Logo Levant Time

L'Essentiel du jour

Face aux «caprices» de Téhéran, incertitude sur le second round d’Islamabad

C’est décidément le monde à l’envers (ou presque) dans ce bras de fer qui oppose les États-Unis à la République islamique, avec comme enjeu la tenue ou non d’un second round de pourparlers à Islamabad, ce mardi. En apparence, le régime iranien, plus précisément le Corps des Gardiens de la révolution (les Pasdaran), se plaît à entretenir la perception que c’est lui qui impose ses conditions à Washington en vue d’une relance des négociations entre les deux parties. Ce serait ainsi, suivant cette logique, le vaincu qui dicte sa volonté au vainqueur! Car il faut à un certain moment appeler les choses par leur nom et «dire la vérité, aussi dure soit-elle» (pour reprendre l’expression du président Béchir Gemayel): dans cette guerre, c’est l’Iran qui a subi des pertes colossales au niveau de ses infrastructures militaires, nucléaires et économiques, et c’est le haut commandement politique, militaire et sécuritaire iranien qui a été décapité à grande échelle. Dans le même temps, c’est l’armada américaine qui assiège pratiquement l’Iran et impose depuis quelques jours un blocus maritime qui étouffe l’économie iranienne, et ce sont les aviations américaine et israélienne qui pendant 40 jours étaient les seuls maîtres du ciel, bombardant nuit et jour les centres névralgiques en Iran. En dépit de ces réalités, le régime iranien, de la bouche de son aile radicale, exigeait jusqu’à lundi soir, pour «accepter» (!) de se rendre à Islamabad, que les États-Unis lèvent leur blocus maritime dans la zone du détroit d’Ormuz. Parallèlement, l’agence officielle iranienne Irna et les sources des Gardiens de la Révolution ne cessaient de répéter lundi – depuis dimanche, même – que l’Iran refusait de participer à un second round de pourparlers avec les Américains, et qu’en tout état de cause, le dossier des missiles balistiques n’est pas négociable et, de plus, des divergences profondes persistent au sujet du nucléaire et du sort de l’uranium enrichi. Et d’ajouter que «la partie américaine n’est pas sérieuse dans ce processus de négociation». En schématisant la situation, le régime iranien se comporte de ce fait comme un enfant gâté qui tempête et vocifère en lançant des propos insensés lorsqu’une autorité faisant preuve de fermeté lui impose une ligne de conduite qui va à l’encontre de ses caprices enfantins. Sauf que pour son malheur, l’aile radicale du pouvoir en place à Téhéran est confrontée à un président américain qui a réaffirmé lundi en fin de soirée qu’il ne lèvera pas le blocus maritime, malgré une demande du médiateur pakistanais en ce sens. D’une manière plus générale, le président Trump ne semble pas renoncer à ses lignes rouges concernant, précisément, le dossier nucléaire et le programme de missiles balistiques. L’Union européenne s’est alignée lundi soir sur la position US sur ce plan en soulignant sans détour que les pourparlers avec le régime iranien doivent porter sur le cas des missiles balistiques, lesquels peuvent potentiellement atteindre certaines capitales européennes… Le chef de la Maison Blanche place dans ce cadre Téhéran devant une alternative «simple»: la signature de l’accord présenté par les États-Unis, ou… le bâton, qui serait utilisé sans retenue. Si bien que tard lundi soir, l’incertitude la plus totale continuait de planer sur le sort du second round de pourparlers d’Islamabad. Nouvelle réunion libano-israélienne, jeudi La tension qui allait crescendo jusqu’à une heure avancée de la soirée de lundi n’a pas empêché l’Administration Trump d’aller de l’avant dans le processus de négociations directes entre le Liban et Israël. Le président Joseph Aoun paraît déterminé à poursuivre sur cette voie, sous l’égide des États-Unis, sans trop s’attarder sur les menaces directes (des menaces de mort!) proférées par de hauts responsables du Hezbollah qui ne parviennent pas à concevoir que l’État ait recouvré son autonomie de décision et qu’il ait brisé un vieux tabou en s’engageant dans un dialogue en face-à-face avec Israël. «Entre la guerre et la négociation, je choisis la négociation», a ainsi affirmé, lundi, le chef de l’État. Cette option sera à n’en point douter au centre de l’entretien que le Premier ministre Nawaf Salam devrait avoir mardi avec le président Emmanuel Macron, à l’Élysée. C’est dans ce contexte qu’une seconde réunion entre négociateurs libanais et israéliens devrait se tenir jeudi prochain à Washington. Des dossiers concrets devraient être discutés au cours de ce nouveau round de pourparlers, plus spécifiquement le règlement du litige sur le tracé des frontières entre les deux pays. La délégation libanaise à cette seconde réunion serait présidée par l’ancien ambassadeur libanais à Washington, Simon Karam, qui pourrait être accompagné d’un délégué militaire et d’un responsable civil. Malgré les protestations des pôles du pouvoir iranien, qui s’obstinent à vouloir contrôler la carte libanaise, l’Exécutif a fait ainsi le choix de s’opposer aux «pulsions suicidaires», comme l’a souligné, fort à propos, le président, dans une allusion à peine voilée aux aventures guerrières stériles et destructrices du Hezbollah. Puisse ce pouvoir tenir bon pour aller jusqu’au bout dans l’audacieuse entreprise de négociation avec l’État hébreu.

