
A Beyrouth, face au déploiement massif de l’armée, le Hezbollah fait marche arrière et appelle ses partisans à ne plus manifester


Journée marathon pour les négociateurs et experts américains et iraniens, samedi, à Islamabad. Arrivés vendredi soir dans la capitale pakistanaise, les deux délégations ont entamé sans tarder, chacune de son côté, des discussions informelles avec les hauts responsables pakistanais qui auraient procédé à des échanges de messages entre les deux parties afin de paver la voie aux négociations formelles, en face-à-face, lesquelles ont été entamées samedi en début d’après-midi.
Tard en soirée, les deux délégations ont achevé deux séances de travail successives et ont annoncé une suspension des travaux qui devaient se poursuivre dans la nuit de samedi (ce qui ouvre la voie, dans ce genre de situation, à des discussions loin des feux de la rampe) ou dans la journée de dimanche.
Très peu d’informations ont filtré sur la teneur des négociations, à part le fait que les pourparlers sont axés sur des points de détails et les points de divergence, d’où la présence de nombreux experts au sein de chaque délégation. Les positions de principe de chacune des parties sur les grands dossiers litigieux sont connues et ont fait l’objet par le passé, lors de plusieurs séances de dialogue, de longues discussions sans qu’un terrain d’entente ne soit trouvé. Les réunions de samedi ont donc été au-delà des positions de principe et ont porté plutôt sur les points de détails, lesquels représentent indéniablement le volet le plus important des négociations, qui détermine en réalité le succès ou l’échec des négociations.
Divergences sur le détroit d’Ormuz
En fin de soirée, les sources iraniennes ont indiqué que le problème du détroit d’Ormuz constitue « l’un des principaux points de divergence au cours des pourparlers d’Islamabad », ce qui indique implicitement l’existence d’autres sujets de désaccord entre les deux parties. Auparavant dans la journée, le Financial Times avait précisé que les négociateurs ont abouti à « une impasse au sujet du détroit d’Ormuz ».
Le régime iranien, note-t-on dans ce cadre, insiste toujours pour avoir un contrôle direct sur le détroit. Le Corps des Gardiens de la révolution iranienne a d’ailleurs publié un communiqué en fin de semaine, affirmant que « désormais, c’est nous qui déciderons quels navires pourront emprunter le détroit d’Ormuz ». Une position rejetée aussi bien par les Etats-Unis que par les pays européens et qui est, par ailleurs, en violation flagrante de la Convention de Montego Bay (voir à ce sujet l’article de Jean-Patrick Dayras).
La marine américaine nettoie le détroit
Il convient d’indiquer dans ce contexte, qu’en fin de journée, samedi, le président Donald Trump a indiqué que les navires de l’armée américaine étaient en train de nettoyer le détroit d’Ormuz des mines iraniennes, précisant que cette opération est menée pour « servir des pays dans le monde entier, dont la Chine, le Japon, la Corée du Sud, la France, l’Allemagne, et plusieurs autres pays ». « Ils n’ont pas le courage, ou la volonté, de le faire eux-mêmes », a relevé le président américain.
Plus tôt dans la journée, le site d’information Axios avait indiqué que des navires de guerre US ont traversé le détroit d’Ormuz sans aucune coordination avec les autorités iraniennes, en effectuant un aller-retour pour mieux marquer le fait qu’ils contrôlaient la situation dans cette zone. Le chef de la Maison Blanche avait indiqué dans ce cadre que la marine américaine a détruit les 28 navires iraniens poseurs de mines. « La marine et l’armée de l’air de l’Iran ont été détruites, de même que la défense antiaérienne », a souligné le président Trump.
En tout état de cause, le dossier du détroit d’Ormuz a été l’un des principaux sujets examinés lors de ces négociations d’Islamabad, d’autant qu’il s’agit là d’un nouveau point de conflit qui ne se posait pas lors des précédentes réunions. Notons que les pourparlers officiels de samedi, ont eu lieu en présence, côté américain, du vice-président JD Vance, et des envoyés spéciaux Steve Witkoff et Jared Kushner, ainsi que, côté iranien, du président du Parlement, Mohammed Bagher Ghalibaf, et du chef de la diplomatie Abbas Araghchi. La première réunion de travail s’est tenue après un tête-à-tête entre le vice-président Vance et M. Ghalibaf en présence d’un haut responsable pakistanais.
Les négociations en face-à-face, en présence du chef de l’armée pakistanaise, ont été précédées de concertations bilatérales entre la délégation américaine et les dirigeants pakistanais, d’un côté, ainsi qu’entre les délégués iraniens et les responsables pakistanais, d’autre part.
Il convient d’indiquer qu’avant leur départ de Téhéran, les négociateurs iraniens avaient posé deux conditions préalables pour entamer leur mission à Islamabad : l’instauration d’un cessez-le-feu au Liban et le déblocage des avoirs iraniens gelés par les Etats-Unis. Aucune de ces deux conditions n’a toutefois été satisfaites mais les délégués iraniens ont malgré tout entamé les pourparlers avec la délégation américaine, en dépit du fait que les raids israéliens se poursuivaient au Liban-Sud.
Au Liban…
Alors que les négociateurs américains et iraniens planchaient à Islamabad sur les points de divergence entre les deux parties, l’aviation israélienne poursuivait ses raids contre les positions et infrastructures du Hezbollah au Liban-Sud. Tsahal a ainsi indiqué avoir effectué non moins de 200 raids en vingt-quatre heures. L’Etat hébreu s’est toutefois engagé, à la demande des Américains, à ne pas lancer des attaques contre le Hezbollah à Beyrouth d’ici mardi prochain, date de la première séance de négociations directes entre le Liban et Israël.
La décision d’engager ces pourparlers bilatéraux en face à face entre des délégués libanais et israéliens suscite l’ire du camp iranien. Le conseiller du Guide suprême de la République islamique a ainsi stigmatisé l’attitude du Premier ministre Nawaf Salam sur ce plan, allant même jusqu’à proférer des menaces à peine voilées, mettant en garde contre des « troubles sécuritaires » (au Liban…) si le gouvernement allait de l’avant dans sa décision d’engager des négociations directes avec Israël. Un haut responsable du Hezbollah a abondé dans le même, prédisant « un tsunami populaire qui renversera le gouvernement pour protester contre le projet de pourparlers avec Israël ».
Salam ajourne sa visite à Washington
Dans l’après-midi de samedi des rumeurs persistantes faisaient état de la volonté du Hezbollah d’organiser une manifestation à Beyrouth et de prendre d’assaut le Grand Sérail pour faire chuter le gouvernement et torpiller les négociations avec l’Etat hébreu. Le commandement de l’armée devait publier cependant, samedi en début d’après-midi, un communiqué au ton particulièrement ferme, affirmant que l’armée interviendrait avec force pour empêcher toute atteinte à la sécurité et à la paix civile et pour faire face à toute agression contre les édifices publics et privés. Joignant l’acte à la parole, l’armée a déployé d’importantes unités régulières dans les quartiers de la capitale, établissant des barrages de contrôle d’identité et effectuant des patrouilles motorisées. Face à cet imposant déploiement de la troupe, le Hezbollah devait faire marche-arrière et publiait en soirée, conjointement avec le mouvement Amal, un communiqué appelant ses partisans à s’abstenir d’organiser des manifestations dans la capitale.
Il reste que la vive tension qui régnait sur ce plan dans la journée a poussé le Premier ministre à ajourner la visite qu’il devait effectuer au début de la semaine prochaine à Washington afin d’examiner avec les dirigeants américains le cours pris par les événements sur la scène libanaise.