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Politique

Face à l’imposante armada US, l’Iran joue la tergiversation
Par
LevantTime .
Publié
févr. 1, 2026 - 12:57

Après le déploiement de l’impressionnante armada américaine à proximité des côtes iraniennes, plusieurs options militaires se dessinent si la Maison-Blanche décidait d’intervenir. Pour l’heure, le bras de fer avec le régime des mollahs reste essentiellement verbal : communiqués, mises en garde et démonstrations de force rythment l’escalade. À chaque durcissement du ton de Donald Trump, Téhéran répond par des menaces de représailles massives. Côté américain, une certitude semble s’imposer : aucune intervention terrestre n’est envisagée. Plusieurs observateurs estiment toutefois que le président américain cherchera d’abord une issue diplomatique avant de recourir à la force. Côté iranien, l’incertitude demeure totale : jusqu’où le régime peut-il résister à de nouvelles exigences américaines ? À quel moment pourrait-il fléchir ? Exigences américaines durcies, refus iranien confirmé Jeudi soir, le président américain a déclaré qu’il « espère ne pas devoir utiliser cette force » militaire déployée, après avoir appelé la veille à conclure un « accord juste et équitable - pas d’armes nucléaires ». Mais depuis les frappes de juin 2025 contre des installations nucléaires iraniennes, « le prix demandé à l’Iran pour un accord s’est accru considérablement », estime Farzan Sabet, spécialiste de l’Iran au Geneva Graduate Institute, interrogé par l’AFP. Washington exige désormais l’interdiction totale de l’enrichissement de l’uranium, la limitation des capacités balistiques iraniennes, ainsi que le « démantèlement ou de sévères restrictions posées à son “Axe de la résistance” », comprenant notamment les Houthis au Yémen et le Hezbollah libanais », explique-t-il. Pour Téhéran, une telle offre équivaudrait à « une forme de capitulation », souligne David Khalfa, cofondateur de l’Atlantic Middle East Forum (AMEF). Selon lui, Donald Trump « optera pour l’option militaire », notamment pour démontrer sa capacité à faire respecter ses lignes rouges. Les moyens militaires américains déployés Affirmant suivre sa « propre moralité » comme unique boussole, Donald Trump a averti la semaine dernière qu’une « énorme armada » était en route vers le Golfe. Cette annonce est intervenue après son soutien affiché aux manifestants iraniens, dont le mouvement a été violemment réprimé, faisant des dizaines de milliers de morts selon des ONG. Cette force comprend le porte-avions Abraham Lincoln , ses 80 aéronefs, ainsi qu’une escorte de trois destroyers équipés de capacités antimissiles et de missiles de croisière Tomahawk. Le groupe aéronaval est généralement accompagné d’un sous-marin d’attaque, lui aussi capable de frapper des cibles terrestres. L’option de frappes limitées Donald Trump pourrait viser les navires exportant le pétrole iranien, comme il l’a fait contre le Venezuela, afin d’asphyxier l’économie du pays et obtenir un « deal », indique Farzan Sabet. Il pourrait également mener « soit des frappes ponctuelles, soit une guerre limitée à des objectifs restreints, lui permettant de dire qu’il a fait respecter sa ligne rouge sans s’engager dans une nouvelle guerre au Moyen-Orient, et il pourrait déclarer la victoire », explique-t-il. Ces opérations cibleraient prioritairement les systèmes de défense antiaérienne, les rampes de lancement de missiles et de drones, à l’image des frappes israéliennes de juin. Selon Eva Koulouriotis, analyste indépendante du Moyen-Orient, ces frappes pourraient viser les Gardiens de la Révolution et les milices Bassidj impliquées dans la répression. « Les services de renseignement américains, avec le soutien du Mossad israélien, ont une vision claire de ces forces », précise-t-elle. L’hypothèse de frappes massives Un scénario plus radical consisterait en des frappes de décapitation visant « tous les piliers du régime iranien, en commençant par le sommet de la pyramide, le guide suprême Ali Khamenei », puis les forces armées, la direction des Gardiens de la Révolution et les hauts responsables politiques, selon Eva Koulouriotis. « Cela inclurait également la neutralisation des principales bases militaires, du programme de missiles et de ce qui reste du programme nucléaire », ajoute-t-elle. « L’objectif américain, c’est de faire vaciller le régime. Il y a donc une stratégie visant à le paralyser et à désorganiser la chaîne de commandement », explique David Khalfa. Cette approche « passe par l’élimination de Khamenei, de ses conseillers proches et des têtes pensantes du commandement des Pasdaran ». Il tempère toutefois : « Le régime est relativement solide et résilient, ce ne sera pas une mince affaire », d’autant que « les Gardiens ont anticipé ce scénario ». Dans cette logique, « l’hypothèse implicite de Washington est que les “boots on the ground” seraient fournies par la société iranienne elle-même », ajoute-t-il. Farzan Sabet souligne néanmoins que rien n’indique, à ce stade, que Washington privilégie explicitement un changement de régime. Les capacités de représailles iraniennes Bien que largement entamées par les frappes de l’automne 2024 et de juin 2025, les capacités de riposte iraniennes subsistent. Téhéran disposerait encore de 1 500 à 2 000 missiles balistiques de moyenne portée capables de frapper Israël, selon Farzan Sabet. L’Iran possède également des missiles balistiques à plus courte portée, « bien plus précis », ainsi que des missiles de croisière et antinavires susceptibles de perturber gravement la navigation dans le Golfe, sans compter ses vedettes rapides lance-missiles. Le chef de l’armée iranienne a par ailleurs annoncé que les régiments de combat avaient été dotés de « 1 000 drones stratégiques ». Pour Eva Koulouriotis, la décision de Téhéran de riposter ou non « dépendra de la nature et de l’ampleur de la frappe américaine ». Le rôle clé des bases militaires américaines Au groupe aéronaval de l’ Abraham Lincoln s’ajoutent d’importants dispositifs militaires américains dans la région. En réponse aux menaces américaines, l’Iran a rappelé que de nombreuses bases US sont à portée de ses missiles. Au Bahreïn se trouve l’Activité de soutien naval, qui abrite la Cinquième flotte américaine et le quartier général des Forces navales centrales des États-Unis. Le Koweït accueille plusieurs installations majeures, dont le Camp Arifjan, siège du quartier général avancé de la composante terrestre du CENTCOM . L’émirat abrite également des stocks de matériel prépositionné, ainsi que la base aérienne d’Ali al-Salem, où est stationnée la 386e escadre expéditionnaire aérienne. Des drones, dont des MQ-9 Reapers, y sont également déployés. La base aérienne d’Al-Udeid, au Qatar , regroupe les composantes avancées du CENTCOM, ses forces aériennes et ses forces spéciales. Elle héberge la 379e escadre expéditionnaire aérienne et constitue la plus grande base américaine de la région, avec plus de 40 000 militaires américains, britanniques et français. Enfin, la base d’Al-Dhafra, aux Émirats arabes unis, abrite la 380e escadre expéditionnaire aérienne américaine, composée de dix escadrons et intégrant également des drones MQ-9 Reapers.

