


Quand on a reculé devant le feu ennemi, quand l’adversaire a assailli nos villes, rasé tant d’agglomérations et chassé nos compatriotes de leurs foyers, quand il a prouvé qu’il est en mesure d’avancer encore et encore jusqu’à cerner notre capitale et par-dessus tout quand, de guerre lasse, les boutefeux ont imploré un cessez-le-feu, il va de soi qu’à la table des négociations on ne fasse pas la fine bouche et qu’on doive transiger sur certains principes comme la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale!
La France défaite dut céder en 1871 l’Alsace-Lorraine à l’empire du Kaiser; et de même l’Allemagne fut tenue, à la signature du traité de Versailles en 1919, d’accepter, entre autres mesures dégradantes, de démilitariser la Rhénanie et réduire les effectifs de son armée à cent mille hommes!
Est-ce que le Hezb a remporté une victoire éclatante sur Israël ? Que je sache...
Rien ne sert de crâner pour s’accorder un répit ni de se sacrifier dans un combat d’arrière-garde pour optimiser la position de l’Iran dans ses négociations avec Washington. Il suffit que plus de quatre mille Libanais aient donné leur vie pour accorder à Téhéran une marge de manœuvre diplomatique.
En effet, force est de constater que nous avons essuyé une lourde défaite sur le terrain, et les Libanais, à quelque bord qu’ils appartiennent, doivent le reconnaître et en tirer les conclusions.
Si nos troupes avaient pris Metula, Nahariyya ou Haïfa, si elles avaient poussé jusqu’à menacer Dimona, je veux bien croire que nous aurions pu imposer nos conditions à Israël.
Ce qui serait allé de soi : après tout, si l’ennemi avait voulu récupérer son intégrité territoriale, il aurait fallu qu’il cédât sur certains attributs de sa souveraineté. Or ce n’est pas le cas et c’est plutôt l’inverse!
Alors, venir reprocher à la délégation libanaise de vouloir libérer le territoire libanais au prix du désarmement du Hezbollah pro-iranien*, relève de la surenchère !
Payante surenchère… mais si pernicieuse
La passion peut égarer les esprits les plus avertis. D’où les réactions de certains « chercheurs associés » et observateurs politiques, ces histrions de l’intégrité territoriale à l’annonce de l’accord-cadre le 26 juin dernier à Washington!
Ces souverainistes du dernier quart d’heure accusent l’État libanais de capitulation : ils s’offusquent comme le Caïphe de la Semaine Sainte, déchirent leurs vêtements et crient à la trahison.
Mais cette levée de boucliers cache un malsain petit jeu qui n’est pas à l’honneur de patriotes. Si le tandem chiite et ceux de sa nébuleuse veulent torpiller l’accord trilatéral, c’est pour confier le dossier libanais aux bons soins de Téhéran et l’inclure dans une négociation plus large, celle que conduiraient les belligérants du golfe Persique à Islamabad ou ailleurs en Suisse.
Et, pour comble de cynisme, les contempteurs de la convention du 26 juin prétendent n’avoir d’autre souci que la souveraineté nationale et ses principes intangibles !
Prenons exemple sur Abou Ammar
Pour Hafez el-Assad, et dès les années soixante-dix, la cible à abattre était non point le Chrétien libanais, rebelle à sa loi, mais le Palestinien. L’OLP était le premier ennemi à abattre, bien avant le Front libanais ou les Forces libanaises.
Dans la grande reconfiguration de l’espace du Levant, et pour le cas où une conférence internationale devait se tenir pour régler la querelle israélo-arabe, le tyran de Damas refusait que la « carte » palestinienne lui échappât. À ses yeux, les Palestiniens n’étaient que des Syriens du Sud et c’était à lui de décider de leur sort.
Or Yasser Arafat voulait rester seul maître à bord et allait jouer au chat et à la souris avec l’autocrate établi sur les rives de Barada. Ballotté d’un pays à l’autre, de la Jordanie au Liban, puis en Tunisie, Abou Ammar refusa d’abdiquer ses prérogatives. Il finit par signer au nom des siens à Oslo ! Il n’allait pas laisser un officier putschiste de Qardaha, à la légitimité douteuse, représenter sa nation de déplacés.
Allons-nous céder sur la « carte libanaise » ?
Nous, Libanais, sommes dans le même cas de figure. Allons-nous concéder la carte libanaise à l’Iran pour renforcer son pouvoir à la table des négociations avec Donald Trump ? Qu’est-ce qui est plus souverain, confronter l’adversaire israélien à Washington ou Rome, ou plutôt confier gracieusement ladite carte à l’empire des mollahs lequel, d’après certains, saurait mieux défendre nos intérêts nationaux ?
Souvenons-nous qu’avec la chute du régime des Assad père et fils le destin nous avait souri et que le Liban a pu subrepticement arracher sa carte confisquée par Damas. Or voilà qu’une milice aux ordres de l’Iranien veut, dans l’impudence la plus déclarée, nous allouer à Téhéran et nous inclure comme une topique à l’ordre du jour de négociations qui seraient menées exclusivement entre Iraniens et Américains !
La carte libanaise n’est pas à céder ni à endosser à l’ordre d’un commanditaire du golfe des achéménides. Et, pour tout vous dire, la carte libanaise n’a jamais porté bonheur aux flibustiers !
*Rappelons que l’accord-cadre signé le 26 juin dernier par le Liban, Israël et les États-Unis a pour but ultime de libérer le territoire national de toute occupation, israélienne soit-elle ou iranienne ! Lui reprocherait-on de procéder par étapes ? Voyons ce que donneraient les pourparlers à Rome où se retrouvent les délégations.