Le camp iranien multiplie comportements belliqueux et déclarations agressives

Subitement, en moins de vingt-quatre heures, ce qui pourrait être perçu comme des signes de panique se sont manifestés ce samedi 18 avril au niveau du camp iranien, sous la forme de comportements belliqueux et de déclarations non moins agressives et haineuses. Le développement le plus grave de cette journée de samedi aura été sans conteste l’embuscade tendue par des miliciens du Hezbollah à une unité française de la Finul qui effectuait une patrouille dans le secteur de la localité de Ghandourieh, dans le caza de Bint Jbeil, soit dans la zone de déploiement de la Finul, au sud du Litani. Un Casque Bleu français a été tué et trois autres blessés, dont deux grièvement. Le président Emmanuel Macron a vivement réagi à cette agression, faisant assumer clairement la responsabilité des tirs au Hezbollah et invitant les autorités libanaises à rapidement dévoiler les coupables et à prendre les mesures qui s’imposent à leur encontre. Cette agression contre les Casques bleus français a été fermement stigmatisée par le président Joseph Aoun, le Premier ministre Nawaf Salam, et même le chef du législatif, Nabih Berry. Le président Aoun et le Premier ministre ont indiqué qu’ils avaient donné l’ordre au pouvoir judiciaire de mener une enquête pour arrêter les coupables. Face à la gravité de cette agression, le Hezbollah a démenti en soirée sa responsabilité dans l’embuscade visant les Casques Bleus français. Un démenti dont nul n’est dupe, surtout dans les milieux officiels. Parallèlement à ce dérapage milicien, le Hezbollah n’a pas manqué, ce samedi, de proférer des menaces de mort directes à l’encontre des pôles du pouvoir, plus particulièrement le président de la République, dont le discours radiotélévisé de vendredi a suscité l’ire du parti pro-iranien. De hauts responsables de cette formation se sont notamment permis de mettre en garde le chef de l’Etat contre la poursuite du processus de négociations directes avec Israël, soulignant que le président risque de subir le même sort que l’ancien président égyptien Anouar Sadate, assassiné après la signature pat l’Egypte de l’accord de paix avec Israël. Les mêmes sources hezbollahies ont reproché en outre au président Aoun de n’avoir pas « remercié l’Iran » (!) pour ses (prétendus) efforts visant à instaurer un cessez-le-feu. Dans le cadre de ces menaces qui ne connaissent pas de limites, l’un des responsables du parti pro-iranien a demandé au gouvernement d’annuler toutes les décisions prises contre le Hezbollah, ou, à défaut, « un mouvement populaire provoquera la chute du gouvernement » ! Une ligne jaune Il reste que ces signes apparents de panique ne changent rien dans la réalité des faits. Une source officielle libanaise a ainsi indiqué samedi en fin de journée que le président Aoun et le Premier ministre ont tenu une réunion pour examiner les préparatifs des prochains pourparlers libano-israéliens. Sur le terrain, l’armée israélienne a fait état de l’établissement d’une « ligne jaune » au sud du Litani – semblable à celle de Gaza – qui représente une sorte de « ligne de démarcation » de facto séparant la zone tampon établie par Israël du reste du territoire libanais. Cette ligne de démarcation permettrait ainsi aux Israéliens d’interdire l’accès d’habitants libanais à la zone tampon, laquelle englobe plus d’une cinquantaine de villages et localités dont certains ont été totalement rasés. Dans ce cadre, l’armée israélienne poursuit ses opérations militaires et ses bombardements ciblés au sud de cette « ligne jaune » afin d’empêcher une réimplantation de miliciens du Hezbollah dans cette zone sous le couvert du retour des « habitants ». Bras de fer autour du détroit d’Ormuz L’escalade nettement perceptible au Liban par le biais du Hezbollah est en phase avec une escalade parallèle dans les positions iraniennes – ou plutôt d’une faction (radicale) iranienne – portant essentiellement sur le détroit d’Ormuz. Dans ce contexte, des divergences non négligeables semblent marquer les rapports entre les clans au sein du régime iranien. Ce clivage est apparu samedi à la suite d’un communiqué du ministère iranien des Affaires étrangères annonçant la réouverture totale du détroit d’Ormuz comme geste de bonne volonté visant à faciliter les tractations avec Washington. L’initiative du ministère des AE n’a pas été appréciée, semble-t-il, par le Corps des Gardiens de la révolution. Le vice-ministre des AE (et non le ministre en exercice…) a aussitôt fait marche arrière au sujet du détroit et plus tard dans la journée les Gardiens de la révolution annonçaient la fermeture totale de la voie de passage maritime pour protester contre le maintien du blocus maritime par les Etats-Unis. Dans le courant de l’après-midi les sources du Corps des Gardiens de la révolution devaient rendre publiques des prises de position en flèche, précisant que Téhéran avait informé les Américains qu’il rejetait la tenue d’un nouveau round de négociations sous l’égide du Pakistan, ce qui implique, du moins en apparence, un rejet de la médiation pakistanaise. De fait, le commandant de l’armée pakistanaise, qui menait les efforts de médiation, a quitté l’Iran samedi au terme d’une visite de trois jours. Les sources des Pasdaran ont souligné, par ailleurs, que l’Iran refuse de renoncer à ses missiles balistiques et s’oppose à toute concession au niveau du dossier nucléaire. Ce raidissement dans les positions iraniennes s’est accompagné d’une escalade militaire. Des vedettes rapides relevant des Pasdaran ont ainsi ouvert le feu contre trois navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz, ce qui a fait dire au président du Parlement iranien que les divergences avec les Américains au sujet d’Ormuz ont débouché « sur des accrochages armés, et Washington a fait marche arrière ». Face à cette escalade iranienne et cette radicalisation dans les positions de Téhéran, l’armée américaine a annoncé en fin de journée son intention d’arraisonner à partir de dimanche tout navire commercial iranien. La question qui se pose au stade actuel est de savoir si le durcissement de l’attitude du camp iranien, au Liban comme en Iran, reflète un sentiment de panique face aux développements en cours ou s’il s’agit simplement d’une volonté de faire monter les enchères à la veille d’une possible reprise des négociations bilatérales dans le courant de la semaine prochaine. Sur ce plan, le président Trump a déclaré tard en soirée que « des discussions très positives sont en cours avec l’Iran ». Par contre, un haut responsable américain affirmait de son côté que « la guerre avec l’Iran pourrait reprendre dans les prochains jours ».

 Aoun consolide ses marques et dénonce la «pulsion suicidaire» et l’allégeance étrangère

