapable d’être un État. Lorsqu’il commence à reprendre sa décision, ses institutions et son autorité, ce n’est pas une reddition… c’est le début de la sortie de la reddition. Le Liban se trouve aujourd’hui face à deux choix, sans troisième voie: soit un État qui négocie, décide et construit son avenir, soit un état permanent de déni qui ne produit que l’effondrement. L’accord-cadre, quelles que soient les divergences autour de ses détails, constitue une étape en direction de l’État. Et ceux qui s’y opposent en le qualifiant de «reddition» ne s’opposent pas seulement à un accord… ils s’opposent à l’idée même de l’État.