Effondrement du Soudan: la guerre pour la guerre (1/4)
Par
Michel Hajji Georgiou
Publié
févr. 1, 2026 - 11:47

Focus analytique sur la guerre du Soudan qui, depuis 2023, s’est déjà traduite par des dizaines de milliers de morts et des millions de déplacés, avec un coût humain particulièrement écrasant au Darfour, où la violence de masse, les sièges et les déplacements forcés ont pris une dimension que nombre d’acteurs internationaux qualifient désormais de génocidaire. Le Soudan ne s’est pas effondré d’un seul bloc. Il s’est défait par strates successives, au rythme d’une guerre qui ne vise ni la prise durable du pouvoir ni la reconstruction d’un ordre politique, mais l’épuisement progressif de ce qui subsiste encore de l’État. Depuis avril 2023, la violence s’y installe comme un régime en soi, transformant le pays en un espace fragmenté où le temps long du conflit compte davantage que toute victoire militaire ponctuelle. Le face-à-face entre les Forces armées soudanaises (FAS), dirigées par le général Abdel Fattah al-Burhan, et les Forces de soutien rapide (RSF) de Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti, n’est que la surface visible d’un processus plus profond, qui a éclaté dans le vide politique laissé après la chute en avril 2019 de Omar al-Béchir, lorsque l’alliance de circonstance entre l’armée régulière et les RSF s’est brisée sur la question du contrôle de l’appareil militaire, de l’intégration des milices et du partage réel du pouvoir dans un État déjà profondément délégitimé. Il convient de rappeler dans ce cadre que les RSF trouvent leur origine directe dans les Janjaweed, les milices arabes de sinistre mémoire, mobilisées par le régime d’al-Bachir au début des années 2000 pour écraser les rébellions au Darfour. Le régime avait transformé la violence milicienne en outil d’État, en légitimant les Janjaweed comme auxiliaires de la contre-insurrection, en les restructurant, à partir de 2013, sous le nom de RSF, et en les intégrant juridiquement à l’appareil sécuritaire soudanais, tout en leur laissant une autonomie exceptionnelle. Les RSF sont donc le produit d’une stratégie délibérée du régime Bachir, visant à déléguer la violence extrême à des forces périphériques, socialement et géographiquement détachées du centre, afin de préserver l’armée régulière d’une exposition directe aux crimes de masse. On pourrait dire sans circonvolutions qu’il s’agit du dernier cadeau empoisonné du dictateur à son pays. Pas de projet politique structuré Il serait toutefois illusoire de lire l’affrontement actuel comme un duel mimétique strictement interne entre un autre « Tapioca » et un autre « Alcazar ». Derrière le schéma classique des deux « généraux fous », chacun de ces appareils armés ne tient, ne dure et ne se projette que parce qu’il s’inscrit dans des configurations de soutiens extérieurs distinctes, qui conditionnent autant la conduite de la guerre que son enlisement. Le conflit oppose ainsi un appareil militaire étatique soutenu principalement par l’Égypte et l’Arabie saoudite - avec un appui capacitaire opportuniste de l’Iran - à une force paramilitaire largement dépendante de réseaux financiers, commerciaux et logistiques attribués aux Émirats arabes unis. Ce qui favorise cependant la lecture classique du duel mimétique entre deux mégalomanes en treillis, c’est qu’aucun des deux camps ne porte de projet politique structuré. Mais n’est-ce pas là l’apanage de toute la région ? D’un côté comme de l’autre, il n’est pas question ainsi de gouverner un État refondé, encore moins de reconstruire un contrat social. L’enjeu est ailleurs. Il s’agit de tenir des espaces exploitables, sécuriser des flux, préserver des capacités de nuisance, ou encore empêcher l’autre de transformer un avantage militaire en domination exclusive. Dans ce cadre, Khartoum a perdu sa fonction de capitale politique. Sa conquête ou sa reconquête n’a pas modifié la logique générale du conflit ; elle a simplement déplacé des équilibres tactiques sans toucher à l’architecture profonde de la guerre. Les RSF ont compris très tôt que la reconnaissance internationale n’était pas décisive. Aussi leur stratégie repose-t-elle plutôt sur la durée, sur l’intégration à des circuits régionaux d’armement et de financement, et sur l’usage d’une violence extrême destinée à produire des effets irréversibles. Le Darfour, et en particulier la région d’el-Fasher, illustre cette logique. Les sièges prolongés, la destruction systématique des camps de déplacés, l’entrave organisée à l’aide humanitaire, la violence sexuelle de masse relèvent moins d’un chaos incontrôlé que d’une méthode visant à disloquer durablement les sociétés locales, à rompre les solidarités communautaires, et à provoquer des déplacements de population difficilement réversibles. Une guerre conçue pour durer Il convient de préciser dans ce cadre que les rapports des organisations internationales font état de centaines de viols commis sur des enfants, des femmes et des filles dans des contextes de raids. Dans ce sens, la violence exercée n’est pas seulement punitive, mais structurante, dans la mesure où elle redessine les équilibres humains du territoire, modifie les rapports de force locaux, et transforme la guerre en outil d’ingénierie démographique. Le Darfour, à titre d’exemple, ne constitue pas une périphérie oubliée du conflit ; il en est le cœur sombre, le lieu où s’expérimentent les formes les plus radicales d’une guerre conçue pour durer. Partant, face à une telle dynamique, il ne faut pas se leurrer : l’armée soudanaise est loin d’incarner un projet de restauration étatique. Elle ne représente pas plus que la survie d’un appareil replié sur ses bastions traditionnels du nord et de l’est et recentré autour de Port-Soudan, devenu capitale de guerre et façade indispensable à la reconnaissance internationale. La reprise partielle de Khartoum en 2025 a ainsi permis une stabilisation militaire relative, mais elle n’a ni rétabli l’autorité de l’État, ni inversé la dynamique de fragmentation du pays. Ce que l’on observe, en réalité, c’est la transformation du Soudan en espace administré par la guerre, avec la transformation de l’État en label disputé, en coquille institutionnelle vidée de toute capacité de projection souveraine. La guerre n’a pas remplacé l’État ; elle l’a simplement désubstantialisé. Dans ce contexte, la partition de facto progresse sans jamais être formalisée. À l’ouest, les RSF consolident leur emprise territoriale, tandis qu’à l’est et au nord, l’armée se replie sur un Soudan côtier et nilotique réduit à ses fonctions minimales. Entre les deux s’étend un espace de violences diffuses, de trafics et de populations piégées, où l’appartenance politique n’offre aucune protection. Le conflit soudanais illustre ainsi une mutation plus large des guerres contemporaines : des guerres sans horizon politique, sans victoire décisive, où l’objectif n’est pas de clore le conflit mais d’en maîtriser les rentes. Et tant que cette économie de prédation reste solvable, la guerre est vouée à se prolonger indéfiniment. Prochain article: Mer Rouge, Golfe et Corne de l’Afrique: la régionalisation du conflit soudanais

Mort programmée du Troisième pouvoir
Par
Jawad Pakradouni
Publié
janv. 30, 2026 - 17:12

