


Le moment est, sans conteste, historique à plus d’un égard: sur le plan symbolique, d’abord; et au niveau de la portée politique et de la dimension stratégique de l’événement, d’autre part.
L’aspect symbolique, d’abord, revêt une importance toute particulière dans le contexte local et régional que nul n’ignore: l’ambassadrice du Liban à Washington Nada Hamadé Moawad réunie en face-à-face au Département d’Etat, à Washington, avec l’ambassadeur d’Israël Yechiel Leiter, sous l’égide du Secrétaire d’Etat Marco Rubio, avec en arrière-plan les drapeaux libanais, israéliens et américains, côte à côte… L’image aurait relevé de la politique fiction il y a seulement quelques mois.

L’ambassadrice Nada Hamadé Moawad suivie de l’ambassadeur d’Israël Yechiel Leiter lors de leur arrivée à la salle des réunions.
Mais c’est la dimension géopolitique qui revêt surtout un caractère historique et vital pour le Liban. La réunion bilatérale libano-israélienne consacre en effet une orientation fondamentale prise par le ministère des Affaires étrangères et le gouvernement Salam, à savoir la dissociation totale entre la politique étrangère et les choix stratégiques du Liban, d’une part, et les options politiques de la République islamique iranienne, d’autre part.
Cette orientation définie par le président Joseph Aoun et le cabinet Salam a un corollaire: la nécessité de mettre un terme aux débordements politiques (et miliciens…) du mini-Etat, hors-la-loi, du Hezbollah qui depuis plus de deux décennies entreprend de mettre en application une stratégie de déconstruction de l’Etat libanais et de ses institutions.
Une réunion de deux heures
Cette ligne directrice géopolitique a été ainsi évoquée au cours de la réunion de deux heures qui s’est tenue à 11 heures, heure de Washington (18 h, à Beyrouth) sous la présidence du Secrétaire d’Etat.
Le chef de la diplomatie américaine a salué dans ce cadre une « occasion historique » pour le Liban et Israël de faire la paix. « Il s'agit de mettre définitivement fin à 20 ou 30 ans d'influence du Hezbollah dans cette partie du monde, a-t-il déclaré.
“Cela va au-delà d'une simple journée, cela prendra du temps ». «Nous ne permettrons pas désormais que l’Iran exerce son influence sur les choix politiques du Liban », a déclaré M. Rubio.
Le Hezbollah, note-t-on à ce sujet, a qualifié les négociations directes entre Israël et le Liban de « capitulation » et a marqué sa réprobation en lançant des roquettes contre 13 localités frontalières israéliennes au moment où débutait la réunion au Département d’Etat.
Peu d’informations ont filtré sur la teneur des discussions. L’ambassadrice du Liban a réclamé l’instauration d’un cessez-le-feu au Liban-Sud; son homologue israélien aurait répondu que son gouvernement étudierait la requête libanaise.
Décision aurait été pris, par ailleurs, d’entamer des négociations bilatérales pour débattre des dossiers qui sont au centre du litige entre les deux pays. Le lieu et la date du début de ces pourparlers seront fixés sous peu.
« Excellent échange »
A l’issue de la réunion, l'ambassadeur israélien s’est adressé aux journalistes et a salué un «excellent échange» au cours des discussions, relevant qu'Israël et le Liban étaient désormais «du même côté».
«Nous avons découvert aujourd’hui que nous sommes du même côté» entre le Liban et Israël, a-t-il affirmé, en quittant le département d'Etat.
«C'est la chose la plus positive que nous ayons pu retenir de cette rencontre. Nous sommes tous deux unis dans notre volonté de libérer le Liban d'une occupation, d'un pouvoir dominé par l'Iran et appelé le Hezbollah», a-t-il dit, avant d’ajouter que «Naim Kassem et le Hezbollah font désormais partie du passé».
En début de soirée, le Département d’État devait rendre public un communiqué commun soulignant que les Etats-Unis espèrent que les pourparlers iront «au-delà de l’accord de 2024 pour aboutir à une paix globale».
«Les Etats-Unis soutiennent les efforts du gouvernement libanais visant à rétablir le monopole de la violence légitime et à mettre fin à l’influence de l’Iran», souligne le communiqué qui ajoute que les Etats-Unis soutiennent le droit d’Israël de se «défendre contre les attaques du Hezbollah».
Et le communiqué de souligner que «tout accord visant à mettre un terme aux hostilités devrait être discuté entre les deux gouvernements, sous l’égide des Etats-Unis, et non pas par une autre voie» (allusion à la volonté de l’Iran de lier le cessez-le-feu au Liban au volet iranien des pourparlers avec Washington.
Aoun : Le début de la fin
Sur le plan des réactions, le président Joseph Aoun a dit espérer que les négociations marquent «le début de la fin de la souffrance des Libanais». Mais «la stabilité ne sera pas rétablie dans le sud si Israël continue d'y occuper des territoires», a-t-il ajouté.
De son côté, le chef de la diplomatie israélienne, Gideon Saar, a déclaré: «Nous voulons parvenir à la paix et à la normalisation avec l'Etat libanais. Il n'y a pas de différends majeurs entre Israël et le Liban. Le problème, c'est le Hezbollah.”
Les opérations au Sud
Entre-temps au Sud, les combats font toujours rage sur le principal front, celui de la ville stratégique de Bint Jbeil, alors même que les bombardements israéliens se poursuivent sur l’ensemble des régions du Sud, ainsi que les destructions de villages.
L’armée israélienne revendique la prise de Bint Jbeil.
Dans ce contexte, Tsahal a annoncé mardi la capture de trois miliciens du Hezbollah, dont l’un a été grièvement blessé et deux plus légèrement. Ils ont été emmenés en Israël.
Auparavant, l’armée israélienne avait indiqué depuis lundi qu’elle assiège Bint Jbeil où seraient retranchés des dizaines de miliciens.
Les combats restent cependant rudes puisque le côté israélien a reconnu que dix de ses soldats ont été blessés ces dernières heures au Sud, et que l’un est décédé.
Le détroit d’Ormuz
Reste à signaler que sur le front iranien, plusieurs navires ont traversé mardi le détroit d’Ormuz, mais il ne s’agissait pas de bateaux devant se diriger vers l’un ou l’autre des ports iraniens, soumis au blocus américain.
A retenir sur ce plan la réaction chinoise virulente concernant ce blocus, que la Chine a qualifié de « dangereux et irresponsable ».
L’autre développement important de ce mardi, concernant le détroit, a été l’annonce d’une conférence, vendredi, présidée par le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique Keir Starmer, avec la participation des pays «non-belligérants» qui seraient prêts à contribuer à une mission multilatérale et «purement défensive».
Une opération visant à « libérer » le détroit d’Ormuz et en assurer la libre circulation. Un changement de cap au niveau des pays européens, jusque-là hostiles à toute intervention dans la guerre américano-israélienne contre le régime iranien?