


Un nouveau pas – et non des moindres – a été franchi mercredi 16 avril sur la voie du rétablissement de l’autonomie de décision libanaise, loin de tout diktat régional. Un cessez-le-feu de dix jours entre Israël et le Liban (incluant le Hezbollah) est en effet entré en vigueur à compter de la nuit de jeudi à vendredi, à minuit, à la suite de deux entretiens téléphoniques que le président Donald Trump a eus, en fin d’après-midi, avec le président Joseph Aoun et le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu. C’est le chef de la Maison Blanche qui a annoncé lui-même le cessez-le-feu en début de soirée au cours d’une discussion à bâtons rompus avec des correspondants de presse.
L’annonce de ce cessez-le-feu sous l’égide de l’Administration Trump revêt une double importance stratégique: d’une part, elle consolide au plus haut niveau la dissociation entre les deux volets libanais et iranien du conflit en cours, Téhéran ayant tenté avec insistance ces derniers jours de placer sous sa houlette tout accord de cessez-le-feu entre le Liban et Israël, dans le but de maitrise la carte libanaise ; et d’autre part, elle légitimise et renforce dans une large mesure le choix de l’Exécutif de s’engager dans des négociations directes avec Israël, avec comme perspective un accord de paix entre les deux pays.
Le président Trump a d’ailleurs indiqué, après l’annonce du cessez-le-feu, qu’il avait chargé le vice-président JD Vance, le Secrétaire d’Etat Marco Rubio et le chef d’état-major Dan Razin Caine d’œuvrer en vue d’aboutir à une paix durable libano-israélienne. Le président US a par ailleurs souligné son intention d’inviter le président Aoun et M. Netanyahu à une réunion à la Maison Blanche d’ici deux semaines.
Cette forte implication américaine dans le processus de règlement des contentieux en suspens entre le Liban et Israël est vitale pour le gouvernement libanais. Le Premier ministre israélien a en effet déclaré mercredi soir que l’armée israélienne maintiendra sa présence au Liban-Sud, jusqu’au Litani, afin de consolider la zone tampon qui s’étendra sur une profondeur de dix kilomètres à partir de la frontière internationale… Le Liban aura ainsi besoin du soutien des Etats-Unis afin de négocier dans les meilleures conditions possibles un retrait israélien et la conclusion d’un accord de paix, avec comme préalable et passage obligé le démantèlement de l’appareil milicien du Hezbollah, lequel a d’ailleurs été proclamé illégal par le Conseil des ministres.
Les députés de Beyrouth…
Il convient de relever dans ce contexte que le gouvernement a reçu mercredi un important soutien politique parlementaire. Les députés de Beyrouth, toutes confessions et sensibilités confondues, ont tenu en effet, mercredi, à l’hôtel Phoenicia, un congrès ayant pour thème: « Pour une Beyrouth sécurisée, une Beyrouth dépourvue de toute présence d’armes illégales ».
Plusieurs députés, représentant les grands partis présents au Parlement, ont pris la parole à cette occasion pour soutenir sans ambiguïté les choix du gouvernement concernant l’illégalité de la milice du Hezbollah, l’illégalité de la présence des Gardiens de la révolution iranienne (les Pasdaran) dans le pays, et la nécessité de monopoliser les armes aux mains des forces légales. En peu de mots, ce congrès des députés de Beyrouth assure sans ambages au gouvernement Salam une légitimité populaire et une couverture politique fondamentale pour la politique souverainiste suivie par la présidence et le gouvernement, au grand dam du Hezbollah et du régime des mollahs qui ne ratent aucune occasion pour décrier la politique de paix suivie par le pouvoir.