Un couloir obscur, l’odeur d’humidité qui s’en dégage, un ascenseur en panne ou non alimenté, des escaliers sales, puis un autre couloir sombre, jonché de gobelets de café dont le marc a éclaboussé le sol, des bouteilles d’eau vides, des mégots écrasés… Là, dans un bureau plongé dans l’obscurité, un siège branlant attend son occupant, qui s’y installe en patientant jusqu’à ce que le générateur daigne éclairer les lieux. Puis la lumière fut et révèle la décrépitude. Ce n’est pas le décor d’un film post-apocalyptique, mais bien celui du Palais de Justice de la ville que le poète Nonnos de Panopolis baptisa, au Ve siècle, garante de l’ordre et mère des lois : Berytus Nutrix Legum. À deux kilomètres d’un palais présidentiel entretenu avec un soin remarquable (bien qu’il ait connu, ces dernières décennies, davantage de périodes de vacances que d’occupation) se dresse un autre Palais de Justice, la hantise de tous les juristes: celui de Baabda, auprès duquel le palais de la capitale fait figure de Versailles. Toutes les sociétés modernes reposent sur un pilier fondamental : la Justice. L’ordre n’est pas l’absence de chaos, mais la présence d’une justice efficiente, d’un véritable troisième pouvoir qui fonctionne. Or, dans notre pays, les deux premiers pouvoirs priment le troisième. Pire encore, ils l’affaiblissent sciemment, avec préméditation. La preuve ? Le projet de budget 2026. Si, dans certains pays, les malfrats assassinent les juges à coups de voitures piégées ou par guet-apens, au Liban, l’arme du crime est économique, législative et exécutive à la fois. Le budget 2026 alloue à la caisse mutuelle des juges, comptant neuf cents magistrats, dont trois cents à la retraite, 3,37 millions de dollars, contre 11,235 millions pour celle des parlementaires. Pour les achats d’équipements et de fournitures de bureau, il est prévu 90 000 dollars pour la Justice, contre 382 000 pour l’Exécutif et 203 000 pour le Parlement. Quant aux frais de maintenance, le Parlement obtient 2,34 millions de dollars, le Conseil des ministres et la Présidence 2,05 millions… et la Justice, à peine 200 000 dollars. Il n’y a là aucune erreur. Il convient de rappeler que, contrairement au Parlement, au Conseil des ministres et au Palais présidentiel, qui ne comptent chacun qu’une ou deux infrastructures, la Justice s’exerce au Liban à travers six Palais principaux et une trentaine de locaux abritant des tribunaux. Il n’est donc guère surprenant que les bâtiments dans lesquels la justice est censée être rendue soient dans un état de délabrement avancé. Deux cent mille dollars par an pour la maintenance: c’est le prix d’une voiture que certains parlementaires s’offrent, d’autant plus aisément qu’ils bénéficient, durant leur mandat, de ristournes fiscales sur les taxes douanières. On demande pourtant aux juges de dire le droit et de faire respecter la loi, une loi souvent rédigée de manière nonchalante, maladroite, voire erronée par les députés, qui procèdent parfois à un panachage de législations étrangères, à un simple «copy/paste» de normes inadaptées à notre société. Et c’est ensuite au juge qu’il revient d’en trouver l’équilibre et la bonne application… L’État ne se contente pas de priver les juges de moyens législatifs cohérents: il les prive aussi de moyens financiers. Le salaire moyen d’un juge est d’environ deux mille dollars, contre trois mille pour un parlementaire. Mais la différence est ailleurs: à la retraite, le juge dépend d’une caisse mutuelle exsangue, incapable de couvrir ses besoins essentiels. Le député, lui, perçoit à vie entre 50 % et 75 % de son salaire, bénéficie d’une couverture médicale gratuite et, à son décès, son conjoint ou sa conjointe hérite de ces avantages. Un magistrat est avant tout un être humain qui, par vocation, n’exerce qu’une seule fonction. À l’inverse, les parlementaires et ministres disposent généralement d’une activité professionnelle parallèle. Demander à un juge d’accomplir sa mission dans des conditions aussi dégradantes (locaux insalubres, absence de matériel, etc.), sans compter les pressions politiques, et parfois même les menaces personnelles, relève tout simplement de l’inhumanité. Thémis, déesse de la Justice, porte une longue robe blanche, a les yeux bandés et tient la balance dans sa main gauche, le glaive dans la droite. La Thémis libanaise n’a pas seulement les yeux bandés, elle a aussi les bras liés et la bouche bâillonnée. Au Liban, on ne supprime pas la justice : on la laisse simplement sans lumière, sans budget et sans dignité, jusqu’à ce qu’elle cesse d’exister d’elle-même. C’est plus discret, plus propre, et surtout plus économique politiquement. Une mise à mort administrative, décidée et votée à main levée par ceux qui, ironie du sort, bénéficient d’une immunité judiciaire….

En cas d’attaque US, Moscou et Pékin ne voleront pas au secours de l’Iran

Bien que la Russie et la Chine figurent parmi les partenaires stratégiques majeurs de l’Iran, leur soutien à la République islamique, fragilisée par des contestations internes et sous la menace de Donald Trump, resterait limité en cas d’attaque américaine. Selon plusieurs experts, ni Moscou ni Pékin ne sont disposés à affronter Washington sur le terrain militaire. L’Iran occupe pourtant une place non négligeable dans les calculs géopolitiques des deux puissances. Téhéran contribue à l’effort de guerre russe en Ukraine en fournissant les fameux drones de type «Shahed» qui ont grandement servi les troupes de Moscou. L’Iran a également volé à la rescousse de Poutine en réexportant des missiles balistiques de type Scud acquis jadis par la République islamique qui en a produit une version modernisée. L’Iran est aussi un acteur clé des exportations pétrolières vers la Chine et membre du groupe des BRICS. Soumis à un strict embargo international à cause de son programme nucléaire, Téhéran arrive à contourner les sanctions en écoulant une partie de son brut vers le marché chinois. Le régime des mollahs sécurise de la sorte une précieuse entrée de devises pour faire perdurer une économique exsangue. Mais cette coopération ne constitue pas une alliance stratégique contraignante. « Malgré les efforts de Téhéran depuis des décennies, ils ne sont pas parvenus à créer une alliance avec Pékin et Moscou », souligne Ellie Geranmayeh, spécialiste de l’Iran au Conseil européen pour les relations internationales (ECFR). Elle rappelle qu’au cours de la guerre des 12 jours en juin, « la Chine et la Russie n'ont pas voulu s'opposer frontalement aux Etats-Unis ». En cas d’intervention américaine, « les deux pays donneront la priorité à leur relation bilatérale avec Washington », estime-t-elle. « La Chine est dans un processus de rapprochement très délicat avec Washington, et les Russes veulent évidemment avoir Trump avec eux sur l'Ukraine: ils ont chacun des priorités bien plus importantes que l'Iran ». Côté russe, le partenariat avec Téhéran ne prévoit pas d’engagement militaire direct. « La Russie et l'Iran sont alliés, mais les accords portent sur un soutien politique, diplomatique, économique, sans volet de soutien militaire », précise l’analyste Sergei Markov. Pour lui, « la crise ukrainienne est existentielle pour Moscou et beaucoup plus importante que la crise iranienne ». Alexander Gabuev, chercheur au Carnegie Endowment for International Peace, confirme que si « l'Iran est important » pour Moscou, et que la Russie fera « quoi qu'elle puisse faire pour maintenir le régime à flots », ses marges de manœuvre demeurent très restreintes. « La Russie ne peut devenir un marché géant pour l'Iran (en plein crise économique) et ne peut pas accorder un prêt géant », note-t-il, ajoutant que l’aide militaire resterait conditionnée par les besoins russes en Ukraine. Même constat chez Nikita Smagin, spécialiste des relations russo-iraniennes : en cas de frappes américaines, Moscou « ne pourrait presque rien faire ». « Ils ne veulent pas risquer une confrontation militaire avec une grande puissance », explique-t-il à l’AFP, évoquant tout au plus la possibilité « d'envoyer des armes ». Il précise que cette retenue n’est pas uniquement liée aux discussions sur l’Ukraine, même si « utiliser l'Iran comme objet de marchandage serait tout à fait normal pour la Russie, elle l'a déjà fait par le passé ». Pour Pékin, dont les relations avec Washington structurent l’équilibre mondial, le soutien à l’Iran resterait essentiellement indirect. Une assistance est envisageable « sur les plans économique, technologique, militaire et politique » face à des pressions non armées, telles que sanctions commerciales ou cyberattaques, explique Hua Po, analyste chinois indépendant. En revanche, en cas de frappes, « elle condamnerait les Etats-Unis sur le plan diplomatique » et renforcerait ses liens économiques et militaires avec Téhéran « afin de contribuer à enliser les Etats-Unis dans une guerre au Moyen-Orient ». Pour l’instant, Pékin fait preuve de prudence. « Les Chinois se montrent prudents comme toujours et s'expriment avec retenue », observe Théo Nencini, spécialiste de la relation Iran-Chine à Sciences Po Grenoble, rappelant « deux enjeux pour la Chine: le pétrole et la stabilité de la région ». « La Chine profite d'un Iran en situation de faiblesse, qui lui permet de garantir du pétrole à bas coût, représentant de 10% à 13% de ses approvisionnements, et d'avoir pour pas trop cher un partenaire géopolitique de taille », analyse-t-il. À l’instar de Hua Po, il n’anticipe pas de réaction escalatoire en cas de frappes américaines : « Ils vont condamner diplomatiquement, mais sans doute pas prendre des mesures de rétorsion. Ils ne l'ont pas fait sur de nombreux points dans le passé, je les vois mal engager un bras de fer avec les Américains pour l'Iran ». Enfin, « la crise iranienne actuelle aura un impact très limité sur les relations sino-américaines », conclut Hua Po, estimant que « la question iranienne n'est pas au cœur des relations entre les deux pays. Aucun des deux ne rompra ses relations avec l'autre à cause de l'Iran ».

