


Une fois de plus, l’opinion publique et les populations du Levant, et du Moyen-Orient en général, sont confrontés à une cascade de déclarations et d’indiscrétions contradictoires filtrées aux médias, concernant l’évolution de la guerre déclenchée le 28 février dans la région.
Le président Donald Trump a ainsi réaffirmé en ce mercredi 1er avril l’existence à Téhéran d’un «nouveau régime», indiquant que le «président de ce nouveau pouvoir vient de nous demander un cessez-le-feu ». « Nous nous prononcerons sur l’opportunité de ce cessez-le-feu lorsque le détroit d’Ormuz sera rouvert à la libre circulation maritime, a déclaré le président Trump. A défaut, nous continuerons à bombarder les infrastructures de manière à ramener l’Iran à l’âge pierre ».
Les propos optimistes du chef de la Maison Blanche sur l’attitude positive du « président du nouveau régime iranien » qui a émergé en Iran « et qui s’avère être plus intelligent que ses prédécesseurs » ont été toutefois démentis par les sources officielles à Téhéran.
Un communiqué attribué au ministère iranien des Affaires étrangères a ainsi catégoriquement démenti toute demande de cessez-le-feu qui aurait été présentée au président Trump. De son côté, le vice-président du Parlement iranien a affirmé que « le détroit d’Ormuz restera fermé, et aucune négociation ne se déroule à ce sujet ».
Ces positions contradictoires soulèvent plusieurs interrogations: le président Trump affiche-t-il un optimisme mesuré afin de faire assumer au régime iranien la responsabilité d’une prochaine escalade dans les opérations militaires, qui prendrait la forme d’un débarquement ou d’opérations de commando ponctuelles et bien ciblées?
Existe-t-il réellement un « nouveau régime plus cartésien » qui aurait émergé à Téhéran?
Le pouvoir en place à Téhéran est-il sérieusement ébranlé par un clivage profond entre une aile pragmatique et un courant radical représenté par les Pasdaran ?
Seuls les faits tangibles et les développements au niveau des opérations militaires apporteront des fragments de réponses à ces interrogations. Il reste que certains paramètres sont loin d’accréditer la thèse de l’émergence d’un « nouveau régime à Téhéran », comme le démontrent la répression sauvage visant les opposants iraniens et les exécutions de prisonniers politiques qui se poursuivent sans répit.
En outre, de nouveaux renforts américains ont été acheminés dans la région, notamment plusieurs milliers de Marines et de parachutistes, ce qui tend à mettre en évidence le fait que le climat général au niveau des véritables décideurs en Iran demeure largement belliqueux.
Les opérations militaires
En tout état de cause, les raids, les bombardements (par des unités navales) et les tirs de missiles se sont poursuivis mercredi à grande échelle.
L’aviation américaine et israélienne a repris ses raids intensifs dans les zones de Téhéran et d’Ispahan, ciblant les infrastructures stratégiques, militaires et industrielles.
En fin d’après-midi, mercredi, des informations, non confirmées, faisaient même état de l’entrée en action les gros bombardiers américains B-52.
Dans la nuit de mardi à mercredi, une importante attaque israélienne, par la mer, a atteint un convoi de voitures dans la banlieue de Jnah, un quartier peu visé par les raids d’habitude.
Le bilan de cette frappe est particulièrement lourd, non moins de sept tués et plus de 25 blessés selon le dernier bilan du ministère de la Santé.
L’identité de la personne visée n’a été communiquée qu’à la mi-journée par l’armée israélienne, précisant qu’il s’agit de Youssef Hachem, un haut cadre du Hezbollah, responsable du front du Sud et du lancement de roquettes et de drones vers le nord d’Israël.
Le Hezbollah n’a confirmé l’information que plusieurs heures plus tard.
Ce combattant chevronné, qui a une quarantaine d’années d’activités miliciennes à son actif dans les rangs du parti de Dieu, a joué un rôle essentiel dans la restructuration de la branche armée du parti, suite à la débâcle de 2024.
Le Hezbollah a par ailleurs annoncé la mort d’un autre de ses cadres, Mohammad Baqer al-Naboulsi, dans la même frappe. Il s’agit probablement de l’autre « combattant de haut rang » dans la milice pro-iranienne, que l’armée israélienne annonce avoir tué dans le même convoi.
L’autre assassinat du jour (en rapport avec le Liban), annoncé par l’armée israélienne sur son compte X mercredi, est celui de « Mahdi Vafaei, chef de la branche d'ingénierie du Corps libanais de la Force Qods dans la région de Mahallat, en Iran ».
« Vafaei a réalisé des projets souterrains (les tunnels) au Liban et en Syrie, dirigeant les efforts visant à mettre en place et à gérer des sites d'infrastructures terroristes souterraines pour le Hezbollah et le régime d'Assad », l’ancien régime de Damas ayant chuté en décembre 2024, indique un communiqué israélien.
