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Politique

Face à l’imposante armada US, l’Iran joue la tergiversation

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Le porte-avions USS Abraham Lincoln et son groupe naval dans les eaux du Golfe. (Centcom, Dvids)
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Par LevantTime .
Publié févr. 1, 2026 - 12:57

Après le déploiement de l’impressionnante armada américaine à proximité des côtes iraniennes, plusieurs options militaires se dessinent si la Maison-Blanche décidait d’intervenir. Pour l’heure, le bras de fer avec le régime des mollahs reste essentiellement verbal : communiqués, mises en garde et démonstrations de force rythment l’escalade.

À chaque durcissement du ton de Donald Trump, Téhéran répond par des menaces de représailles massives. Côté américain, une certitude semble s’imposer : aucune intervention terrestre n’est envisagée. Plusieurs observateurs estiment toutefois que le président américain cherchera d’abord une issue diplomatique avant de recourir à la force.

Côté iranien, l’incertitude demeure totale : jusqu’où le régime peut-il résister à de nouvelles exigences américaines ? À quel moment pourrait-il fléchir ?


Exigences américaines durcies, refus iranien confirmé


Jeudi soir, le président américain a déclaré qu’il « espère ne pas devoir utiliser cette force » militaire déployée, après avoir appelé la veille à conclure un « accord juste et équitable - pas d’armes nucléaires ».

Mais depuis les frappes de juin 2025 contre des installations nucléaires iraniennes, « le prix demandé à l’Iran pour un accord s’est accru considérablement », estime Farzan Sabet, spécialiste de l’Iran au Geneva Graduate Institute, interrogé par l’AFP.

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Washington exige désormais l’interdiction totale de l’enrichissement de l’uranium, la limitation des capacités balistiques iraniennes, ainsi que le « démantèlement ou de sévères restrictions posées à son “Axe de la résistance” », comprenant notamment les Houthis au Yémen et le Hezbollah libanais », explique-t-il.

Pour Téhéran, une telle offre équivaudrait à « une forme de capitulation », souligne David Khalfa, cofondateur de l’Atlantic Middle East Forum (AMEF). Selon lui, Donald Trump « optera pour l’option militaire », notamment pour démontrer sa capacité à faire respecter ses lignes rouges.


Les moyens militaires américains déployés


Affirmant suivre sa « propre moralité » comme unique boussole, Donald Trump a averti la semaine dernière qu’une « énorme armada » était en route vers le Golfe. Cette annonce est intervenue après son soutien affiché aux manifestants iraniens, dont le mouvement a été violemment réprimé, faisant des dizaines de milliers de morts selon des ONG.

Cette force comprend le porte-avions Abraham Lincoln, ses 80 aéronefs, ainsi qu’une escorte de trois destroyers équipés de capacités antimissiles et de missiles de croisière Tomahawk. Le groupe aéronaval est généralement accompagné d’un sous-marin d’attaque, lui aussi capable de frapper des cibles terrestres.


L’option de frappes limitées


Donald Trump pourrait viser les navires exportant le pétrole iranien, comme il l’a fait contre le Venezuela, afin d’asphyxier l’économie du pays et obtenir un « deal », indique Farzan Sabet.

Il pourrait également mener « soit des frappes ponctuelles, soit une guerre limitée à des objectifs restreints, lui permettant de dire qu’il a fait respecter sa ligne rouge sans s’engager dans une nouvelle guerre au Moyen-Orient, et il pourrait déclarer la victoire », explique-t-il.

Ces opérations cibleraient prioritairement les systèmes de défense antiaérienne, les rampes de lancement de missiles et de drones, à l’image des frappes israéliennes de juin.

Selon Eva Koulouriotis, analyste indépendante du Moyen-Orient, ces frappes pourraient viser les Gardiens de la Révolution et les milices Bassidj impliquées dans la répression. « Les services de renseignement américains, avec le soutien du Mossad israélien, ont une vision claire de ces forces », précise-t-elle.


L’hypothèse de frappes massives


Un scénario plus radical consisterait en des frappes de décapitation visant « tous les piliers du régime iranien, en commençant par le sommet de la pyramide, le guide suprême Ali Khamenei », puis les forces armées, la direction des Gardiens de la Révolution et les hauts responsables politiques, selon Eva Koulouriotis.

« Cela inclurait également la neutralisation des principales bases militaires, du programme de missiles et de ce qui reste du programme nucléaire », ajoute-t-elle.

« L’objectif américain, c’est de faire vaciller le régime. Il y a donc une stratégie visant à le paralyser et à désorganiser la chaîne de commandement », explique David Khalfa. Cette approche « passe par l’élimination de Khamenei, de ses conseillers proches et des têtes pensantes du commandement des Pasdaran ».

Il tempère toutefois : « Le régime est relativement solide et résilient, ce ne sera pas une mince affaire », d’autant que « les Gardiens ont anticipé ce scénario ».

Dans cette logique, « l’hypothèse implicite de Washington est que les “boots on the ground” seraient fournies par la société iranienne elle-même », ajoute-t-il.

Farzan Sabet souligne néanmoins que rien n’indique, à ce stade, que Washington privilégie explicitement un changement de régime.


Les capacités de représailles iraniennes


Bien que largement entamées par les frappes de l’automne 2024 et de juin 2025, les capacités de riposte iraniennes subsistent. Téhéran disposerait encore de 1 500 à 2 000 missiles balistiques de moyenne portée capables de frapper Israël, selon Farzan Sabet.

L’Iran possède également des missiles balistiques à plus courte portée, « bien plus précis », ainsi que des missiles de croisière et antinavires susceptibles de perturber gravement la navigation dans le Golfe, sans compter ses vedettes rapides lance-missiles.

Le chef de l’armée iranienne a par ailleurs annoncé que les régiments de combat avaient été dotés de « 1 000 drones stratégiques ».

Pour Eva Koulouriotis, la décision de Téhéran de riposter ou non « dépendra de la nature et de l’ampleur de la frappe américaine ».


Le rôle clé des bases militaires américaines 


Au groupe aéronaval de l’Abraham Lincoln s’ajoutent d’importants dispositifs militaires américains dans la région. En réponse aux menaces américaines, l’Iran a rappelé que de nombreuses bases US sont à portée de ses missiles.

Au Bahreïn se trouve l’Activité de soutien naval, qui abrite la Cinquième flotte américaine et le quartier général des Forces navales centrales des États-Unis.

Le Koweït accueille plusieurs installations majeures, dont le Camp Arifjan, siège du quartier général avancé de la composante terrestre du CENTCOM. L’émirat abrite également des stocks de matériel prépositionné, ainsi que la base aérienne d’Ali al-Salem, où est stationnée la 386e escadre expéditionnaire aérienne. Des drones, dont des MQ-9 Reapers, y sont également déployés.

La base aérienne d’Al-Udeid, au Qatar, regroupe les composantes avancées du CENTCOM, ses forces aériennes et ses forces spéciales. Elle héberge la 379e escadre expéditionnaire aérienne et constitue la plus grande base américaine de la région, avec plus de 40 000 militaires américains, britanniques et français.

Enfin, la base d’Al-Dhafra, aux Émirats arabes unis, abrite la 380e escadre expéditionnaire aérienne américaine, composée de dix escadrons et intégrant également des drones MQ-9 Reapers.


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