Logo Levant Time
Retour à l’article
Opinion

Nabih Berry... halte au chantage!

Image d'actualité
Photo Khaled DASOUKI/AFP
Portrait de l'auteur
Par Jad Akhawi
Publié juil. 4, 2026 - 15:48

À chaque tournant décisif que traverse le Liban, le même discours ressurgit: la menace de faire tomber le gouvernement, les mises en garde contre un nouvel effondrement et l’escalade de la confrontation. Pourtant, la question n’est plus de savoir si Nabih Berry peut renverser le gouvernement. Elle est désormais tout autre: que se passerait-il après sa chute?

Quelle est l’alternative? Quelle vision propose-t-il pour le Liban? Et comment le pays sortira-t-il de sa crise s’il retombe une fois encore dans le cercle vicieux du vide politique et institutionnel?

Si l’opposition à l’accord-cadre procède d’une réelle volonté de défendre la souveraineté, que ceux qui s’y opposent présentent une alternative claire, réaliste et applicable. Se contenter de réclamer la chute du gouvernement sans proposer la moindre feuille de route ne promet aux Libanais qu’un surcroît d’incertitude.

Mais la véritable question est ailleurs: le problème se limite-t-il réellement au gouvernement?

Si, selon cette logique, le gouvernement a perdu sa légitimité politique, qu’en est-il alors du Parlement dont il est issu? Si la solution consiste à renverser le pouvoir exécutif, pourquoi les partisans de cette thèse n’iraient-ils pas jusqu’au bout de leur raisonnement en réclamant également la dissolution de la Chambre des députés et un retour devant les électeurs par des élections législatives anticipées?

La question devient alors encore plus embarrassante. Nabih Berry peut-il garantir qu’il sera reconduit à la présidence de la Chambre si de nouvelles élections étaient organisées? Le tandem chiite peut-il assurer que les équilibres politiques actuels seraient préservés au sein du Parlement? Si la réponse demeure incertaine, les Libanais sont en droit de se demander si l’objectif consiste réellement à sauver le Liban ou simplement à préserver des équilibres politiques installés depuis des années.

La démocratie ne se pratique pas à la carte. Celui qui réclame un changement de gouvernement doit accepter une recomposition complète du pouvoir et s’en remettre au verdict des urnes, au lieu de décider quelles institutions doivent changer et lesquelles doivent demeurer à l’abri de toute forme de responsabilité.

L’expérience l’a démontré: la politique du blocage n’a jamais permis de construire un État. Elle a, au contraire, contribué à son affaiblissement. Chaque fois que le Liban entrevoit une occasion de reconstruire ses institutions, le langage de la menace et de la surenchère ressurgit, comme si l’objectif consistait à maintenir le pays à la merci des rapports de force plutôt que sous l’autorité de la Constitution.

Le plus préoccupant dans ce discours est qu’il enferme les Libanais dans une seule alternative: soit se plier aux conditions politiques imposées par le tandem chiite, soit voir le gouvernement tomber et le pays replonger dans une nouvelle crise. Une telle attitude ne relève plus d’une opposition politique ordinaire. Elle s’apparente désormais à un moyen de pression permanent exercé sur l’État et ses institutions, dont les Libanais sont les seuls à payer le prix.

Dans les régimes démocratiques, les gouvernements s’opposent au sein des institutions et tombent lorsqu’une majorité constitutionnelle se dégage autour d’un projet alternatif clairement défini. Ils ne sont pas renversés parce que le blocage devient un mode de gouvernement, ni parce que le vide institutionnel se transforme en instrument de négociation.

Si le président Nabih Berry rejette l’accord, c’est son droit politique. S’il souhaite renverser le gouvernement, c’est également un droit que lui garantit la Constitution, dès lors que les conditions requises sont réunies. Mais les Libanais sont tout aussi en droit de lui poser une question simple: que se passera-t-il ensuite? Qui formera le prochain gouvernement? Sur quelle majorité s’appuiera-t-il? Quel sera son programme? Comment redressera-t-il l’économie? Comment mènera-t-il la reconstruction du Sud ? Et comment restaurera-t-il la confiance des partenaires arabes et de la communauté internationale?

Si l’objectif consiste simplement à disposer d’un moyen de pression supplémentaire afin d’imposer certaines conditions politiques, les Libanais ne sont plus en mesure de supporter une telle logique. Ils ont déjà payé un prix exorbitant à cause de la paralysie des institutions, de l’effondrement de l’économie et de l’isolement du Liban de son environnement arabe et international. Il n’est plus acceptable que leur avenir demeure tributaire des calculs des forces politiques.

Le temps est venu de sortir de la logique du «soit ce que nous voulons, soit pas d’État». L’État n’appartient à personne. Le gouvernement n’est pas un butin. Le Parlement n’est le monopole d’aucune force politique. Quant à la légitimité, elle ne se renouvelle que par la volonté du peuple.

Si certains croient véritablement en la démocratie, qu’ils acceptent de s’y soumettre dans toutes ses exigences, et non de manière sélective. Qu’ils acceptent que le peuple décide qui gouverne, qui préside la Chambre, qui demeure au pouvoir et qui doit le quitter.

En revanche, la menace de faire tomber le gouvernement chaque fois que les circonstances évoluent, tout en refusant d’ouvrir le moindre débat sur une recomposition complète du pouvoir, ne convainc plus les Libanais. Ils sont las du chantage politique, las de la paralysie de l’État et las de voir leur avenir transformé en monnaie d’échange dans un affrontement sans fin.

Le Liban a aujourd’hui besoin d’hommes d’État qui bâtissent les institutions, non de responsables politiques qui menacent de les faire tomber chaque fois que leurs décisions contrarient leurs intérêts.

Articles liés
Voir tout
Vidéos liées
Voir tout
Podcasts liés
Voir tout