


Le délai de dix jours que Washington avait accordé à Téhéran pour répondre aux quinze conditions posées pour un arrêt des hostilités, expire dimanche, sans que le moindre signe concret d’une possible désescalade se profile à l’horizon. Les positions semblent, au contraire, se durcir, alors que les Etats-Unis et l’Iran affûtent leurs armes en prévision d’une éventuelle nouvelle phase du conflit militaire et que la confusion règne toujours au sujet de possibles pourparlers entre les deux Etats.
La réaction violente de la République islamique au très attendu discours du président Donald Trump aux Américains, mercredi soir, assortie de contre-menaces, révèle la difficulté de la mission engagée par les médiateurs pour pousser les deux principaux belligérants à amorcer un dialogue.
Au cœur du bras-de-fer reste cette constante qui se pose sous forme de question: qu’est-ce qui doit s’établir en premier, le dialogue ou un cessez-le-feu? L’Iran qui n’est pas hostile au principe d’un dialogue, mais qui a rejeté les 15 conditions de Washington, les jugeant excessives et irréalisables, continue d’exiger que les Etats-Unis mettent fin à leur offensive, ce que le président Trump a de nouveau rejeté mercredi.
Le ton est ainsi de nouveau monté entre les deux. A Washington, où l’on se prépare d’arrache-pied à une offensive terrestre qui pourrait être la grande finale articulée autour du contrôle de sites stratégiques iraniens, on promet de «ramener l’Iran à l’âge de pierre», en l’absence d’un accord, alors que Téhéran brandit la menace d’attaques «dévastatrices» contre les Etats-Unis et Israël.
Donald Trump a ainsi annoncé aux Américains dans son discours, mercredi dans la nuit, que les frappes, qui étaient nécessaires selon lui pour empêcher l'Iran d'avoir l'arme nucléaire, ne cesseraient pas de sitôt. Il a rappelé à cet égard les victoires «décisives» enregistrées, soulignant qu’il est «proche de remplir» ses objectifs en Iran, «Nous allons les frapper extrêmement fort au cours des deux à trois prochaines semaines. Nous allons les ramener à l'âge de pierre auquel ils appartiennent», a-t-il lancé.
Il a de nouveau menacé de s'en prendre aux infrastructures énergétiques iraniennes, affirmant qu'en l'absence d'accord, les Etats-Unis allaient «frapper chacune de leurs centrales électriques très durement et probablement simultanément». Washington avait décidé de surseoir à ces attaques en attendant la réponse de Téhéran à ses 15 conditions.
L’uranium enrichi
Le président américain ne s’est pas étendu sur de possibles pourparlers, réaffirmant ce qu’il répète à ce sujet, à savoir que ce sont les Iraniens qui souhaitent engager un dialogue et qu’ils ont eux-mêmes appelé à un cessez-le-feu, ce que le ministère iranien des Affaires étrangères a vite fait de démentir. Il s'est aussi gardé d'évoquer un éventuel déploiement de troupes au sol, une perspective très impopulaire aux Etats-Unis.
Donald Trump a évoqué brièvement la question des réserves d'uranium enrichi de l'Iran, en assurant qu'elles étaient très profondément enfouies, laissant entendre qu'une surveillance par satellite suffirait dans l'immédiat.
Il est passé très rapidement aussi sur le sujet qui préoccupe les Américains et qui lui vaut de sombrer dans les sondages depuis un mois: la flambée du prix de l'essence.
Il s'agit, selon lui, d'un phénomène «de court terme». L'économie américaine n'a «jamais été aussi forte», a-t-il rassuré.
Donald Trump a rappelé également que les Etats-Unis, exportateurs de pétrole, ne dépendaient pas d'approvisionnements transitant par le détroit d'Ormuz, bloqué par l'Iran.