Faux retour de Maliki en Irak: Soudani cherche un bouc émissaire
Par
Jad Akhawi
Publié
janv. 29, 2026 - 00:17

Le jeu de Mohammed Chia al-Soudani en Irak n'était pas une simple manœuvre politique habile ou une erreur de jugement, mais une conspiration politique méticuleusement planifiée, orchestrée de l'intérieur d'un système corrompu, pour reproduire le pouvoir en provoquant l'échec et en en tirant profit. Soudani n'est pas extérieur au système qui a détruit l'État, ni au-dessus de lui, mais bien en son cœur même, bénéficiant de ses mécanismes et maîtrisant ses méthodes. Ce qui le distingue des autres, ce n'est pas l'intégrité, mais sa capacité à gérer la corruption discrètement et sans tapage. Le retour de Nouri al-Maliki au premier plan du pouvoir n'était ni une coïncidence ni un compromis forcé. C'était une manœuvre soigneusement calculée. Maliki, avec son lourd héritage, ses dossiers non résolus et son rejet populaire généralisé, était le candidat idéal pour porter le fardeau de l'effondrement imminent. Il n'a pas été appelé à réussir, mais à périr. Il n'a pas été rappelé pour diriger, mais pour servir de bouc émissaire, pour endosser la responsabilité des échecs, préparant ainsi le terrain à sa chute et au démantèlement de tout le dispositif de coordination. Cependant, on occulte délibérément le fait que celui qui a orchestré ce jeu, l'a laissé s'envenimer et en a tiré profit, n'est ni un observateur impartial ni un opposant à la corruption, mais bien un complice à part entière. Al-Soudani connaît intimement le système dont il est issu : il maîtrise les flux financiers, les réseaux d'influence, les conflits d'intérêts et sait comment la corruption est gérée sans faire scandale. Par conséquent, la corruption durant son mandat n'était pas un incident isolé, mais une politique délibérée : une corruption moins flagrante, mais plus profonde, plus généralisée et plus durable. S'il a permis à al-Maliki et à son entourage de s'enliser dans des affaires et des scandales, ce n'est pas par rejet de la corruption, mais parce qu'il voulait l'utiliser comme une arme politique. Il a laissé le système de coordination se désagréger de l'intérieur, non par désir de réforme, mais comme prélude à sa perte de légitimité populaire et à sa transformation en handicap politique. Dans cette logique, al-Maliki n'était pas la seule cible, mais le système tout entier, préparant ainsi le terrain pour le retour d'al-Soudani, présenté comme le « moindre mal ». C'est là que réside la grande supercherie : présenter la situation comme une lutte entre des individus corrompus et un sauveur, alors qu'il s'agit en réalité d'un conflit au sein même de l'establishment corrompu, entre ceux qui corrompent ouvertement et ceux qui corrompent en silence. Al-Soudani ne représente pas une rupture avec al-Maliki, mais plutôt une évolution plus froide dans son style et plus dangereuse dans ses conséquences. Il ne combat pas la corruption parce qu'il en fait partie, mais parce qu'il comprend que la corruption est un instrument de gouvernance, et qu'il la redistribue donc au lieu de la démanteler. Al-Soudani n'a pas ouvert de véritable dossier de corruption touchant les cœurs du pouvoir. Il n'a pas abordé l'économie souterraine, ni les réseaux des grands contrats, ni le système de quotas qui alimente l'effondrement. Il s'est contenté de gérer le calendrier : qui est sacrifié maintenant, qui est épargné plus tard, et qui est éliminé au besoin. Une rhétorique réformiste destinée à la consommation publique, sans aucune action concrète. Dans ce contexte, l'effondrement lui-même devient un outil politique. Plus la dévastation est grande, plus le besoin d'un « sauveur » se fait sentir. Et plus les victimes sont nombreuses, plus al-Soudani paraît acceptable. C'est un jeu sordide qui se joue sur les ruines de l'État, où l'échec est délibérément orchestré et la solution proposée est issue du problème lui-même. La véritable question aujourd'hui n'est plus : qui tombera ? Maliki ou le régime ? Mais plutôt : les Irakiens accepteront ils une fois de plus la mascarade d'un « sauveur » fabriqué au sein même de la corruption, ou exigeront ils une véritable alternative, née de l'extérieur ? La réponse à cette question déterminera si l'Irak reste prisonnier d'un cycle d'effondrement, ou s'il a enfin une chance de s'en libérer.