Pour la première fois depuis le 28 février, le Liban passe une journée dans le calme: pas de raids israéliens, pas d’échanges de tirs à la frontière sud ni de combats dans les villages frontaliers où l’armée israélienne maintient une présence. Seule exception: l’attaque israélienne au drone qui a fait un tué à Kounine, au Liban-Sud. L’heure est au bilan des victimes - qu’on continue de dégager de sous les décombres - et des dégâts matériels dans la banlieue sud de Beyrouth ainsi que dans les localités accessibles du sud, vers lesquelles les déplacés ont opéré un retour massif. La trêve de dix jours entre Tel Aviv et Beyrouth, instaurée sous l’égide du président américain Donald Trump, s’assimile a priori à un répit dans une guerre qui reste loin d’être finie, comme l’a fait observer le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, mercredi, puisque les causes profondes du conflit armé sont toujours là. Certes, le Liban a franchi un pas de taille en annonçant une série de mesures visant un règlement durable du problème que pose la présence sur son sol d’une milice armée autonome, totalement inféodée à la République islamique d’Iran. Mais les autorités continuent d’avancer avec une prudence extrême sur ce plan, pour diverses considérations, en lien principalement avec la volonté de ménager les sacro-saints équilibres internes et d’éviter des secousses au niveau de la stabilité. Des propos mitigés Les propos du président de la République, Joseph Aoun, les premiers depuis l’instauration de la trêve, ceux du ministre de l’Intérieur, Ahmad Hajjar, et surtout le ton que les deux ont employé, reflètent ce souci. Les dirigeants libanais restent donc intransigeants sur les grandes lignes de la nouvelle politique qu’ils ont définie et beaucoup plus discrets sur les mécanismes d’exécution, lesquels dépendent au final des discussions bilatérales qui vont se dérouler à Washington, mais aussi des pourparlers américano-iraniens d’Islamabad. Joseph Aoun et Ahmad Hajjar, mais aussi le président de la Chambre, Nabih Berry, allié du Hezbollah, se sont voulus rassurants au sujet de cette priorité qu’est pour eux la cohésion interne, évitant d’aborder les sujets qui fâchent, en l’occurrence les négociations directes avec Israël, en cours de préparation sous la houlette de Washington, ou encore le désarmement du Hezbollah, impératif pourtant pour soustraire le Liban à l’hégémonie iranienne et au risque de nouvelles guerres. Le processus est bel et bien lancé, a réaffirmé Joseph Aoun, dans un message à la nation, quelques heures seulement après de virulentes critiques du bloc parlementaire du Hezb, contre les nouvelles orientations politiques libanaises. «Aujourd’hui, nous négocions pour nous-mêmes et nous décidons pour nous-mêmes. Nous ne sommes plus une carte aux mains de quiconque, ni un champ pour les batailles des autres. Nous ne reviendrons jamais à cet état», a-t-il lancé d’emblée, en relevant l’adhésion de la majorité des Libanais à ces orientations. Le chef de l’Etat s’en est pris au Hezbollah sans le nommer, critiquant sa rhétorique qui présente «la résistance» comme étant le seul rempart pour le Liban: «A ceux qui mettent en péril l’avenir du pays et du peuple, je dis: cela suffit. Seul le projet de l’Etat est le plus fort, le plus durable et le plus sûr pour tous». Et de poursuivre: «Nous sommes tous sur le même navire. Soit nous arrivons ensemble à bon port, soit nous coulons tous, mais personne n’a le droit de commettre un tel crime, sous couvert d’un slogan quelconque, par pulsion suicidaire ou par fidélité à une tierce partie étrangère», dans une allusion évidente à l’Iran dont relève le Hezb. D’ailleurs, Joseph Aoun n’a pas cité l’Iran, qui s’était empressé de s’attribuer le mérite de l’instauration de la trêve, lorsqu’il a salué les efforts «incessants» des responsables libanais, des pays arabes, notamment l’Arabie saoudite, des Etats occidentaux et du président Trump pour imposer le cessez-le-feu à Israël. S’adressant toujours au Hezbollah, il a insisté sur le fait que les négociations prévues ne sont «ni un signe de faiblesse, ni une concession», mais qu’elles sont motivées par la volonté de protéger le Liban «par tous les moyens et, surtout, par notre refus de mourir pour quiconque d’autre que le Liban». Dans ce cadre, il a insisté sur le fait que Beyrouth ne fera aucune concession sur ses droits, notamment territoriaux, balayant ainsi les craintes d’une consécration de la «zone de sécurité» établie par Tel Aviv au Liban-Sud, pour protéger les localités au nord de son territoire. Si le président Aoun a réaffirmé un peu plus tôt l’importance des pourparlers «délicats et décisifs» à venir avec Tel Aviv, il s’est contenté de présenter les objectifs de l’État libanais dans ce dialogue comme étant «une consolidation du cessez-le-feu, le retrait des forces israéliennes des zones où elles maintiennent une présence au sud, l’extension de l’autorité étatique sur tout le pays, la libération des prisonniers libanais auprès d’Israël et le règlement des différends entre les deux pays au sujet de certains points frontaliers». Pas un mot sur le désarmement du Hezb, pourtant au cœur des discussions à venir. Le chef de l’Etat a seulement promis un déploiement de l’armée et des forces de sécurité au sud, «après le retrait israélien», en assurant qu’elles «mettront fin aux manifestations armées et seront les seules présentes sur le terrain». Quoi qu’il en soit, le Liban s’apprête à s’engager sur une voie jonchée d’embûches. Dans ce contexte, il n’est toujours pas clair quel sera l’agenda précis que le négociateur libanais, Simon Karam, va emporter avec lui à Washington, et qui va l’établir. Toute l’attention est actuellement portée sur cet élément, à la lumière d’informations selon lesquelles le dossier est exclusivement géré par la présidence de la République, sur base de contacts établis avec le tandem Amal-Hezbollah, hostile comme on le sait à un dialogue direct avec Tel Aviv. Réouverture totale d’Ormuz Un dialogue qui, s’il s’amorce sous de bons auspices, ferait prolonger la trêve de dix jours, avait promis mardi le Département d’Etat américain. Celle-ci a démarré sur deux notes significatives: il y a d’abord l’annonce faite par l’Iran au sujet de la réouverture totale du détroit d’Ormuz, dans ce qui a été présenté par Téhéran comme un signe de bonne volonté qu’il a rattaché à l’annonce du cessez-le-feu au Liban. Selon le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, cette voie de passage maritime sera ouverte à tous les cargos commerciaux durant toute la durée de la trêve au Liban. Saluée par le président Trump, l’initiative iranienne sert en réalité deux objectifs tactiques: elle marque un signe d’ouverture en direction de Washington dans le cadre des tractations menées pour relancer les négociations bilatérales américano-iraniennes. Les Etats-Unis ont cependant fait savoir qu’ils ne lèveront pas pour autant le blocus imposé aux ports iraniens, du moins pas avant un accord sérieux avec Téhéran qui a immédiatement brandi de nouveau la menace d’une fermeture du détroit, mais sans passer à l’acte. La décision iranienne sous-tend également une volonté de Téhéran de montrer qu’il garde toujours la main haute sur le dossier libanais, au détriment des autorités officielles locales. Ce à quoi le président Joseph Aoun a répondu sans mettre les formes dans son discours à la nation. Donald Trump a à son tour pris soin de rappeler, mercredi, en évoquant le dossier iranien, qu’il est dissocié de celui du Liban. Le président américain a donné cette précision lorsqu’il a annoncé, sur son réseau Truth Social, que les Etats-Unis comptaient récupérer toutes «les cendres» nucléaires provoquées par les avions B-2 américains en Iran, sans contrepartie financière. Il a précisé que cet accord tout comme celui de la réouverture d’Ormuz, «n’est pas lié au Liban» et que Washington «oeuvrera séparément avec Beyrouth pour régler le problème du Hezbollah». Echanges de menaces La deuxième note significative se rapporte aux échanges de menaces entre le Hezbollah et Tel Aviv, au moment où une dissonance semble émerger entre Israël et Washington, autour de la gestion des deux dossiers libanais et iranien. Le président Trump a affirmé, catégorique, qu’Israël n’attaquera plus le Liban, pendant que les dirigeants israéliens insistaient sur le fait que la guerre contre le Hezb n’est pas finie. La formation pro-iranienne a annoncé qu’elle restait vigilante et «gardait le doigt sur la gâchette», mettant en garde Israël contre une violation de la trêve ou l’assassinat de cadres du groupe. De leur côté, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et son ministre de la Défense, Israel Katz, assuraient que la guerre n’est pas terminée et que Tel Aviv reste engagé à obtenir le désarmement du Hezbollah par les moyens militaires ou diplomatiques. Les deux ont également assuré que l’armée israélienne maintiendra une présence dans la zone qu’elle contrôle désormais à la frontière et qu’elle continuera d’y démanteler l’infrastructure militaire du Hezb. Benjamin Netanyahu a réaffirmé dans ce contexte que le chemin vers une paix demeure long. «Nous avons commencé le voyage avec une main tenant une arme et l’autre tendue vers la paix», a-t-il dit, avant d’annoncer que son pays a «pour la première fois établi une zone de sécurité tout le long de sa frontière nord». Celle-ci s’étend désormais jusqu’au Mont-Hermon, l’armée israélienne ayant révélé en soirée avoir mené une opération militaire de dernière minute au Liban, juste avant l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, à minuit dans la nuit de jeudi à vendredi, afin de prendre le contrôle d’une position stratégique sur le Mont-Hermon. Celle-ci se situe à 12 kilomètres de la partie israélienne de cette montagne que se partagent le Liban, la Syrie et Israël et à 30 kilomètres de la route Beyrouth-Damas. Elle surplombe toute la plaine de la Békaa et reste loin des villages libanais de la région, toujours selon l’armée israélienne.

La trêve de Trump assure une couverture à l’option de paix
Par
LevantTime .
Publié
avr. 16, 2026 - 22:59

Un nouveau pas – et non des moindres – a été franchi mercredi 16 avril sur la voie du rétablissement de l’autonomie de décision libanaise, loin de tout diktat régional. Un cessez-le-feu de dix jours entre Israël et le Liban (incluant le Hezbollah) est en effet entré en vigueur à compter de la nuit de jeudi à vendredi, à minuit, à la suite de deux entretiens téléphoniques que le président Donald Trump a eus, en fin d’après-midi, avec le président Joseph Aoun et le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu. C’est le chef de la Maison Blanche qui a annoncé lui-même le cessez-le-feu en début de soirée au cours d’une discussion à bâtons rompus avec des correspondants de presse. L’annonce de ce cessez-le-feu sous l’égide de l’Administration Trump revêt une double importance stratégique: d’une part, elle consolide au plus haut niveau la dissociation entre les deux volets libanais et iranien du conflit en cours, Téhéran ayant tenté avec insistance ces derniers jours de placer sous sa houlette tout accord de cessez-le-feu entre le Liban et Israël, dans le but de maitrise la carte libanaise ; et d’autre part, elle légitimise et renforce dans une large mesure le choix de l’Exécutif de s’engager dans des négociations directes avec Israël, avec comme perspective un accord de paix entre les deux pays. Le président Trump a d’ailleurs indiqué, après l’annonce du cessez-le-feu, qu’il avait chargé le vice-président JD Vance, le Secrétaire d’Etat Marco Rubio et le chef d’état-major Dan Razin Caine d’œuvrer en vue d’aboutir à une paix durable libano-israélienne. Le président US a par ailleurs souligné son intention d’inviter le président Aoun et M. Netanyahu à une réunion à la Maison Blanche d’ici deux semaines. Cette forte implication américaine dans le processus de règlement des contentieux en suspens entre le Liban et Israël est vitale pour le gouvernement libanais. Le Premier ministre israélien a en effet déclaré mercredi soir que l’armée israélienne maintiendra sa présence au Liban-Sud, jusqu’au Litani, afin de consolider la zone tampon qui s’étendra sur une profondeur de dix kilomètres à partir de la frontière internationale… Le Liban aura ainsi besoin du soutien des Etats-Unis afin de négocier dans les meilleures conditions possibles un retrait israélien et la conclusion d’un accord de paix, avec comme préalable et passage obligé le démantèlement de l’appareil milicien du Hezbollah, lequel a d’ailleurs été proclamé illégal par le Conseil des ministres. Les députés de Beyrouth… Il convient de relever dans ce contexte que le gouvernement a reçu mercredi un important soutien politique parlementaire. Les députés de Beyrouth, toutes confessions et sensibilités confondues, ont tenu en effet, mercredi, à l’hôtel Phoenicia, un congrès ayant pour thème: « Pour une Beyrouth sécurisée, une Beyrouth dépourvue de toute présence d’armes illégales ». Plusieurs députés, représentant les grands partis présents au Parlement, ont pris la parole à cette occasion pour soutenir sans ambiguïté les choix du gouvernement concernant l’illégalité de la milice du Hezbollah, l’illégalité de la présence des Gardiens de la révolution iranienne (les Pasdaran) dans le pays, et la nécessité de monopoliser les armes aux mains des forces légales. En peu de mots, ce congrès des députés de Beyrouth assure sans ambages au gouvernement Salam une légitimité populaire et une couverture politique fondamentale pour la politique souverainiste suivie par la présidence et le gouvernement, au grand dam du Hezbollah et du régime des mollahs qui ne ratent aucune occasion pour décrier la politique de paix suivie par le pouvoir.

