


Le dernier article de notre décryptage sur l’évolution du partenariat euro-méditerranéen de Barcelone (Euromed), puis de l’Union pour la Méditerranée (l’UpM), dresse un bilan sans détours des acquis et des failles qui ont marqué, pour le Liban, les deux phases 1995-2008 et 2008-2025 de cette double initiative stratégique européenne.
Le processus euro-méditerranéen de Barcelone (Euromed), puis l’Union pour la Méditerranée (l’UpM), ont apporté au Liban des acquis politiques, économiques et institutionnels. Ceux-ci restent toutefois limités en raison de l’instabilité chronique qui sévit dans le pays depuis 1995, et plus particulièrement depuis 2008.
Les bénéfices du processus de Barcelone pour le Liban dans les différents domaines peuvent être établis comme suit :
– Sur le plan politique, la reconnaissance de la légitimité du pouvoir central au terme d’une longue période de vide constitutionnel, un soutien à la souveraineté et à la stabilité de l’État, l’instauration d’un dialogue régulier avec l’Union européenne sur les questions de gouvernance, des droits de l’homme et de la stabilité régionale.
– Sur le plan économique, la signature, en 2002, de l’accord d’association Liban-UE, entré en vigueur en 2006, l’octroi d’un accès préférentiel de certains produits au marché européen, des aides financières et techniques pour la modernisation de l’économie, un soutien aux PME, ainsi que le développement des infrastructures.
– Sur le plan institutionnel et social, un appui aux réformes institutionnelles et administratives, à l’éducation, à la formation et à la coopération culturelle, le renforcement des capacités de l’État en matière de services publics et de la protection de l’environnement.
Toutefois, l’instabilité politique, les conflits régionaux et les crises internes libanaises ont eu un effet inhibiteur, empêchant le Liban de bénéficier des échanges commerciaux souhaités. Les réformes structurelles ont progressé lentement.
Les bénéfices de l’UpM
Depuis 2008, l’Union pour la Méditerranée (UpM) a apporté au Liban des contributions principalement sectorielles, techniques et diplomatiques, à travers la mise en œuvre de divers projets concrets :
– Sur le plan politique, le Liban reste intégré aux dialogues régionaux dans un cadre multilatéral euro-méditerranéen. Il accède à une plateforme de dialogues Nord-Sud et Sud-Sud, lui permettant de défendre ses intérêts malgré sa situation politique et sécuritaire précaire, tout en maintenant sa coopération avec l’Union européenne.
– Sur le plan économique et du développement, les acquis ont porté sur la participation à des projets régionaux dans les domaines du développement urbain durable, des transports, de l’énergie et de l’environnement, ainsi que sur l’appui à la croissance inclusive, à la création d’emplois pour les jeunes et les femmes, à l’entreprenariat et aux PME.
– Sur le plan de l’éducation et de la formation, le Liban a bénéficié de programmes de l’UpM dans les domaines de l’enseignement supérieur, de la formation professionnelle, de la mobilité académique et de l’emploi des jeunes.
– Sur le plan social, un appui a été accordé à des initiatives en faveur de l’égalité hommes-femmes et de l’inclusion sociale.
– Sur le plan de l’environnement et du développement durable, un soutien a été accordé à des projets liés à la gestion de l’eau, au traitement des déchets, à la lutte contre le dérèglement climatique et au développement des énergies renouvelables.
Autant de domaines importants, compte-tenu de la démographie et des crises successives.
Mais, l’instabilité politique au Liban depuis 2008, la crise économique de 2019, les tensions régionales, ainsi que la modicité des ressources financières de l’Union et le rôle limité des aides de l’UE (aussi bien que des institutions internationales) ont restreint les résultats escomptés.
Bilan mitigé
Il reste que le processus de Barcelone a rapproché le Liban de l’Union européenne et l’a intégré à une coopération euro-méditerranéenne, tout en apportant des aides dans les secteurs économiques et institutionnels. L’impact économique de ces mesures reste toutefois limité.
Pour ce qui a trait à l’Union pour la Méditerranée, le Liban a pu bénéficier d’un soutien à l’éducation, à l’environnement et à la société civile, ce qui s’est traduit par des projets concrets dans un cadre de coopération régionale. Ces acquis lui ont permis de maintenir sa place dans le partenariat euro-méditerranéen, mais ils n’ont pas suffi à surmonter les crises successives auxquelles le pays a été confronté.
Articles précédents
Union méditerranéenne: qu'est devenu le processus de Barcelone? (1/5)
L’idée méditerranéenne à l’épreuve des équilibres européens (2/5)
Une coopération riche en promesses, le Processus de Barcelone (3/5)
Union pour la Méditerranée: une relance inachevée du rêve de Barcelone (4/5)