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Religion

Une jeune Libanaise, un chant araméen et Léon XIV en émoi

Héléna Alamil à Levant Time: «En France, une nouvelle génération chrétienne déploie son espérance»

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Le pape arrivant au Stade de France pour une veillée avec les jeunes. (Vatican Media / Hans Lucas via AFP)
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By Fady Noun
Published oct. 6, 2026 - 14:43

Nous sommes le 25 septembre, au Stade de France, près de Paris, où le pape Léon XIV a rendez-vous en soirée avec la jeunesse française pour la première journée de son voyage apostolique dans l’Hexagone. Sur un tableau représentant une barque et une voile, on aperçoit, debout, un homme et une femme, et en surimpression sur un hymne araméen du IVe siècle s’élevant dans le stade, une voix off récite:

 

«Quand la France ne portait pas encore son nom, le Ciel préparait déjà son dessein. En l’an 44 après Jésus-Christ, sur les rives de la Méditerranée, une frêle barque de bois embrasse la côte. Deux disciples de Jésus-Christ foulent pour la première fois cette terre qui deviendra la Provence: Lazare et Marie-Madeleine. Des calanques de la côte aux falaises de la Sainte-Baume, leur passage gravera dans la pierre, dans les cœurs et dans la mémoire des hommes la toute première page de la phase chrétienne de l’histoire de la France. “Voici le cri de toute ma vie, lance ensuite Marie-Madeleine, la pêcheresse convertie, le Christ t’appelle par ton nom. Personne n’est trop abîmé pour être aimé!”»

 

Ainsi commence, par une rencontre de l’Orient et de l’Occident, le spectacle grandiose offert à l’intention du pape Léon XIV pour son rendez-vous avec la jeunesse française. Ce moment fort de la veillée s’articulait autour d’une grande fresque vivante et d’une litanie des saints spécialement arrangée pour l’occasion, mêlant des prières traditionnelles et l’invocation des saints et figures de l’histoire chrétienne de France tels que Jeanne d’Arc, Vincent de Paul, François de Sales, Louise de Marillac, Thérèse de Lisieux, le Curé d’Ars ou Charles de Foucauld. L’arrivée d’une barque sans voile, ni rames, ni gouvernail en l’an 44, à bord de laquelle se trouvait un groupe de chrétiens compagnons de Jésus, dont Lazare et ses deux sœurs, Marthe et Marie-Madeleine, abandonnés aux flots par leurs persécuteurs, est bien attestée dans la tradition provençale.

 

La voix qui chante en syriaque est celle d’Héléna Alamil, un talent libanais unique dont le parcours personnel marie les mondes de la recherche scientifique avancée et de l’antique liturgie chrétienne orientale.

Helena au stade de France

Helena Alamil au stade de France.

Double carrière

Loin d’être une artiste itinérante, Héléna Alamil est en effet une professionnelle scientifique à plein temps. Elle est titulaire d’un doctorat en toxicologie de l’Université Paris-Saclay et a travaillé comme professeure assistante, chercheuse et scientifique d’application de terrain en spectrométrie de masse des sciences de la vie.

 

Originaire de Rmeich, au Liban-Sud, un grand village maronite frontalier, Héléna se trouve en France depuis une dizaine d’années. Elle est également connue dans son pays de résidence comme la fille du prêtre du village, le père Nagib Alamil. L’hymne interprété, Abo Dqoushto (père de Vérité), est un profond chant liturgique syriaque du IVe siècle, adressé selon la liturgie maronite à Dieu le Père, et centré sur le sacrifice du Christ.

 

Héléna a été choisie pour représenter les «premiers chrétiens» en ouverture de la fresque «Dans les pas des Saints» offerte au pape. Le spectacle est sous la direction magistrale d’Alexis Duffaure, un chef d’orchestre et directeur de chorale aussi «humble» – le mot est d’Héléna – que talentueux, avec un orchestre et une chorale de 2.500 personnes coordonnée par Ecclesia Cantic, une structure ecclésiale française visant à soutenir le chant liturgique. Visuellement, vocalement et musicalement, il comprend une dizaine de tableaux résumant l’histoire de la sainteté en France. Grande surprise de la soirée: un char tiré par quatre chevaux animant le récit du martyre de sainte Blandine, à Lyon, et Jeanne d’Arc et ses compagnons d’armes galopant sur de fiers destriers entre les rangées de spectateurs.