Pourparlers de Washington: un premier pas vers une paix libano-israélienne

Le moment est, sans conteste, historique à plus d’un égard: sur le plan symbolique, d’abord; et au niveau de la portée politique et de la dimension stratégique de l’événement, d’autre part. L’aspect symbolique, d’abord, revêt une importance toute particulière dans le contexte local et régional que nul n’ignore: l’ambassadrice du Liban à Washington Nada Hamadé Moawad réunie en face-à-face au Département d’Etat, à Washington, avec l’ambassadeur d’Israël Yechiel Leiter, sous l’égide du Secrétaire d’Etat Marco Rubio, avec en arrière-plan les drapeaux libanais, israéliens et américains, côte à côte… L’image aurait relevé de la politique fiction il y a seulement quelques mois. L’ambassadrice Nada Hamadé Moawad suivie de l’ambassadeur d’Israël Yechiel Leiter lors de leur arrivée à la salle des réunions. Mais c’est la dimension géopolitique qui revêt surtout un caractère historique et vital pour le Liban. La réunion bilatérale libano-israélienne consacre en effet une orientation fondamentale prise par le ministère des Affaires étrangères et le gouvernement Salam, à savoir la dissociation totale entre la politique étrangère et les choix stratégiques du Liban, d’une part, et les options politiques de la République islamique iranienne, d’autre part. Cette orientation définie par le président Joseph Aoun et le cabinet Salam a un corollaire: la nécessité de mettre un terme aux débordements politiques (et miliciens…) du mini-Etat, hors-la-loi, du Hezbollah qui depuis plus de deux décennies entreprend de mettre en application une stratégie de déconstruction de l’Etat libanais et de ses institutions. Une réunion de deux heures Cette ligne directrice géopolitique a été ainsi évoquée au cours de la réunion de deux heures qui s’est tenue à 11 heures, heure de Washington (18 h, à Beyrouth) sous la présidence du Secrétaire d’Etat. Le chef de la diplomatie américaine a salué dans ce cadre une « occasion historique » pour le Liban et Israël de faire la paix. « Il s'agit de mettre définitivement fin à 20 ou 30 ans d'influence du Hezbollah dans cette partie du monde, a-t-il déclaré. “Cela va au-delà d'une simple journée, cela prendra du temps ». «Nous ne permettrons pas désormais que l’Iran exerce son influence sur les choix politiques du Liban », a déclaré M. Rubio. Le Hezbollah, note-t-on à ce sujet, a qualifié les négociations directes entre Israël et le Liban de « capitulation » et a marqué sa réprobation en lançant des roquettes contre 13 localités frontalières israéliennes au moment où débutait la réunion au Département d’Etat. Peu d’informations ont filtré sur la teneur des discussions. L’ambassadrice du Liban a réclamé l’instauration d’un cessez-le-feu au Liban-Sud; son homologue israélien aurait répondu que son gouvernement étudierait la requête libanaise. Décision aurait été pris, par ailleurs, d’entamer des négociations bilatérales pour débattre des dossiers qui sont au centre du litige entre les deux pays. Le lieu et la date du début de ces pourparlers seront fixés sous peu. « Excellent échange » A l’issue de la réunion, l'ambassadeur israélien s’est adressé aux journalistes et a salué un «excellent échange» au cours des discussions, relevant qu'Israël et le Liban étaient désormais «du même côté». «Nous avons découvert aujourd’hui que nous sommes du même côté» entre le Liban et Israël, a-t-il affirmé, en quittant le département d'Etat. «C'est la chose la plus positive que nous ayons pu retenir de cette rencontre. Nous sommes tous deux unis dans notre volonté de libérer le Liban d'une occupation, d'un pouvoir dominé par l'Iran et appelé le Hezbollah», a-t-il dit, avant d’ajouter que «Naim Kassem et le Hezbollah font désormais partie du passé». En début de soirée, le Département d’État devait rendre public un communiqué commun soulignant que les Etats-Unis espèrent que les pourparlers iront «au-delà de l’accord de 2024 pour aboutir à une paix globale». «Les Etats-Unis soutiennent les efforts du gouvernement libanais visant à rétablir le monopole de la violence légitime et à mettre fin à l’influence de l’Iran», souligne le communiqué qui ajoute que les Etats-Unis soutiennent le droit d’Israël de se «défendre contre les attaques du Hezbollah». Et le communiqué de souligner que «tout accord visant à mettre un terme aux hostilités devrait être discuté entre les deux gouvernements, sous l’égide des Etats-Unis, et non pas par une autre voie» (allusion à la volonté de l’Iran de lier le cessez-le-feu au Liban au volet iranien des pourparlers avec Washington. Aoun : Le début de la fin Sur le plan des réactions, le président Joseph Aoun a dit espérer que les négociations marquent «le début de la fin de la souffrance des Libanais». Mais «la stabilité ne sera pas rétablie dans le sud si Israël continue d'y occuper des territoires», a-t-il ajouté. De son côté, le chef de la diplomatie israélienne, Gideon Saar, a déclaré: «Nous voulons parvenir à la paix et à la normalisation avec l'Etat libanais. Il n'y a pas de différends majeurs entre Israël et le Liban. Le problème, c'est le Hezbollah.” Les opérations au Sud Entre-temps au Sud, les combats font toujours rage sur le principal front, celui de la ville stratégique de Bint Jbeil, alors même que les bombardements israéliens se poursuivent sur l’ensemble des régions du Sud, ainsi que les destructions de villages. L’armée israélienne revendique la prise de Bint Jbeil. Dans ce contexte, Tsahal a annoncé mardi la capture de trois miliciens du Hezbollah, dont l’un a été grièvement blessé et deux plus légèrement. Ils ont été emmenés en Israël. Auparavant, l’armée israélienne avait indiqué depuis lundi qu’elle assiège Bint Jbeil où seraient retranchés des dizaines de miliciens. Les combats restent cependant rudes puisque le côté israélien a reconnu que dix de ses soldats ont été blessés ces dernières heures au Sud, et que l’un est décédé. Le détroit d’Ormuz Reste à signaler que sur le front iranien, plusieurs navires ont traversé mardi le détroit d’Ormuz, mais il ne s’agissait pas de bateaux devant se diriger vers l’un ou l’autre des ports iraniens, soumis au blocus américain. A retenir sur ce plan la réaction chinoise virulente concernant ce blocus, que la Chine a qualifié de « dangereux et irresponsable ». L’autre développement important de ce mardi, concernant le détroit, a été l’annonce d’une conférence, vendredi, présidée par le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique Keir Starmer, avec la participation des pays «non-belligérants» qui seraient prêts à contribuer à une mission multilatérale et «purement défensive». Une opération visant à « libérer » le détroit d’Ormuz et en assurer la libre circulation. Un changement de cap au niveau des pays européens, jusque-là hostiles à toute intervention dans la guerre américano-israélienne contre le régime iranien?