Révoltes, ambitions géopolitiques, sanctions, théocratie… le régime iranien vacille

L’Iran et le monde ont les yeux braqués depuis le 28 décembre sur le mouvement de révolte déclenché à Téhéran par des commerçants du Bazar et des milliers de jeunes et de moins jeunes contre la détérioration fulgurante de la situation socio-économique. Les manifestations, qui se sont rapidement étendues à de nombreuses villes et localités, ont atteint une ampleur sans précédent dès le 8 janvier, défiant ouvertement le régime islamique, avant d'être violemment réprimées dans le sang. A une coupure nationale des liaisons internet, qui a permis, selon des organisations des droits de l’homme, de masquer la répression, sont venues s’ajouter les menaces d’infliger de lourdes sanctions aux manifestants, qualifiés « d’émeutiers agissant pour le compte de puissances étrangères ». Le Haut-Commissaire des droits de l'homme des Nations unies, Volker Türk, parle de répression "sans précédent". Il a rapporté vendredi dernier que les forces de sécurité avaient tiré avec des "munitions réelles" sur les manifestants, déplorant la mort de "milliers" de personnes, dont des enfants. Les autorités iraniennes font état de la mort de plus de 3000 personnes, affirmant que la majorité des victimes « sont des martyrs », soit des membres des forces de sécurité ou des passants, et non des "émeutiers". Human Rights Activists News Agency (HRANA), dont le siège est aux Etats-Unis, parle de 5002 morts, principalement des manifestants, et d'au moins 26 852 arrestations. De son côté, l'ONG Iran Human Rights (IHR), qui siège en Norvège, a confirmé que 3428 manifestants avaient péri mais a craint que le bilan final s’élève à 25 000 morts. En visant le pouvoir dirigé par le Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, les manifestants défient comme jamais auparavant la République islamique, mais l'ampleur du mouvement est-elle suffisante pour renverser le pouvoir théocratique ? Assistons-nous à la fin du régime des mollahs ? Changement de régime ? Les analystes restent très prudents sur l'issue de la contestation et font état de plusieurs dimensions à la crise, pouvant avoir diverses conséquences. Ces analystes s’accordent à dire que la suite des évènements peut être très fortement dictée par une action extérieure. Interrogé par Levant Time, Josef Kraus, professeur à l’Université Masaryk de Prague et expert de l’Iran, nous livre son éclairage sur le sujet. M. Kraus commence par rappeler le caractère pluridimensionnel de la crise iranienne. Il relève les facteurs internes – inflation, crise économique, corruption – auxquels s’ajoutent des problèmes externes qui ébranlent le pouvoir : échec de la politique impérialiste de la République islamique au Moyen-Orient et perte de plusieurs vecteurs de sa puissance, perte d’alliés lointains également, avec la chute de Maduro au Venezuela, offensive conjuguée israélo-US, etc. Les dimensions intérieure, régionale et internationale, sont étroitement liées. Elles viennent s’ajouter aux lourdes sanctions imposées par l’étranger. Selon M. Kraus, « nous sommes encore loin de la fin du régime, à moins d'un élément extérieur imprévisible et imprévu ». Il note dans ce cadre que « si l'on se concentre sur les questions intérieures et la résolution des problèmes internes, il est presque certain que le régime ne sera pas renversé ». « Mais si l'on considère la dynamique régionale, voire mondiale, la situation pourrait être très différente, précise-t-il. A titre d’exemple, une intervention massive des Israéliens ou des Américains pourrait fortement déséquilibrer la situation en Iran ». Le professeur Kraus, qui entretient des contacts en Iran en raison de ses interventions dans des universités iraniennes, affirme qu’une « part importante de la société iranienne s'attend à une intervention américaine ou israélienne susceptible de provoquer l'effondrement du régime ». « Tout le monde s'attend à une seconde phase de ce qu'ils appellent la ‘Guerre des Douze jours’ entre Israël et l'Iran ». Pour M. Kraus, « si les Américains interviennent d’une manière plus musclée, la stabilité du régime pourrait être gravement menacée ». « Certains réclament même une intervention à Téhéran similaire à celle menée à Caracas, c’est à dire déployer la Delta Force, kidnapper Khamenei, etc. ! », souligne-t-il. Citée par l’AFP, Nicole Grajewski, professeure au Centre de recherches internationales de Sciences Po., "des manifestations de masse, aussi soutenues soient-elles, ont peu de chances d'être déterminantes". Même analyse de la part de Arash Azizi, de l'université américaine Yale : "Il est possible que sous la pression conjuguée des protestations internes et des menaces étrangères des Etats-Unis et d'Israël, des membres du régime entreprennent une action de type coup d'Etat et modifient les politiques et structures fondamentales du régime". Perte de légitimité M. Kraus revient sur les échecs cuisants de la politique extérieure iranienne. Il affirme que le régime tire sa légitimité de l'idéologie : le Velayat el-Faqih, la Révolution islamique et l'héritage qui en découle. « Mais franchement, plus grand monde n'y croit », affirme-t-il, avant d’ajouter : « Je ferais un parallèle frappant entre le régime iranien actuel et, par exemple, les régimes d'Europe de l'Est des années 1980, comme la Tchécoslovaquie. Plus personne ne croyait au communisme. Ceux qui participaient et restaient fidèles au régime le faisaient pour des avantages économiques et sociaux : meilleurs emplois, appartements, privilèges, etc. » Et d’ajouter : « La situation est très similaire en Iran. Pourtant, une partie importante de la société fait encore confiance au régime. Elle souhaite son maintien. Elle continue de croire en la Révolution islamique, aux gardiens de la doctrine, les « fuqaha ». Mais avec la situation catastrophique de l’économie, même ceux qui croyaient en l'héritage de la Révolution islamique sont fortement perturbés. Ils préfèrent penser que le système en lui-même n'est pas mauvais, mais ils mettent en cause les dirigeants pour leur mauvaise gestion des affaires », ajoute M. Kraus. Cette méfiance dépasse le cadre économique, affirme M. Kraus, et la grogne porte également sur la sécurité, intérieure et régionale. La sécurité intérieure est primordiale pour le régime. En effet, lorsque la classe moyenne réalisera qu'elle n'a rien à perdre à risquer une révolution, elle renversera le régime. Mais elle ne le fera pas tant que la stabilité et la sécurité sont assurées. « Le régime le sait et en tire profit, relève M. Kraus. En substance, il leur dit : ‘Voulez-vous renverser ceux qui vous garantissent la sécurité ? Regardez l'Irak, l'Afghanistan, le Yémen, la Syrie. Voulez-vous que cela se produise aussi en Iran ? Si non, soyez loyaux. ». De fait, la menace d'une guerre civile est forte dans un pays