 

L’interprétation d’Héléna correspondait au tableau représentant les racines orientales du christianisme en Provence. Alors que des acteurs représentant Marie-Madeleine et Lazare entraient dans le stade débout sur une barque, sa voix de soprano a donné son élan au spectacle qui a ému aux larmes le pape Léon XIV et la foule des 80.000 spectateurs remplissant les gradins du stade.

 

«Un honneur et une grâce»

 

«Ce fut un honneur et une grâce, pour moi, ainsi qu’une grande responsabilité», affirme Héléna à Levant Time. «Faut-il réussir sa vie ou la donner?», s’interroge le script de la soirée récité par André Dussolier. La réponse d’Héléna à cette question fuse: «Tout ce que je désire, c’est toucher le cœur des fidèles, contribuer à leur conversion, rendre gloire à Dieu et à son Église.»

 

À 30 ans passés, la jeune femme, contactée au téléphone, n’entend pas enterrer «le talent» qui lui a été confié, mais cherche à le faire fructifier principalement dans les cérémonies religieuses publiques et privés, et quelques rares «vins d’honneur» par exception.

 

Elle assure n’avoir jamais été plus heureuse qu’en entendant certains de ses auditeurs en Europe lui confier «qu’ils n’ont rien saisi des hymnes» qu’elle avait interprété, mais ajoutant: «En vous écoutant, c’est comme si on avait tout compris.»

 

Un sujet de fierté pour cette jeune femme qui a chanté «dans tous les coins de France», et notamment à Monaco, au Luxembourg, en Allemagne et même à Rome, dans le cadre d’une chorale, à la cérémonie de canonisation des trois frères Massabki, des laïcs maronites martyrisés lors des massacres de Damas au XIXe siècle (1860), en même temps que des milliers d’autres chrétiens de la montagne libanaise.

 

Racines à Rmeich

 

C’est du village de Rmeich, où se trouvent ses racines familiales (réduit en ce moment à un îlot résidentiel entouré de tous côtés par l’armée israélienne et dont on ne sort ni n’entre que sous autorisation), qu’elle a rejoint Paris et l’appel à chanter pour le pape. C’est là aussi qu’elle retrouve, aux occasions de Noël et de Pâques et en été, son père, sa mère Violette, sa sœur mariée, son frère prêtre et huit neveux et nièces.

 

«Je dois tout à ma famille», précise Héléna, qui a hérité de ses deux parents sa belle voix, ainsi que l’amour du pays. «En fait, j’ai appris à chanter avant d’apprendre à lire», dit-elle candidement.

 

Très attachée au Liban, qu’elle considère avec beaucoup de Libanais comme «partie de la Terre sainte, puisque foulé par les pieds du Christ», Héléna l’est «surtout à travers son amour de Rmeich, dont certains sites gardent, selon les traditions locales, les traces du passage du Christ et de ses disciples, sur le chemin de Sidon et de Tyr».

Helena Amil avec sa famille

Héléna Alamil avec sa famille, dans son village à Rmeich. 

Que garde-t-elle de plus marquant de la cérémonie au Stade de France? Qu’est-ce qui l’a personnellement touchée? Étonnamment, «c’est la discipline, la paix et le respect de l’autre», qui l’ont le plus marquée. «Il faut comparer la sortie du stade, ce soir-là, à la sortie d’un match de football pour comprendre», explique-t-elle à Levant time. «Une sortie fluide, disciplinée. Pas une poubelle renversée!»

 

Mais ce n’est pas tout. Elle s’est dit également émue jusqu’aux larmes par le message d’espérance lancé par le pape: «Vous êtes les saints de la France!»

 

«Ce qui m’a marqué, aussi, c’est l’émotion du pape. Il a apprécié la veillée. D’ailleurs, tout le monde a été ému jusqu’aux larmes, même le pape, ajoute Héléna. Je pense que ce réveil est profond et va durer. Il n’y a qu’à en suivre les échos sur les réseaux sociaux. Les jeunes n’ont plus honte de se déclarer chrétiens et d’en parler. La visite du pape leur a permis de grandir en assurance. En France, une nouvelle génération chrétienne déploie son espérance.»

 

Laissons le mot de la fin au grand poète chrétien Jean-Pierre Lemaire: «Nous étions sur le Thabor… Il faut maintenant redescendre de la montagne et enraciner ce regain de foi dans l’ordinaire des jours.»

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