Trump relance l’implacable guerre économique contre le régime des mollahs

Il s’agit là de la première conséquence directe de l’échec des négociations d’Islamabad, le week-end dernier, entre les Etats-Unis et la République islamique iranienne. Les forces navales de l’armée américaine ont mis en place lundi, à 17 heures (heure de Beyrouth), un blocus total de tous les ports iraniens et du détroit d’Ormuz. Plusieurs bâtiments de guerre ont été déployés pour appliquer ce blocus appliqué à tous les navires censés emprunter, au départ ou à l’arrivée, les ports iraniens. Seuls les navires transportant de l’aide humanitaire seront autorisés à accoster dans des ports, mais après avoir été fouillés minutieusement. Quant aux bâtiments qui ne sont pas concernés par le trafic maritime avec l’Iran, ils pourront traverser sans encombre le détroit d’Ormuz. Ce siège maritime revêt une importance stratégique fondamentale sur un double plan. S’il est mis en application d’une manière rigoureuse, il perturbera dans une large mesure l’aide en armes et en munitions que le régime des mollahs accorde à ses proxys au Liban et au Yémen, notamment. La mise en garde du président iranien Mais plus important encore, le blocus ne manquera pas de porter un (nouveau) coup particulièrement dur (fatal ?) à l’économie iranienne, déjà fortement ébranlée par la politique de « sanctions maximum » imposée par le président Trump. Les bombardements aériens massifs qui ont marqué les opérations militaires depuis le 28 février ont en effet détruit les industries pétrochimiques et sidérurgiques de la République islamique, laquelle misait encore jusqu’à présent sur ses exportations pétrolières dont profitait principalement la Chine. En imposant ce blocus maritime, le président Trump prive pratiquement le régime iranien de ses derniers revenus pétroliers, sans avoir à lancer une offensive terrestre pour prendre le contrôle, à titre d’exemple, de l’île stratégique de Kharg (largement fortifiée) par où passent 90 pour cent des exportations pétrolières iraniennes. En paralysant ainsi toute activité économique sur cette île en ayant recours la « méthode douce », sans recourir à la force militaire, le président Trump s’emploie concrètement à étouffer dangereusement l’économie iranienne à court terme. Selon diverses sources d’information en Iran, le président iranien aurait d’ailleurs mis en garde les Gardiens de la Révolution contre un risque d’effondrement de l’économie iranienne d’ici à trois semaines, au maximum, si aucune sortie de crise n’est trouvée à brève échéance. Le siège de Bint Jbeil Sur le front du Liban, l’armée israélienne a affirmé lundi après-midi avoir parachevé son siège de la ville stratégique de Bint Jbeil, où sont retranchés plusieurs dizaines de miliciens du Hezbollah. Parallèlement, le parti pro-iranien faisait état, en fin d’après-midi, de « combats rapprochés » à Bint Jbeil avec les unités de Tsahal, ce qui indique implicitement que les forces israéliennes ont effectué des percées dans certains secteurs de la localité. De fait, l’Etat hébreu précisait en fin de journée que l’assaut contre la ville avait débuté. Cette escalade intervient à la veille du lancement, mardi 14 avril, des négociations directes entre le Liban et Israël, à Washington, au bureau du Secrétaire d’Etat Marco Rubio, avec la participation des ambassadeurs du Liban et d’Israël dans la capitale fédérale. Joseph Aoun et Joe Raggi rappellent… La véritable portée de cette réunion diplomatique, qui devrait donner le coup d’envoi à une série de séances de travail entre les deux pays, a été mise en évidence samedi par le chef de la diplomatie libanaise, Joe Raggi, qui a souligné, à titre de rappel (à qui veut bien l’entendre…), que la négociation directe entre le Liban et Israël consacre dans les faits la dissociation entre le dossier libanais et le volet iranien du conflit actuel – une dissociation qui revêt, à l’évidence, une haute importance stratégique, et symbolique, pour le Liban. Le président Joseph Aoun a tenu à rappeler dans ce contexte que « les négociations avec Israël relèvent de la seule responsabilité de l’Etat libanais, et de nulle autre partie, car il s’agit là d’une question à caractère souverainiste qui ne concerne que le Liban ». Et le chef de l’Etat de relever que les autorités libanaises ont adopté « une série de mesures sécuritaires pour empêcher la contrebande d’armes ou l’entrée dans le pays de fonds de manière illégale ». En tout état de cause, sur le terrain, l’armée israélienne aurait reçu pour instructions de consolider et de développer ses avancées au Sud, notamment à Bint Jbeil, avant la réunion bilatérale de mardi en raison du fait que Beyrouth pourrait réclamer avec insistance, comme l’a indiqué M. Raggi lundi, l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu, un tel acquis pouvant permettre au gouvernement libanais, selon plusieurs observateurs, de légitimer et de consolider le dialogue direct avec Tel-Aviv. Naïm Kassem est revenu… Notons dans ce contexte qu’après une longue éclipse de la scène médiatique audiovisuelle, le secrétaire général du Hezbollah, cheikh Naïm Kassem, a refait hier soir une apparition pour stigmatiser, dans un discours télévisé, ceux qui reprochent au Hezbollah d’avoir entrainé le pays dans une nouvelle guerre (!). Il a reconnu implicitement à cet égard que son parti pro-iranien utilisait le Liban pour servir des intérêts exclusivement étrangers, en affirmant que « la guerre au Liban a pour but de diminuer la pression sur les autres fronts » (!). Et de traiter de « traitres » tous ceux qui s’opposent à la guerre déclenchée par le parti iranien. Cheikh Kassem a évidemment condamné les négociations directes entre le Liban et Israël, demandant à l’Etat d’annuler ces pourparlers bilatéraux. S’adressant au président Joseph Aoun, il a lancé : « Construisons le Liban ensemble » ! Il n’a toutefois pas précisé comment une telle entreprise conjointe de redressement pourrait être possible lorsque le parti pro-iranien perçoit l’entité libanaise comme un simple instrument de manœuvre aux mains d’une puissance régionale aux visées hégémoniques largement déstabilisatrices et belliqueuses.

Pourparlers d’Islamabad: experts américains et iraniens planchent sur les points de divergence