Réunion autour d’Ormuz
Les pays qui souffrent du blocage de cette voie maritime stratégique doivent «s'en occuper», a-t-il lancé, tout en promettant de ne pas «abandonner» ses alliés du Golfe. Il n'a pas repris ses virulentes attaques contre l'Otan, notamment les pays d’Europe qui risquent cependant de se retrouver acculés à intervenir pour rétablir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, levier principal de l’Iran dans son bras-de-fer avec les Etats-Unis.
Notons dans ce cadre que les ministres des Affaires étrangères d’une quarantaine de pays, dont le Japon, ont tenu jeudi une réunion virtuelle, pour discuter de la fermeture de cette artère indispensable pour le commerce international, sur laquelle Téhéran menace d’exercer un contrôle total en imposant des droits de passage.
Au cours de ces échanges, la cheffe de la diplomatie britannique, Yvette Cooper, a annoncé une autre réunion, qui se tiendra au niveau militaire pour discuter d’une action conjointe destinée à garantir une réouverture durable du détroit et la sécurité des pétroliers et des cargos, une fois la guerre terminée, sans préciser les pays qui y seraient représentés.
La France, par exemple, s’oppose toujours fermement à une opération militaire à cette fin. Son président, Emmanuel Macron, en visite d’Etat à Séoul, a ainsi qualifié d’«irréaliste» toute opération militaire pour débloquer le point de passage d’Ormuz. «Ce n'est jamais l'option que nous avons retenue», a-t-il commenté, estimant qu'elle risque de «prendre un temps infini» et comporterait «de nombreux risques».
Sauf qu’en attendant un hypothétique déblocage, les prix du carburant poursuivent leur envol, affectant l’ensemble de l’économie internationale.
Intensification des frappes
Autre levier de pression pour l’Iran, les attaques contre les pays du Golfe, lesquelles se sont amplifiées après le discours de Donald Trump, en même temps que les tirs de missiles coordonnés contre Israël.
Cette intensification des frappes qui se sont poursuivies tout le long de la journée de jeudi, a suivi les menaces iraniennes d’attaques «dévastatrices» contre les Etats-Unis et Israël, consécutives à l’allocution du président américain.
Le commandant opérationnel de l'armée iranienne a assuré, dans un communiqué diffusé par la télévision d'Etat, que cette guerre se poursuivrait jusqu'à l' «humiliation» des ennemis de l'Iran.
Ses proxys restent engagés à fond dans cette même stratégie, totalement indifférents à ses conséquences sur les pays dont ils sont issus. C’est le cas notamment du Hezbollah qui, comme l’Iran, a simultanément intensifié ses frappes contre le nord d’Israël dans la nuit de mercredi à jeudi et dans la journée de jeudi.
Cet accroissement de la violence transfrontalière au sud, a poussé le ministre israélien de la Défense, Yisrael Katz, à adresser ses menaces directement au chef du Hezbollah, Naïm Qassem, «et ses collègues qui paieront le prix du lancement de roquettes sur Israël durant la Pâque» juive. «Nous purifierons le sud du Liban du Hezbollah et de ses soutiens et arracherons les crocs de ce serpent dans tout le Liban», a-t-il encore menacé pendant que son armée procédait à la destruction d’habitations dans la zone frontalière.
La déclaration de Salam
Sur le plan politique libanais, au terme du Conseil des ministres qu’il a présidé dans la matinée, le chef du gouvernement libanais, Nawaf Salam, a dénoncé la politique de terre brûlée appliquée par Israël au Liban-sud, pour y établir une zone tampon, mais il a dans le même temps critiqué l’aventure dans laquelle la formation pro-iranienne a entraîné le pays, «devenu le théâtre de la guerre des autres», avec un prix humain, social, matériel et économique excessivement élevé.
«Rien ne devrait consacrer un lien entre le conflit sur notre territoire et les guerres des autres, dans lesquelles nous n’avons aucun intérêt, y compris les opérations militaires annoncées comme conjointes et coordonnées avec les Gardiens de la révolution iraniens», a-t-il stigmatisé, en soulignant que son gouvernement s’efforce de soustraire le pays à cette guerre par les moyens politiques et diplomatiques.