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Mille plateaux

Palestine : une paix confisquée par les extrêmes
Par
Michel Hajji Georgiou
Publié
déc. 26, 2025 - 13:56

Contrairement aux idées reçues, la question palestinienne n’est pas enfermée dans une impasse par fatalité historique, ni par une haine atavique irréductible. Elle est méthodiquement neutralisée par une convergence d’intérêts entre des extrêmes qui, tout en s’affrontant dans le sang, ont en commun une obsession : empêcher l’émergence d’une solution politique fondée sur la reconnaissance mutuelle et l’égalité des droits. D’un côté, un pouvoir israélien captif d’une logique sécuritaire absolue, transformée au fil des ans en idéologie de gouvernement. De l’autre, des mouvements islamistes qui prospèrent sur l’effondrement du politique, la sacralisation de la violence et la confiscation de la cause palestinienne au profit d’agendas régionaux. Entre les deux, une population prise en otage, et une perspective de paix délibérément sabotée.

Noël et le prix de la rédemption
Par
Michel Hajji Georgiou
Publié
déc. 24, 2025 - 12:10

Le sens de Noël nous interpelle plus que jamais, dans un monde de plus en plus éclaté, de plus en plus « nihiliste » - au sens existentiel. Au-delà du caractère commercial et festif, ou encore spirituel et religieux, Noël c’est en principe une main tendue à l’humain dans toutes ses tares, ses iniquités, ses imperfections. Sans distinctions. Il n’est pas question ici de faire de la morale de supermarché, ni du spiritualisme laïcisé, mais de s’interroger sincèrement sur ce que ce moment signifie, en dehors du vécu immédiat, de cette délicieuse synesthésie entre lumières, chants et saveurs, ou de la joie des cadeaux dans les yeux innocents des petits enfants.

Réancrer les chiites au projet libanais
Par
Michel Hajji Georgiou
Publié
déc. 19, 2025 - 21:57

L’histoire du chiisme libanais est trop souvent racontée à l’envers, ou pire, écrasée sous une lecture téléologique qui ferait du Hezbollah l’aboutissement naturel d’un long continuum religieux et politique. Rien n’est plus faux. Les travaux sur les ulémas du Jabal Amel permettent au contraire de restituer une généalogie bien différente, faite de pluralisme doctrinal, de rapport assumé à l’État, et d’une conception non théocratique de l’autorité religieuse. C’est précisément cette tradition qui a été brisée. Le chiisme amélite s’est historiquement inscrit dans la logique de la wilayat al-umma , c’est-à-dire d’une communauté de croyants dotée d’une autonomie morale et spirituelle, mais non d’un projet de domination politique. Le choix de la marja‘iyya y était libre, pluriel, souvent tourné vers Najaf, dans une relation délibérément distanciée entre clercs et pouvoir. Cette tradition reconnaissait la diversité des autorités religieuses, refusait la centralisation doctrinale et, surtout, ne prétendait pas gouverner la société au nom du sacré.

Le Hezbollah, de la wilayat el-faqih à la roche de Raouché
Par
Michel Hajji Georgiou
Publié
déc. 17, 2025 - 10:18

Le parti iranien, le Hezbollah, n’a jamais été une résistance territoriale. Il a été une milice d’expansion spatiale utilisant le territoire comme argument de légitimité. Il est temps d’en prendre acte, une fois pour toutes. Depuis sa naissance, le Hezbollah vit sur une fracture intime : il est à la fois bras armé d’un projet impérial – celui de la wilayat el-faqih iranienne définie par l’imam Khomeini – et acteur qui prétend incarner la « résistance » pour libérer un territoire national. L’« espace » d’abord : celui de la oumma chiite, de Qom à Beyrouth, articulé autour d’un Guide suprême dont les décisions, en matière de guerre et de paix, sont contraignantes. Le « territoire » ensuite : celui du Liban-Sud, de la Békaa, des frontières disputées, où le parti se présente comme rempart face à Israël et dépositaire d’une cause nationale. Cette dichotomie ne date pas d’hier. Lors de son implantation en 1984, sous couvert de « résistance à l’occupation israélienne », le Hezbollah commence par éliminer une bonne partie de la résistance nationale issue de la gauche libanaise – Mahdi Amel et consorts. Il s’installe dans les marges : Békaa, Liban-Sud, banlieue sud de Beyrouth. Il y bâtit une infrastructure sociale tentaculaire financée par l’Iran, puis relayée par la Syrie d’Assad dans le cadre de l’« alliance des minorités ».