multiethnique. Toute déstabilisation du pouvoir central pourrait facilement mobiliser les Kurdes, les Baloutches, les Arabes du Khouzistan, les Azéris, les Turkmènes etc. Pour l’instant, cette menace est surexploitée par le régime et fonctionne à merveille. En même temps, il joue la carte de la sécurité extérieure : « Vous voulez être menacés par Israël ? Vous voulez être bombardés par les Américains ? Sinon, nous sommes là pour assurer la sécurité grâce à nos alliés, nos proxys, notre armée puissante et nos Gardiens de la révolution ». Mais cette légitimité a disparu : il est vrai que l'Iran n'a pas été vaincu directement par l'aviation israélienne, mais il n'a pas non plus remporté de victoire ! La supériorité militaire de l’Etat hébreu a permis à ses bombardiers de s’imposer dans l’espace aérien de l’Iran. Désormais, la majorité de la population iranienne réclame des comptes, du fait que le régime a détourné pendant des décennies des sommes colossales pour l’armement, les Gardiens et l’entretien des milices dans d’autres pays. Changement de dirigeants ? Revenant sur la question de la succession de Khamenei, M. Kraus rappelle plusieurs éléments : la Constitution iranienne stipule que tout nouveau pouvoir doit être incarné par une seule et même personne. Or jusqu'à présent, personne ne correspond à ce profil. D’aucuns parlent du fils du Guide, Mujtaba Khamenei : il détient le pouvoir politique et économique et entretient d'excellentes relations avec les forces armées. Mais il ne peut s’octroyer le pouvoir seul, car la succession de père en fils est une tradition royale, la légitimité même de la Révolution islamique, antiroyaliste par définition, serait donc ébranlée. Une direction collégiale, un triumvirat et peut-être même cinq personnes, est donc une idée qui prend tout son sens. Mais qui en ferait partie pour avoir la légitimité nécessaire ? Ce corps collégial aurait besoin du soutien populaire. Cela implique la présence de personnalités diverses au sein de cette instance. En conciliant les profils, cela pourrait fonctionner. Il faudrait à la fois satisfaire les traditionalistes, la droite dure, avec Mojtaba d'un côté, les réformateurs de l'autre, mais aussi les libéraux et la gauche. Pour M. Kraus, « il se trame quelque chose de très important en coulisses ». « Nous n'en avons absolument aucune idée, car il ne s'agit pas seulement du système constitutionnel, des élections ou des différentes stratégies, indique-t-il. Il s'agit aussi de familles, il y a les Rafsanjani, les Larijani, les Khamenei, les Khomeini… Ces clans se disputent l'accès aux centres de décision et au pouvoir. Ils pourraient se partager le pouvoir d'une manière ou d'une autre, comme la famille Larijani le partage actuellement avec la famille Khamenei. Ali Larijani est en train de devenir la figure sécuritaire la plus importante du pays, alors qu’il y a cinq ans, on croyait que sa carrière politique était finie ». Historiquement, la politique iranienne a toujours été faite ainsi. Avant le Chah, la fonction politique était tributaire de clans et même des tribus. De nos jours, se sont les familles des grands dignitaires religieux qui s’érigent en nouvelles dynasties, se livrant à un remake de « Game of Thrones » Les sanctions, un élément central Si la situation économique en Iran a atteint un état si catastrophique, ce n’est pas uniquement à cause des sanctions : « Le pays est très mal géré, affirme M. Kraus, à cela s'ajoutent la corruption, le népotisme, et bien sûr, la région elle-même qui est très déstabilisée depuis plusieurs années. Cela n'arrange rien. De plus, les sanctions sont en place depuis quatre décennies. Cela signifie que depuis plus de vingt ans, l'Iran subit une importante fuite des cerveaux. » « Si vous discutez avec les locaux, ceux qui ont les compétences pour faire des affaires, les intellectuels, les universitaires, les professionnels du secteur des hautes technologies, tous veulent quitter le pays, souligne M. Kraus. Et ils le font plutôt bien. Cette fuite des cerveaux dure depuis 20 ans, vers l'Occident en général, l'Europe occidentale, le Canada, les États-Unis ou ailleurs, elle a un impact négatif sur l’économie et la productivité ». Ainsi, l'élément essentiel de la politique étrangère iranienne est étroitement lié à la levée des sanctions. Les Iraniens sont prêts à tout pour se débarrasser des sanctions. « Ils sont même prêts à conclure un accord nucléaire 2.0 avec les États-Unis pour obtenir la levée des sanctions, car le régime ne souhaite qu'une chose : survivre, poursuit M. Kraus. Et il ne pourra survivre que si les sanctions sont levées, car cela permettrait de relancer l'économie, et la majorité de la population se contenterait, d'une certaine manière, du maintien du régime. La levée des sanctions est donc la priorité absolue, l'objectif numéro un du régime, car sa survie est en jeu ». Quel avenir pour le Hezbollah ? Quel est l’impact de la situation actuelle sur le sort du Hezbollah ? M. Kraus estime que deux points de vue se dégagent à ce sujet : « ezbollahle Le premier est que l'Iran, en réalité, est prêt à sacrifier le Hezbollah s'il obtient un accord avec les Américains. L'idée est que le régime a tellement besoin de survivre, et qu'il est dans une situation si désespérée, que si les Américains arrivaient et disaient : « Voici l'accord nucléaire, voici l'allègement des sanctions », tout en laissant le Hezbollah se désarmer, les Iraniens accepteraient cette situation car ils n'auraient pas d'autres options. » Et d’ajouter : « Mais il existe aussi une autre vision. La mentalité iranienne est très proche de celle du Hezbollah dans la mesure où elle est liée à la religion, à l'idéologie et au sens du sacrifice. Il ne s'agit pas seulement de calculs et de rapports de force, mais aussi d'émotions. Mais l'Iran est bien sûr un acteur pragmatique et rationnel sur la scène internationale. Ce n'est pas une société fondamentaliste et fanatique. C'est un pays parfaitement rationnel. Il reste que le calcul des dirigeants iraniens pourrait être différent. Ce calcul repose sur le constat que le régime islamique est au pouvoir depuis plus de 40 ans, quasiment sans changement, toujours aussi prestigieux, selon eux, survivant à tout ». « En face, si l'on observe la politique israélienne ou la politique américaine, on constate qu’il y a des cycles, comme dans tout régime démocratique, relève M. Kraus. Il reste trois ans à Trump, sans compter M. Netanyahu, qui est très controversé dans son propre pays ». La tactique actuelle des Iraniens est de geler les choses et attendre des jours meilleurs. Entre temps, ils demandent au Hezbollah de réduire leur provocation envers Israël, de ne pas intervenir en cas d’agression israélienne », ce que le Hezb fait actuellement, en attendant, là aussi, des jours meilleurs. Pendant ce temps, c’est le Liban qui paye le prix…

