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Politique

Les sanctions US mettent à nu les failles du régime iranien

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Le rial iranien a continué de se déprécier face au dollar américain dans un contexte d'inflation élevée, de volatilité monétaire et de pressions économiques persistantes liées aux sanctions. (Morteza Aminoroayayi/Middle East Images via AFP)
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Par Nayla Assaf
Publié janv. 23, 2026 - 15:52

« Les régimes totalitaires ne se contentent pas de dominer les corps ; ils cherchent à asservir les esprits. » – George Orwell

Depuis la révolution iranienne de 1979, les États-Unis ont imposé à Téhéran un régime de sanctions économiques à grande échelle, devenu au fil des décennies l’un des dispositifs de pression les plus multidimensionnels de la diplomatie américaine. Les premières mesures, instaurées après la prise d’otages à l’ambassade américaine à Téhéran en novembre 1979, ont gelé les avoirs iraniens aux États-Unis via l’Executive Order 12170, immobilisant des milliards de dollars et bloquant de nombreuses opérations financières.

Au milieu des années 1990, Washington renforce son arsenal : en mars 1995, tout investissement américain dans le secteur énergétique iranien est interdit ; une mesure suivie en mai d’un embargo commercial total couvrant la quasi-totalité des échanges et transferts technologiques. « Iran and Libya Sanctions Act » d’août 1996 introduit les sanctions extraterritoriales, menaçant les entreprises étrangères investissant dans les hydrocarbures iraniens.

Montée en puissance des sanctions financières

Avec les tensions liées au programme nucléaire iranien, les sanctions prennent une dimension financière accrue. En juillet 2010, le Congrès adopte le Comprehensive Iran Sanctions, Accountability, and Divestment Act (CISADA), visant à isoler l’Iran du système financier mondial en restreignant l’accès au dollar et au transport maritime pour les acteurs économiques de Téhéran.

Entre 2011 et 2012, de nouvelles mesures frappent la banque centrale d’Iran et les acheteurs de pétrole, provoquant une chute significative des recettes, pilier de l’économie nationale. Parallèlement, les sanctions ciblent les responsables et réseaux financiers du régime, avec gel d’avoirs et interdiction d’opérations pour limiter leur accès aux marchés internationaux.

La pression maximale et la stratégie iranienne

Après un allègement temporaire lié au JCPOA de 2015 (l’accord sur le nucléaire iranien), certaines sanctions sont suspendues en janvier 2016, permettant une reprise partielle des exportations pétrolières. Cette période prend fin le 8 mai 2018, avec le retrait de l’accord en question des États-Unis, qui rétablissent progressivement les sanctions jusqu’au 5 novembre 2018 dans le cadre de la politique de pression maximale.

Selon Phillip Smythe, expert du Moyen-Orient ayant travaillé au Washington Institute et à l’Atlantic Council, « les sanctions économiques ont placé le régime de Khamenei en chute libre ». « Cela n’a toutefois pas empêché le gouvernement iranien de poursuivre ses actions aventureuses et l’acquisition d’armes, relève-t-il. En revanche, les mesures US compliquent le financement de ces efforts et des proxys à l’étranger. La pression maximale a limité l’accès aux technologies à double usage, a restreint le mouvement de la flotte fantôme transportant le pétrole et a freiné l’accès aux réseaux bancaires internationaux. »

Smythe précise que malgré la pression, le régime a continué à financer certaines milices et a tenté de poursuivre ses programmes d’armement, notamment les missiles à longue portée. Sa flotte fantôme a continué d’exporter le pétrole et, sur ce plan, la Chine est restée un partenaire clé, permettant au régime de maintenir ses ressources et son pouvoir.

Nouveaux ciblages et mesures inédites

En janvier 2026, face à la répression des manifestations massives, le Trésor américain a sanctionné Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, pour son rôle dans la répression. Le gel des avoirs et l’interdiction de toute opération avec des entités américaines s’appliquent également à d’autres hauts responsables et réseaux financiers du régime.


Le 12 janvier 2026, une mesure historique impose un droit de douane de 25% à tout pays qui continue à commercer avec l’Iran, illustrant ainsi la dépendance du régime à l’égard de ses partenaires étrangers et les faiblesses structurelles de son économie.


Les leviers futurs contre le régime


Selon Phillip Smythe, « les États-Unis disposent de nombreux outils » pour accroître la pression sur la République islamique. « Ils pourraient s’attaquer aux appareils bancaires plus secrets exploités par la République islamique, indique-t-il. Ces mesures pourraient inclure ainsi des sanctions ciblant directement les dirigeants et les fondements de leur pouvoir » (tenant compte du fait que l’économie du régime repose largement sur le Corps des gardiens de la révolution islamique, l’IRGC, et les bases contrôlées par les mollahs).

« Parmi les autres outils potentiellement envisageables figure aussi le ciblage de la manière avec laquelle le régime utilise les cryptomonnaies pour continuer à se financer, ajoute Phillip Smythe. S’attaquer à d’autres économies “fantômes”, telles que la banque, le transport maritime et le transfert d’argent, pourrait également constituer d’autres moyens utiles pour limiter l’action agressive de la République islamique. »

Un régime tourné vers l’armement

M. Smythe souligne par ailleurs que pour le pouvoir en place à Téhéran, « le peuple passe souvent en dernier ». La priorité du régime reste les programmes militaires et les ambitions régionales, au détriment de la population. Malgré les sanctions et la pression internationale, le gouvernement iranien poursuit ses aventures militaires et le soutien à ses milices, mettant de ce fait en relief la persistance d’un système totalitaire déterminé à imposer ses objectifs stratégiques.

De 1979 à 2026, les sanctions américaines – sectorielles, extraterritoriales ou ciblant des individus – ont évolué d’un simple gel des avoirs à un système global et multidimensionnel, combinant embargo, restrictions financières, sanctions contre les élites et mesures tarifaires frappant les partenaires commerciaux et dévoilant les failles et les contradictions du régime iranien.

Un tigre en papier

Malgré l’image de puissance qu’il cherche à projeter à l’international, le régime iranien s’est révélé être un véritable géant de papier. Ses structures militaires et politiques, présentées comme solides et omnipotentes, reposent sur des réseaux fragiles et une économie dépendante de partenaires étrangers. 

Les sanctions successives ont mis en relief les vulnérabilités financières du pouvoir et sa difficulté à financer ses ambitions régionales et militaires. Sa résistance apparente cache une réalité beaucoup plus précaire : des programmes coûteux, des proxys ultra financés au détriment d’une population de plus en plus éprouvée. Ce mélange de façade et de fragilité structurelle montre que, derrière la rhétorique de force, l’Iran peine à maintenir son influence sans le soutien ou la tolérance d’autres puissances, confirmant le fait qu’il est en réalité un tigre en papier.

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