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Politique

En cas d’attaque US, Moscou et Pékin ne voleront pas au secours de l’Iran

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Officiels du régime et des membres de la marine assistent à un exercice militaire conjoint irano-russe-chinois dans le golfe d'Oman, en mars 2025. (Bureau de l'armée iranienne/AFP)
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Par LevantTime .
Publié janv. 29, 2026 - 00:36

Bien que la Russie et la Chine figurent parmi les partenaires stratégiques majeurs de l’Iran, leur soutien à la République islamique, fragilisée par des contestations internes et sous la menace de Donald Trump, resterait limité en cas d’attaque américaine. Selon plusieurs experts, ni Moscou ni Pékin ne sont disposés à affronter Washington sur le terrain militaire.

 

L’Iran occupe pourtant une place non négligeable dans les calculs géopolitiques des deux puissances. Téhéran contribue à l’effort de guerre russe en Ukraine en fournissant les fameux drones de type «Shahed» qui ont grandement servi les troupes de Moscou. L’Iran a également volé à la rescousse de Poutine en réexportant des missiles balistiques de type Scud acquis jadis par la République islamique qui en a produit une version modernisée.

 

L’Iran est aussi un acteur clé des exportations pétrolières vers la Chine et membre du groupe des BRICS. Soumis à un strict embargo international à cause de son programme nucléaire, Téhéran arrive à contourner les sanctions en écoulant une partie de son brut vers le marché chinois. Le régime des mollahs sécurise de la sorte une précieuse entrée de devises pour faire perdurer une économique exsangue. Mais cette coopération ne constitue pas une alliance stratégique contraignante.

 

« Malgré les efforts de Téhéran depuis des décennies, ils ne sont pas parvenus à créer une alliance avec Pékin et Moscou », souligne Ellie Geranmayeh, spécialiste de l’Iran au Conseil européen pour les relations internationales (ECFR). Elle rappelle qu’au cours de la guerre des 12 jours en juin, « la Chine et la Russie n'ont pas voulu s'opposer frontalement aux Etats-Unis ».

 

En cas d’intervention américaine, « les deux pays donneront la priorité à leur relation bilatérale avec Washington », estime-t-elle. « La Chine est dans un processus de rapprochement très délicat avec Washington, et les Russes veulent évidemment avoir Trump avec eux sur l'Ukraine: ils ont chacun des priorités bien plus importantes que l'Iran ».

 

Côté russe, le partenariat avec Téhéran ne prévoit pas d’engagement militaire direct. « La Russie et l'Iran sont alliés, mais les accords portent sur un soutien politique, diplomatique, économique, sans volet de soutien militaire », précise l’analyste Sergei Markov. Pour lui, « la crise ukrainienne est existentielle pour Moscou et beaucoup plus importante que la crise iranienne ».

 

Alexander Gabuev, chercheur au Carnegie Endowment for International Peace, confirme que si « l'Iran est important » pour Moscou, et que la Russie fera « quoi qu'elle puisse faire pour maintenir le régime à flots », ses marges de manœuvre demeurent très restreintes. « La Russie ne peut devenir un marché géant pour l'Iran (en plein crise économique) et ne peut pas accorder un prêt géant », note-t-il, ajoutant que l’aide militaire resterait conditionnée par les besoins russes en Ukraine.

 

Même constat chez Nikita Smagin, spécialiste des relations russo-iraniennes : en cas de frappes américaines, Moscou « ne pourrait presque rien faire ». « Ils ne veulent pas risquer une confrontation militaire avec une grande puissance », explique-t-il à l’AFP, évoquant tout au plus la possibilité « d'envoyer des armes ». Il précise que cette retenue n’est pas uniquement liée aux discussions sur l’Ukraine, même si « utiliser l'Iran comme objet de marchandage serait tout à fait normal pour la Russie, elle l'a déjà fait par le passé ».

 

Pour Pékin, dont les relations avec Washington structurent l’équilibre mondial, le soutien à l’Iran resterait essentiellement indirect. Une assistance est envisageable « sur les plans économique, technologique, militaire et politique » face à des pressions non armées, telles que sanctions commerciales ou cyberattaques, explique Hua Po, analyste chinois indépendant. En revanche, en cas de frappes, « elle condamnerait les Etats-Unis sur le plan diplomatique » et renforcerait ses liens économiques et militaires avec Téhéran « afin de contribuer à enliser les Etats-Unis dans une guerre au Moyen-Orient ».

 

Pour l’instant, Pékin fait preuve de prudence. « Les Chinois se montrent prudents comme toujours et s'expriment avec retenue », observe Théo Nencini, spécialiste de la relation Iran-Chine à Sciences Po Grenoble, rappelant « deux enjeux pour la Chine: le pétrole et la stabilité de la région ».

 

« La Chine profite d'un Iran en situation de faiblesse, qui lui permet de garantir du pétrole à bas coût, représentant de 10% à 13% de ses approvisionnements, et d'avoir pour pas trop cher un partenaire géopolitique de taille », analyse-t-il. À l’instar de Hua Po, il n’anticipe pas de réaction escalatoire en cas de frappes américaines : « Ils vont condamner diplomatiquement, mais sans doute pas prendre des mesures de rétorsion. Ils ne l'ont pas fait sur de nombreux points dans le passé, je les vois mal engager un bras de fer avec les Américains pour l'Iran ».

 

Enfin, « la crise iranienne actuelle aura un impact très limité sur les relations sino-américaines », conclut Hua Po, estimant que « la question iranienne n'est pas au cœur des relations entre les deux pays. Aucun des deux ne rompra ses relations avec l'autre à cause de l'Iran ».

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