


Ce serait une lapalissade de souligner que le Moyen-Orient et l’Iran de l’après-guerre ne seront pas les mêmes qu’avant le 28 février, date du déclenchement de l’offensive américano-israélienne contre le régime iranien des mollahs. Cette guerre s’engage ce samedi 28 mars dans son deuxième mois sans que l’on puisse percevoir encore, au stade actuel, le bout du tunnel.
Une chose, pour l’heure, est certaine : des contacts, des échanges de messages, ont été initiés entre les Etats-Unis et la République islamique grâce la médiation du Pakistan, de la Turquie et de l’Egypte. Une réunion entre ls deux parties pourrait se tenir la semaine prochaine, mais elle demeure incertaine du fait que les Iraniens ont demandé qu’elle soit précédée d’un cessez-le-feu global, ce que le président Donald Trump aurait refusé.
Le régime iranien aurait réclamé en outre un délai de sept jours pour élaborer sa réponse officielle au plan en 15 points présenté par Washington. Ce délai de sept jours serait rendu nécessaire pour consulter les différents pôles du pouvoir iranien, ce qui reflète le flou intégral qui continue d’entourer la situation réelle du pouvoir en place à Téhéran.
En tout état de cause, les tractations actuelles se produisent « à chaud », en ce sens que les aviations américaine et israélienne intensifient leurs raids contre les infrastructures militaires et les centres stratégiques un peu partout en Iran, alors que dans le même temps les Etats-Unis acheminent des renforts, dont notamment le porte-avions George Bush ainsi que non moins de 8000 Marines et parachutistes, vers la zone des combats.
Alors que les opérations militaires se poursuivent donc de plus belle, le président Donald Trump a eu tard vendredi soir (heure de Beyrouth) une discussion à bâtons rompus avec des journalistes au cours de laquelle il a pratiquement dessiné l’esquisse du nouveau paysage politique qui pourrait émerger après la fin de la guerre.
Le chef de la Maison Blanche a rendu un vibrant hommage aux pays du Golfe, avec une mention spéciale pour le prince héritier d’Arabie Saoudite, Mohammed ben Selmane, et les monarques des Emirats arabes unis, du Koweït et du Qatar. « Ils ont fait preuve d’un plus grand courage que les dirigeants de l’OTAN », a lancé le président Trump qui n’a pas caché son amertume au sujet de la position de certains pays européens.
Le président US a indiqué dans ce cadre que Washington a toujours apporté un appui soutenu à l’OTAN, à coup de centaines de milliards de dollars, et lorsque les USA se sont engagés dans la guerre contre la République islamique, les pays membres de l’Alliance atlantique sont restés passifs.
S’adressant à ces pays, M. Trump a déclaré : «Compte tenu de votre attitude, nous ne sommes plus obligés de rester à vos côtés ». Cette petite phrase, ajoutée à l’hommage marqué aux Etats du Golfe, semble indiquer que l’on pourrait s’orienter vers un double positionnement US durant la période de l’après-guerre: un refroidissement dans les rapports avec les pays européens et une crise au sein de l’OTAN, d’une part, et un renforcement notable des relations avec le Golfe, avec de gros investissements concomitants dans un contexte de relance de la paix au Moyen-Orient, d’autre part.
Les opérations militaires
Il reste qu’au stade actuel, la parole est aux armes, et sur ce plan Américains et Israéliens semblent mettre les bouchées doubles pour détruire au maximum l’infrastructure militaire, nucléaire et balistique de la République islamique.
Dans la nuit de vendredi, le président Trump a dévoilé que l’armée américaine venait de porter un « grand coup » à l’Iran et que, de ce fait, « on n’a jamais été aussi proche de la situation permettant de libérer le Moyen Orient des menaces iraniennes (…) et du chantage nucléaire iranien ». Il a précisé à ce propos que la « banque de données militaires » de l’offensive israélo-US comporte encore 3550 objectifs.
Et d’ajouter : « Nos forces armées ont annihilé les positions nucléaires iraniennes au cours d’une opération choc cette nuit, à minuit (vendredi). Nous sommes donc sur le point de libérer le Moyen Orient du terrorisme et du chantage iraniens ».
Le chef de la Maison Blanche a relevé dans ce cadre que cette guerre menée par les Etats-Unis contre le régime iranien ne vise pas à « défendre uniquement Israël mais également les pays de la région ».
Dans la pratique, les aviations américaine et israélienne ont lancé dans la nuit de vendredi et la matinée de samedi une quinzaine de raids visant la centrale nucléaire de Bouchahr « dont la situation se dégrade fortement », a affirmé samedi une source autorisée russe.
A titre de rappel, les experts et techniciens russes en poste dans cette centrale ont été évacués il y a trois jours.
Parallèlement, non moins de 50 avions israéliens ont effectué des raids visant les installations nucléaires iraniennes « dans trois régions », a indiqué Tsahal, samedi.
D’une manière concomitante, l’aviation de l’Etat hébreu a bombardé violemment de nombreuses infrastructures industrielles militaires et civiles dans la région de Téhéran et dans d’autres zones iraniennes.
Autres développements intervenus samedi: les Houthis, milice yéménite pro-iranienne, sont intervenus samedi en lançant deux missiles en direction d’Israël.
Parallèlement, des tirs iraniens de missiles ont endommagé samedi des installations de radars à l’aéroport du Koweït, ainsi que le port à Oman et une base militaire américaine en Arabie saoudite, où deux militaires américains ont été blessés.
Assises politiques au quartier général des Forces libanaises
Au Liban, l’aviation israélienne a poursuivi dans la nuit de vendredi et la journée de samedi le bombardement de la banlieue-sud et de plusieurs villages de la région méridionale.
L’un de ces raids a tué six hauts responsables iraniens qui ont été présenté par Téhéran comme des « diplomates » alors que dans la notice nécrologique leurs photos les montrent revêtus du costume militaire des officiers supérieurs des Gardiens de la révolution.
Au plan politique, un développement majeur a marqué la journée de samedi: la tenue au quartier général des Forces libanaises, sous la présidence du leader des FL, Samir Geagea, d’assises politiques élargies consacrées aux retombées du conflit armé actuel.
Le communiqué publié à l’issue de ces assises réclame la formation d’un tribunal spécial qui serait chargé de juger les responsables qui ont entrainé le Liban dans la guerre contre le gré de l’Etat et de l’écrasante majorité des Libanais.
Le communiqué souligne en outre que l’Etat devrait réclamer à l’Iran des indemnités en compensation des pertes subies durant cette guerre.