Journée marathon pour les négociateurs et experts américains et iraniens, samedi, à Islamabad. Arrivés vendredi soir dans la capitale pakistanaise, les deux délégations ont entamé sans tarder, chacune de son côté, des discussions informelles avec les hauts responsables pakistanais qui auraient procédé à des échanges de messages entre les deux parties afin de paver la voie aux négociations formelles, en face-à-face, lesquelles ont été entamées samedi en début d’après-midi. Tard en soirée, les deux délégations ont achevé deux séances de travail successives et ont annoncé une suspension des travaux qui devaient se poursuivre dans la nuit de samedi (ce qui ouvre la voie, dans ce genre de situation, à des discussions loin des feux de la rampe) ou dans la journée de dimanche. Très peu d’informations ont filtré sur la teneur des négociations, à part le fait que les pourparlers sont axés sur des points de détails et les points de divergence, d’où la présence de nombreux experts au sein de chaque délégation. Les positions de principe de chacune des parties sur les grands dossiers litigieux sont connues et ont fait l’objet par le passé, lors de plusieurs séances de dialogue, de longues discussions sans qu’un terrain d’entente ne soit trouvé. Les réunions de samedi ont donc été au-delà des positions de principe et ont porté plutôt sur les points de détails, lesquels représentent indéniablement le volet le plus important des négociations, qui détermine en réalité le succès ou l’échec des négociations. Divergences sur le détroit d’Ormuz En fin de soirée, les sources iraniennes ont indiqué que le problème du détroit d’Ormuz constitue « l’un des principaux points de divergence au cours des pourparlers d’Islamabad », ce qui indique implicitement l’existence d’autres sujets de désaccord entre les deux parties. Auparavant dans la journée, le Financial Times avait précisé que les négociateurs ont abouti à « une impasse au sujet du détroit d’Ormuz ». Le régime iranien, note-t-on dans ce cadre, insiste toujours pour avoir un contrôle direct sur le détroit. Le Corps des Gardiens de la révolution iranienne a d’ailleurs publié un communiqué en fin de semaine, affirmant que « désormais, c’est nous qui déciderons quels navires pourront emprunter le détroit d’Ormuz ». Une position rejetée aussi bien par les Etats-Unis que par les pays européens et qui est, par ailleurs, en violation flagrante de la Convention de Montego Bay (voir à ce sujet l’article de Jean-Patrick Dayras). La marine américaine nettoie le détroit Il convient d’indiquer dans ce contexte, qu’en fin de journée, samedi, le président Donald Trump a indiqué que les navires de l’armée américaine étaient en train de nettoyer le détroit d’Ormuz des mines iraniennes, précisant que cette opération est menée pour « servir des pays dans le monde entier, dont la Chine, le Japon, la Corée du Sud, la France, l’Allemagne, et plusieurs autres pays ». « Ils n’ont pas le courage, ou la volonté, de le faire eux-mêmes », a relevé le président américain. Plus tôt dans la journée, le site d’information Axios avait indiqué que des navires de guerre US ont traversé le détroit d’Ormuz sans aucune coordination avec les autorités iraniennes, en effectuant un aller-retour pour mieux marquer le fait qu’ils contrôlaient la situation dans cette zone. Le chef de la Maison Blanche avait indiqué dans ce cadre que la marine américaine a détruit les 28 navires iraniens poseurs de mines. « La marine et l’armée de l’air de l’Iran ont été détruites, de même que la défense antiaérienne », a souligné le président Trump. En tout état de cause, le dossier du détroit d’Ormuz a été l’un des principaux sujets examinés lors de ces négociations d’Islamabad, d’autant qu’il s’agit là d’un nouveau point de conflit qui ne se posait pas lors des précédentes réunions. Notons que les pourparlers officiels de samedi, ont eu lieu en présence, côté américain, du vice-président JD Vance, et des envoyés spéciaux Steve Witkoff et Jared Kushner, ainsi que, côté iranien, du président du Parlement, Mohammed Bagher Ghalibaf, et du chef de la diplomatie Abbas Araghchi. La première réunion de travail s’est tenue après un tête-à-tête entre le vice-président Vance et M. Ghalibaf en présence d’un haut responsable pakistanais. Les négociations en face-à-face, en présence du chef de l’armée pakistanaise, ont été précédées de concertations bilatérales entre la délégation américaine et les dirigeants pakistanais, d’un côté, ainsi qu’entre les délégués iraniens et les responsables pakistanais, d’autre part. Il convient d’indiquer qu’avant leur départ de Téhéran, les négociateurs iraniens avaient posé deux conditions préalables pour entamer leur mission à Islamabad : l’instauration d’un cessez-le-feu au Liban et le déblocage des avoirs iraniens gelés par les Etats-Unis. Aucune de ces deux conditions n’a toutefois été satisfaites mais les délégués iraniens ont malgré tout entamé les pourparlers avec la délégation américaine, en dépit du fait que les raids israéliens se poursuivaient au Liban-Sud. Au Liban… Alors que les négociateurs américains et iraniens planchaient à Islamabad sur les points de divergence entre les deux parties, l’aviation israélienne poursuivait ses raids contre les positions et infrastructures du Hezbollah au Liban-Sud. Tsahal a ainsi indiqué avoir effectué non moins de 200 raids en vingt-quatre heures. L’Etat hébreu s’est toutefois engagé, à la demande des Américains, à ne pas lancer des attaques contre le Hezbollah à Beyrouth d’ici mardi prochain, date de la première séance de négociations directes entre le Liban et Israël. La décision d’engager ces pourparlers bilatéraux en face à face entre des délégués libanais et israéliens suscite l’ire du camp iranien. Le conseiller du Guide suprême de la République islamique a ainsi stigmatisé l’attitude du Premier ministre Nawaf Salam sur ce plan, allant même jusqu’à proférer des menaces à peine voilées, mettant en garde contre des « troubles sécuritaires » (au Liban…) si le gouvernement allait de l’avant dans sa décision d’engager des négociations directes avec Israël. Un haut responsable du Hezbollah a abondé dans le même, prédisant « un tsunami populaire qui renversera le gouvernement pour protester contre le projet de pourparlers avec Israël ». Salam ajourne sa visite à Washington Dans l’après-midi de samedi des rumeurs persistantes faisaient état de la volonté du Hezbollah d’organiser une manifestation à Beyrouth et de prendre d’assaut le Grand Sérail pour faire chuter le gouvernement et torpiller les négociations avec l’Etat hébreu. Le commandement de l’armée devait publier cependant, samedi en début d’après-midi, un communiqué au ton particulièrement ferme, affirmant que l’armée interviendrait avec force pour empêcher toute atteinte à la sécurité et à la paix civile et pour faire face à toute agression contre les édifices publics et privés. Joignant l’acte à la parole, l’armée a déployé d’importantes unités régulières dans les quartiers de la capitale, établissant des barrages de contrôle d’identité et effectuant des patrouilles motorisées. Face à cet imposant déploiement de la troupe, le Hezbollah devait faire marche-arrière et publiait en soirée, conjointement avec le mouvement Amal, un communiqué appelant ses partisans à s’abstenir d’organiser des manifestations dans la capitale. Il reste que la vive tension qui régnait sur ce plan dans la journée a poussé le Premier ministre à ajourner la visite qu’il devait effectuer au début de la semaine prochaine à Washington afin d’examiner avec les dirigeants américains le cours pris par les événements sur la scène libanaise.

Coup de théâtre de Netanyahu: oui à des négociations directes avec Beyrouth

Coup de théâtre en cette fin de journée du jeudi 9 avril: au terme d’une réunion du Cabinet restreint israélien, le Premier ministre Benyamin Netanyahu a indiqué qu’il avait demandé à son gouvernement d’engager dans les plus brefs délais des négociations directes avec le Liban. Il a en profité pour applaudir publiquement à la décision de son homologue libanais Nawaf Salam de faire approuver par le Conseil des ministres, réuni jeudi au palais de Baabda, une résolution ordonnant à l’armée libanaise et aux forces de sécurité d’interdire toute présence armée illégale dans le mohafazat de Beyrouth et donc d’appliquer dans les faits le principe du monopole des armes aux mains de l’État. Cette décision-surprise de M. Netanyahu est intervenue dans le sillage de plusieurs faits marquants, ces dernières vingt-quatre heures. Elle a été annoncée au lendemain d’un entretien téléphonique, mercredi soir, entre le président Donald Trump et le Premier ministre israélien. Dans l’après-midi de jeudi, des informations en provenance de Tel-Aviv indiquaient que le chef de la Maison Blanche avait demandé à M. Netanyahu de «diminuer quelque peu» l’intensité et la portée des frappes au Liban. Mais il est fortement vraisemblable que la décision d’engager des négociations directes avec le Liban a été au centre de l’entretien téléphonique. Autre fait marquant de la journée du 9 avril: les propos tenus à l’ouverture du Conseil des ministres par le président Joseph Aoun qui a tenu à souligner que «seul le Liban peut négocier au nom du Liban, et il est inconcevable qu’une partie tierce cherche à négocier au nom du Liban». Le ministère des Affaires étrangères avait déjà adopté, il y a quelques jours, une position en ce sens, s’attirant les foudres des milieux du Hezbollah. En tout état de cause, au cours du Conseil des ministres de jeudi, le chef du gouvernement a demandé l’approbation d’une décision chargeant l’armée et les forces de sécurité d’appliquer concrètement dans le mohafazat de Beyrouth le principe du monopole des armes aux mains de l’État, exclusivement. Les ministres du tandem chiite Hezbollah-Amal se sont vivement opposés à la demande de M. Salam et de vifs échanges ont été enregistrés à ce propos entre les deux parties, mais en définitive, c’est le point de vue du Premier ministre qui a prévalu, appuyé en cela par les ministres des Forces libanaises, du parti Kataëb et des autres ministres souverainistes. À la fin de la séance du cabinet, M. Salam a tenu à annoncer lui-même, de manière solennelle, la décision de démilitarisation du mohafazat de Beyrouth, précisant que cette résolution avait été prise conformément aux termes de l’accord de Taëf et des précédentes décisions déjà prises par son gouvernement sur ce plan. Il convient de rappeler dans ce contexte que c’est le président Joseph Aoun qui a réclamé à plusieurs reprises, depuis quelques semaines, la tenue de négociations directes avec Israël, au grand dam du Hezbollah et du mouvement Amal. L’initiative du chef de l’État à cet égard avait toutefois été rejetée par le Premier ministre israélien, mais les développements de la guerre en Iran et sans doute les raids intensifs de mercredi contre des cadres et des positions du Hezbollah au cœur de Beyrouth ainsi qu’à Saïda, dans la Békaa et au Hermel (une centaine de raids en dix minutes) ont eu pour impact, par ricochet, d’amener M. Netanyahu à donner son feu vert aux négociations directes avec le Liban. Au Département d’État avec Washington comme garant Dans la pratique, il ressort des informations qui étaient disponibles jeudi soir que les pourparlers directs israélo-libanais auront lieu dans les tous prochains jours, peut-être même la semaine prochaine, au siège du Département d’État, Washington se portant garant du bon déroulement de ces négociations. La délégation israélienne sera présidée par l’ambassadeur d’Israël à Washington. Quant à la délégation libanaise, certaines sources indiquaient dans la soirée de jeudi qu’elle serait présidée par l’ancien ambassadeur Simon Karam, alors que d’autres sources affirmaient que l’ambassadrice à Washington Nada Hamadé Moawad conduira l’équipe de négociateurs. Quant à l’ordre du jour des négociations, M. Netanyahu a indiqué qu’il portera sur «le désarmement du Hezbollah et la paix entre le Liban et Israël». Dans l’immédiat, Beyrouth réclame qu’un cessez-le-feu, au moins provisoire, constitue un prélude à ces pourparlers, ce que les Israéliens ne semblent pas disposés à accepter. Grande inconnue, enfin, à la lumière de ce coup de théâtre: la réaction du camp iranien, plus précisément des Gardiens de la révolution islamique et son bras armé au Liban. Reste à signaler qu’avant l’annonce de l’ouverture prochaine des négociations directes avec Israël, l’aviation de l’État hébreu a poursuivi jeudi ses raids aériens contre plusieurs villages du Liban-Sud, l’enjeu principal de la bataille en cours étant, semble-t-il, le contrôle de l’importante localité de Bint Jbeil.

