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L'Essentiel du jour

Aoun consolide ses marques et dénonce la «pulsion suicidaire» et l’allégeance étrangère

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Par Tilda Abou Rizk
Publié avr. 17, 2026 - 23:27

Pour la première fois depuis le 28 février, le Liban passe une journée dans le calme: pas de raids israéliens, pas d’échanges de tirs à la frontière sud ni de combats dans les villages frontaliers où l’armée israélienne maintient une présence. Seule exception: l’attaque israélienne au drone qui a fait un tué à Kounine, au Liban-Sud.

L’heure est au bilan des victimes - qu’on continue de dégager de sous les décombres - et des dégâts matériels dans la banlieue sud de Beyrouth ainsi que dans les localités accessibles du sud, vers lesquelles les déplacés ont opéré un retour massif.

La trêve de dix jours entre Tel Aviv et Beyrouth, instaurée sous l’égide du président américain Donald Trump, s’assimile a priori à un répit dans une guerre qui reste loin d’être finie, comme l’a fait observer le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, mercredi, puisque les causes profondes du conflit armé sont toujours là.

Certes, le Liban a franchi un pas de taille en annonçant une série de mesures visant un règlement durable du problème que pose la présence sur son sol d’une milice armée autonome, totalement inféodée à la République islamique d’Iran. Mais les autorités continuent d’avancer avec une prudence extrême sur ce plan, pour diverses considérations, en lien principalement avec la volonté de ménager les sacro-saints équilibres internes et d’éviter des secousses au niveau de la stabilité.

Des propos mitigés

Les propos du président de la République, Joseph Aoun, les premiers depuis l’instauration de la trêve, ceux du ministre de l’Intérieur, Ahmad Hajjar, et surtout le ton que les deux ont employé, reflètent ce souci. Les dirigeants libanais restent donc intransigeants sur les grandes lignes de la nouvelle politique qu’ils ont définie et beaucoup plus discrets sur les mécanismes d’exécution, lesquels dépendent au final des discussions bilatérales qui vont se dérouler à Washington, mais aussi des pourparlers américano-iraniens d’Islamabad.

Joseph Aoun et Ahmad Hajjar, mais aussi le président de la Chambre, Nabih Berry, allié du Hezbollah, se sont voulus rassurants au sujet de cette priorité qu’est pour eux la cohésion interne, évitant d’aborder les sujets qui fâchent, en l’occurrence les négociations directes avec Israël, en cours de préparation sous la houlette de Washington, ou encore le désarmement du Hezbollah, impératif pourtant pour soustraire le Liban à l’hégémonie iranienne et au risque de nouvelles guerres.

Le processus est bel et bien lancé, a réaffirmé Joseph Aoun, dans un message à la nation, quelques heures seulement après de virulentes critiques du bloc parlementaire du Hezb, contre les nouvelles orientations politiques libanaises. «Aujourd’hui, nous négocions pour nous-mêmes et nous décidons pour nous-mêmes. Nous ne sommes plus une carte aux mains de quiconque, ni un champ pour les batailles des autres. Nous ne reviendrons jamais à cet état», a-t-il lancé d’emblée, en relevant l’adhésion de la majorité des Libanais à ces orientations.

Le chef de l’Etat s’en est pris au Hezbollah sans le nommer, critiquant sa rhétorique qui présente «la résistance» comme étant le seul rempart pour le Liban: «A ceux qui mettent en péril l’avenir du pays et du peuple, je dis: cela suffit. Seul le projet de l’Etat est le plus fort, le plus durable et le plus sûr pour tous». Et de poursuivre: «Nous sommes tous sur le même navire. Soit nous arrivons ensemble à bon port, soit nous coulons tous, mais personne n’a le droit de commettre un tel crime, sous couvert d’un slogan quelconque, par pulsion suicidaire ou par fidélité à une tierce partie étrangère», dans une allusion évidente à l’Iran dont relève le Hezb.

D’ailleurs, Joseph Aoun n’a pas cité l’Iran, qui s’était empressé de s’attribuer le mérite de l’instauration de la trêve, lorsqu’il a salué les efforts «incessants» des responsables libanais, des pays arabes, notamment l’Arabie saoudite, des Etats occidentaux et du président Trump pour imposer le cessez-le-feu à Israël.

S’adressant toujours au Hezbollah, il a insisté sur le fait que les négociations prévues ne sont «ni un signe de faiblesse, ni une concession», mais qu’elles sont motivées par la volonté de protéger le Liban «par tous les moyens et, surtout, par notre refus de mourir pour quiconque d’autre que le Liban». Dans ce cadre, il a insisté sur le fait que Beyrouth ne fera aucune concession sur ses droits, notamment territoriaux, balayant ainsi les craintes d’une consécration de la «zone de sécurité» établie par Tel Aviv au Liban-Sud, pour protéger les localités au nord de son territoire.

Si le président Aoun a réaffirmé un peu plus tôt l’importance des pourparlers «délicats et décisifs» à venir avec Tel Aviv, il s’est contenté de présenter les objectifs de l’État libanais dans ce dialogue comme étant «une consolidation du cessez-le-feu, le retrait des forces israéliennes des zones où elles maintiennent une présence au sud, l’extension de l’autorité étatique sur tout le pays, la libération des prisonniers libanais auprès d’Israël et le règlement des différends entre les deux pays au sujet de certains points frontaliers».