Lettre ouverte à Léon XIV : reprendre le flambeau de François
Par
Michel Hajji Georgiou
Publié
déc. 8, 2025 - 17:29

Très Saint Père, au moment où vous vous apprêtez à fouler la terre du Liban et de la Turquie, au seuil de ce Levant meurtri qui fut pourtant l’un des berceaux de l’humanité croyante, nous osons vous écrire. L’objectif n’est pas d’ajouter une voix de plus au concert des discours protocolaires. Cela n’a absolument aucun intérêt. Des formules creuses, rutilantes, mais sans âme, vous en entendrez plein durant votre déplacement. Cette lettre vise à vous demander une chose à la fois simple et vertigineuse : reprendre le flambeau. Le flambeau de François. Celui d’un humanisme intégral qui a tenté, envers et contre tout, de ressaisir l’Évangile dans ce qu’il a de plus nu : la dignité de tout être humain, la fraternité comme unique horizon possible de la politique, la religion délivrée des idoles identitaires.

Bachar el-Assad rôde encore à Damas
Par
Michel Hajji Georgiou
Publié
déc. 8, 2025 - 16:48

Il y a un an jour pour jour, Bachar el-Assad s’est effondré, emportant avec lui un demi-siècle de tyrannie familiale, maquillée en « laïcité » moderniste et en rempart contre le chaos. Bon débarras. Bon débarras d’un régime qui a fait des Syriens la matière première d’une ingénierie de la terreur, au nom d’un pseudo-arabisme greffé sur « l’alliance des minorités », livré tour à tour à l’Iran et à la Russie, et si commode, au fond, pour Israël. Bon débarras d’un pouvoir qui a transformé la communauté alaouite en bouclier humain et en fond de commerce, et qui n’a tenu qu’en incarcérant « Dieu lui-même » dans les oubliettes de Saydnaya. Bon débarras, aussi, de cette fiction confortable selon laquelle la barbarie serait le prix à payer pour éviter pire encore : le chaos, l’islamisme, la guerre de tous contre tous. La Syrie a payé le prix fort pour démontrer que le pire, c’était lui.

L’Europe face à ses démons
Par
Michel Hajji Georgiou
Publié
déc. 6, 2025 - 19:06

Non, la guerre déclenchée par la Russie contre l’Ukraine ne saurait être traitée comme un épisode périphérique ou un simple conflit territorial, n’en déplaise aux poutinistes en tous genres. L’agression russe révèle un déchirement plus profond : une confrontation entre deux visions du monde. D’un côté, la liberté et le droit ; de l’autre, la nostalgie d’un ordre impérial, au nom d’un pseudo « âge d’or » mythifié, fondé sur la domination et la terreur. Ce qui se déroule aujourd’hui sur les terres ukrainiennes est la tentative méthodique de ressusciter la logique impérialiste russe et d’en faire le modèle politique de ce siècle. La bataille du Donbass n’est pas une bataille locale. C’est un test pour l’Europe entière - pour son courage, sa mémoire et son avenir. Pas moins. Le régime de Vladimir Poutine ne cherche pas simplement à annexer un territoire. Poutine veut restaurer une architecture impériale dont les références historiques sont explicites : Pierre le Grand, Catherine II, et l’idée d’un « espace civilisationnel » sacralisé par le mythe du « monde russe », où les peuples ne sont pas des sujets politiques mais de la matière ethnique à absorber, convertir ou effacer.

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