Le Liban sous un déluge de fer et de sang malgré la trêve
Par
LevantTime .
Publié
avr. 8, 2026 - 22:40

C’est un déluge de fer, de feu et de sang, jamais égalé depuis de nombreuses années (exception faite de l’explosion du 4 Août, au port de Beyrouth), qui s’est abattu mercredi sur Beyrouth, sa banlieue sud et de nombreuses villes et localités libanaises. Plus de 180 personnes ont été tuées et près de 800 autres ont été blessées, selon un premier bilan du ministère libanais de la Santé, dans une série de raids israéliens simultanés (visant en 10 minutes une centaine de cibles, un peu partout dans le pays), alors qu’au niveau régional, une trêve de deux semaines venait d’être annoncée par le président américain, Donald Trump, en même temps qu’un début de négociations entre Washington et Téhéran autour d’un accord global portant sur une cessation durable des hostilités. Israël a frappé sans avertissement préalable Beyrouth et une cinquantaine de localités, du sud au Hermel, en passant par Aley, le Chouf et la Békaa, quelques heures après l’habituel avertissement du porte-parole arabophone de son armée, Avichaï Adraee, aux habitants de la banlieue sud et des villages au sud du Zahrani, les sommant d’évacuer les lieux. «Des objectifs du Hezb sont toujours dans la ligne de mire israélienne», avait-t-il menacé le matin. En début d’après-midi, l’armée israélienne a attaqué «en l’espace de dix minutes et simultanément» une centaine d’objectifs du Hezbollah à travers le Liban, a indiqué son porte-parole, en indiquant qu’il s’agissait de «la plus grande frappe coordonnée» contre cette formation depuis le début de la guerre contre l’Iran. Selon lui, c’est «une centaine de postes de commandement et d’infrastructures militaires» du Hezb qui ont été visés, alors que de nombreux civils ont été soit tués, soit blessés au cours de cette folie meurtrière aveugle de dix minutes, baptisée par Tel Aviv «Ténèbres éternelles», un nom sordide qui fait craindre le début d’une nouvelle opération militaire contre le Hezb, accusé par Israël de «se réfugier parmi les civils au nord du Litani». Tel Aviv avait bien précisé que le cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis auquel il a adhéré «ne s’appliquait pas» au Liban et qu’il poursuivrait ses opérations militaires contre ce groupe dans ce qui s’apparente cependant, au vu des raids de mercredi, à une guerre indiscriminée. Celle-ci a été stigmatisée par le président Joseph Aoun qui a vivement dénoncé «un acte de barbarie» alors que le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, se félicitait de «la plus grande opération contre le Hezbollah après celle des bipeurs». Pourtant, contrairement à l’attaque aux bipeurs, les frappes de mercredi ont ciblé autant des membres ou des partisans du Hezb que des Libanais qui n’ont aucun lien avec la formation pro-iranienne et qui ont péri parce qu’ils se trouvaient au mauvais moment, au mauvais endroit. En début de soirée, un énième raid israélien a ciblé le quartier de Tallet el-Khayat, dans la partie ouest de Beyrouth, où selon l’armée israélienne, un haut responsable du Hezb a été ciblé. La violence et l’ampleur du déluge des frappes israéliennes de mercredi illustrent à quel point les négociations entre Washington et Téhéran restent sous la menace constante d’une reprise des hostilités. Ils révèlent surtout une volonté israélienne d’escalade au Liban, justifiée à Tel Aviv par l’incapacité de l’État libanais à désarmer le Hezb. Plusieurs responsables israéliens avaient, à tour de rôle, fait savoir que les opérations militaires contre ce groupe pourraient s’étendre jusqu’au nord du Litani, pour en finir une fois pour toutes avec la menace que celui-ci représente pour les habitants des localités au nord du pays et reproché au gouvernement libanais son incapacité à le désarmer. Des critiques en ce sens ont été adressées mercredi par le ministère israélien des Affaires étrangères aux autorités libanaises. Les jours à venir devraient cependant confirmer ou infirmer cette tendance à l’escalade. Menaces iraniennes Téhéran a réagi aux raids de mercredi en menaçant de se retirer de l’accord de cessez-le-feu et de riposter aux attaques israéliennes persistantes contre le Hezb. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, en a discuté avec le commandant des forces armées du Pakistan, lors d’un entretien téléphonique, pendant que Donald Trump affirmait à la chaîne PBS que le dossier du Liban et du Hezbollah allait être «traité», contrairement aux vœux iraniens, en dehors du cadre des négociations des deux prochaines semaines. Le président américain a affirmé que cela était dû au Hezbollah, qu’il a désigné comme étant une «organisation terroriste libanaise». Il a assuré que «cela sera également réglé», et que les combats en cours entre Israël et le Hezbollah constituaient «des escarmouches distinctes» de la guerre menée par les États-Unis contre l’Iran. Des propos qui vont dans le sens des informations relayées par des médias américains, selon lesquels Washington a donné à Tel Aviv son feu vert pour poursuivre ses opérations au Liban. Par ailleurs, M. Trump a révélé que le document évoqué par Téhéran différait de celui qui sera effectivement discuté à Islamabad. Il faut dire que depuis l’annonce de la trêve avec les États-Unis, la République islamique a suspendu ses attaques contre Israël et aurait demandé à ses proxys d’agir de même. Car, depuis l’annonce de la trêve, pas une roquette n’a été tirée par le Hezb contre le nord israélien ou les positions israéliennes en territoire libanais. Il n’a même pas réagi aux raids de la journée, illustrant, une fois de plus, s’il en était encore besoin, son alignement aveugle sur les décisions de Téhéran. L’Iran a cependant poursuivi ses tirs de missiles contre des pays du Golfe, notamment Bahreïn, le Koweït et les Émirats arabes unis (EAU). Les EAU ont ainsi annoncé avoir été visés par 17 missiles et 35 drones iraniens, «neutralisés tous avec succès par les défenses aériennes». Ouverture des négociations Les négociations entre Téhéran et Washington doivent s’ouvrir samedi à Islamabad. Le vice-président américain, JD Vance, présidera la délégation US aux discussions, placées sous l’égide du Premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif. Il sera accompagné des émissaires Steve Witkoff Jared Kushner. Téhéran doit encore annoncer la composition de sa délégation. Les deux parties disposent donc d’un délai de deux semaines, fixé par le président Trump, pour parvenir à un arrangement définitif au sujet de la série de points autour desquels l’accord de principe aurait porté. Est-ce à dire que la diplomatie a fini par l’emporter? La réponse est d’emblée non. Les lignes de fracture entre Téhéran et Washington restent profondes et les enjeux liés à la guerre, qui aura duré un peu plus de cinq semaines, sont tellement importants que des solutions médianes seraient difficilement envisageables. Voire inimaginables. Pour simplifier, l’Iran des Mollahs joue sa survie et les États-Unis leur crédibilité. Vu sous cet angle, l’accord de mardi offre avant tout aux deux parties un répit. La trêve ressemble de ce fait moins à une percée diplomatique qu’à une pause imposée par plusieurs facteurs. Il y a d’abord l’épuisement des acteurs, notamment l’Iran qui a été pratiquement laminé par Israël et les États-Unis. Il y a ensuite la pression interne et internationale exercée sur le président Trump, et qui se manifeste, au niveau interne, par des mouvements de protestation importants contre la guerre en Iran, et au niveau international, par la chute des bourses et la flambée des prix du pétrole. D’ailleurs, les effets de l’annonce faite par Donald Trump ont été quasi instantanés: les prix du pétrole ont baissé, entraînant un rebond des marchés financiers. Autre signe de détente: l’Irak a annoncé la réouverture de son espace aérien, fermé depuis le début du conflit. Les États-Unis restent cependant intransigeants sur leurs conditions pour un accord durable. Ils ont obtenu un engagement iranien pour la réouverture du détroit d’Ormuz, mais continuent d’exiger des concessions majeures sur le nucléaire et les activités régionales de l’Iran. Donald Trump, qui s’est félicité d’une «victoire totale», a estimé que la question du programme nucléaire iranien pourrait être «réglée» dans les deux semaines à venir. Téhéran, qui réclame la levée complète des sanctions et des garanties internationales contraignantes, semble chercher à manœuvrer. L’agence Associated Press fait état ainsi d’une différence entre les deux versions persane et anglaise du document comprenant les conditions iraniennes pour des pourparlers. La version anglaise ne contient apparemment pas le maintien du programme nucléaire, qui figure dans la version persane, ce que le président américain a en quelque sorte confirmé à PBS. Quoi qu’il en soit, les deux semaines à venir diront si cet accord de principe peut devenir durable ou s’il constituera une simple parenthèse dans cette guerre.

