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Opinion

Au Liban, une emprise remplace l’autre!

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Par Youssef Mouawad
Publié août 1, 2026 - 15:16

C’est à croire que le Liban n’a vécu qu’au gré des capitales étrangères: il y eut l’heure égyptienne sous Nasser, l’heure palestinienne sous l’OLP, l’heure syrienne sous la dynastie républicaine des Assad, et bien entendu l’heure iranienne quand le Hezbollah s’était saisi des commandes par personnes interposées. Cela est d’autant plus spécifique de la réalité libanaise qu’à chaque fois que l’influence d’un régime arabe ou autre venait à se diluer ou s’effacer, celle d’un autre régime la remplaçait. Comme si cela allait de soi, la nature ayant horreur du vide et nos hommes politiques ne voulant pas renoncer à la servitude.

 

Une fatalité et une malédiction!

 

D’une fois sur l’autre, la configuration pouvait être plus ou moins contraignante car il y a bien entendu une différence de nature, non seulement de degrés, entre occupation militaire ou asservissement politique d’une part et simple coordination diplomatique de l’autre. Le curseur peut jouer à la hausse comme à la baisse suivant le contexte, les imprévus et les impondérables ! Mais au-delà des renversements de situation, un fait est là indéniable: notre petit pays a dû et devra malheureusement s’accommoder de situations inconfortables et se plier aux desiderata des plus grands et plus puissants que lui. Finlandisé par la force de ces choses que sont l’histoire et la géographie, le Liban pouvait-il prétendre à un statut plus ambitieux que celui d’un état client ou d’un état satellite?

 

Cela dit, imaginons que le temps vienne à suspendre son vol, et à nous libérer un court moment de la compénétration étrangère si peu «fraternelle»! Supposons que Abdel Hamid Khaddam se fût désintéressé de notre sort et qu’il nous eût accordé un répit, que serait-il advenu de nous, pauvres hères, et qu’aurions-nous fait? Eh bien, nos élites politiques se seraient précipitées, par réflexe atavique, auprès d’une autre capitale arabe ou occidentale pour quémander son intervention immédiate, son concours financier, voire son appui militaire. Ces élites auraient consenti à toute forme de sujétion qui leur aurait permis d’en découdre avec leurs adversaires locaux ou même municipaux. À ce jeu, nul n’a été innocent, ni la partie sollicitée, ni la partie requérante! Ni le pourvoyeur de l’appui, ni l’attributaire!

 

Abdel Hamid Ghaleb, pour rappel

 

On reconnaît qu’un pays est souverain au courage qu’il a de mettre un ambassadeur à la porte. Le 21 juillet 1958, le New York Times nous apprenait que Abdel Hamid Ghaleb, ambassadeur de la République arabe unie agréé à Beyrouth, était déclaré persona non grata et prié de quitter le Liban! On lui reprochait de susciter la révolte et d’apporter un soutien armé à l’opposition au régime du président Camille Chamoun (1). Et de fait, Ghaleb avait incité à l’insurrection et à la désobéissance civile en divers points du territoire. Les choses ne rentrèrent dans l’ordre qu’avec le débarquement des Marines américains et l’élection du général Fouad Chéhab le 31 juillet. Le sulfureux ambassadeur ne reprit ses fonctions que début novembre de cette même année (2) et le nouveau pouvoir inaugura avec un Nasser tout-puissant une politique de collaboration sincère. Abdel Hamid Ghaleb normalisa les relations entre Beyrouth et Le Caire et accrut l’influence de l’Égypte dans la sphère politique libanaise, ce qui ne manqua pas d’attiser les reproches d’ingérence directe dans nos affaires. Tout en restant dans l’orbite occidentale, Beyrouth allait ménager les intérêts de Nasser dans la région. Ce dernier, ayant été défait en 1967 et ayant disparu de la scène en 1970, nous allions tomber de Charybde en Scylla! Les époques suivantes furent des années de chagrin et de pitié où tour à tour la résistance armée palestinienne, l’occupation syrienne et la mainmise iranienne allaient violer notre souveraineté au quotidien.

 

Ainsi, dans l’absolu et depuis un long moment, nous n’étions ni libres, ni indépendants, ni souverains, même s’il valait mieux vivre à Beyrouth qu’à Damas ou Bagdad où le parti Baas allait régner dans toute sa splendeur, ou qu’à Téhéran et Ispahan où les mollahs pouvaient se prélasser à l’ombre de la wilayat al-faqih.

 

Le Syrien pour remplacer l’Iranien?

 

C’est entendu: un pays n’est souverain que s’il est en mesure de claquer la porte au nez d’un ambassadeur étranger. Du coup, on peut considérer que le tandem Aoun-Salam s’est affirmé en «défenestrant» l’envoyé des mollahs, c’est-à-dire en retirant l’accréditation à Mohammad Reza Shibani, le chef de mission iranien.

 

Mais s’est-on jamais demandé qui allait prendre sa place? Se distancier de la République islamique est certes louable, mais par qui remplacer cette dernière?

 

L’accueil réservé au ministre syrien des Affaires étrangères dans la bonne ville de Tripoli peut nous laisser dubitatifs. La communauté sunnite aurait-t-elle trouvé, après tant d’errance, un mentor à sa taille? Certains l’affirment. Seulement voilà, Ahmad al-Chareh a d’autres priorités, dont principalement la consolidation de son pouvoir à Damas comme ailleurs dans son pays éclaté. Il serait insensé de céder à la tentation d’ouvrir un nouveau front libanais. Car, même soutenu par Ankara, il ne dispose pas des moyens d’une ambitieuse politique régionale !

Trouvons autre chose!

 

 

(1)    Sam Pope, “Envoy from Cairo ousted by Beirut; Lebanese say he had been plotting with rebels”, The New York Times, 21 juillet 1958.

(2)    Le Monde, « L’ambassadeur de la RAU au Liban reprend ses fonctions », 6 novembre 1958.

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