Gardiens de la révolution, organe suprême de la répression
Par
LevantTime .
Publié
janv. 26, 2026 - 07:41

Alors que les 47 membres du Conseil des droits de l'homme des Nations unies se sont alarmés dans une résolution de "l'ampleur sans précédent de la violente répression des manifestations pacifiques par les forces de sécurité" en Iran, le Haut-Commissaire Volker Türk a condamné les tirs par les forces de sécurité avec des "munitions réelles" sur les manifestants, déplorant la mort de "milliers" de personnes, dont des enfants. Au cœur de cette répression se trouvent le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI), bras idéologique du Guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei. Les « Pasdaran » ("gardiens" en farsi) constituent une force armée extrêmement organisée, accusée par les Occidentaux d'orchestrer et même de participer à la répression du mouvement contestataire. Qui sont-ils ? Les "Pasdaran" ont été créés en 1979 par le Guide suprême peu après la révolution islamique "afin de propager les idéaux de la révolution islamique", rappelle Clément Therme, chercheur associé à l'Institut international d'études iraniennes, cité par l’AFP. Une source diplomatique occidentale ayant requis l'anonymat avance un nombre approchant les 200.000 hommes. Au-delà de l'idéologie, "c'est une force armée qui fonctionne comme une armée d'élite avec des moyens terrestres, maritimes, aérospatiaux mais elle est mieux entraînée, mieux équipée, et mieux payée que l'armée" régulière, souligne cette source. Le CGRI est également le relais de Téhéran auprès de ses alliés dans la région, comme le Hezbollah libanais ou les groupes armés du Hachd al-Chaabi en Irak. Constitutionnellement, tous ses dirigeants sont nommés par le Guide suprême. En juin dernier, Ali Khamenei avait nommé comme nouveau chef Mohammad Pakpour pour succéder à Hossein Salami, tué lors de frappes aériennes israéliennes. C'est un ancien vétéran de la guerre Iran-Irak. Quels sont leurs moyens ? "C'est un empire dans un empire", souligne David Khalfa, notant que les "Pasdaran" détiennent ou contrôlent des sociétés dans tous les secteurs stratégiques de l'économie iranienne. "Ils ont une position quasi monopolistique", que ce soit dans les infrastructures (ports, transports, barrages, etc.), l'énergie (gaz et pétrole), les technologies, les télécoms, les secteurs financier et bancaire. Leur budget militaire est estimé entre 6 et 9 milliards de dollars par an, soit environ 40% du budget militaire officiel iranien, selon les données récoltées par le chercheur. "Ils contrôlent de facto l'économie iranienne". Comment fonctionnent-ils ? Les Gardiens ont mis en place un vaste réseau de renseignement qui est "le plus étoffé, le plus performant du régime iranien", explique David Khalfa, chercheur de la fondation Jean-Jaurès, cité par l’AFP. Ils sont capables de démanteler soigneusement et dans des délais record des réseaux de contestation, en identifiant en quelques minutes les chefs d'une contestation. Ils s'appuient sur une milice paramilitaire (les Bassidj), recrutée essentiellement dans la jeunesse, qui agit comme une organisation idéologique insérée dans toutes les institutions et toutes les strates de la société. Ils seraient entre 600 000 et 900 000 personnes, selon David Khalfa, sur la base des données croisées de divers centres de réflexion américains. Quel rôle jouent-ils dans la répression actuelle ? "Ils jouent un rôle central dans la répression parce qu'aujourd'hui, plus que jamais, ils sont le pilier du régime iranien, le pilier de sa pérennité, de sa survie", analyse David Khalfa. "Ils ont fixé une ligne politique et opérationnelle par rapport aux manifestations qui est: tolérance zéro", ajoute-t-il. D'où un nombre considérable de personnes tuées, au moins 700 en deux semaines, selon les ONG. Les experts estiment qu'au début des manifestations, les gardiens étaient probablement en retrait, s'appuyant sur les forces de sécurité locales et les Bassidj. Mais "depuis le départ, ils pilotent l'appareil répressif", "ils coordonnent le travail de répression systématique", souligne David Khalfa. La contestation ne faiblissant pas, ils ont envoyé leurs forces terrestres et leurs unités spéciales, explique le chercheur. Et dans "une stratégie de déni" de leur responsabilité, "ils agissent en civil", ajoute Clément Therme, pour ne pas se voir "attribuer directement une responsabilité en matière de violation des droits humains". Une organisation terroriste ? Dès 2019, les États-Unis ont inscrit les Gardiens de la Révolution sur la liste des organisations considérées comme terroristes par le département d'État . Des responsables européens, dont des eurodéputés, ont appelé ces derniers jours l'Union européenne à renforcer la pression contre les autorités iraniennes, réclamant, entre autres, d'inscrire elle aussi le CGRI dans la liste des organisations terroristes. L'Allemagne notamment y serait favorable alors que la Force Al-Qods, l'unité d'élite des Gardiens de la révolution qui agit à l'étranger, est soupçonnée d'être derrière une attaque contre une synagogue en 2021 sur le sol allemand, selon une source diplomatique.

2m 57s
Tonnerre sous les Tropiques: comprendre l'interventionnisme US en Mer des Caraïbes

Bienvenue sur Tonnerre sous les Tropiques, une série de Levant Time en cinq courts épisodes pour comprendre avec vous les différentes raisons de l'interventionnisme actuel des États-Unis dans les Caraïbes. Cette série a été achevée 48 heures avant l’attaque américaine au Venezuela.

Les sanctions US mettent à nu les failles du régime iranien
Par
Nayla Assaf
Publié
janv. 23, 2026 - 15:52

« Les régimes totalitaires ne se contentent pas de dominer les corps ; ils cherchent à asservir les esprits. » – George Orwell Depuis la révolution iranienne de 1979, les États-Unis ont imposé à Téhéran un régime de sanctions économiques à grande échelle, devenu au fil des décennies l’un des dispositifs de pression les plus multidimensionnels de la diplomatie américaine. Les premières mesures, instaurées après la prise d’otages à l’ambassade américaine à Téhéran en novembre 1979, ont gelé les avoirs iraniens aux États-Unis via l’Executive Order 12170, immobilisant des milliards de dollars et bloquant de nombreuses opérations financières. Au milieu des années 1990, Washington renforce son arsenal : en mars 1995, tout investissement américain dans le secteur énergétique iranien est interdit ; une mesure suivie en mai d’un embargo commercial total couvrant la quasi-totalité des échanges et transferts technologiques. « Iran and Libya Sanctions Act » d’août 1996 introduit les sanctions extraterritoriales, menaçant les entreprises étrangères investissant dans les hydrocarbures iraniens. Montée en puissance des sanctions financières Avec les tensions liées au programme nucléaire iranien, les sanctions prennent une dimension financière accrue. En juillet 2010, le Congrès adopte le Comprehensive Iran Sanctions, Accountability, and Divestment Act (CISADA), visant à isoler l’Iran du système financier mondial en restreignant l’accès au dollar et au transport maritime pour les acteurs économiques de Téhéran. Entre 2011 et 2012, de nouvelles mesures frappent la banque centrale d’Iran et les acheteurs de pétrole, provoquant une chute significative des recettes, pilier de l’économie nationale. Parallèlement, les sanctions ciblent les responsables et réseaux financiers du régime, avec gel d’avoirs et interdiction d’opérations pour limiter leur accès aux marchés internationaux. La pression maximale et la stratégie iranienne Après un allègement temporaire lié au JCPOA de 2015 (l’accord sur le nucléaire iranien), certaines sanctions sont suspendues en janvier 2016, permettant une reprise partielle des exportations pétrolières. Cette période prend fin le 8 mai 2018, avec le retrait de l’accord en question des États-Unis, qui rétablissent progressivement les sanctions jusqu’au 5 novembre 2018 dans le cadre de la politique de pression maximale. Selon Phillip Smythe, expert du Moyen-Orient ayant travaillé au Washington Institute et à l’Atlantic Council, « les sanctions économiques ont placé le régime de Khamenei en chute libre ». « Cela n’a toutefois pas empêché le gouvernement iranien de poursuivre ses actions aventureuses et l’acquisition d’armes, relève-t-il. En revanche, les mesures US compliquent le financement de ces efforts et des proxys à l’étranger. La pression maximale a limité l’accès aux technologies à double usage, a restreint le mouvement de la flotte fantôme transportant le pétrole et a freiné l’accès aux réseaux bancaires internationaux. » Smythe précise que malgré la pression, le régime a continué à financer certaines milices et a tenté de poursuivre ses programmes d’armement, notamment les missiles à longue portée. Sa flotte fantôme a continué d’exporter le pétrole et, sur ce plan, la Chine est restée un partenaire clé, permettant au régime de maintenir ses ressources et son pouvoir. Nouveaux ciblages et mesures inédites En janvier 2026, face à la répression des manifestations massives, le Trésor américain a sanctionné Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, pour son rôle dans la répression. Le gel des avoirs et l’interdiction de toute opération avec des entités américaines s’appliquent également à d’autres hauts responsables et réseaux financiers du régime. Le 12 janvier 2026, une mesure historique impose un droit de douane de 25% à tout pays qui continue à commercer avec l’Iran, illustrant ainsi la dépendance du régime à l’égard de ses partenaires étrangers et les faiblesses structurelles de son économie. Les leviers futurs contre le régime Selon Phillip Smythe, « les États-Unis disposent de nombreux outils » pour accroître la pression sur la République islamique. « Ils pourraient s’attaquer aux appareils bancaires plus secrets exploités par la République islamique, indique-t-il. Ces mesures pourraient inclure ainsi des sanctions ciblant directement les dirigeants et les fondements de leur pouvoir » (tenant compte du fait que l’économie du régime repose largement sur le Corps des gardiens de la révolution islamique, l’IRGC, et les bases contrôlées par les mollahs). « Parmi les autres outils potentiellement envisageables figure aussi le ciblage de la manière avec laquelle le régime utilise les cryptomonnaies pour continuer à se financer, ajoute Phillip Smythe. S’attaquer à d’autres économies “fantômes”, telles que la banque, le transport maritime et le transfert d’argent, pourrait également constituer d’autres moyens utiles pour limiter l’action agressive de la République islamique. » Un régime tourné vers l’armement M. Smythe souligne par ailleurs que pour le pouvoir en place à Téhéran, « le peuple passe souvent en dernier ». La priorité du régime reste les programmes militaires et les ambitions régionales, au détriment de la population. Malgré les sanctions et la pression internationale, le gouvernement iranien poursuit ses aventures militaires et le soutien à ses milices, mettant de ce fait en relief la persistance d’un système totalitaire déterminé à imposer ses objectifs stratégiques. De 1979 à 2026, les sanctions américaines – sectorielles, extraterritoriales ou ciblant des individus – ont évolué d’un simple gel des avoirs à un système global et multidimensionnel, combinant embargo, restrictions financières, sanctions contre les élites et mesures tarifaires frappant les partenaires commerciaux et dévoilant les failles et les contradictions du régime iranien. Un tigre en papier Malgré l’image de puissance qu’il cherche à projeter à l’international, le régime iranien s’est révélé être un véritable géant de papier. Ses structures militaires et politiques, présentées comme solides et omnipotentes, reposent sur des réseaux fragiles et une économie dépendante de partenaires étrangers. Les sanctions successives ont mis en relief les vulnérabilités financières du pouvoir et sa difficulté à financer ses ambitions régionales et militaires. Sa résistance apparente cache une réalité beaucoup plus précaire : des programmes coûteux, des proxys ultra financés au détriment d’une population de plus en plus éprouvée. Ce mélange de façade et de fragilité structurelle montre que, derrière la rhétorique de force, l’Iran peine à maintenir son influence sans le soutien ou la tolérance d’autres puissances, confirmant le fait qu’il est en réalité un tigre en papier.