Tsahal a revendiqué une autre frappe au sud de Beyrouth, dans la localité de Khaldé, à l’aube, qui a fait deux morts et trois blessés. Le quartier de Hadeth dans la banlieue-sud de la capitale a également été visé par de puissantes frappes à l’aube du mercredi.
Entre-temps, au Liban-Sud, les combats font toujours rage et les avancées israéliennes se poursuivent, alors que l’armée israélienne et le ministre de la Défense, Israel Katz, continuent de menacer le Liban d’une occupation à plus large échelle.
Sur le terrain, les seuls villages encore non entièrement évacués, principalement chrétiens, sont plus que jamais en proie à la guerre suite au « redéploiement » de l’armée libanaise, critiquée pour avoir effectué un retrait face aux avancées israéliennes et pour avoir abandonné les habitants qui résistent dans leurs villages.
En réponse à ces critiques mercredi, l’armée libanaise a expliqué que son repositionnement visait à éviter tout encerclement et isolement de ses voies d’approvisionnement, assurant qu’elle maintenait des patrouilles dans les villages concernés.
Une mesure qui pourrait rassurer des populations vivant dans une angoisse grandissante, coupées du monde extérieur.
Communiqué européen sur la FINUL
D’un autre côté, le ciblage de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) continue de provoquer des vagues au niveau des pays européens, qui contribuent aux Casques bleus.
Un communiqué de l’Union européenne « condamne fortement les récentes attaques contre les contingents de la FINUL, ayant fait inexplicablement des victimes dans les rangs des soldats de la paix ». Le communiqué appelle au calme, exprime sa solidarité avec le Liban et fait assumer au Hezbollah la responsabilité de cette nouvelle guerre.
Pour sa part, la ministre déléguée auprès de la ministre des Armées et des Anciens combattants Alice Rufo s’est rendue au Liban pour « exprimer sa solidarité et son appui à la souveraineté libanaise ». Elle a également témoigné de « la solidarité de la France envers les militaires indonésiens de la FINUL, qui ont perdu trois des leurs lors d’attaques survenues les 29 et 30 mars 2026 ». Aucune mention de l’identité de l’attaquant, l’armée israélienne.
De Khamenei à Qassem
Et c’est dans ce climat tendu autant sur les fronts libanais et iranien qu’un communiqué attribué au Guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, invisible depuis le début du conflit, réaffirme l’appui de la République islamique au Hezbollah et à son secrétaire général, Naïm Qassem, lequel est tout aussi invisible que le premier puisqu’il a préféré communiquer ces deux derniers discours par écrit.
En pleine avancée israélienne au Liban-Sud, et sur fond d’un bilan de plus de 1300 morts depuis le début de ce conflit ouvert pour venger la mort de son père - pour reprendre les termes du Hezbollah - Mojtaba Khamenei a félicité le parti de Qassem pour son action, l’assurant du soutien continu de l’Iran et lui demandant de continuer à tenir en échec les plans israéliens.
D’autres alliés de l’Iran, les Houthis du Yémen, s’impliquent de plus en plus dans la guerre, et ont annoncé mercredi des lancers de missiles en coordination avec l’Iran et le Hezbollah, contre Israël.
Selon les secours israéliens, 14 blessés sont tombés mercredi dans la région de Tel Aviv.
Un développement grave a été enregistré en Irak, en rapport avec un autre allié iranien, le Hezbollah irakien : une journaliste américaine, Shelly Kittleson, a été enlevée par ce groupe à Bagdad, ce qui a été confirmé par le secrétariat d’Etat américain, par la voix de Dylan Johnston, vice-secrétaire d’Etat, sur son compte X.
En Iran
Au niveau du front iranien, les frappes israélo-américaines se poursuivent, atteignant, ces dernières heures, plusieurs sites de production sidérurgique.
De fortes explosions au secoué Téhéran dans la nuit, et il s’est avéré qu’une d’elles a visé les environs de l’ancien siège de l’ambassade américaine dans la capitale iranienne.
Un lieu hautement symbolique pour les Américains et les Iraniens : c’est là qu’a eu lieu la prise d’otage de 1979, au lendemain de la révolution iranienne.
L’ambassade, qui n’a jamais rouvert ses portes, était devenue un musée de la révolution.
Il y a deux jours, le président américain Donald Trump jurait qu’il « vengerait tout ce que les gardiens de la Révolution ont fait subir aux Marines et aux ressortissants américains durant 47 ans ».
C’est dans ce contexte que les relations s’enveniment encore plus entre les Etats-Unis et leurs alliés européens, qui refusent toujours d’entrer dans une guerre « qui n’est pas la leur », comme l’a encore répété mercredi le Premier ministre britannique Keir Starmer.
Selon des propos repris par l’AFP, Donald Trump a tonné que « si la France ou un autre pays voudrait avoir son pétrole ou son gaz, qu’il l’achète aux Etats-Unis ou qu’il aille tout droit au détroit d'Ormuz (...) pour s’en procurer ».
De son côté, l’Union européenne a appelé l’Iran à « garantir la liberté de navigation » dans le détroit, à un moment où Téhéran parle d’imposer un droit de passage aux navires.