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Opinion

Le non-lieu de Riad Salamé: la primauté du droit face aux rumeurs

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Par Antoine Menassa
Publié juil. 23, 2026 - 17:58

Par Antoine Menassa*

La Chambre d’accusation de Beyrouth a prononcé il y a quelques jours un non-lieu en faveur de l’ancien Gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, dans le dossier ouvert à la suite de la plainte déposée en juin 2021 par l’homme d’affaires Talal Abou-Ghazaleh. Celui-ci l’accusait d’avoir édicté des circulaires modifiant le système économique libéral, d’avoir dissimulé la réalité de la situation des banques et d’avoir participé, en collusion avec celles-ci, à l’appropriation des fonds des déposants. 

Par sa décision rendue le 14 juillet 2026, la Chambre d’accusation a estimé que les éléments constitutifs de l’infraction reprochée n’étaient pas réunis. Appliquant les principes du droit pénal avec impartialité et indépendance, elle a replacé le dossier dans son cadre strictement juridique et mis un terme aux poursuites engagées contre l’ancien Gouverneur. Cette décision est saluée comme une illustration du rôle de la Justice, qui ne saurait être guidée ni par les impressions ni par la pression de l’opinion publique, mais uniquement par la loi et les preuves. 

Elle témoigne également de la capacité de la Justice libanaise, malgré les crises que traverse le pays, à faire prévaloir l’État de droit et les principes fondamentaux de la justice. Au-delà du cas d’espèce, la décision écarte le risque d’un précédent juridique qui aurait pu conduire à assimiler des infractions contre les biens – telles que le vol, l’abus de confiance, le détournement de fonds ou l’escroquerie – à des atteintes à la Constitution, sans fondement légal et en contradiction avec les principes essentiels du droit pénal. 

En droit, un non-lieu ne constitue ni une réhabilitation émotionnelle ni une prise de position politique. Il s’agit d’une décision judiciaire mettant fin aux poursuites lorsque les preuves sont insuffisantes ou lorsque les éléments légaux de l’infraction ne sont pas établis. Il représente l’une des garanties fondamentales d’une justice moderne.

Le traitement médiatique de cette affaire soulève toutefois des interrogations. En 2021, lorsque les accusations ont été rendues publiques, elles ont bénéficié d’une couverture médiatique massive. Télévisions, journaux et sites d’information ont largement relayé l’affaire, multipliant les gros titres et alimentant un débat qui a souvent conduit à une condamnation prématurée de Riad Salamé. Beaucoup ont alors oublié que la présomption d’innocence est un principe fondamental, qui ne peut être renversé que par une décision de justice définitive. 

Aujourd’hui, alors que la justice a conclu à un non-lieu faute d’éléments constitutifs de l’infraction, la résonance médiatique apparaît bien plus limitée. Comme si les décisions rétablissant les faits suscitaient moins d’intérêt que les accusations elles-mêmes. Ce contraste interroge le rôle des médias. Certains ont largement relayé les accusations, mais ont accordé une visibilité bien moindre à la décision judiciaire qui les a écartées. Comme si une information n’acquérait de valeur qu’à travers le scandale, tandis que les décisions de justice rétablissant les droits étaient reléguées au second plan. 

La justice ne se mesure pourtant pas à l’intensité des accusations, mais à la force des preuves et au respect des règles de droit. La décision de la Chambre d’accusation de Beyrouth rappelle que la primauté du droit doit toujours l’emporter sur les rumeurs et que la dignité d’une personne ne peut être sacrifiée par des jugements médiatiques rendus avant ceux des tribunaux. 

Une question demeure enfin : dans quelle mesure une personne peut-elle retrouver sa réputation après avoir été innocentée, lorsque la condamnation médiatique a déjà marqué durablement l’opinion publique? La justice ne trouve pleinement son sens que si les décisions de non-lieu ou d’acquittement bénéficient d’une visibilité comparable à celle accordée aux accusations. Car la vérité mérite autant d’écho que les soupçons, et l’équité autant d’attention que le scandale. 

*Président-fondateur de l’Association des hommes d'Affaires libanais de France (HALFA)

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