Union pour la Méditerranée: quel bilan pour le Liban ?
Par
Jean-Patrick Dayras
Publié
janv. 23, 2026 - 15:22

Le dernier article de notre décryptage sur l’évolution du partenariat euro-méditerranéen de Barcelone (Euromed), puis de l’Union pour la Méditerranée (l’UpM), dresse un bilan sans détours des acquis et des failles qui ont marqué, pour le Liban, les deux phases 1995-2008 et 2008-2025 de cette double initiative stratégique européenne. Le processus euro-méditerranéen de Barcelone (Euromed), puis l’Union pour la Méditerranée (l’UpM), ont apporté au Liban des acquis politiques, économiques et institutionnels. Ceux-ci restent toutefois limités en raison de l’instabilité chronique qui sévit dans le pays depuis 1995, et plus particulièrement depuis 2008. Les bénéfices du processus de Barcelone pour le Liban dans les différents domaines peuvent être établis comme suit : – Sur le plan politique, la reconnaissance de la légitimité du pouvoir central au terme d’une longue période de vide constitutionnel, un soutien à la souveraineté et à la stabilité de l’État, l’instauration d’un dialogue régulier avec l’Union européenne sur les questions de gouvernance, des droits de l’homme et de la stabilité régionale. – Sur le plan économique, la signature, en 2002, de l’accord d’association Liban-UE, entré en vigueur en 2006, l’octroi d’un accès préférentiel de certains produits au marché européen, des aides financières et techniques pour la modernisation de l’économie, un soutien aux PME, ainsi que le développement des infrastructures. – Sur le plan institutionnel et social, un appui aux réformes institutionnelles et administratives, à l’éducation, à la formation et à la coopération culturelle, le renforcement des capacités de l’État en matière de services publics et de la protection de l’environnement. Toutefois, l’instabilité politique, les conflits régionaux et les crises internes libanaises ont eu un effet inhibiteur, empêchant le Liban de bénéficier des échanges commerciaux souhaités. Les réformes structurelles ont progressé lentement. Les bénéfices de l’UpM Depuis 2008, l’Union pour la Méditerranée (UpM) a apporté au Liban des contributions principalement sectorielles, techniques et diplomatiques, à travers la mise en œuvre de divers projets concrets : – Sur le plan politique, le Liban reste intégré aux dialogues régionaux dans un cadre multilatéral euro-méditerranéen. Il accède à une plateforme de dialogues Nord-Sud et Sud-Sud, lui permettant de défendre ses intérêts malgré sa situation politique et sécuritaire précaire, tout en maintenant sa coopération avec l’Union européenne. – Sur le plan économique et du développement, les acquis ont porté sur la participation à des projets régionaux dans les domaines du développement urbain durable, des transports, de l’énergie et de l’environnement, ainsi que sur l’appui à la croissance inclusive, à la création d’emplois pour les jeunes et les femmes, à l’entreprenariat et aux PME. – Sur le plan de l’éducation et de la formation, le Liban a bénéficié de programmes de l’UpM dans les domaines de l’enseignement supérieur, de la formation professionnelle, de la mobilité académique et de l’emploi des jeunes. – Sur le plan social, un appui a été accordé à des initiatives en faveur de l’égalité hommes-femmes et de l’inclusion sociale. – Sur le plan de l’environnement et du développement durable, un soutien a été accordé à des projets liés à la gestion de l’eau, au traitement des déchets, à la lutte contre le dérèglement climatique et au développement des énergies renouvelables. Autant de domaines importants, compte-tenu de la démographie et des crises successives. Mais, l’instabilité politique au Liban depuis 2008, la crise économique de 2019, les tensions régionales, ainsi que la modicité des ressources financières de l’Union et le rôle limité des aides de l’UE (aussi bien que des institutions internationales) ont restreint les résultats escomptés. Bilan mitigé Il reste que le processus de Barcelone a rapproché le Liban de l’Union européenne et l’a intégré à une coopération euro-méditerranéenne, tout en apportant des aides dans les secteurs économiques et institutionnels. L’impact économique de ces mesures reste toutefois limité. Pour ce qui a trait à l’Union pour la Méditerranée, le Liban a pu bénéficier d’un soutien à l’éducation, à l’environnement et à la société civile, ce qui s’est traduit par des projets concrets dans un cadre de coopération régionale. Ces acquis lui ont permis de maintenir sa place dans le partenariat euro-méditerranéen, mais ils n’ont pas suffi à surmonter les crises successives auxquelles le pays a été confronté. Articles précédents Union méditerranéenne: qu'est devenu le processus de Barcelone? (1/5) L’idée méditerranéenne à l’épreuve des équilibres européens (2/5) Une coopération riche en promesses, le Processus de Barcelone (3/5) Union pour la Méditerranée: une relance inachevée du rêve de Barcelone (4/5)