Pas un mot sur le désarmement du Hezb, pourtant au cœur des discussions à venir. Le chef de l’Etat a seulement promis un déploiement de l’armée et des forces de sécurité au sud, «après le retrait israélien», en assurant qu’elles «mettront fin aux manifestations armées et seront les seules présentes sur le terrain».

Quoi qu’il en soit, le Liban s’apprête à s’engager sur une voie jonchée d’embûches. Dans ce contexte, il n’est toujours pas clair quel sera l’agenda précis que le négociateur libanais, Simon Karam, va emporter avec lui à Washington, et qui va l’établir. Toute l’attention est actuellement portée sur cet élément, à la lumière d’informations selon lesquelles le dossier est exclusivement géré par la présidence de la République, sur base de contacts établis avec le tandem Amal-Hezbollah, hostile comme on le sait à un dialogue direct avec Tel Aviv.

Réouverture totale d’Ormuz

Un dialogue qui, s’il s’amorce sous de bons auspices, ferait prolonger la trêve de dix jours, avait promis mardi le Département d’Etat américain.

Celle-ci a démarré sur deux notes significatives: il y a d’abord l’annonce faite par l’Iran au sujet de la réouverture totale du détroit d’Ormuz, dans ce qui a été présenté par Téhéran comme un signe de bonne volonté qu’il a rattaché à l’annonce du cessez-le-feu au Liban. Selon le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, cette voie de passage maritime sera ouverte à tous les cargos commerciaux durant toute la durée de la trêve au Liban.

Saluée par le président Trump, l’initiative iranienne sert en réalité deux objectifs tactiques: elle marque un signe d’ouverture en direction de Washington dans le cadre des tractations menées pour relancer les négociations bilatérales américano-iraniennes. Les Etats-Unis ont cependant fait savoir qu’ils ne lèveront pas pour autant le blocus imposé aux ports iraniens, du moins pas avant un accord sérieux avec Téhéran qui a immédiatement brandi de nouveau la menace d’une fermeture du détroit, mais sans passer à l’acte.

La décision iranienne sous-tend également une volonté de Téhéran de montrer qu’il garde toujours la main haute sur le dossier libanais, au détriment des autorités officielles locales. Ce à quoi le président Joseph Aoun a répondu sans mettre les formes dans son discours à la nation.

Donald Trump a à son tour pris soin de rappeler, mercredi, en évoquant le dossier iranien, qu’il est dissocié de celui du Liban. Le président américain a donné cette précision lorsqu’il a annoncé, sur son réseau Truth Social, que les Etats-Unis comptaient récupérer toutes «les cendres» nucléaires provoquées par les avions B-2 américains en Iran, sans contrepartie financière. Il a précisé que cet accord tout comme celui de la réouverture d’Ormuz, «n’est pas lié au Liban» et que Washington «oeuvrera séparément avec Beyrouth pour régler le problème du Hezbollah».

Echanges de menaces

La deuxième note significative se rapporte aux échanges de menaces entre le Hezbollah et Tel Aviv, au moment où une dissonance semble émerger entre Israël et Washington, autour de la gestion des deux dossiers libanais et iranien. Le président Trump a affirmé, catégorique, qu’Israël n’attaquera plus le Liban, pendant que les dirigeants israéliens insistaient sur le fait que la guerre contre le Hezb n’est pas finie.

La formation pro-iranienne a annoncé qu’elle restait vigilante et «gardait le doigt sur la gâchette», mettant en garde Israël contre une violation de la trêve ou l’assassinat de cadres du groupe.

De leur côté, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et son ministre de la Défense, Israel Katz, assuraient que la guerre n’est pas terminée et que Tel Aviv reste engagé à obtenir le désarmement du Hezbollah par les moyens militaires ou diplomatiques.

Les deux ont également assuré que l’armée israélienne maintiendra une présence dans la zone qu’elle contrôle désormais à la frontière et qu’elle continuera d’y démanteler l’infrastructure militaire du Hezb.

Benjamin Netanyahu a réaffirmé dans ce contexte que le chemin vers une paix demeure long. «Nous avons commencé le voyage avec une main tenant une arme et l’autre tendue vers la paix», a-t-il dit, avant d’annoncer que son pays a «pour la première fois établi une zone de sécurité tout le long de sa frontière nord».

Celle-ci s’étend désormais jusqu’au Mont-Hermon, l’armée israélienne ayant révélé en soirée avoir mené une opération militaire de dernière minute au Liban, juste avant l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, à minuit dans la nuit de jeudi à vendredi, afin de prendre le contrôle d’une position stratégique sur le Mont-Hermon. Celle-ci se situe à 12 kilomètres de la partie israélienne de cette montagne que se partagent le Liban, la Syrie et Israël et à 30 kilomètres de la route Beyrouth-Damas. Elle surplombe toute la plaine de la Békaa et reste loin des villages libanais de la région, toujours selon l’armée israélienne.

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