Logo Levant Time
Retour à l’article
L'Essentiel du jour

Le camp iranien multiplie comportements belliqueux et déclarations agressives

Image d'actualité
Un Casque Bleu français a été tué et trois autres blessés, le 18 avril 2026, au Liban-Sud. Le président Macron a fait assumer la responsabilité des tirs au Hezbollah. (AFP)
Portrait de l'auteur
Par LevantTime .
Publié avr. 18, 2026 - 23:12

Subitement, en moins de vingt-quatre heures, ce qui pourrait être perçu comme des signes de panique se sont manifestés ce samedi 18 avril au niveau du camp iranien, sous la forme de comportements belliqueux et de déclarations non moins agressives et haineuses.

Le développement le plus grave de cette journée de samedi aura été sans conteste l’embuscade tendue par des miliciens du Hezbollah à une unité française de la Finul qui effectuait une patrouille dans le secteur de la localité de Ghandourieh, dans le caza de Bint Jbeil, soit dans la zone de déploiement de la Finul, au sud du Litani. Un Casque Bleu français a été tué et trois autres blessés, dont deux grièvement. Le président Emmanuel Macron a vivement réagi à cette agression, faisant assumer clairement la responsabilité des tirs au Hezbollah et invitant les autorités libanaises à rapidement dévoiler les coupables et à prendre les mesures qui s’imposent à leur encontre. 

Cette agression contre les Casques bleus français a été fermement stigmatisée par le président Joseph Aoun, le Premier ministre Nawaf Salam, et même le chef du législatif, Nabih Berry. Le président Aoun et le Premier ministre ont indiqué qu’ils avaient donné l’ordre au pouvoir judiciaire de mener une enquête pour arrêter les coupables. 

Face à la gravité de cette agression, le Hezbollah a démenti en soirée sa responsabilité dans l’embuscade visant les Casques Bleus français. Un démenti dont nul n’est dupe, surtout dans les milieux officiels. 

Parallèlement à ce dérapage milicien, le Hezbollah n’a pas manqué, ce samedi, de proférer des menaces de mort directes à l’encontre des pôles du pouvoir, plus particulièrement le président de la République, dont le discours radiotélévisé de vendredi a suscité l’ire du parti pro-iranien. De hauts responsables de cette formation se sont notamment permis de mettre en garde le chef de l’Etat contre la poursuite du processus de négociations directes avec Israël, soulignant que le président risque de subir le même sort que l’ancien président égyptien Anouar Sadate, assassiné après la signature pat l’Egypte de l’accord de paix avec Israël. Les mêmes sources hezbollahies ont reproché en outre au président Aoun de n’avoir pas « remercié l’Iran » (!) pour ses (prétendus) efforts visant à instaurer un cessez-le-feu.  

Dans le cadre de ces menaces qui ne connaissent pas de limites, l’un des responsables du parti pro-iranien a demandé au gouvernement d’annuler toutes les décisions prises contre le Hezbollah, ou, à défaut, « un mouvement populaire provoquera la chute du gouvernement » !    

Une ligne jaune 

Il reste que ces signes apparents de panique ne changent rien dans la réalité des faits. Une source officielle libanaise a ainsi indiqué samedi en fin de journée que le président Aoun et le Premier ministre ont tenu une réunion pour examiner les préparatifs des prochains pourparlers libano-israéliens. 

Sur le terrain, l’armée israélienne a fait état de l’établissement d’une « ligne jaune » au sud du Litani – semblable à celle de Gaza – qui représente une sorte de « ligne de démarcation » de facto séparant la zone tampon établie par Israël du reste du territoire libanais. Cette ligne de démarcation permettrait ainsi aux Israéliens d’interdire l’accès d’habitants libanais à la zone tampon, laquelle englobe plus d’une cinquantaine de villages et localités dont certains ont été totalement rasés. Dans ce cadre, l’armée israélienne poursuit ses opérations militaires et ses bombardements ciblés au sud de cette « ligne jaune » afin d’empêcher une réimplantation de miliciens du Hezbollah dans cette zone sous le couvert du retour des « habitants ». 

Bras de fer autour du détroit d’Ormuz 

L’escalade nettement perceptible au Liban par le biais du Hezbollah est en phase avec une escalade parallèle dans les positions iraniennes – ou plutôt d’une faction (radicale) iranienne – portant essentiellement sur le détroit d’Ormuz. 

Dans ce contexte, des divergences non négligeables semblent marquer les rapports entre les clans au sein du régime iranien. Ce clivage est apparu samedi à la suite d’un communiqué du ministère iranien des Affaires étrangères annonçant la réouverture totale du détroit d’Ormuz comme geste de bonne volonté visant à faciliter les tractations avec Washington. L’initiative du ministère des AE n’a pas été appréciée, semble-t-il, par le Corps des Gardiens de la révolution. Le vice-ministre des AE (et non le ministre en exercice…) a aussitôt fait marche arrière au sujet du détroit et plus tard dans la journée les Gardiens de la révolution annonçaient la fermeture totale de la voie de passage maritime pour protester contre le maintien du blocus maritime par les Etats-Unis. 

Dans le courant de l’après-midi les sources du Corps des Gardiens de la révolution devaient rendre publiques des prises de position en flèche, précisant que Téhéran avait informé les Américains qu’il rejetait la tenue d’un nouveau round de négociations sous l’égide du Pakistan, ce qui implique, du moins en apparence, un rejet de la médiation pakistanaise. De fait, le commandant de l’armée pakistanaise, qui menait les efforts de médiation, a quitté l’Iran samedi au terme d’une visite de trois jours. 

Les sources des Pasdaran ont souligné, par ailleurs, que l’Iran refuse de renoncer à ses missiles balistiques et s’oppose à toute concession au niveau du dossier nucléaire. Ce raidissement dans les positions iraniennes s’est accompagné d’une escalade militaire. Des vedettes rapides relevant des Pasdaran ont ainsi ouvert le feu contre trois navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz, ce qui a fait dire au président du Parlement iranien que les divergences avec les Américains au sujet d’Ormuz ont débouché « sur des accrochages armés, et Washington a fait marche arrière ».   

Face à cette escalade iranienne et cette radicalisation dans les positions de Téhéran, l’armée américaine a annoncé en fin de journée son intention d’arraisonner à partir de dimanche tout navire commercial iranien.   

La question qui se pose au stade actuel est de savoir si le durcissement de l’attitude du camp iranien, au Liban comme en Iran, reflète un sentiment de panique face aux développements en cours ou s’il s’agit simplement d’une volonté de faire monter les enchères à la veille d’une possible reprise des négociations bilatérales dans le courant de la semaine prochaine. Sur ce plan, le président Trump a déclaré tard en soirée que « des discussions très positives sont en cours avec l’Iran ».  Par contre, un haut responsable américain affirmait de son côté que « la guerre avec l’Iran pourrait reprendre dans les prochains jours ».  

Articles liés
Voir tout
Vidéos liées
Voir tout
Podcasts liés
Voir tout