Guerre en Iran: course contre la montre entre négociations et escalade
Par
LevantTime .
Publié
avr. 7, 2026 - 21:27

Le délai donné par le président américain Donald Trump aux Gardiens de la Révolution iranienne pour rétablir la libre circulation maritime au détroit d’Ormuz s’achève aujourd’hui mardi à 20h, heure de Washington (dans la nuit, heure du Moyen-Orient). A défaut, le président Trump pourrait donner son feu vert à une frappe de très grande envergure contre l’Iran. En fin d’après-midi, mardi (heure de Beyrouth), un lourd suspens régnait dans toutes les capitales de la région concernant le cours que pourraient prendre les événements. Un accord pourrait être conclu au dernier quart d’heure, d’autant que durant toute la journée de ce mardi 7 avril, la Maison Blanche a laissé la porte ouverte à une relance des négociations, mais il n’était pas clair si les Iraniens avaient assoupli pour autant leur position. Vers la mi-journée (horaire du Levant), le président américain a utilisé des termes encore plus virulents, affirmant que ce qui se pourrait se produire en cas d’escalade « pourrait anéantir toute une civilisation ». Selon la CNN, les négociateurs iraniens ont rejeté la proposition d’un simple cessez-le-feu, faisant une contre-proposition aux Américains en vue d’une paix durable, que Trump a considéré comme « un pas en avant mais pas assez ». Dans le même temps, l’ambassadeur d’Iran à Islamabad a déclaré que les négociations sont arrivées à un point « critique et délicat». Parallèlement aux menaces de Donald Trump, les Gardiens de la Révolution ne baissent pas le ton, estimant que ses propos sont « sans base » et assurant qu’ils poursuivent le combat. Dans ce cadre, le régime a appelé tard dans la nuit de lundi les jeunes du pays à former « des chaînes humaines » autour des centrales énergétiques menacées… n’hésitant apparemment pas à exposer les adolescents et les jeunes à la mort pour accuser leur ennemi de crimes contre l’humanité. Par ailleurs, l’ambassadeur d’Iran au Koweït a appelé les pays du Golfe à tout faire pour éviter une « tragédie dans la région ». Les opérations militaires Sur le terrain, les bombardements n’ont pas baissé en intensité durant la nuit de lundi et la journée de mardi. Téhéran et plusieurs villes ont été ainsi la cible des missiles américains et israéliens. Ces dernières heures, l’île stratégique de Kharj, celle d’où est exporté le pétrole iranien, a été visée par des frappes. Une autre cible a beaucoup fait parler d’elle : une synagogue à Téhéran qui a été « entièrement détruite » par une frappe, selon des médias iraniens repris par l’AFP. De nouveaux ponts ont également été touchés et l’aviation israélienne commence à mettre à exécution ses menaces contre les chemins de fer dans certaines régions. Les missiles iraniens continuent par ailleurs à s’abattre sur les pays du Golfe et Israël (dans le cas d’Israël en même temps que les roquettes du Hezbollah). Une usine pétrochimique a été touchée en Arabie saoudite, probablement en réponse aux attaques contre l’industrie pétrochimique en Iran par l’aviation israélienne. Autre conséquence de la guerre, le pont reliant l’Arabie saoudite à Bahreïn a été fermé par précaution par les autorités saoudiennes. Pour le Bahreïn, il s’agit de la seule porte de sortie possible puisque l’aéroport de ce petit Etat du Golfe est fermé depuis le début de la guerre fin février. Mardi, le guide suprême Mojtaba Khamenei a de nouveau fait parler de lui : des rapports de services secrets européens relayés par la presse internationale le disent dans un état comateux, assurant qu’il n’est ni conscient ni capable de prendre des décisions, se faisant traiter pour des blessures graves dans la ville iranienne de Qom. Ce qui confirme à nouveau la mainmise totale du Corps des Gardiens de la Révolution sur le pays. Autre développement grave en ce mardi : une fusillade devant le consulat israélien à Istanbul, en Turquie, sachant qu’aucun diplomate israélien ne se trouve actuellement sur le sol turc, selon une source proche du dossier à l’AFP. L’attaque terroriste a fait deux blessés légers parmi les policiers turcs. Jusqu’en début d’après-midi, aucune information sur l’identité et la nationalité des agresseurs n’avait encore été communiquée. Cependant, de telles divulgations pourraient ne pas tarder étant donné que, selon la CNN, l’un des assaillants a été tué et les deux autres blessés, se trouvant donc logiquement entre les mains des autorités turques. Cet incident pose de sérieuses questions, surtout si un lien avec la guerre en Iran est établi : sommes-nous face à une période d’attentats, à mesure que ce conflit s’enlise et entre dans l’impasse ? Emouvantes funérailles à Yahchouch Au Liban, bien que les combats se poursuivent au front, c’est l’attaque israélienne contre la région chrétienne de Aïn Saadé, à l’est de Beyrouth, visant un cadre du Hezbollah qui a échappé à la mort, qui continue de prévaloir au niveau de l’actualité. Cette attaque, qui a fait trois morts parmi les habitants de cet immeuble, notamment un cadre des Forces libanaises, Pierre Moawad, sa femme et une voisine, pose la sérieuse question de la protection des civils libanais dans des régions considérées comme « sûres » face à l’infiltration de combattants poursuivis par l’armée israélienne. La vérité sur la présence éventuelle d’un combattant dans cet immeuble n’était pas encore connue dans tous ses détails mardi. Quoi qu’il en soit, d’émouvantes funérailles ont eu lieu dans le village d’origine de Pierre Moawad. Les deux cercueils ont été portés à bout de bras au son de tirs d’armes automatiques. Dans la foule, beaucoup de colère exprimée par les proches des victimes, qui se demandent pourquoi ceux-ci ont payé le prix d’une guerre enclenchée par le seul Hezbollah, demandant à connaître toute la vérité et que justice soit faite. La troisième victime a été enterrée à l’est de Beyrouth. L’autre question qui préoccupe les Libanais ces jours-ci est celle du poste-frontière de Masnaa, le principal reliant Beyrouth à Damas, situé dans la Békaa. Ce poste-frontière a été menacé par Israël samedi dernier, mais il n’a pas été visé. Il est cependant fermé depuis. Mardi, le ministre libanais de l’Intérieur, Ahmad al-Hajjar, a déclaré que des efforts diplomatiques étaient déployés pour obtenir sa réouverture. Selon certaines informations, les autorités libanaises et syriennes ont réussi, par leurs intenses contacts, à empêcher ou à reporter une éventuelle frappe, mais échouent jusque-là à obtenir sa réouverture. Enfin, les villages frontaliers chrétiens qui résistent toujours en première ligne au Sud sont plus isolés que jamais. Un convoi mené par le Nonce apostolique Paolo Borgia n’a pas pu atteindre le village encerclé de Debl mardi, et a dû rebrousser chemin en raison d’une intervention intempestive de miliciens du Hezbollah…