شعار Levant Time
العودة إلى المقال
Religion

Howayek et l’exaltation du rôle de la femme libanaise (3/4)

صورة للأخبار
Le patriarche Howayek en compagnie d'évêques à Rome en 1906. (Photo colorisée à partir du cliché original, auteur anonyme via Wikimédia Commons)
صورة المؤلف
بقلم Fady Noun
نُشر juil. 20, 2026 - 21:20

Depuis toujours, Élias Howayek était sensible aux difficultés propres aux zones rurales où il avait grandi. Devenu évêque, il fut conscient qu’il devait agir pour remédier à l’inégalité d’accès à l’instruction des filles des familles modestes de son milieu d’origine. Selon ses lettres et écrits, pour lui, l’éducation de la jeune fille constituait le cœur et le pilier de la famille, et garantir un enseignement solide aux femmes revenait à assurer l’avenir moral, civique et social de toute la société libanaise.

Le 15 août 1895, Élias Howayek fonda à Jbeil la Congrégation des sœurs maronites de la Sainte-Famille, avec mère Rosalie Nasr et sœur Stéphanie Kardouche, qu’il avait détachées, sur conseil et avec l’approbation de leurs supérieurs, de leur couvent de Nazareth en Terre sainte.

Mère Rosalie Nasr (1840-1899) était une femme forte, une religieuse expérimentée qui avait occupé des postes de hautes responsabilités dans sa congrégation d’origine, les Sœurs de Notre-Dame de Nazareth, et chez les Sœurs du Rosaire. Elle rencontre providentiellement Élias Howayek encore évêque, qui lui expose son projet de fondation. Ayant obtenu le consentement du patriarche de Jérusalem, elle se consacre entièrement à «l’œuvre» avec sœur Stéphanie Kardouche, son élève venue avec elle de Nazareth.

Le choix du nom «Sainte-Famille» illustre l’intention pédagogique et spirituelle: les religieuses devaient incarner les vertus de la Sainte Famille de Nazareth pour soutenir et préserver une cellule familiale et une société menacées, dont une partie s’abandonnait aux délices de l’après-guerre, aux bals et aux jeux de hasard.

La congrégation fut confrontée à des défis précoces, notamment la mort tragique de mère Rosalie en 1899. Cette épreuve survint dans la nuit du 22-23 août 1899 lorsqu’une jeune fille jugée «malade», et renvoyée pour inadaptation à la vie religieuse, vient la tuer à coups de couteau. Par une nuit chaude de pleine lune, connaissant les accès du petit couvent, elle se dirige vers la chambre de la mère au rez-de-chaussée, y entre par une fenêtre ouverte, s’approche de son lit et la poignarde en plein cœur. Mère Rosalie ne tarda pas à rendre l’âme. Mais Mgr Howayek réagit vite et le 30 août 1899, une semaine après le décès de mère Rosalie, le fondateur désigne sœur Stéphanie Kardouche, compagne et fille spirituelle de mère Rosalie, comme nouvelle supérieure. Touchant à peine la trentaine, mais grandie par la responsabilité, sœur Stéphanie assura avec une fermeté surprenante la continuité et la stabilité de la mission, grâce à sa vision et à sa conviction que l’œuvre relevait de la Providence.


Aujourd’hui, la Congrégation des sœurs maronites de la Sainte-Famille demeure un symbole de cette vision pionnière, alliant spiritualité, éducation et développement social. La maison-mère de la congrégation, à Ibrine (Batroun), abrite la dépouille mortelle du patriarche Howayek, qui semble ne s’être dégradée que lentement, ainsi qu’un beau musée conçu pour appréhender toutes les facettes de l’homme qui a façonné l’âme du Liban.

Un architecte et un bâtisseur


Par ailleurs, le patriarche Howayek est reconnu pour son œuvre architecturale, étendue à ces lieux emblématiques que sont le sanctuaire Notre-Dame du Liban, à Harissa, ainsi que les sièges patriarcaux de Bkerké et Dimane, sans compter la maison-mère de la congrégation, à Ibrine, dont l’église est sertie de fins vitraux qu’il a lui-même choisis. Il semble que la sensibilité à la beauté avait grandi en lui à la fréquentation des églises et monuments de la Ville éternelle.

Le sanctuaire de Harissa fut érigé en l’honneur de «l’Immaculée conception», c’est-à-dire de la Vierge Marie conçue libre du «péché originel». Les pères jésuites, qui tiennent à l’époque le séminaire de Ghazir, vont collaborer à l’installation d’une statue monumentale en bronze de la Vierge Marie dominant la spectaculaire baie de Jounieh. Harissa est depuis lors un lieu de pèlerinage national et plus. Les pèlerins du Liban et du Moyen-Orient viennent y solliciter l’intercession d’une femme vénérée par les chrétiens comme mère de Dieu, et par les musulmans comme «la plus pure de femmes».

Le patriarche Howayek a par ailleurs consolidé le siège patriarcal de Bkerké, qui avait succédé en 1830 au siège de Dimane (Liban-Nord), du fait que le centre de gravité démographique des maronites s’était déplacé vers le centre du Mont-Liban. Le patriarche fit remplacer l’ancienne résidence patriarcale par une nouvelle. Dès cette époque, Bkerké devient ce qu’il est aujourd’hui: le centre administratif et spirituel de l’Église maronite, servant également de point stratégique pour ses activités politiques et diplomatiques, vers la France et la Société des Nations à l’époque de Howayek, et vers le monde aujourd’hui.

Comme de juste, Dimane, au voisinage des Cèdres, va devenir la résidence d’été des patriarches maronites. Par ailleurs, les réalisations du patriarche ne se limiteront pas au Liban, mais dépasseront les frontières libanaises (France, Égypte, Jérusalem, Rome). Elles attesteront de la fusion de son engagement spirituel et de sa stratégie politique, consolidant à la fois l’autorité de l’Église maronite et le projet d’un Liban libre et pluraliste, moderne et unifié.

Lire aussi:

«L’amour de la patrie», le testament spirituel du patriarche Howayek (2/4)

Le patriarche Howayek, prophète du vivre ensemble (1/4)


مقالات ذات صلة
عرض الكل
فيديوهات ذات صلة
عرض الكل
بودكاست ذات صلة
عرض الكل